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3Wm Carta* jôntton.
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H ï S T ï T^e
D'VN VOYAGE
FAIT EN LA TERRE
D V BRESIL, A V T K E-
ment dite Amé-
rique.
Contenant la nauîgation* & chofes remar-
quables ,veuè s fur merparlauEleur:Le compor
tement deVillegagnon*en ce vais la. Les meurs
& façons de viure efir anges des Saunages A-
meriquains : auecvn colloque de leur langage*
Enfemble la defer iptton de plufiem s Animaux \
Arbres* Herbes* & autres chofes fin gulieres,
&du tout inconues par deçà* dont on verra les
fommaires des chapitres au commencement du
liure.
Non encores mis en lumiereypour les caufes
contenues en la preface.
Le tout recueilli for les lieux par iean de
LERT natif de la Maroelle > terre
de fain lï S encan Duché' de
Bourgongne*
Seigneur , ie te celebreray entre tes peu-
ples, & te diray Pfeaumes entre tes na-
tions, ps e av. cviii.
HPowzAritoint Chuppin*
M, D. LXXYluP
»*- .-™L1 — " y T "
A ULVSTRE ET PVIS-
S AN T SEIGNEVR, FRAN-
ÇOIS, Comte de Colligny,
Seigneur de Cha-
ftiiIon,&c.
QO-N SIEVX^j parce que
\ Vheureufi mémoire de celuy -par
i le moyen duquel Dieu m a fuit
j voir les chofis dont ïay bafti lit
i pre Je rite Hiftoire-ime conuie d'en
fhire recognoijfance, ce ri eft pas fans eau fi puis
que luy auel^fuccedé queiepren la hardiejfe de
vous la pre finter. Comme doneques mon inten-
tion efi perpétuer ici la (ouuenance d'vn voyage
fuit expreffément en V ^Amérique pour eft a-
hlir le pur (eruice de Dieu, tant entre les Fran
cols qui s* y eftoyent retire's, que par mt les S au-*
uages habit ans en ce pays la : aujfi ay-ie eftimê
eftre de mon deuoir: faire entendre a la pofleri-
te\ combien la louange de celuy qui en fit la
caufe & le motif doit eftreaiamais recom^
mandable. Et de fait ofant affeurer quilne Je
trouuerapar toute Pat iquité quily ait iamais
eu Capitaine Francois & Çhrefiien , qui tout
a vne fuis ait eflendu le règne de Iefus Chriji
Roy des l{ois , & Seigneur des Seigne urs>
& les limites de fin 'Trince Soulier ain en pay s
fi lointain, le tout confidere comme il appar-
tient qui pourra dffel^ exalter vne fi fain-
a z
|
te& vrayement héroïque entrcprinfet Car.
quoy qu aucuns difent-> veu le peu de temps que
ces chofesont duré* & que ri y eft am a prefent
nonplu* denouuelle de vraye 1{jligion que du
nom de Francois pour y habit er^qu on ri en doit
faire eftime:nonobftat telles allegations^ ce que
tay dit ne Imjfe pas de demeurer tou/ïours
tellement vray , que tout ainfi que lEuangile
du fils de Dieu à eft é de nos tours annoncé en
eefte quarte partie du monde dite Amérique,
aujji eft- il très certain fi l'affaire euft efté aujjl
bien pourfuiui quil auoit efté heureufemenf
commencé ^ que Tvn & l'autre Règne ffiri-
tuel 5 & temporel , y auoycnt fi bien prins pied
denoftre temps, que plus de dix mille perfon-
nés de la nation Franfoije y feroyent mainte-
nant en au ffi pleine & feurepoffejfion pour no-
ftre %jy<> que les Espagnols & Portugais y
font au nom de s leur s*
Tartant finon quon voulut imputer
aux zApoftres la deft rull ion des Eglifes qitils
amyent premièrement dreffees : & la ruyne
de V Empire T^omain aux braues guerriers
qui y auoyent ioints tant de belles Prouinces^
aujjipar le femblable ceux eftans louables qui
auoyent pofé les premier f fondemcs des chofes
queiay dites en V Amérique •> il faut attri-
buer la faute & la difcontinnation , tant a
Uillegagnon qua ceux qui auec luy au
lieu ( ainfi qu'ils en auoyent le commandement
&
& auoyent fait promeffe ) ctauancer tkuure
mt quitté la f or tereffe que nous anions bafite*
& le pay s quon àuoit nommé France Antar*-
ilique aux Portugal qui fy font tresbisn ac-
commodez • T ellement que pour cela ilnelair-
ra pas d apparoir a iamais que feu d'heur eufe
mémoire Cjafpard de Qolligny admirai de
France voflre tresvertueux psre, ayant exe-
cute' (on entre prmfe par ceux quil enuoya en
T Amérique •> outre qu'il en auoit affuietti vne
partie a la Couronne de France h fit encore
ample preuue du %ele qu tl auoit que î Euan~
gïle fut non feulement annoncé ' p ar torn ce
IR^yaume > mais auffi par tout le monde vni-
Her Je U ^
Voila MonfîëUfïMmmé en premier lieu*
voHsconfîderant feprefenter la perfonne de cefi
exceliet: Seigneur ^duquel pour tant dalles gene
reux la patrie fir a perpétuellement redeuahlet
s ày publié ce mie petit labeur fotu vofire autori
te <I oint que par ce moyen ce fer à à vous auquel
Theuet aura non feulement a rèfpondre, de ce
qit en general & autant quil a peupla con-
damne' & calomnié Id'Cà&fe pour laquelle nom
ffmés ce voyage en V Amérique , mais aujfi de
ce qii'en particulier parlant de V ^Admirante
iî France en fa Qofmogtaphie il a oféabbayer
cmire la renoînmee^fonéfuï & de bonne odeur
à tms gens de bien y de celuy qui en fut la
«ttgtia "
* S
T>auantage Monfieur voflre confiance &
magnanimité en la defence des Eglifis refor-
mées de ce %oyaumc> fkifant iournellement re
marquer combien heureufement vous fry ue\
les traces de celuy qui vous ayant fubflttué en
[on Ueufoufienat ce fie mefme eau fi, y a efpandu
iufques a (on propre fang : cela di-ie en fécond
lieu m ayant occajtonlxenfemblepour recognoi
fire aucunement le bon & honnefte accueil que
vousmefifies enlaville de Berne, enlaquelle
après ma deliurance du fie ge famélique de San
terre ievous fus trouverai ay efié du tout induit
de madrejfer droit a vous. Iefcay bien cepen-
datqu* encores quehfmet de cefie htftoirefoit
tel ', que ill vous venoit quelque s fois enuie d'e&
ouir la lefture •> tl y a chofis ou vous pourries
prendre plaifir y nemtmoiris pourtefgard du
langage , rude & malpoli , ce riefioitfasaux
cretlies âvnSeigneurfi bien infiruit des fm bas
aage aux bonnes lettres que ie le deuois faire
fonner. Mais majfeurant que par voflrenatu*
relie debonnairetè-jeceuant ma bonne afeiïwn
vous fufporter es ceJeffaut , ie ri ay point fuit
de difficulté d'offrir & dédier ce que laypeu
tant a lafiintle mémoire du père ^que pour tef
moignage du treshumble feruice que ie de fire
continuer aux eufans. Surquoy
<sJMonfieur ie prieray V Eternel quauec
Meffieurs vos frères & ^Madame de Teli-
anivoftrefeur (plantes portans fruits dignes du
tronc d'où elles font iffues) quen vous tenant en
fafaintle
fiintte protection, il béni ft [& face proférer
de plus en plus vos vertueufes & genereufes
aftions. £e vingtième de Décembre 9 mil cinq
cens foix 'ante & dixfept.
Voftre treshumble & aflfe&ionnc
feruiteur, DE LERY-
^d lean De leryfurfon difcokrs Je
ÏHiftoirede l'Amérique.
fhonwe cehii^la qui au tielmepoiirmeine
Et d'ici méfait voir ces tantbeaux momemem
leprife aufsi celuy qui Çcait des Elemens.
Et la force 3 & V effet ^ menfeigne leur peint,
4e, renter d celuy qui heurenfemem peine
Four de terre tirer diners medicamens:
Mais qui me met en m ces trois enfeignemem
Emporte a mon aduisyne louange pleine.
Tel eft ce tien labeur^ encores plus beau
De Lery^qui nous peins vn monde toutnouued*
Et fin ciel^fon eau 3 & fâ terre } &fes fruits
Qui fans mouiller le pied nous trauerfes l'Afrique
Qmfans naufrage &> peur nous rends en £ J/lmen<fâe>
Deffous legouuermul de ta plume conduits
t* Damait itfj.
f\ Meletà M. De Lery fou
jingulier amy*
Ici (mon de Lery) ta plume as Couronnée
À de fer ire les mœurs, les polices &> loix:
les S auuages façons des peuples & des Roys
Du payS)inconeu à cegrandPtolomee.
Ifousfaifantveoir deqmy telle terre efl ornée.
Les animaux dîners errants p~rmy lesbois
ILcs combats très cruels^ les braues barnoh
De cefle nation brufquement façonnée.
JN ons peignant >on retour du ciel ^4meriquain,
Ou tu te vispreffé dîime rageufefaim
Mais telle fdmhela* ne fit fi dure guerre
Ni la faim de Iuda^ni celle d'ifrael
Ou la mere commit l'acte énorme & cruel
Que celle qu as ailleurs e fer he de Samerre,
Sonet*
^IeanVeLery^furfon hifiofre
del* Amérique.
Malheur eft bon (dit- on) à quelque chofe.
Ht des forfaits naifjent les bonnes Loix»
J>e ce Lery 5 Ion yoidà leftefois
Vreuue certaine en tonhiftoire enclofe. *
Fureur 3 menfonge y & la guerre difpofe
y ' îllegagnon,ïheuet)& le Francois.
^/t retarder de ta plume la y oix y
Et les dtfcours tant beaux quelle propofe.
Mai* ton labeur -^"vn courage initomté?
Tous cesjffhrts en fin a furmonté:
Et mieux paré deuant tous il fe range.
Comme cieuxjerre-yhommes &ï faits dium
T u nom fais y oir^ainfi party ntuers
Yole ton liure g? y vue ta lauange.
PREFACE-
OVRCË qu'on fe pour-
roit esbahir , qu'y ayantdix
huit ans paffez que i'ay fait
le voyage en l'Amérique?
i'aye tant attendu de mettre
celle hiitoire en lumière, i'ay eftimé en
premier lieu eftre expedient de declarer
les caufes qui m'en ont empefché.Du cô-
mencement que ie fus de retour en Fran-
ce , monftrant les mémoires que i'auois,
laplufpartefcrits d'ancre de Brefil & en
l'Amérique mefme, contenans les chofes
notables par moy obferuees en mô voya
ge : ioint les récits plus au long que ie fai
fois de bouche à ceux qui s'en enque-
royentj ie n'auois pas délibéré de pafler
plus outre ni d'en faire autre mention.
Toutesfois quelques vus de ceux auec lef
quels i'enconferois fouuent, m'alcgans,
qu'afin que tât de chofes qu'ils iugeoyet
dignes de mémoire ne demeuraient en-
feuelies,ie les deuois rédiger plus au ]6g
& par ordre, à leurs prières & folicita-
tions,dés l'an I563. enrayant fait vn affez
ample difcours,qu^m'en allât du lieu ou
i'eftois ie laiffay ^preftay à vn bô perfon
nage:iladuint qu'ainfi quç ceux aufquels
il Pauoit baillépour le m'aporterpaiïoyet
à Lion leur eflant ofté à la porte de la vil-
le,
PRÉFACE.
Ie,ilfut tellement efgaré que quelque di
lieéce que le peuffe faire , impossible me
fut de le recouurer. Partant faifanteftat
de la perte de ce Hure , ayât quelque teps
après retiré les brouillars que l'en auois
laiffe à celuy qui le m'auoit tran lent , le
fis tant, qu'excepté le Colloque du lang*
«re des Sauuages qu'on verra au vingtiè-
me Chapitre ( duquel moy n'y autre n'a-
uoitcoppie)ie mis derechef le tout au
net. Mais quand ie l'eus acheue , les con-
fufions furuenans en France fur ceux de
la Religion, moy eftant pour lors en la
Charité fur Loire,afin d'euiter celle fu-
rie quittant à grand hafte tous mes hures
& papiers pour me fauuer à Sancerre : le
tout pillé incontinent après mon depart
ce fecod recueil Ameriquain s'eftât ainli
efuanoui, iefus pour la féconde fois pri-
ué de mon labeur. Cependant comme ie
faifois vn iour récit à vn notable Sei-
«reur de la premiere perte que i'en auois
faite à Lyon,luy nommant celuy auquel
on m'auoit eferit qu'il auoit efté baillé, il
en eut vn tel foin,que l'ayant finalement
r,etiré,ainfi que l'an palTè. 1576". iepaffois
en fa maifon il le me rendit.Voilacomme
jufques à prefent ce que i'auois eferit de
l'Amérique, m'eftanttoufiours efchappé
des mains n'auoit peu venir en lumière.
Mais pour en dire le vray , il y auoit
P R E F ACE*
qu'outre tout; cela ne fentant point en
inoy les parties requife^ pour mettre à
bon efacnt la main à la plume,ayant veu
dés la mcfme année que ie reurns de ce
pays là, qui fut 1558.1e liure intitulé Des
Singularité* de l'Amérique, lequel mô-
îieur de la Porte fuyuant les contes &me
moires de frère André Fheuet,audit dref
fé & difpofé, quoy que ie nignorafTe
point ce que monfieur Fumée en; fa pre-
face fur Thiftoire générale des Indes , a
fort bierï remarqué: aflauoir que ce iiûré
des Singularitez cil ringuHerement farci
de mefongcs,fi rauâe;ur-fanspaiïer plus
auant fe fut contenté possible euné-ie
encorés rnaintcnantle tout fupprimé,
Mais quâd en ceftë pref€teanneei57y.
Iifant la Cofmographieide Tbeuet i'ay;
veu que luy (peniant po&iide que nous
fuffîons tôtis morts ou que fi quelqu'vn
reftok en vie il ne: luy oferoit côtredire)
n'U pas feulement rcnouùdlé & augmen
téfes premiers erreurs, mais qui plus eft
fans autre occafion que t'enuic qu'il a
euëde'mefdirc &cletrader dés Miniftres
&pârconfequét de ceux qui en l'an 1556.
les 'accompagnèrent pour aller trouuer
Viliegagnon en la terre du Brefil , dont
i'efto'is du nombre, aucc des digrefsions
fau(les,pi^un nt-GS, & iniurieufes,nousa
impofé des crimes , afih âù repouffer ces
impo-
F RE F A C£.
tnvp oftures>-?ay efté comme cotraint Re-
mettre en lumière tout le difcours de no
ftre voyage*Et atin,auant que paiîer plus
outre , qu'on ne penfe pas que fans tref-
iuftescaufes ic me pleigne de ce nouuéa'u
Cofmographe , ie reciteray ici les calom
nies qu il a mifes erjauant contre nous, ^
contenues au Tome fécond liurc vingt
&vnchap. 2. feuil. $08. ^ p ^^
Au refte difï heuet ,ï auois oublié*, vous dire ^ u
dire , que peu detemps auparauant yauoit eu àe mentir,
quelque feditio entre les F rancois aduenue par
la diuifîon & partial 'it e\de quatre Minifires
de la Religion nouvelle que Caluin y auoit en»
uoyeXjpour planter fi finglante Euagile^le prin
tipal âefquels eftoitvn mtniftrefeditieux nome
%jchier, qui àuoït efté (forme & doUeur de
Taris quelques années auparauatfon voyage.
Ces trentilspredicahs ne tajehans quesérichir
& attraper ce qriilspouiïoyent firent des ligues
& mené s s fecrettes qui furent çapife que quel-
ques vns des noftresfuret par eux tuez. Mais
partie decesjeditieux eft ans pr in s furent exe-
cute\& leurs corps donné pour pafture aux
poiffons . Les autres Je fauuerent du nombre
de] quels efioit ledit %ichier lequel bien to ft a-
presfe vint rendre mtniftre a la Rochelle la on
teftime quilfoit encores de préfet: les Sauuages
irritez de telle tragédie peu ie fallut qu'ils nefe
ruaffent fur nous & mifset a mort ce qui, reftoit.
Voila les propres paroles deThçuetlef
quelles ie prie les le&eurs de bien noter?
car comme ainfi foit qu'il ne nous ait ia-
mais veu en rAmerique,ni nous fembla-
blementluy , moins, comme il dit, y a-il
efté en danger de fa vie à noftre oceafion,
ie veux moftrer qu'il a efte' en ceft endroit
aufsi affeuré menteur qu'impudent ca-
lomniateur. Partant afin de preuenir ce
que pofsible pour efchaper il voudioit
dire,qu'il ne rapporte pas fon propos au
temps qu'il cftoit en ce pais là, mais qu'il
entend reciter vn fait aduenu depuis fon
retour: ie luy demande en premier lieu fi
cefte façon de parler tant exprefle dont il
vfe : affauoir , Les Saunages irrite^ dételle
"Trace aie , feu sen fallut qu'ils neferuaffent
fur nom ,&mifent àmort le reflète peut au-
trement entendre finon que par ce, nom,
fe mettât du nombre, il vueille dire qu'il
fut cnuelope' en fon pretédu danger?Tou
tesfois s'il vouloit tergiuerfer dauantage
pour nier que fon intention ait efté de
faire acroire qu'il vit les Miniftrcs dont
il parle en l'Amérique. Efcoutôs encores
le lan<*a<re qu'il tient en vn autre endroit.
Au refte (dit ce Cordelien// ïeuffe de*
to m. 2 m euré Vlm long temps en ce fays la ïeuffe taf-
liu.zi. r ^/ a garner les âmes efgarees de ce pauure
cha. 8 peufle\fîuflofl que mefludier à fouiller en ter-
pa.925 re p our y chercher lesricheffes que nature y a
cachées. Mais d autant que ie riefiois bien ver
féen
PREFACE
fc en leur langue & que les Miniflresque £al^
uiny auoit enuoyes pour plater fa nounelleEua
gile entreprenoyet cefle charge enuieux de ma
deliberation ie delaijfay cefle miene entreprifa
Croyezlcporteur 5 ditquelqu 5 vn,quià
bon droit femocque de telle manière de
gens: parquoy fi ce bon Catholique Ro-
main felon la reigle de faintFrançois dot
il eft , n'a fait autre preuuede quiterlc
monde que ce qu'il dit auoirmefprife les
richejfes cachées dans les entrailles de la terre
du Brefil: ni autre miracle que la conueif-
fion des Sauuages Ameriquainshabitans
en icelle dcfquels ilvouloit ( dit il) gagner
les âmes fi les Minifires ne Ven eujfent empeft
che^û eft en grand danger,apres querau-
ray monftre qu'il n'en eft rien, de netfhe
pas mis auCalis pas pour cela délibéré de le mener
furies lieux pour les luy faire voir. Tel-
Ï4
1
-
PR'IFAC £♦
îement que ie ne m'en donneray nonplus
de peine que ie fais de ce qu'ô m'a dit que
aucuns doutent de ce que i' a y efc rit Se
fait imprimer par ci deuant du fiege &de
la famine de Sancerre: laquelle cependât
(côme il fera veu ) ie puis affurer n'auoif
encores efté fi afpre , biefr plus longue
toutes fois y que celle que nou* endu-
ra fines fur mer au voyage dont èftque-
ftiô à noftre retour en Froncé. Car fi ceux'
dont ie parle n'adiouftent foy à ce qui a
efté fait & pratiqué au milieu' &au centré
de ce Royaume de France;au veu & fceii
deplirs de 5oo.perfôneis encores vittâtes>
cornent croyront ils ce que-non feulemet;
nC *5 f CUt voir q u 'àpres : -de deux mille
lieuê's loin du 'pays ou ils habitent , mais
aufsi chofes fi efmerueillablcs,& non ia-
mais cogneues ni efcrites des Anciens,
qua peine l'expérience lés peut elle en-
filer en l'entendement de ceux qui les
ont veues?Et de fait ie n'auray point bon
te de dire, que depuis que' i'ay efté en ce
pays d'Amérique auquel prefques tout ce
qui fe voit , foit en la façon de viureMcs
habitans,ouen la forme des animaux ,,&:
en general en ce que la terre produit l e-
ftant diflemblabledeceque nous auons
en Europe, Afie,& Affriqucpeut bien e^
ftre appelé vn mode nouueau à noftre ef-
gard> fans approuuer les fables qui fe Ii~
fait
V R EJF A CE»
fentes liures deplufieurs lefquels frfîâs
aux rapports qu'on leur afait ou autre-*
met, ont efcrit des chofes du tout fauffes,
ie me fuis retra&é de l'opinion que i'ay
autresfois eue de Pline &dc quelques au
tres,defcriuàns lés pays eftramges, parce
que i s ay veu des dhofes aufsi bigerres &
prodigieufes qu'aucunes qu'on à tennes
incroyables dont ils font mention.
Pourl'efgarddaftile & dulangage,co
me i'ay ia touché ci deuam, confeffant
mon incapacité enceft endroit, iefcay
bié,pour n'auoir vfédephrafes ni de ter
mes afîez propres & fignifians'pour bien
reprefentèr & expliquer tant4 r art de na-
uigationjqu'autres diuerfes chofes dont
iè faits mention queplufieurs ne s'en co
tenteront pas: oinomément nos François
qui ayans les oreilles tant délicates, £c ay
màns tat les belles fleurs de Rhétorique
n'admettent ni ne reçoyuet nuls eferits^
iirion auecmôts nouueaux &bien phida**
rifez. Moins encores fatisferay-ieàteux
qui eftiment tous liures , non feulement
puériles, mais aufsi fterïles , fin on qu'ils
foyent enrichis d'hiftoires o^d'exemplcs
prins d'ailleurs. Car combien qu'à pro-
pos i'en eufle peu appliquer plufieurs es
matières que le traite,tât y a, qu'excepté
Thiftorien des Indes Occidentales lequel
ayant eferit beaucoup de chofes des In-
PREFACE.
diens du Peru & d'autres nations de ce
pays là , conforme à ce que ic di de nos^
Sauuages Ameriquains^i'allegue fouuét,
îene me fuis que bien rarement ferui des
autres . Et de fait à mon petit iugement*
vnehiftoire, fanseftre tâtpareedes plu-
mes dautruy, eftant aflez riche quâd elle
cft replie de fon propre fuiet , outre que
cela fait que pour le moins les leéteurs
n'extrauagans point du but prétendu
par Faudeur qu'ils ont en main, compte
net mieux fon intentio, ic me rapporte à
ceux qui lifent les liures,qui s'imprimët
ïournellement,tant des guerres que d'au
très chofes, fi la multitude des allcgatiôs
des autres au&eurs , quoy qu'ils foyent
adaptez aux matières dont il eft queftion
ne les ennuyent pas. Surquoy cependant
afin qu'on ne m'obie&e qu'ayant reprins
ci deflfus Thèuetj&condamnant ici quel-
ques autres ie commet neantmoins moy-
mefme telles fautes: fiquelqu'vn trouue
mauuais quad ci après ie parlcray des fa-
çons défaire des Sauuages , comme fi ie
rnevoulois faire valoir , i'vfe fi fouuent
de cefte façon de parlenie visûe me trou
uay, cela m'aduint & chofes femblables:
ie di qu'outre ( ainfi que i'ay touché ) que
ce font matières de mô propre fuiet que
encores,commeondit>eftceparlerdefci
enec: voire diray, de chofes que nul n'a
pofsible
JP R E F A Ç f.
pofsible iamais remarquées fi auant qu©
moy,moins s'en trouuc il rien par efcrit.
I'cntens toutesfois non pas de toute l'A-
mérique en general..* mais feulement de
l'endroit ou i'ay demeuré enuiron vn an:
aflauoir fous le Tropique de Capricorne
entre les Sauuages nommez Tomupinam-
baouhs . Finalement i'affure ceux qui ay~
jnent mieux la vérité dite fimplemët,que
lemenfongeorné & fardé de beau langa-
ge,qu'ils trouueront en cefte hiftoire les
ch^ofes que i'y propofe,non fculcmét vé-
ritables, mais aufsi aucunes, pour auoir
efté cachées àceux qui ont precede noftre
fîecle,dignes d'admiration. Priant TEter
liel au&eur &conferuateur de tout ceft
vniuers..& de tant de belles creatures qui
y font contenues que ce mien petit la-
beur rçufsifle à la gloire de fon fgind
£Iom 3 Amen.
SOMMAIRE DES CHAPÎ-
tres de cefthiftoiredeT Amérique.
CHAP. I.
*Du motif & occasion qui mu* fit entrepren-
dre ce voyage^ en la terre du B refiU pa<r.i.
CHAP. IL
Dexnoflre embarquemtt m port dHonf?ur
s pays de Normandie : enfimble des tor mente s <>
rencontres, prinfis de 7^ a Hires > & prem teres
terres &Ifles que nom defcoùurifmes. pag. ç*
CHAP. II L
*De s HoniteS) ayîIbacores y Dorades, Mar-
fouïns? Toiffons volansy & autres deplufieurs
fortes y que, nom vif nés & prinfmes fus la Zo
ne Te rride.pag* 2 4. .
Y CHAP. I III.
De r Equator y ou ligne Equinottiale; en fi m
Me des tempe fies, inconfiances des vents, plays
inffley chaleurs* foifi & autres incommodité^
que nous eufmes y & endurafmes aux enuiront
& fous icelle.paç. jj .
CHAP. V.
Defcouuremmt & premiere veue que nous
eufmesttant de T Inde Occidentale ou terre du
Tîrefilque des Sauuao-es habit ans en icelle: a-
uec tout ce qui nous aduint fur mer 3 iufques
fous le Tropique de (fapriorne-paq-.^j..
CHAP. VI.
De noflre defcente an Fort de Coliigni * en
la terre
ia terre du Brefil:du recueil que mus y fit Vil
legagnon & de Jes comporterons tant au fait
de la, B^ligion qu autres parties defongouuer
fiement encepays là.pag*6i.
CHAP. VIL
Defiriptionde lariuiere de Cjanabam au-
trement dite Genevre:de IJfle grfirt de Colli-
gniy quifutbajli en ice Ile: enfemble des autres
tfles qui font es enuirons.pag. ç 7 .
CHAP. VIII.
Du natureUfbr ce Rature ^nudité ^dijpofit ion
& paremens du corps 5 tant des hommes 5 que
desjEmmes Saunages B rejiliens 5 habit ans en
V Amérique centre lefquels ï ay fréquenté enui-
ron vn an *pag. 108.
> CHAP. IX,
Desgrojfes racines, &gros mil dont Us San
uagcs font farine, quils maget au lieu de p ami
& de leur bruuage quils nomment Çaoum»
pag.ijz*
CHAP. X.
Des z/4nimauX)Venaifins,gros LeXards?
Serpens-* & autres befies monftrueufes de l^yt
mertque. pag.ijo.
CHAP. XL
De la variété des oy féaux de £ '^Amérique,
îom différents des nofir es: enfemble des gr off es
QhauueJfouru^beiUeSy A^ufëhes> Moufchtl
lons>& autres vermine* eflmnges de ce pays la
pag.iâj.
V
CHAP. XÎI.
jD' aucuns poijfonsplm communs entre les
Sauuages de f Amérique : & de leur manière
depcfcher.pa.i8 S*
CHAP. XIII.
*Des Arbres i Herbes & Fruits exquis que
produit la terre duBrefilpag. ÏÇ4.
\ CHAP. XII II.
De la guerre, cobats>hardi<>jfes , & armes
des Saunages de V A merique .pa%. 2 / S
CHAP. XV/
Comment les ^AmeriquainS traitent leurs
prifinniersprins en guerre > & les ceremonies
quits obferuent tant a les tuer qu'à Ut manger
pag.zjï.
t6 ÇHAP. XVI.
Ce quon peut appeler %jhgion entre les
Sauuages ^Ameriquains : des erreurs ou cer-
tains abufeurs quits ont entre eux nommez,
Caraïbes les détiennent: & de ta grande igno~
rance de Dieu ou ils font plongez .pag. zj$.
CHAP. XVII.
*Du mariage s c Poligamie,& degre\decon~
fanguinité ', obferuet parles Saunages : & du
traitement de leurs petits enfans. pag. 2^5.
CHAP. XVIII.
Ce quon peut appeler loix & police ciuils
entre les Saunage^ comment ils traitent &rè-
coiuent humainement leurs amis qui les vont
vifiter: & des grands pleur s que les fimmes font
k leur arrinee & bien venue. pag. 303-
CHAP.
CHAP. XIX.
Comment les Saunages fe traitent en bur»
maladies\enfeble de leur Jepulture & fanerait
les: & des grande pleurs qu'ils fine après leur*
morts.pag.331.
CHAP, XX.
Colloque de V entree & arrime en la terre
du lïrefiUentreUs gem dupaysnornme\Tou
oupinambaoults & Toupinenquin: en langage
Sauuage& Francois.pag.341,
CHAP. XXI.
De noftre département de la terre du Bre-
Jtl dite A meriqae : enfemble des naufrages &
autres premiers perilsque nous efchapajrneffir
mer h nofire retour. pag, 3j 7 .
CHAP. XXII.
JDe r extreme fhmine,tormentes } & autres
dangers d'où Dieu nom délivra en r/tpajfam
en Vrance.pag. 39$*
h i s r o i \e
DTN VOYAGE, FAIT
EN LA TERRE DV BRE.
SIL, AVTUMENT di-
te AMER I CXJ E.
Contenant la nauigation & chofes remar-
quable s ^v eue s fur mer par fauteur. Le co for-
tement de V 'illegagnon en ce pais la . Les
meurs & façons de vmre efir anges des Sau-
nages jimeriquains : auec vn colloque de leur
langage. Enfemble la defcriptim de plufieurs
ji~ni?naux<> Arbres^ Herbe s t & autres chofes
finçulieres & du tout incogneues par deçà.
CHAP. I.
Du motif & occafioti qui nom fit entrepren-
dre ce voyage en la terre du Brefil.
ÀVTANT que quel-
ques Cofmographes , & au-
; très Hiftoriens de noftre
tcps , ont ia efcrit par ci de-
uant, de la lôgueur-Jargeur»
beauté,& fertilité' de cefte quatrième par
tie du monde,appelee Amerique 5 ou ter-
re du Brefil : enfemble des Ifles proches
& terres continentes à icelle? du tout in-
A
f m
HISTOIRE
™^**
intention
du t*A*-
i€i*r.
cogneues aux'anciens : mcfmes de phî-
ficars nauigations qui s'y font faites de-
puis enuiron odante ans qu'elle fut pre-
mièrement defeonuerte : fans m'arrefter
à traiter ceft argument au long ni en ge-
neral , mon intention & mon fuiet fera
de feulement declarer en cefte Hiftoire,
ce que fay pratiqué, veu,ouy & obferué,
tant fur mer/en allant & retournant, que
parmi les Sauuages Ameriquains , entre
lefquels i'ay fréquenté & demeure enui-
ron vn an. Et afin que le tout foit mieux
co^neu & entendu d'vn ehacun,commen
çant par le motif qui nous fit entrepren-
dre vn fi fafcheux & lointain voyage, ie
diray brieuemét quelle en fut Poccafion.
L'an M. D.LV.vn nomme Viilega-
gnon Cheualierde Malte, autrement de
Entrepri* p or d re qu'on appelé de faint lean de le-
ÎJglt rufalcm, fe fafchant en France, & mefmc
ayant receu quelque mefeontentement
en Bretagne, ou il fe tenoit pour lors, fît
entendre en diuers endroits du Royau-
me de France à plufieiirs notables perfon
nages de toutes qualités , que dés long
temps il auoit non feulement vne extre-
me enuic de fe retirer en Quelque pays
lointain, ou il peuft libremét & puremét
feruir à Dieu felon la reformation de PE
uangile,mais aufsi qu'il defiroit d'y pre-
parer lieu à ceux qui s'y voudroyent re-
tirer
D g L'A M E R I QV E. 5
tirer pour euiter les perfecutions qui
eftoyent de ce temps la en France pour le
fait delà religion.
Declaranten outre , tant de bouche à
ceux qui eftoyent auprès de luy,q par les
lettres qu'il enuoyoit à quelques particu
liers, qu'ayant ouy parler & faire tant de
bons récits à quelques vns , de la beauté,
,& fertilité de la partie en l'Amérique, ap
pelée terre du Brefil , que pour s'y habi-
tuer & effectuer fon defl'ein, il prendroit
volontiers cefte route , & cefte brifee: &:
de fait ayant fous ce beau prétexte & bel
le couuerture gagné les cœurs de quel-
ques grands Seigneurs delà religion re-
formee,lefqucls pour la mefme affection
qu'il difoit auoir,defiroyent trouucr tel-
le retraite,entreiceux feu d'heureufe me
moire Gafpard de Coligny Admirai de g^ ard
France,bien veu,&bien venu qu'il ^ olt ^ l ^ y
auprès du Roy Henry 1 1. lors regnant, de frame
luy ayant propofé que Villegagnon fai- c**fi de
1 ; / r r i . q © . . ct voyage
fantee voyagepourroit deicouurir beau
coup de richefles, & autres commoditez
pour le profit du Royaume , luy fit don-
ner deux beaux Nauires équipez & four
nis d'artillerie & dix mille francs pour
faire fon voyage.
Ainfi Villegagnon ayant auec cela af-
feurance d'eftre accompagné dequelques
perfonnages d'honneur (fous la pro-
^ m
^ HISTOIRE
mefle toutesfcis qu'il, leur fit auant que
partir de France qu'il eftabliroit le pur
feruice de Dieu où il rcuderoit) après
qu'il fe fut pourucu de Matelots & mef-
mes d'artiians qu'il mena aucc luy , au
mois de May audit an i555.il s'embarqua
fur mer ou il eut plufieurs tourmentes &
deftourbiers: mais en fin nonobstant tou
tes dificultez en Nouembre fuyuant il
paruint audit pays.
Arriué qu'il y fut il defcêdit &c fe pen-
fa premièrement loger fur vn rocher à
l'eniboucheure d'vn bras de mer, ou ri-
uiere d'eau falee,nommee par les Sauua-
ges (janabarai laquelle comme ie la def-
criray en fon lieu demeure par les vingt
trois degree au delà l'Equator , afïauoir
droit fous le Tropique de Capricorne)
mais les ondes de la mer l'en chafferent*
Ainfi eftant contraint de fe retirer de la*
il saduança enuiron vne lieue tirant fur
les terres, & s'accommoda en vnelfle au
parauant inhabitable , en laquelle ayant
defehargé fonartillerie & fe£ autres meu
blés, afin d'eftre en plus grande feurté tat
contre les Sauuages que contre les Por-
tugalois, qui voyagent & ont ia tant de
forterefles en ce pays la^ilyfit commecer
de baftir vn Fort.
Or de là feignant toufîours de brufler
de zèle d'auâcer le règne de Iefus Chrifr,
&le
-
de l'ameri qj e . 5
& le perfuadant tant qu'il pouuoit à fes vill( ^
gens , quand fes nauires furent chargées £«»**/«*>
& preftes de reuenir en France il tfàmjtf S eneue °
ô£ enuoya dans l'vnc d'iceli.e exprefle-
mentvn homme à Geneue, requerât TE-
glife & les Miniftres dudit lieu de luy ai- S
der &de le fecourir autât qu'il leur feroit
pofsible en ce|te Tienne tant fainte entre
prinfe. Mais fur tout, afin de pourfuyurc
& aduancer en diligence Pceuure qu'il a-
uoit entreprins & qu'il defiroit,difoit il,*
de côtinuerde toutes fes forces, il prioit
inftamment non feulement qu'on luy
enuoyaft des Miniftres delà parole de
Dieu: mais aufsi pour tant mieux refor-
mer luy & {es gens, & mefmcs pour atti-
rer les Sauuages à la cognoifïace de leur
falut, que quelques nombres d'autres
perfonnages bien inftruits en la Religiô
chreftienne acçompagnaffent lefdits Mi-
niftres pour le venir trouuer.
L'Eglife de Geneue doneques ayant
receu Ces lettres & ouy (es nouuelles î -êV
ditpremierement graces à Dieu de l'am-
plification du règne de lefus Chriften
vn fi lointain pays, mefmes en terre fl
eftrange & parmi vnc nation laquelle J-
ftoit du tout ignorante le vray Dieu.
Et pour fatisfaire à la requefte de Vil-
legagnon , après que feu monfieurl'Ad-
"miral auquel pour le mefme effe&ila-
A 2
6 HISTOIRE
uoit aufsi cfcrit , eut folicite par lettres
Thilipp* Philippe de Corguilerey fieur du Pont
tr^^C qui s'eftoit retiré près Geneue & qui
cepte d'aï- auo it e fté fon voifm en France près Cha-
lertrcuv.tr /-..,« n r -, „ U J 1
viiiega- ftillon (urLoing)d entreprendre le voya-
gnon, g e p OUr conduire ceux qui fe voudroyét
acheminer en cefte terre du Brefil vers
Villegagnon: ledit fieur du Pont enc-
ftât aufsi requis par l'Eglife S: Miniftrcs
deGeneue,quoyq.u'il fut ia vieil &caduc,
tant y a que pour la bonne affeclion que
il auoit de s'employer à vn li bon ceuurc,
poftpofant,8c mettât en arrière tous ces
autres affaires,mefmcs laifïantfcs enfans
& fa famille de fi loin, il s'accorda de fai-
re ce qu'on requeroitdeluy.
Cela fait il fut queftion en iecôd lieu
detrouuerdes Miniftrcs delà parole de
Dieu . Partant après que du Pont & au-
tres liens amis en eurent tenu propos a
quelques Efcoliers qui pour lors eftu-
dioyent en Théologie à Geneue : entre
les autres Maiftrc Pierre Richicr,ia aagé
pour lors de plus de cinquante ans , &
Guillaume Chartierluy firent promeiTc
qu'en cas que parla voye ordinaire de
TEdife on cogneuft qu'ils fuffét propres
à cefte charge, ils eftoyent prefts de s'y
employer. Ainfi après que ces deux etirét
cfteprefentez aux Miniftrcs dudit Genek
lie, guiles ouyrent fur l'expofition dé-
cer-
de l'ameriqv e. 7
certains paflages de rEfcriturc'fainte,& n^d/;er&
les exhortèrent au refte de leur deuoir, f >Wr
- . « c ficus nn
ils acceptèrent volontairement sratc le minier*
conducteur Du Pont , de pafferlâ mer J^^
pour aller trouucr Villegagnô',afin d'an- ^ Uercn
.iionccr.rEuangile en r Amérique. l ^ eri \
Or reftoit il encores de trouuer d'ati-*"'*
très personnages inftraits es principaux
points de la Foy : mcfmes comme Ville-
(r ae non auoit mâde,des Artifans experts
enleur art: mais parce que pour ne trom
per perfonne, outre que du Pont decla-
roit le long & fafcheux chemin qu'il co-
uenoit faire: affaupir, enuiron cent cin-
quante lieues par terre , & plus de deux
mille lieues par mer -, il adiouftoit que
eftât paruenu en cefte terre d'Amérique, f«w de
k 1 J' l'turc en
il fe faudroit contenter de manger d vne ^ mirim
certaine farine faite de racine au lieu de ^»e.
pain, & quant au vin nulles nouuelles,
car il n'y en croift point: bref,ainfi qu'en
vnnouueau monde ( comme la lettre de
Villegagnon chantoit) il faudroit îa vfer
de façons de viure & de viandes du tout
différentes de celles de noftre Europe:
tous ceux di-ie qui aimas mieux la théo-
rique que la pratique de ces chofes,
n'ayans pas volonté de changer d'air , de
endurer les flots de la meh la chaleur de
la Zone Torride, ni de voir le Pole An-r
tarclique,ne voulurêt point entrer en li- %
A 4
m vmn
8 HISTOIRE
ce ni s'enroller & embarquer en tel voya
S e -
1 outesfois après plufieurs femonces
S: rccerches de tous coftez , ceux ci , ce
fembieplus courageux que les autres, à
Viom de frauoir ', Pierre Bordon , Mathieu ver-
firent le neul^Iean du Bordel, Andre la Fon,Ni-
W* colas Denis, lean Gardien, Martin Da-
^. ' uid,NicolasRauiquet,NieolasCarmeau
laques Roufïeau , & moy lean de Lery
qui (tant pour la bonne volôte que Dieu
m'auoit donee dec lors de feruir à fa gloi
re,que curieux de voir ce nouueau mon-
de)fus de la partie: fe prefenterent pour
accompagner du Pont, Richier& Char-
tier: tellement que nous fuîmes quator-
ze en nombre , qui pour faire ce voyage
jpartifincs delà Cite' de Gcneue, le dixiè-
me de Septembre en l'année 1556.
Nous tirafmes Se ail a fm es paflTer à
Chaftiilon fur Loing , auquel lieu ayans
troiiue MonfieurP Admirai , non feule-
ment il nous encouragea de plus en plus
de pourfuyure noftre entreprinfe , mais
aufsiaucc promefie denous afsifterpour
le fait de la marine , nous mettant beau-
coup de raifons en auant il nous donna
grande efperance que Dieu nous feroit
la grace devoir les fruits de noftre la-
beur. Nous nous achcminafmes de la à
p Paris , la ou durant vn mois que nous y
fciotzr-
Ï>E L'A M E II I Q^V Ç. $
feioarnafmes, quelques Gentil s hommes
& autres eftans aduertis pourquojr nous
fai'fions ce voyage , s'adioigmrent aucç
nous . Delà nous paffafmes à Rouen &
tirans à.Honfleur port de mer qui nous
eftoit afsignéau pays de Normandie, y
faifans noz préparatifs & en attendant
quenoz Nauires fufTent prefts à partir,
nous y demeurafmes enuiron vn mojs.
CHAP. II.
Tjle noflre embarquement au port et H on~?
fleur pays de Normandieienfemble destormen
tes • 3 rencontressprin0s de 2y autres^ premie-
res terres & l(les que nous defcouurifïnes.
^\inii après que le fieur de Bois
fejle Conte neueu de Villega-
?gnon \ qui eftoit auparauant
|nous àHpnfleur 5 y eut fait et-
iquip.er en guerre au^ defpps
du Roy , trois beaux .vaiflfeaux: fournis
qu'ils furent de viures &d'autres chofes
neceffaircs pour le voyageje dix &neuf-
jeme de Nouembre nous nous y embar-
xjuafmcs.' Ledit fieur de Bois le Conte a~
uec enuiron o&ante perfonnes tant fol-
dats que matelots eftant enl'vn des na- Lefieurd*
uires appelle la petite Roberge,fut efleu ^p^vl
noflre Yicc AdmiraMe m'embarquay en <* Mnér
1 ' rai. *
i
'■ *~
10 HISTOIRE
vn autre vaiffeau nommé la grand Ro~
berge, ou nous eftiôs fix vingts en tout*
& auions pour Capitaine le iïeur de fain
te Marie dit FEfpincSc pour Maiftrc vn
nommé lean humbertde Harflcur bon
Pilote & homme bien expérimenté en la
nauigation . Dans l'autre qui s'appeloit.
Rofce^du nom de celuy qui lecodnifoit,
en comprenât fix ieunes garçons que no 9
rnenafmes pour apprédre le langage des
Sauuages , & cinq leunes filles , aûçc vne
femme pour les gouuerner Cqui furet les
premieres femmes Françoifes menées en
la terre du Brcfil, dot les Sauuages dudit
Iieu,ainfi que nous verrons ci après, n en
ayansiamais auparauant veu devcftues,
furent bien esbahis àleur arrîuee) il y a-
uoit enuiron nonanteperfonnes.
Vain?™* A iiifi ce mefme iour qu'enuiron midi
ds part an s . /*• . . . A » t
dn-von. nous miimcs les voiles au vent, a la
fortieduport dudit Honfleur,Ies canô-
nades, trompettes, tabours, fifres, & au-
tres triomphes accouftumez de faire aux
Nauires de guerre qui vont voyager, ne
rnaqueret point en noftrc endroit. Nous
a lia fm es premièrement ancrera la Ra-
de de Caulx qui cft vne lieue en mer par
delà le Haure de grace: & la felon la cou
flume des Mariniers qui veulent voya-
ger en pays lointains, après que les Mai
fives & Capitaines eurent fait reueuë &
eurent
D E L'A M ERIQJ E. tï
eurent feeu le nombre certain, tant des
foldats que des Matelots 5 ayans comandc
deleuer les ancres nous nous pennons
dés le foir ietter en mer . Toutesfois 1c
cabJcduNauireoui'cftois s'eftant rom-
pu & l'ancre tiré à grande difficulté, cela
fut caufe que nous ne peûfmes appareil-
ler que iufques air lendemain.
Cedit iour doneques vingtième de
Nouembrcqu'ayans abandonné la terre
nous commençafmes ànauigcr fur cefte
grade & impetueiife m£r Gcceane, nous
defcouurifmes & coftoyafmes l'Angle-
terre laquelle nous laifsions à dextre, &
fufmes deflors prias d'vn flot de mer qui
dura douze iours:durant lcfquels, outre
que nous fufmes tous fort malades de la
maladie accouftumee a ceux quivontfur
mer,il n'y auoit celuy qui ne fut bien ef-
poouanté de tel branflement . Et de fait
ceux principalement qui n'auoyent ïâ-
mais fenti l'air marin, ni dancé telle dan
ce,voyans lamerainfi haute & efmeuë
penfoyent à tous coup-s & à toutes mi-
nutes que les vagues nous deuffent faire
couler en fond: corne certainement c'eft
chofe admirable de voirqu'vn vaiffeau
de bois quelque fort & grand qu'il foit,
puiffe ainfi refifter à la fureur & force de
ce tant terrible clemét: car combien que
les Nauires foyent baftis de gros bois
M HISTOIRE
bien lié , chcuillé , & bien godronne, &
queçelpymefmcs auquel Pcftois, peuft
. auoir euuiron dixhuit toifes de long, &
trois & demie de largcqu'cft ce en corn-
paraifô de ce gouffre & de teJJe largeur,
profondeur & abifmes d'eau comme eft
celle mer du Ponent ? Partant fans am-
.Vart d € P llfi er ce propos dauantage ie diray icy
iVn'Ti Cn Vn m0t ^ U ° n ne :fcauroit aflez prifer
T»Ï.' X "~ tant ^excellence de l'art de la nanigatio
en general qu'en particulier Pinuention
de PEguiUe marine , de laquelle néant-
moins comme aucuns tiennent , Vyf^e
n eft que depuis enuiron cent cinquante.
ans. Nous fuîmes doneques ainfi agirez
& nauigeafmes auec grandes difficult
lufques au troifieme iour après noftrc
embarquemêt qucDieu appaifa les flot*
& orages de la mer.
Le dimanche fuyuant ayans rencon-
tre deux nauires rnarchans d'Angleter-
re qui venoyent d'Efpagne , après que
nos Matelots les étirent abordez & veu
quUI y auoit à prendre dedans , peu s'en
fallut qu ils ne les piliaflent . Et de fait
fuyuat ce que fay dit que nos trois vaif-
ieaux cftoyent bien fournis d' A rtillerie
&■ d autres munitions de guerre nos nu
riniers, s'en tenans fiers & forts, quand
îes vaiffeaux plus foibles (ainfi que nous
verrons tantoft) fetrouuoycnt deuant
eux
Ù E L'A M Eli QV E* t\
eux '•& à leur merci ils n'eftoyent pas à
feu r te. j
Et puis cjùe cela viet à propos il faut
que ie dife ici en paffat à ceûe premiere c i ou i îuxaç
* i,.,v T . ,', • , L .des mari -
rencontre deJSiauire que 1 a y veu prati- »; m y«r
quer farmer ce qui fe fait aufsile plus mer -
fouuent en terre: affauoir , que celuy a-
yât les armes au poing qui cft le pi 9 fort
remporte , & donne la loy à fon compa-
gnon . Vray eft que rnefsieurs les Mari-
niers faifans caller le voile & ioindre les
pauures Nauires marchans leur alleguet
ordinairement qu'y ayant long temps
qu'ils font fur mer fans qu'à caufe des
têpeftes & calmes ils ayent peu aborder
terre ni port, ils font en necefsite' de
viuresdontilsprient d'eftre afsiftez en
payant. Mais il fous ce prétexte ils peu
uêt mettre le pied dans le bord de leurs
voifins ,il ne faut pas demander fi pour
empefeher le vaiffeau d'aller en fond, ils
ledefehargent de tout ce qui leur fem-
ble bon & beau. Que fi la deffus on leur
remonftre ( comme de fait nous faifions
fouuent) qu'il n'y a nul ordre de piller
indiferemment autant les amis que les
ennemis, la chanfon commune de nos
foldats terreftres , qui en cas femblable
pour toutes raifons difent que c'eftla.
guerre & la coufturae, & qu'il fe faut ac
commoder, ne manque point en leur
endroit.
14 HISTOIRE
Mais outre cela ie diray ici , par ma-
nière de preface,fur pluiîeurs exemples
de ce que nous verrons ci a/res^queles
Efpagnojs & encores plus les Portugais
le vantans d'auoir les premiers defeou-
uert la terre du Breiily/oire tout le con-
tenu depuis le deftroit de Magelan,
qui demeure par les cinquante degrés
du co fié da Pole Antardique,iufques au
Peru , & encores par deçal'Equator : &:
par confequent maintenans qu'ils font
ïeigneurs de tous cqs pais la , aleguans
que les François qui y voyagent font
vmrpateurs fur eux , s'ils les trouuenr
fur mer à leur auantage, ils leur font vne
telle guerre qu'ils en font venus lufques
là d'en auoir efeorchez tous vifs, & fait
mourir d'autre mort cruelle . Les Fran-
çois fouftenans le contraire & qu'ils ont
leur part en ces pays nouuellement co~
gneuz , non feulement ne fe laiffent pas
volontiers battre aux Efpagnois , moins
aux Portugais (lefquels pour en parler
fans affection ne les oferoyent aborder
s'ils ne fe voyent en beaucoup plus grâd
nombre de vaiffeaux) mais en fe defen-
dans vaillamment rendent quelquefois
la pareille à leurs ennemis.
Or pour retourner à noflre route la
mer.s'eftant derechef enflée, elle fut fi
rude Tcfpace de fix ou fept iours, quenô
4*-
D E L'A M C R I QJ E. 15
feulement ie vis par plufieurs foisentrer
& fauter les vagues par de flu s leTilac de
noftrcNauire,mais aufsi àcaufe de la roi
deur des ondes le vaifleau eftoit esbranle
de telle façon qu'il n'y auoit Mateiot,tat
habile fuftVil, qui fe peuft tenir debout.
Et certes cela eftoit voir l'expérience de
ce que le Pfalmifte dit parlant de ceux?j*. €V *L
qui vont fur mer. Car montans ainfi par
manière de dire iufques au ciel , puis a-
yans les fens défaillis chaneelans comme
yurognes,defcedre iufques aux gouffres
& iufques aux abifmcs , n'eft ce pas voir £«£**»-
les merueilles de Dieu? il eft bië certain. / f X2
Partant fubfiftant ainfi au milieu du fe- .*>»*;/*
pulchre , le peril s'approchant quelques ™ y r e * fur
fois plus près que Fefpeflcur des aïs de-
quoy les vaifleaux nauigables font faits:
il femble que le Poète qui a dit que ceux
qui vont fur mer ne font qu'à quatre
doigts de la mort,les en efloigne encores
trop.
Or celuy comme il eft dit au Pfcaume
fus alegué qui fait le temps calme & tran
quille quant il luy plaift,apres cefte tem-
peftenous ayant enuoyéventà gré, nous
paruinfmes d'iceluy iufques àla mer d'E-
fpagne: & nous trouuafmes àla hauteur
du Cap de faint Vincent le cinquième
iour de Décembre. En ceft endroit nous
rencontrafmes vnNauire d'Irlande dans
1.6 HISTOIRE
lequel nos Mariniers fous le prétexte
fufditqueles vuiresnous failloyêt prin-
drent fix ou fçpt pipes de vin d'Efpagnej
des figues, des oranges, & autres chofes
dont elle eftoit chargée.
Sept iours après nous aborda/mes au-
près de trois Iilcsnômeespar les Pilotes
Les îjies de Normandie* la Gracieufe,Lancelotc,
ci? umes. ^ p ortc auanture,qui font des ifles For-
tunées. Il y ena fept en nôbre àprefent
come feftime toutes habitées par les E~
fpagnols: maisquoy qu'aucuns marquêt
en leurs cartes ocenfeignent parleurs H-
•ures que ces Ifles fortunées font lituees
feulement par les onze degree au deçà
de l'Equatorj&par confequent felon eux
feroyent fous la zoneTorride,ie di pour
y auoir veu prendre hauteur aucc l'Aftra
labe que certainement elles demeurent
par les vingt huit degrez tirant au Po-
le Arctique. Et partant il faut confeffer
qu'il y a erreur de dix & fept degrez des-
quels tels auteurs en trompans eux &les
autres les reculent trop de nous.
En ces endroits que nous mifmes nos
Barques hors nos Nauires, vingt de nos
Soldatz & Matelotz s'eftans mis dedans
auec des Berches , Moufquetz & autres
armes, penfans butiner en ces Ifles s'y en
allerent,mais corne ils voulurent mettre
pied en terre les Efpagnols qui lesr a-
uoyent
D E i! AMER I Q_V E I7
uoyèiît defcouucrts auparauant les ; rerri-
barrereint Ti bien qu'ils n'eurent que lia-
fte de fe retirer. Neantmoins ils tournè-
rent & virèrent tant à Contour) qu'en fin
a yiuis rencontré vne Carauelle de pef-
c.hcurs ( Jefquels fi toft qu'ils les virent
venir à eux fejaùttans en cerreleur quit-
tèrent leur vaifïeau)s'en eftans faifis 3 non
Seulement ilsy prindrent grande quan-
tité de chiens de mer feesy des compas à
iiauiguer & tout ce qui fe trouua dedans
iufqu'aiix voiles qu'ils raporterent,rnais
aufsi nepouuâs pis faire aux Efpagnols \%
defqueîs ils fe vouloyent veriger 5 à grids
xoups de haches 3 ils mirent en fond vne
Barque & vn Bateau qui eftoit auprès»
-Durant trois tours que nous demeu-
râfmes auprès de ces Mes Fortunées y à
çaufe que la mer eftoit fort calmcnous y
prinfmes fi grande quantité de poiffoiis
(t&t âuec des haims qu'auec des rcts)que
$ipres que nous en eufmes mangé à noftre
fouhait (craignans parce que nous n'a-
nions pas Teau douce à noftre comman-
demejit que cela ne nous alteraft trqp)
nous fu fines contraints d'en rcietter plus
de la nboitié en mer. Les efpeces 'eftoyent
Dorades* Chiens de mer 5 &plufieurs au-
tres dont nous ne fauions les nomsrtou-
tesfois il y en auoit de ceux que les Mari
niers appcllét Sardes 9 qui eft vne efpece
B
■ *
ï8 H I S T OHE
de poiffon ayant fi peu de corps qu'il fem
blequelatefte & la queue foyent ioints
enfemble-.ladite tefte eftant faite de la fa-
<on dVn morrion à crefte.
- i Le meccredi matin fixieme de Decern
bre,que la mer s'efmeut derechef, les va-
gues" remplirent fi foudainement laBar
que qui eftoit amareeà noftreNauiredés
le retour des Ides Fortunées , que non
feulement elle fut fubmergee & perdue*
mais aufsi deux Matelots qui eftoyent
dedans furent en fi grand danger qu'a pei
ne-en leur iettans haftiuement des corda
ges les peufmes nous fauuer & tirer dâ$
le vaiffeaurEtau furplus diray pour cho-
ie remarquable, que noftre cuifinier du-
rant cefte tempeftedaquelle continua qua
tre iours) ayant mis vn matin deflaler du
lard dans vn grand vaiffeau de bois (qui.
eftoit la moitié d'vn poinfon fcié par le
milieu)ii y eut vn coup de mer qui de fon
'SvYcoub impetuofité fautant par deflus le Tillac
de mer. emporta &la caque & ce qui eftoit de-
dans, fans larenucrfcr,plusdelalôgueur
d'vnc pique hors le Nauire, mais tout
fond lin vne autre vague vint à Topofite
laquelle de grande roideur reiettale tout
fur le mcfmc Tillac : tellement que cela
fat nous renuoyer noftre difné qui, com-
me on«dit,s'en eftoit allé aual Peau.
Or dés le vendredi dixhuiticme dudit
mois
fcE t'AM ÈRIQJ E. I9
tnois, nous defcouurifmes la grand Ca-
naricjde laquelle nous approchafnies af-
iez près le dimanche fuyuanr.mais quoy
que nous eufsions délibéré d'y prendre
des refraifchiflemens tant y aqu'àcaufe L agra!2 j
du vent contraire il ne nous fut pas pof- Charte.
fible d'y mettre pied à terre. Ceftvne bel
Je Me habitée aufsi à piefent des Es-
pagnols, en laquelle il croift force Canes
dcfuccres&debons vins : &aurefieeft
fi haute qu'elle fe peut voir de viiigt &
cinq ou trentelieuê's. On l'appelle aufsi
Je Pic deTanarifle, Srpcnfent aucûs que
ce foit ce que les Anciens nommoyentlé
mont d'Athlas dont on dit la mer Athîâ-
tique, dequoy ie frie rapporte à ce qui en
eft.
Ce mefme iour de dimanche nous def
couurifmes vneCarauclle dePortugal 5 la
quelle, parce qu'elle cftoit au de flous du
vent de nous , voyans bien ceux qui e- ç* Y «uét
ftoyent dedans qu'ils ne potirroyent re-«^* r/ *
fifterni fuir calans le voile fe vindrent 1 ""**
rendreà noftre Vice Admirai. Ainfitfos
Capitaines qui dés long temps âupara-
uantauoyent arrefté entr'eux de s'acco-
rnoder (corne on parle auiourd'huyjd'vii
Vaifleau de ceux qu'ils s'eftoyent touf-
iours promis de prendre ou fur les Efpâ
griolsou furies Portugais , afin de s en
faifir & affeurer dauâtage mirent incon*
B s
2û HISTOIRE
tinant de nos gens dedans. Toutesfois à
caufede quelques confiderations qu'ils
curent enucrs le maiftre dlcelle,luy ayâs
dit qu'en cas qu'il peuft foudainement
trouuer vne Caravelle en ces endroits là,
qu'on luy rédroit la fiëne: luy qui aimoit
mieux la perce tomber fur fon voifin que
fur luyjS^n mit en deuoir. Ainfi felon la
requefte qu'il fit que pour effe&uer ceque
il promcttoit •, on luy bailiaft vne de nos
Barques armée de Moufquets auec vingt
de nos Soldats, & vne partie de (es gens
dedans, comme vray Pirate que fay o-
pinion qu'il eftoit pour mieux ioiïer fon
rolle & afin de n'eftrefi toft defcouuert,
il sen alla bien loin deuant nosNaui-
res.
La~Ba.r ba-
tte.
Ornons coftoyons lors la Barbarie,
habitée des Mores , d'où nous n'eftions
çuere. cflongnez de plus de deux lieues,
îaquelleCcommc il fut foigneufement ob-
ferué de pluficurs) eft vne terre fi plaine,
voire fi fort baffe que tât que noftre veuë
fe pouuoit eftédre,fans,voir aucunes mô
tap-nes.ni autres obicts, il no 9 eftoit aduis
quenous eftâs plus hauts, la mer deuftin-
côtinât tout fubmergerce pays là, & que
nous & nos vaifleaux deufsions pafler
par deffus . Et à la venté combien qu'au
iugcmcntdcl'œilil femble qu'il foit ain-
fi prefque fur tous les nuages de la mer,
fi cft-ce
DE L'AME-RIQTE. 21
fi eft-ce que cela fe remarquai! tp Jus par-
ticulièrement en ceft endroit la 5 quand
ie regardois dVn cofté ce grand û plat
pays qui paroiffoit comme vne valee > &
d'autre partla mer à l'oppofue fans e-
flre lors autrement efmeuë, neantmoins
en comparaifon faifant vne grande & ef-
poùuantable montagne, en me fouuenât
deceque dit PEfcriture à ce propos i e p ^ e - I0 4-
conteroploye cefle œuure de Dieu auec
grande admiration.
Pour retourner à nos efcumeurs de
mer , lefquels nous auoyent deuancez
dans leurs Barques , le vingt & cinquiè-
me de Décembre iour de Noel eux a-
yans rencontré, & tiré quelques mouf-
quetades fur vne Carauelle^'Efpagnols,
la prenans par force ils ramenèrent vers C^aveUc
nous. Orparce que non feulement c'e- r '"^'
ftoitvn beau Vaiffcau , mais aufsi qu'il
eftoit chargé de fel blanc , cela pleut
fort à-nos Capitaines: & partant felon la
coriclufion qu'ils auoyent faite dés long
temps de s'en accommoder d'vn, nous Pe
menafmes en la terre du Brefil vers Vil-
Jegagnon. Vray eft qu'en tenant proni efle
au Portugais qui auoit fait celle prinfe,
mettant les Efpagnoîs .depoiTedez de
leur Vaiffeaupefle méfie parmi fes gens
dans fa Caraueîle y on la luy rendit.
Toutesfbis née fuft en tel eftat qu'il eufe
B z
22
HïS.TOUE
mieux valu par manière de dire les met-
tre tous en tôdtcar nos MariniersCcruels
, qu'ils furet en ceft endroit) n ayans laiffe
Z"mU non feulement morceau de bifcuit ni
*****- d'autres viandes à fes pauures gens 5 mais
qui pis eft leur ayans defchiré leurs voi
les & mefme ofté leur petit bafteau (fans
lequel ils ne pouuoyent approcher ni a-
border en terre)il eft vray femblable que
demoarans ainfi à la merci de l'eau , fi
quelque barque ne furuint pour les fe-
çourir,ou qu'ils furent en fi nfubmergez
ou qu'ils moururent de faim.
Ce beau chef d'œuurc, au grand regret
dep!ufieurs,fait eftans pouffez du vent
dVEft Sueft,qui nous eftoit propice,nous
nous reietafmes bien auant dans la haute
mcr.Et pour le £iire court&n'eftre point
ennuyeux en recitantparticulierernent&
à part tant de prinfes de Carauellçs que
nous fifmes en allant: de's ie lendemain &
encores le vingt & neufieme dtiditmois
„ . ' de Décembre fans nulle refiftance nous
dcdL cnprinfmes deux autres. En la premiere
Carpelles c | c fquelles 5 qui eftoit de Portugal^ caufe
de quelque refpeft que nos Maiftres
de Nauircs & Capitaines eurent à ceux
qui eftoyent dedans ) au grand regret
seantmoins de quelques vus de nos Ma-
riniers & principalement de ceuxqui e-
ftojêtdansla Carauelle Efpagnoleque
nous
d e l'a m er i oj x n 23
nous emmenions (lefquels acharnez au
pillage tirèrent quelques coups de Fau-
conneaux à l'encontre) après auoir parlé
à eux onles laiffa aller fas leur rien ofter.
En l'autre qui eftoit à yn Efpagnol il luy
futprins du vin v du bifeuit, & d'autres
yiduailles . Mais fur tout ilregrettoit
fort vne poulie qu'on luy ofta>car> difoit;
il, quelque tourmete qu'il fitellepondqitk
& faifoit tous les iours vn œuf dans fon :
Vaifieau. ;i fcoC t
Le dimanche fuyuant nos Matelots,
f lefquels pofsiblene fç^ôt pas aifçs que :
ie raconte ici leurs courtoifies) ne dem^-n
dâs que d'en auoir de toutes parts, après
que celuy qui eftoit ^ijuietçn la gradHu
ne euft crié felô la cou ftumeVoilcvoile,
& que nous eufmes defcouuerts cinq
Vaifleaux ( ie ne fcay fi c'eftoyent Cara-
uelles ou grands Nauircs)eyx chàntaris
défia le cantique deuant le triomphe les
penfoyentbien tenir:mais parce qu'eftâs
au deffus de nous,nous anions vent con-
traire , nonobftant la violence qu'pn fit à
nos Vaiffeaux (lefquels poiirl'afFèdion
du butin en danger de nousfubmerger&:
virer ce deffus deffous furent armez de
toutes voiles) il ne nousfut pas ppfsible
de les ioindre ni aborder . Et afin 9P ,QÎ1
ne trouuepas eftrange ce que iay touche
que brauâs ainfi fur la mer chacun myoi L
B 4 '
H
Kï ST OiRE
otvdarloît'Ië voile 'déliant nous > iedifay
qiré iesNormans eftans iaufsi belliqu'cu^l
S Vaîlîalrïs ftriffllK^fllMfô^n qui fepùip
ic : auibiird ? liily ; t î r : o î u'u , èk ,f v<>yâgtlt Air TO
cèan i encores que feOTÏ/nHrtKiwoniqfir
trois Vaiffeaiix-, iïs-fefïèyérft v ncâiitm î 6lmi i
fl bien fournis d^ArïHlerîely-ayantdî^
huit pieces dé rbtitc,&:plus tie trente Ber
cHê^S MbùfqueVs- de ftp en 8dl$$ ou 5f&l*
fttm^8^d'autt'es mùnîtiôs dé^àerré que
nos Capitaines & Soldats en tel équipa-
gVîn^feét 'rtfolii^attkquer & çornba-
t?e3¥rWeé '"V&Uiîc du Roy dëPortkrgaî
iînou^Peufilteîs'ttrieôntree. ? *°?-$
^uïnt^ftiffoni^olàtà % '&' autres de plu fleurs '
jortes'qfe ïïotàvifïtiès &prïjïïzes fow là %vne
Torrid [ "' ! ' : ' ■ ;
'■'■,■..< I rr) [If! M ■;-.;■
ES lors nous cufmes la mer
(i 1 flore & lèvent fia grecque 1
d'iccluy ho 9 fufnies poùffei :
èc menez iuRjucs à ti ois ou
rS^S^S^. quatre degree au deçà' de ia
ligrfe E^uinoâ:iale.En,ces J endroits nous
prifmès Force Marfoûins , Dorades, AI-'
bacor'éi y Bonites , ■& grande quantité de
plufieufs ^titres fortes de poiffons'P'iè
quoy
DE L'ÀMERIQVE. 25
quoy qu'auparauarit i'euffe toufiours pê
fé que les Mariniers nous contaflent des
fariboles quand lis nous difoyent qu'il y
aubit certaines efpeces de poiflons volas
fiéft-ce que l'expérience memoftra lors
qxVil eftoit airifi . Nous commençâmes
donquesla,non feulement de voir fortir
de la mer & s'efleuer en Pair , de grofïes V °JJ^
troupes de poiffons ( tout ainfi que fur
terre on voit les Alouettes ou Eftour-
iieaux)volans prefqueaufsi haut hors de
reàuquVne piquer & quelque fois près
de cent pas loin^mâïs aufsi il eftfouuent
adtienu que quelques vns s'ahurtans con
treles Mas denosNauires tombans de-
dans, nous les prenions à la main. Ainfî
felon que ie Tay confideré en vue infini-
té que i'ay veuz &c tenus tant en allant
iqu'en retournant r ce poiflon eft de for-
me prefque corftrriele Haren : toutesfois
vn peu plus long & plus rond : a des pe-
tits barbillons fous la gorge , les ailles
comme celles dVne Chaimefouris 8e
prefques aufsi longues que tout le
corps : & efl: de fort bon gouft & fauou-
reux à manger . Au refte parce que ie
n'en ay point veu au deçà du Tropi-
que de Cancer î'ày opinion(fans toutes-
fois que ie levucille autrement affermer)
qu'aimans la chaleur ï&c fe tenans fous
la Zona Torride i ils n'outrepaflent
" mt
Ûyjêaux
l&arins.
'Ttomte
po-ijfon.
l6 HISTOIRE
point d' vne part ni d'autre du coflédes
Poles. Il y a encores vne autre chofe que
î'ay obferuee , c'eft que ni dans l'eau ni
hors Teau ces panures poiffons volans
ne font iamais à repos; car eftans dans la
mer les Albacores &autres grands poif-
fons les pourfuyuans pour les manger
leur font vne continuelle guerre: .& fi
pour euiter cela ils feveullent fauuer en
l'air & au vol il y a certains oifeaux ma-
rins qui les prennent & s'en repaîfTent.
Partat pour parler auffi de ces oyfeaux
viuans deproyede cefte façon fur la mer,
ils fot femblablemët fi priûez que fouue
tesfois il s'en eft pofé fur les bords,cor-
dages & matz de nos Nauires , lefquels
fe iaifloyent prendre à la main . Et pour
les defcrire auffi tels que pour en auoir
mangé ie les a y veu dans & dehors: Pre-
mieremét ils font de plumages & de cou-
leurs gris comme efperuiers , mais com-
bien quant à l'extérieur qu'ils paroif-
fent aufsi gros que Corneilles fi eft ce
que quand ils font plumez qu'il ne s'y
trouue guère plus de chair qu'en vn paf-
fereau : au refte ils nont qu'vn boyau &
ont les pieds plats comme ceux de Canes
Pour continuer à parler des autres
poiffons dont i'ay fait mention ci deffus,
la Bonite qui eft des meilleurs à manger
qui fe purflent trouucr eft prefques de la
façon
D Ë L'A M E RI QVE. 27
facondes carpes communes, mais fansef
cailles. Fen ay veuenfort grande quan- \
tité lefquelles l'cfpace d'enuiron fix fep-
maines nont bouge d'alentour de nos
Nauires , &eft vray femblable qu elles
fuyuent amfi les Vaifleaux à caufe du
Brets dont ils font frottez.
Quant aux Albacores combien qu'el- -**««"
les foyent,affez femblables aux Bonites
fi eft ce neantmoins(en ayant veu & man-
gé ma part de telles qui auoyét bien cinq
piedz de log &aufsi grofles que le corps
d'vn horhme)qu'il n'y à point de compa-
raifon de l'vne à l'autre quant à la gran-
deur. Au furplus tant parce que ce poif-
fon Albacore n'eft nullement vifqueux,
ains au contraire s'efmie & a la chair auf
fi friable que la Truite, n'ayant au refte
qu'vne araifte en tout le corps ,& bie peu
de tripaiUes,il le faut mettre ai* rang des
meilleurs poiffons de la mer . Et de fait
combien que nous (ainfi que tous les paf
fagers qui font cçs longs voyages ) pour
n'auoir les chofes propres à commande-
ment n'y fifsions autre appareil qu'auec
du fel feulement en mettre rôftir de gran
des pieces & larges rouelles fur les char
bons, fi le trouuions nous merueiîleufe-
ment bon & fauoureux au gouft. Partant
fi mefçieurs les frians,lefquels ne fè vou
lâs point bazarder furmer,& toutesfois
"Dorade.
Marfatùs
28 H I S T OI RE
(comme on dit des chats fans mouiller
leurs pattes)veulient bien mâger du poif
ion en pouuoyent auoir fur terre aufsi
aifément qu'ils ont d'autre marée, le fai-
fant apprefter à la faucc d'Alemagne, ou
en quelque autre forte, doutez vous que
ils n'en lefchaffent bien leurs doigts ? Ié
di nommément fi on l'auoît à comman-
démet fur terre, car ainfi que i'ay touche
du poifibn volant, ic ne penfe pas que
ces Albacores,ayant principalemet leurs
repaires entreles deux Tropiques hc en
la haute rher^ s'approchent fi près des ri-
uages queles pefcheurs en puifient ap-
porter fans eftre gaftez & corrompus.
La Dorade , laquelle à mon iugement
eft ainfi appellee parce que la voyant das
l'eau, elle fe nionftre iaune & reluit com-
me fin or, quant à la figure approche au-
cunernentAdu Saumon : neantmoins elle
diffère en cela qu'elle eft comme enfon-
cée fur le dos. Au refte pour en auoir ta-
fté le tien que eëpoivfoh eft non feule-
ment encores meilleur que tous les au-
tres fus mentionnez , mais aufsi qu'en
eau fallee ni en eau douce il ne s'en trou
uera point de plus délicat.
Touchât les Marfoiaïns, il s'en trouue
de deux fortes , tar Jes vns ont le groin
prefques aufsi pointu que le bec d'vh
Oye, & lès autres au contraire Font fi
rond
DE- Jl'AMER IQJ E. 29
rond &mou0u qu'il femble vne boule: &
partant à caufe de la conformité que ces
derniers ont auec les encapluchonnez,
nous les apeliôs telles de moine: Quât au
rcftedela forme de toutes les deux efpe-
ces , i'enay veudecinq& de fix pieds de
long r ayat la queue fort large & fourchue
&tous vnpertuis fur la terteyparounon
feulement ils refpirent, mais aufsi iettét
l'eau par la. Que û la mer commence de
s ; efmouuoir,vous les verrez paroiftre 3c
fe monftrer fur l'eau , foufflans de telle
façon que vous diriez que ce font porcs
terreftres.Mais fur tout la nuit,qu'au mi
lieu des ondes & des vagues qui les agi-
tent ils rendent la mer comme verte > &c
femblenteux mefmes eftre tous verts,
c'efl vn plaifirque de les ouyr ronfler.
Auflî les Mariniers les voyans nager &C
fe tourmeter de cefte façon prefagent &
s'afleurent de la tempefte prochaine : ce
que i'ay veu fouuent aduenir. Et combié
qu'en temps aflez modéré & la mer eftât
feulement fl oriflante, ceft à dire,ayant le
vent à fouhait, nous en vifsiôs/ quelques abondan-
fois en fi grande abondance Que tout \ c i d * Mai
l'entour de nous & tant que naître veuë
fe pouuoit eftendre, il fembloit que la,
mer fut toute de Marfoûins , ne fe laif-
fans pas toutesfois fi aifément prendre
que beaucoup d'autres fortes depoiflos
J fouins*
■ m
~ T
3°
HISTOIRE
fouïm.
nous n'en auions pas pour cela toutes
-les fois que nous eufsions bien voulu.
Sur lequel propos afin de tant mieux con
tenter le ledeurie veux bien encore de-
, . clarer le moyen dont i'ayveu vfer aux
Marner e \ L -
de prèdre Matelots pour les auoir. L vn d entr eux
hsMar- i e pi us ftilé & façonné à teilepefche fe
tenant au guet auprès du Mats du beau-
pré, & furie deuant du Nauire, ayant en
la main vn arpon de fer emmanché en v-
ne perche delà grofleùr & longueur d'v~
ne demie picque & liez à quatre ou cinq
braffes de cordeaux, quant il en voit ap-
procher quelques troupes eft choififfant
vn entre iceux il luyiette & darde ceft
engin de telle roideur que s'il Pattaint a
propos il ne faut point de l'enferrer.
L'ayant ainfi frappé , il fille & lafchc là
corde, de laquelle cependant il retient le
bout ferme, puis après que le Marfouïn
(qui perdant fon fang dans Peau, & en fe
débattant s'enferre de plus en plus ) cefi
vn peu affoibli les autresMariniers pour
aider à leur compagnon viennent auec
vn crochet de fer qu'ils appellent gaffe
( aufsi emmâché en vne longue perche de
bois ) & à force de bras le tirent dans le
bord. En allât nous en prinfmes enuiron
vingt & cinq de cefte forte.
Touchant le dedans & les parties inte
rieures du Marfouïn après que comme
à vn
d e l'ameri QJTB.
àvnporceau,aulieu des quatre iambons^p 4m ^
onluy aleué les quatre fanoux , fendu -interù*.
qu'il eft, les trippes (l'efchirie fi on veut) J^
& les coftes oftees, quand il eft ainfi ou-
uert & pendu , vous diriez proprement
que c'eit vn naturel porc terreftre : attfsi
a il le foye de mefme gouft : vray eft que
la chair frefche Tentant trop le doucea- ,
ftre n'en eft guère bonne. Quant au lard»
tous ceux quei'ay veu auoyent commu-
nément vn pouce de gras:& croy qu'il ne
s'en trouue point qui pafle deux doigts.
Partit qu'on ne s'abufeplus à ce que les
marchans & poiflbnnieres , tant à Paris
qu'ailleurs, appellent leur lard à pois de
Carefme,qui a plus de quatre doigts def-
pais,Marfouïn,car pour certain ce qu'ils
vendent eft de la Balene. Au refte par-
ce qu'il s'en eft trouué de petits dans
le ventre de quelques vns de ceux que
nous prinfmes ( lefquels nous fifmes ro-
ftir comme couchons de laiét) fans m'ar-
refter à ce que quelques vns pourroyent
auoir efcrit au contraire, ie penfeplu-
ftoft que les Marfouïns portent leur ven
tree ainfi que les truyes,que non pas que
ils multiplient par œufs comme font
prefques toutes hs autres efpeces de
poiffons. Dequoy cependât fi quelqu'vn
me vouloit arguer me rapportât pluftoft
de ce fait à ceux qui en ont veu l'expe-
J2 H IS T O I R E
rie'nce , qu'aveux qui ont feulement len
les Jiur.es, tout ainfi que ie n'en veux
faire ici autre deciiion , aufsi nul ne
m'empefehera d'en croire ce que i'en ay
veu,
\tf*u»s. Nous pnnfmes femblablement beau-
coup de Requiens , lefquels cftans dans
la mer, quelque tçanquiîe de coye qu'elle
foit, femblët eftre tous verts, Il s'en voit
déplus de quatre pieds de long & gros
àraduienâtrmais pour n'en eftre la chair
guère boiin£, les Mariniers n'en mangêt
qu a la necefsité, & par faute de meil-
leurs poiffons .' Au demeurant ces Re-
quiens ayans la peau rude & afpre corne
vue lime, la telle plate & large & la gueu
le aufsi fendue qu'vn loup, ou dogue
d'Angleterre,ne font pas feulemêt mon-
iagereux iti-ueux,mais auisi outre cela, pourauoir
les dens tranchantes & fprt aiguës fi ..dan-
gereux, 'que s'ils empoignent vn homme
par la iambe ou autre partie du corp.s,iIs
emporterot la piece, ou ils le traifherqt
en fond, Aufsi quâd les Matelots en têps
de Calme fe bagnent dans la mer, ils les
craignent fort:mefmes,quand nous en a-
uiôsprins(ainfi que nous auôs fouuet fait
auec des hameçons de fer aufsi gros que
le doigt ) & qu'ils eftoyent fur le Tillac
duNauire, il ne s'en falloit pas moins
donner de garde , qu'on feroit fur terre
de quel-
çrtuek
mer.
be L'a meèï qje, 33
de quelques mauuais chiens . N'eftans
donques ces Requiens propres qu'à mal
faire, quand nous lesauions bien tour-
mentez , ou nous lesaflbmmions à grad£
coups de maffes, ou pour en auoir le paf
fetemps , après leur auoir coupé les na-
geoires , leur liant vn cercle à la queue
nous- les mettions en nier.
Aufurplus, combien qu'il s'en faille ^
beaucoup que les Tortues de mer qui
font fous cefte Zone Torride foyent fi
prodigieufes, que tPvne feulede leur co-
quille on puifîe couurir vne maifon lo-
geable, ou faire vn vaiffeau nauîgable(co
me Pline a efeript qu'il s'en trouue de tel tuf*
lestantes coftes des Indes, qu'aux Ifles e ^- i05
de la mer rouge)fi eft-ce neantmoins que
pour y en auoir mefuréde fi longues, Jar
ges Si monftrueufes, qu'il n'eft pas facile
dele faire croireà ceux qui ne ont point
veu,ieneveux pas obmettre d'en faire
mentiô. Entre les autres ie diray qu'vne.,
qui fut prinfe au Nauire de noftre Vice-
Admiral, eftoitde telle grofïeur que qua
tre vingts perfonnes qu'ils eftoyent dâ*
ce Vaiffeau ( à la façô qu'on à accouftumé
de viure fur mer en tel voyage) en difne-
rent honneftement . La chair approche
fort de celle de veau : & de fait lardée
&roftieelle aprefquesîe mefmegouft.
Touchant là coquille ovale , qui eftoit
G
— ~
£4 HISTOIRE
deffus celle dont ie parle , ayant plus de
deux pieds & demy de large , forte & ef-
peiTe à Tequipolent, elle fut baillée au
iieurdefainte Marie noftreCapitaine,le-
quel la garda pour faire vue Targue. Voi
ci fernblablernêt la manière comme ie les
ay veu prendre . En beau temps & calme
Faconde (car la mer efmeuë on les voit peu fou-
fre7 ^ re uent ) qu'elles montent & fe tiennent au
les Tortues _ ' £ '; . /i'V-ii 11
firmer, deffus de l'eau, le foleil leur ayant telle-
ment efchauffé le dos & la coquille , que
elles ne le peuuet pltfs endurer,afin de fe
rcfraifchir,elles fe virent^ tournêt ordi
nairemët le ventre en haut. Ce qu'apper-
ceuans les Mariniers, s'approchans dans
leur Barque le plus coyemët & plus pre»
qu'ils peuuent,les accrochansentre deux
coquilles auec fes gaffes de fer ( dont i'ay
ia parlé ) à grand force , & quelques fois,
tant que quatre ou cinq hommes peuuet
tirer ils les mettet dans leurBateau. Voi-
la ce que i'ay voulu dire fommairement,
tant des Tortues que des poiffons que
nous prinfmes pour lorstie parleray en-
cores ci après des Dauphins, & mefme^
des Baleines &autres Monftres marins.
CHAP. II II.
De t *Equator<yOuligne Equinocliale: enfern**
ble des Tepefies, inconftances des Vens> Pluyc
e>£ l'ami riqje. 35
infeBe,Chaleurs->foif-,& autres incommodité^
que nous eufmesy & endurafmes aux enuirons
& fous icelle*
5our retourner ànoftrenaui-
j/gationjnoftre bon vent nous
Seftât failli à trois ou quatre
Idegrez au deçà de PEquator*
anon feulement nous eufmes
vn temps fort fafcheux , entre niellé de
pluye & calme > mais aufsi felon quela
nauigation eftdifiîeile,voire tresdange-
reufe auprès de cefte ligneEquinodiale,
ïy ay veu,à caufe de l'inconftance des di-
uers vens qui fouffloyent tous enfemble,
îios trois Nauires,quoy quils fuffent af-
fez pies Tvn de l'autre , & fans que ceux
qui tenoyent les Timons & Gouuernails Experiece
euflent peu faire autrement, chacun Vaif i efmc ^'
feau eftre pouffe de fon vent à part : de vents près
façon que comme en triangle, Vvn allait f/* us
à f Eft,l'autre au Nord,&fautre à l'Ocft: ^
vray eft que cela ne duroit pas beaucoup)
car foudains'efleuoyent des tourbillôs,
que les Mariniers de Normandie appel-
lent grains, lefquels après nous auoir
quelques fois arreftez tout court, au con-
traire tout à Pinftant ternpeftoyét fi fort
dans les voiles de nos Nauires , que c'eft
merueille qu'ils ne nous ont virez cent
fois les Hunes en bas, & la Guille en
C 2
-
$6 HISTOIRE
haut c'eft à dire, ce defïus deflous.
Au furplus la pluye qui tombe fous &
es enuirons de cefte ligne 3 nonfeulemct
put & fent fort mal, mais aufsi eft fi corl-
tagieufe que fi elle tombe fur la chair il
s'y leuera des puftules & groiTes vefsies:
*&«** & mefme tache & § afte Ies habillemens.
gitufe. Dauâtage le foleii y eft fi ardent , qu'ou-
tre les chaleurs extremes & véhémentes
que nous y endurios , encores parce que
nous n'y auions pas l'eau douce ■ n'y au-
Extremes tre bruuage à commandement 3 ni hors
chaleurs, j es deux petits repas , y eftions nous mer
ueilleufemétpreffez de foif. De ma part
& pour Pauoir effayé l'haleine & le four-
fie m'en eftans prefque faillis, Pen ay per
du le parler Pefpace de plus dVne heure.
Que fi qu'elcun dit ladelfus mourans ain-
fï de foif au milieu des eaux ( fans imiter
Tantalus)il ne feroit pas pofsible en tel-
le extrémité de boire ou pour le moins
fe refrefehir la bouche de l'eaii de la mer:
ie refpond que quelque recepte qu'on
me peut alleguerde la faire paffer par de-
dans de la cire , ou autrement Pallarnbi-
quer ( ioint que les branflemens & tour-
Eaude mentes des VaiiTeauxfiotta'ns fur la mer
JueT^° f nt ^ ont P as ^ ort P r °pi'e> n i pour faire les
boire. fourneaux ni pour garder les bouteilles
de cafler)que ie croy (finon qu'on voulut
ietter les trippes & les boyaux inconti-
nent
DE L'A M E R I QJ E. j/
lient après qu'elle feroit dans le corps)
qu'il n'eft queftion d'en goutter , moins
d'en aualer.Neantmoins,comme on voit
quant elle eft dans vn verre* elle eftaufsi
claire,pure, & nette extérieurement que
eau de fontaine ni de roche qui fe puifïe
voir.Etau furplus (chofe dequoy ieme
fuis efmerueillc &que ie laiffeà difputer
aux Philofophes ) fi vous mettez trem-
per dans l'eau de mer du lard , du haren
ou autres chairs & poiffons tant falez
puififent ils eftre, ils fe defifaleront mieux
8c pluftoft qu'ils ne ferôt en Peau douce.
Or pour reprendre mon proposée co-
ble de noftreaffliâion fous cefte Zone
bruflâtefuttelle,quenoftre bifcuit(à cau^
fe des grades &çôtinuelle.s pluyes qui a-
uoyét pénétré iufquesdas la Soute) eftat
deflors gafté&moifi,n'en ayâs neâtmoins
pas à demi noftre faoul de tel, non feuler-
ment il nous le falloit ainfî mâger pour-
ri, mais auisi fur peine de mourir dç p J mj
faim,& fans en rien ietter,nous aualliôs
autant de vers (dont il eftoit à demi) que
nous faifions de miettes, Dauantagenos
eaux douces eftoyent fi corrompues , 8c Eau douce
femblablemët fi pleines de vers, que feu- r°rrïf>uc.
lemêt en les tirant des vai fléaux en quoy
on les tient fur mer, ilny auoit fi bon
cœur qui n'en crachaft:mais encores, qui
eftoit bien le pis , quant on la buuoit il
c 3
'■ «p-
«
38 HISTOIRE
falloit tenir la tafïe dVnemain & ,à eau-
fe de la puanteur , boucher ie nez de
l'autre.
Contre Us Que dites vous la deflus mefsieurs les
Micau. délicats ? qui eftans vu peu preffez de
chaut,apres vous eftre bië faits teftoner,
■& change de chemife aimez tantd'eftre à
requoy dans vne chaire, ou fur vnlict
verd en la belle fale fraifche ? & qui ne
fauriez prendre vos repas fi la vaiflelle
n'eft bien luyfànte,le verre bien fringue,
les feruiettes bien blanches, ie pain bien
chappie, la viande, quelque delicate que
elle foit, bien proprement apreftee &
feruie, &levin ou autre bruuage clair
come vne Emeraude? voulez vous , vous
âlierembarquer pour viure de telle façô?
comme ie ne le vous confeille pas, &
qu'il vous en prendra encores moins de
ènuie quand vous aurez entendu ce qui
nous auint à noftre retour, aufsi vous
voudrois ie bien prier , quand on parle
de la mer,& fur tout de tels voyages, n'en
fâchas autre chofe que par les liures, ou
feulement en ayant ouy parler à ceux qui
n*en reuindrét iamais,vous nevouluffiex
pas,cn ayat le derfus,vêdrc(côme on dit)
vos coquilles à ceux qui ont efté à S.Mi-
chel . Ccft à çlire , que vous defferifsiez
vn peu & laifsifsicz difeourir ceux qui
en endurans tels trauaux ont efté à la
pratique
D! L' A M E R I CLY E $9
pratique des chofes, Icfquelles, pour en
parler à la vérité , ne fe peuuenc bien
gliffer au cerueau ni en l'entendement
des hommes finon ( ainfi que dit le pro-
uerbe) qu'on ait mangé delà vache en-
ragée.
Surquoy i'adioufteray, tât fur ceci que
fur le premier propos que i'ay touché
concernant la variété des Vents > Tem-
peftes , Pluyes infedes. Chaleurs , & en
fomme ce qui fe voit tant fur mer en ge-
neral que principalemétfous l'Equator,
que i'ay veu vn de nos Pilotes nôm| lean ^ on «ri-
de Meun , de Harfeur lequel , bien qu'il {*«/***
r • 4 • -o * l lettres.
ne Iceut ni A, ni B>auoit neantmoins par
la longue experience auec fcs cartes 5 À-
ftralabes, & Bafton de Iacob fi bien pro-
fité en Part de la nauigation , qu'à tout
coup il faifoit taire vn fcauant perfon-
nage (que ie ne nommeray point ) lequ^^l
eftant dâs noftre Nauire triomphoit tou
tesfois de parler de la Théorique . Non
pas que pour cela ie côdamne ou vueille
blafmer en façon que ce foit les fciences
qui s'acquièrent & apprennent es efcho-
les,& par l'eftude des liuresrrien moins;,
tant s'en faut que ce foit mon intention:
mais bien requerroy-ie fans tant s'arre-
fter à l'opinion dequique ce fuft', qu'on
ne m'alleguaftiamais raifon contre l'ex-
périence d'vrte chofe. le prie donc le le-
C 4
1 M 1 -""
-
40 HISTOIRE
cïeur de me fuporterfi en merefouueiîâfe
de noftrepain pourri & de nos eaux pu-
antes, & le comparant auec la bonne che
re de ces grans cenfeurs , faifant cefte di-
grefsion ie me fuis vn peu mis en colère
contre eux . Au furplus plufieurs Mari-
niers 3 à caufe des incornoditez fufdites,
après auoir mangé tous leurs viures en
ces endroits là, c'eft-à dire fous la Zone
Torride , fans pouuoir paffer outre ont
elle contraints de relafcher & retourner
en arrière d'où ils eftoyent vepus.
Quant à nous, après que nous eufmes
demeuré, viré , & tourné , enuironcinq
feprnaines en telle mifere que vous aue£
ouy,eftans ainfi peu à peu à grandes dif-
ficultés approche* de cefte ligne Equi-
noétiaîe,Dieu ayât pitié de nous & nous:
enu'oy.antle vent de Nord Nord'eft >le
quatrième iour de Feuricr nous fufmes
pouffez iufques droit deffous içelle. Elle
eiT: appelée Equinoctiale , pource qu'en
toutes faifons les iours "& les nuits y fôt
toufiours efgaux. Et au furplus quant le
Soleil eft droit en cefte ligne,ce qui auiét
lf"*%f~_ deux fois l'année , aflauoirPvnheme de
lepoHTCjuoy Mars & le treficrrie de Septébre,les iours;
& les nuits font efgaux par tout le mode
vniuerfel : tellement que ceuxqui habi-
tent fous les deux Poles, Arâ:ique& An
tarclique, participans feulemet ces deux
iours
U
ainji ap
y elle e.
DE L'A ME R I Oy E 4 1
iours dé Pannee du iour & de la nuit, des
le lendemain les vnsou les autres(chacun
à ion tour; perdet .le Soleil de veuë pour
demi an.
Ccdit iour doneques quatrième de
Feurier,que nous paflafmes'leCehtre du
monde, les Matelots fir et les ceremonies
pareuxaccouftumees en ce tant fafcheux
& dangereux paffage. Aflauoir,delier de
cordes & plonger en mer , ou bien noir-
cir & barbouiller le vifage auec vn vieux
drappeau frotté au cul delà chaudière,
ceux qui n'ôt iamais paflel'Equator pour
les en faire fouuenir : toutesfois on fe
peut racheter & exempter "de cela, corne
ie fis, en leur payant le via
Ainfi fans interuale , nous finglafmcs
dé noftre bon vent de Nord-Nordeft
iufques à quatre degrez au delà de la, H-
gne Equinodiale. Dés la nous commen-
çâmes de voir lePoleÀ'htarftique lequel ^T
' les Mariniers de Normandie âppelent Jtntarai*
PEftoile du Su:à Pentour de laquelle,cô- i He -
me ie remarquay dés lors, il y a certaines
autres Eftoiles en croix qu'ils appeknt
aufsi la croifee du SuXomme au fembla
ble quelque autre a eferit , que les pre- Hift. ge,
miers qui de noftre temps firët ce voyage ff*™*
rapporterent,qu'il fe voit toufiours près ?i * '
d'iceluy Pole Antar&ique, ou midi , vne
petite nuée blanche & «pâtres eftoilles
n m
4 2 HISTOIRE 5
en croix,auec trois autres qui refTernblét
à noftie Septentrion . Or il y auoit défia
long temps que nous auions perdu de
veuë le Tôle Ar&ique: & diray ici en paf
fant non feulement,ainfi qu'aucuns pen-
fent, & qu'il fembleaufsiparla Sphere
qu'il fepuifle faire qu'on ne fcauroit voir
Jes deux Poles quant on eft droit fous
i'Equator, mais mefmes n'en pouuans
voirnil'vnni l'autre, il faut eftre efloi-
gne' d'enuiron deux degrez du cofte' du
Nord ou du Su pour voir l'Arctique ou
l'Antarctique.
Le trezieme dudit mois de Feurier
que le temps eftoit fort beau & clair,
nos Pilotes & Maiftres de Nauires ayans
prinshauteur à TAftralabe^nous affeure-
Sdeîtpow rent que nous auions leSoleil droit pour
Zeni , & en la Zone û droite & directe
fur la tefte , qu'il eftoit impofsible de
plus. Et de fait, ainfî que moy & d'autres
experimentafmes C quoy que nous plan-
tilsions des dagues,coufteaux, poinfons
& autres chofes fur le Tillac ) les rayons
nous donnoyent tellement à plomb, que
nous ne vifmes nul ombrage ce iour la
ennoftre VaifTcau. Quant nous fufrnes
par les douze degree , nous eufmes.tor-
mente qui dura trois ou quatre iours.
Et après cela ( tombans en l'autre extré-
mité; la mer fuft fi tranquile & calme,
quenos
2. «ni,
D E L'A M E R I QV E. 4J
que nos Vaifleaux demeurans fix fur
feau nous ne fufsions iamais bougez
de là , file temps ne fc fuft changé,
& le ventefleué pour nous faire pafler
outre.
Or nous n'auions point encores a p-^ w
perçeus de Baleines en tout noftre voya-
ge , mais en ces endroits nous en vifmes
d'affez près pour les bien remarquer. En-
tre autre il y en eut vne, laquelle fe le-
uant près de noftre Nauire , me fit fi
grand peur que véritablement iufques à
ce que ielavis mouuoir iepenfois que
ce fuft vn rocher contre lequel noftre
Vaifleau s'allait hurter 6c brifer.Fobfer-
uay quant elle fe voulut plonger, qu'elle
leuaia tefte hors de la mer, & ietta en
l'air par la bouche plus de deux pipes
d'eau : & pifis en fe cachant , fit vn tel &
fi horrible bouïllon,que îe craignois en-
cores que nous attirans après foy ,nous
ne fufsions engloutis dans ce gouffre.
Et à la vérité corne dit le Pfalmifte , c'eft Pfcio*
horreur de voir ces Monftres marins a6 -
s'esbatre & fe ioûer ainfi à leur aife par-
mi la mer.
Nous vifmes aufsi des Dauphins let- ^ An ^im
quels fuyuis depJufieursefpeces depoif-M^
fons,to'difpofez & arrégez ainfi quVne^^
uoupe & copagnie de Soldats marchans
■ m
" " 'V
-
leur au-
quel nous
H
tiefîeuurif
^P
mes l y sA -
■
merique^
\Americ
Veïfuce
a le pre-
mier de/cou
uertla ter
re du Hre~
fil.
44 HISTOIRE
après leur Capitaine, paroiffoyent dans
l'eau de couleur rougeaftre.il y en eut vn
entre les autres lequel, comme s'il nous
euft voulu chérir & careffer, tournoya 3c
enuironna fix ou fept fois noftre Naui-
re. Enrecompenfe dequoy nousfîfmes
tout noftre effort pour le vouloir pren-
dre , mais luy faifât toufiours dextremêt
la retraite auec fa compagnie, il ne nous
fut pas pofsible de Padioindre à nous.
C H A F. V.
Du defcruurement & premiere veuè que
nom eufmesitant de Vlnde Occident aie-, ou ter
re du B refila que des Saunages habit ans en icel
le: auec taut ce qui nom adutnt fur rneriufques
fous U Tropique de Capricorne.
PRES cela nous eufmes le
vent d'Oueft qui nous eftoit
propice, & tant nous dura
que le vingtiîxierne iourdu
^ mois de Feurier, 1557. prins
a la natiuite', enuiron huit heures du ma-
tin nous eufmes la veue de Tlnde Occi-
dentale terre du Brefil, quarte partie du
monde, # incogneuë des anciens, autre-
ment dite Amérique du nom de celuy qui
premièrement la defcouurit enuiron l'an
1497. Il ne faut pas demander fi nous tuf
mes
.
de l'a meriqve.. 45
mesioyeux, & 'fi nous voyans fi proche
du lieu ou nous prétendions, nous en rë-
difmes graces à Dieu de bon courage. Et
de fait y ayant près de quatre mois que
nous bradions & flouons furmer,il nous
cftoit aduis que nous y eftans exilez &
confinez, nous ne deufsions iamais met-
tre pied à terre. Ainfi après que nous euf
mes apperceu tout à clair que c'eftoit ter
referme que nous auions defcouuerte,
ayanslevent propice & mis le cap droit
deffus , dés le mefme iour nous vinfmes
furgir & mouiller l'Ancre à vne demie
lieue près d'vn lieu montueux & terre jj^p
fort haute appelée Huuajfou par les Sau- l
uages.La,apresauoir mis la Barque hors{. cMwj ^
du Nauire , & felon la couftume quad on tmux en
arriue en ces pays la, tiré quelques coups ^ m ~
de Canons pour aduertir les habitans,
nous vifmes Incontinant grand nombre
d'hommes & de femmes Sauuages furie
Viuage de la mer.Cependant (comme au-
cuns de nos Mariniers , qui auoyent au-
tresfois voyagé par delà recogneurent
bien)c'eftoyent de la nation nômeeMar- M*r-
faîas , alliée des portugais, & par confe- gâtas
quent tellement ennemie des François, ennem %
que s'ils nous euflfent tenus à leur aduan- dts Fran-
tage, nous n'eufsions payé autre rançon '•*■
finon qu'après nous auoir affommez , &
mis en pieces nous leur eufsions ferui de
herbvs tott-
fiours
Iterdoyans
en l'aime-
tique.
46 HISTOIRE
viandes. Nous commençafmes au/si lofs
de voir premièrement, voire en ce mois
de Feurier ( auquel à caufe du froid & de
la gelée toutes chofes font fi referrees &:
cachées par deçà & prefque par toute
l' Europe au ventre delà terre)les forefts,
bois , & herbes de celle contrée la aufsi
verdoyantes que font celles de noftre Fra
ce au mois de May ou de Iuin : ce qui fe
voit tout le long de Tannée , & en toutes
faifons en celle terre du Brefil.
Or nonobftant celle inimitiéde nos
tJMargSas à rencontre des François, la-
quelle eux & nous difsimulions tant que
nouspouuions,noftre Cotremaiftre,qui
fauoit vn peu gergonner leur langage,
s'eftant mis dans noftre Barque auec qi el
ques autres Matelots s'en alla contre Je
riuage,ou en grofles troupes nous voyôs
ces Sauuages aifemblez . Toutesfois nos
^ens ne fe flans en eux que bien à point,
afin d'obuier au danger ou ils fe fufTent'
permettre d'eftre 'Boucane^ c'eft à dire, -
roftiz , ils n'approchèrent pas plus près
de terre que la portée de leurs flefches.
Ainfi leur monftrans de loin des cou-
fteaux 9 des mirouers & autres bague-
nauderics , & les appelans pour leur de-
mander des viurcs , fi tort que quelques
vnsquis'aprocherent le plus près qu'ils
peurent,Peurent entedu, fans fe faire au-
trement
r DE L'A M E H I QJ E. 47
trement prier plufieurs d'entr'eux en
grande diligence nous en allèrent quérir
Noftre Contremaiftre doncques à fou
retour non feulement nous rapporta de
la farine faite dVne^racine laquelle les f««w*
Sauuages mangent au lieu de pain , dps r *? u ™ s & dts
iambons,& de la chair d'vne certaine ef- $duua&*.
pece de Sangliers^auec d'autres vi&uail-
les & fruits à fuffifance tels que le pays
les porte , mais aufsi pour nous les pre-
fenter fix hommes & vne femme ne tiret
point de difficulté de s'ébarquer & nous
venir voir en noftre Nauire, Or parce .
_ f . x Premiers
que ce furent les premiers Sauuages que &MUUaSeg
ic vis de près , ie vous laiffe à penfer fi ie y< w . &
r . ■ * = "• ■ • *i dtftrttsfaf
les regarday & conteplay attentiuemet. ^teur
Partant encores que ie referue à les def-
crire & defpeindre au long en autre lieu
plus propre , fi en veux ie dire dés main-
tenant quelque choie en pàffant. Premiè-
rement tant les hommes que la femme
eftoyent aufsi entièrement nuds que quât
ils fortirent du ventre de leur mere : ne-
antmoins pour eftre plus bragards ils e-
ftoyent peinturez & noircis .par' tout le
corps. Les hommes au refte, à la façon 6c.
comme la couronne dVn moyne, eftoyét
tondus fort près fur le detiant de la tefte,
mais fur le derrière portoyent les che-
ueux longs: & toutesfois, ainfi que ceux
qui portent leur perruque par deçà , vn
peu
48 HISTOIRE
peu roignez à Pétour du col. Au furplui
ayans tous les leures de defïbus trouées
&: percées, chacun y auoit vne pierre ver
te bien proprement appliquée & comme:
enchaflee,laquelle eftant de la largeur &
rondeur d'vn tefton , ils oftoyent de re-
mettoyent quant bon leur fembloit . Et
combien qu'ils portent telles chofes en
penfans eftre mieux parez, tant y a neât-
moins quand cefte pierre eft oftee,&que
cefte grande fente en la leure de defious
leur fait comme vne fecôde bouche, cela
les desfigure bien fort . La femme.ainfï
que celles de par deçà , portoit les che-
ueux longs : auoit la leure non fendue
mais bien les oreilles percées & des
pendans d'os blanc dans les trous. le re-
futeray ci après Perreur de ceux qui nous
ont voulu faire acroire que les Sauuages
eftoyentveluSéOr auâtquede partir d'à-
uec nous, les hommes & principalement
deux ou trois vieillards qui fembloyent
eftre des plus apparens de leur parroiffe
(comme on parle par deça)alleguans que
il y auoit en leur contrée du plus beau
Hufiiis bois de Brefil H ui fe P eufl: trouuer en
Sauuages tout le pays, promettons de nous aider à
TtraZl Ie couper & porter , & au refte nous af-
fifterde viures firent tout ce qu'ils peu-
rent pour nous perfuader décharger là
noftre Nauire. Mais parce que cela cftoit
nous
de l'ameriqje. 49
nous appeller & faire finement mettre
pied en terre, pour puis après (ainfique
i'ay ia dit ) comme nos ennemis qu'ils e-
ftoyent, nous mettre en pieces & noi^s
manger,outre que nous têdions ailleurs 3
nous n'auions garde de nous y arrefter.
Ainfi, après qu'auec graade admiratiô
nos MargMas{\e((\i\Q\$ pour quelque cou
fideration & dangereufe confequence,
nous ne voulufmes fafcherni retenir)eu~
rent bien regardé noftre Artillerie, &
tout ce qu'ils voulurent dans noftre Vaif
feau,eftans prefts,& demandas de retour
ner en terre vers leurs gens qui les atten-
doyêttoufiours furie riuage^ ilfuft que-
ftion deles contenter des viures qu'ils
nous auoyeht apportez. Et d'autant que Nu j ^r a e
ils n'ont nul vfage de monnoye , le paye- demon-
ment que nous leur fifmes fut, des chemi ^ e / ntr f
les, elescoulteaux, des haims a peicher,^.
des mirouers , & autre marchandife &:
mercerie propre à trafiquer auee eux.
Mais pour la fin & bon du ieu: tout ainft
que ces bonnes gens, tous nuds àleur ar-
riuee n'auoyent pas efté chiches de nous
rnôftrer le cul & tout ce qu'ils portoyet,
aufsi au départir qu'ils auoyét veftus les
chemifes que nous leurauions baillées
(n'ayans pas accouftuméd'auoir lingesni
autres habillemês fur eux) quad fe vint à
s'afloir en la Barque,craignans de les ga-
D
50 HISTOIRE
Ctuiiin fter en les trouflans iufques au nombril,
vrayement & defcouurans ce que pluftoft il falloit
efirage & i ■ i i / i
fauuage. cacherais voulurent en prenant congé de
nous que nous vifsions encores leur der
riere éc leurs fefl'es • Ne voila pas d'hon-
neftes officiers, & vne belle ciuilité pour
des Ambafladeurs ? Car nonobftant le
prouerbe fi commun, en la bouche de
tous nos autres , que la chair nous eft
plus proche &plus chère que la chemife,
eux tout au contraire tant pour nous
monftrer qu'ils n'en eftoyent pas la lo-
gez , que pour vne grande magnificence
en noftre 3 endroit , en nous monftrans
le cul préférèrent leurs chemifes à leur
peau.
Or après que nous-nous fufmes vn
peu refraifchis en ce lieu , & que quoy
que les viandes qu'ils nous auoyent ap-
portées, nous femblafient eftrangesàce
commencement, nous ne laissions pas
toutesfoisjà caufedela necefsité, d'en
bien manger, des le lendemain, qui eftoit
vn iour de dimanche, nous leuafmes l'An
cre & fifmes voiles. Ainfi coftoyans la ter
re & tirans ou nous prétendions d'aller,
nous n'eufméspas nauigue' neufou dix
lieues que nous nous trouuafmes àl'en-
Fmdes droit d'vn Fort des Portugais nommé
ÎZZiï Par eux SPIRITVS SANCTVS
titm'fim-\8c parles Sauuages mjlloab) lefquels
**■ reco-
"^
DE t'A M E R I QJ É 5I
recognoifTans, tant noftre equipage que
celuy de la Carauelle que nous emme-
nions (laquelle aufsi ils iugerent bien
que nous anions prinfe fur ceux de leur
nation) nous tirèrent trois coups de Ca-
nons : & nous femblablementpour leur
refpondre trois à eux. Toutesfbis, parce
que nous eftions trop loin pour la portée
du Canon, ce fut fans offencer ni les vns
ni tes autres.
Pourfuyuans doneques noftre route,
& coftoyans toufiours la terre,nous paf-
fafmesaupres d'vn lieu nomméTapermry, Tape-
on à l'entrée de la terre ferme, & à Tern- rniru
boucheure de la mer,ily a des petiteslfles
& croy que les Sauuages , demeurans en
ce lieu là, font amis & alliez des Fran-
çois.
Vn peu plus auant,&par les vingt de-
grès , habitent d'autres Sauuages nom- ^ arai "
mez Paraibes^n laterre defquels, comme
ie remarquay:en partant , il fe voit de pe-
tites montagnettes faites en pointe & en
ferme de cheminées . Le premier iour de
Mars nous eftions à la hauteur de ce que
tes Mariniers appelent les petites Baffes, Lespetî :
<feft # àdire, efeueils ou pointe de terre ^ ^/^
çntremefiee de petits rochers qui s'auan-
cent en mer,lefquels,craignans que leurs
vaiffeaux n'y touchent 5 ils euitent autant
qu il leur eft pofsible*
D z
■■mhb&p*
9
HISTOIRE
Qtïê-
tacas
Sauuagcs
viure
tout
bare &
étrange.
A l'endroit de ces Bafles^nousdefcou-*
urifmes & vifmes tout a clair, vne terre
plaine laquelle, l'enuiro de quinze lieues
de longueur , eft poffedee & habitée des
O^-i^^Sauuages fi farouches & eftrà-
ges, que corne ils ne peuuêt demeurer en
/*#*<£« paix l'vn auec 1 autre,auisi ont ils guerre
&ieur ouuerte& continuelle tant contre tous
tc ° n 'edu leurs voifins 5 que généralement contre
bar " tous les eftrangers.Que s'ils font preflejz
&pourfuyuis de leurs ennemis (lefquels
cependant ne les ont iamais fceu vein-
cre ne dompter} ils courent fi vifte & vôt
fi bien du pied , que non feulement ils e-
uitenten cefte façon le danger de mort,
mais mefmes quant ils vont à la chaffe,
ils prennent à la courfe certaines belles
Sauuages , efpeces de Cerfs & Biches .
Au furplus, combien qu'ainfi que tous
les autresBrefiliens ils aillenttout nuds^
fi eft ce neantmoins que contre lacou-
ftume plus ordinaire des hommes de ces
pays là, lefquels (comme i'ay ia dit & di-
ray encores plus amplementjfe tondét le
deuant delà tefte & rongnentleur perru
que fur le derriere,eux portent leurs ché
ueux longs & pendâs iufques aux feffes.
Brief ces diablotins d'Ou-etacas demeu-
ras inuincibles en ce petit pais, & au fur-
plus comme chiens & loups mangeans la
chair crue, mefmes leur langage n'eftant
point
de l'ameriqje. 53
point entendu de leurs voifins , doyuent
cftre tenus &: mis , au rang des nations
plus cruelles, barbares, &: redoutées qui
fe puiflent trouuer en toute l'Inde Occi-
dentale ou terre du Brefil. Au refte tout
ainfî qu'ils n'ont, nine veullent auoir
aucune acointance ni traffîque auec les
François, Efpagnols,Portugalois, ni au-
tres de ces pays d'outre mer, aufsi ne fea
uent ils que c'eft des marchandifes de
par deçà . Toutesfois,felon que i'ay en-
tendu depuis de quclqûeTruchement de
Normandie, quant leurs voyfms en ont,
&qu'ils les en veullent accommoder,voi „ .
♦ i r i • «f Faconde
Ci la façon & la manière comme ils en permuter
vfent.Le Margaïat^ Çara-ia^ ou Toùoupi-^".
nambaoulticpii font trois nations qui leur e a ~
font voifines ) ou autres Sauuages de ce cas
pays là, fans fe fier ni aprocher de VOùe-
tacacnluy môftrâtde loin vneferpe , vn
coufteau, vn pigne , vn miroir , ou autre
marchandife &mercerie qu'on porte par
dela,luy fera entendre par figne s'il veut
châger à quelque autre chofe. Que fi Tau
tre de fa part s'y accorde, il luy môftrera
au reciproque,de la plumafierie^des pier
res vertes qu'ils mettent en leurs leures,
ou autres chofes de ce qu'ils ont en leur
pays. L'accord fait, ils conuiendrôt d'vn
lieu à trois ou quatre cens pas delà, ou le
premier ayant porté &mis fur vue pier-
D 3
>■ JP-
54 HISTOIRE
re ou bûche de bois la chofe qu'il voudra
efchanger,fe reculera à cofté ou en arriè-
re. L'O^-^c^lavenantprendre^apres a-
uoir laiffé au mefine lieu ce qu'il auoit
monftré , s'eflongnant fera aufsi place &
permettra que le Margdiat , ou autre tel
qu'il fera, la vienne querir:tellement que
iufques à là ils fe tiennent promeffe Vyn
à l'autre. Mais chacun ayant fon change^
fi toft qu'il eft retourné & qu'il a parlé
outre les limites ou il eftoit du commen-
cement , les treues eftans rompues, c'eft
lors à qui pourra auoir & attraper fon
compagnon afin deluy ofter ce qu'il a:&
ie vous laiffe à penfer fi le Courfier,de
Naples , ou le Leurier d'Ouë-taca a l'ad-
uantage , & s'il pourfuit de près & hafte
bien d'aller fon homme » Partant finon
que les boiteux , goûteux , ou autrement
mal esf iambe^ de par deçà vouluffét per-
dre leurs marchandifes,ie ne fuis pas d'a-
u i s qu'ils aillent négocier ni permuter a-
uecenx. Vrayeftque les Bafques, qu'on
dit fembîablement auoir vn langage à
part,& qui au refte font fi difpofts qu'ils
font tenus pour les meilleurs laquais du
monde, outre qu'on les pourroit paran-
gonner en ces deux points auec nos Ou-
etacas , encores pourroyent-ils iouer es
barres aucc eux. Comme aufsi quclqu'vn
a cfçnt j, qu'il y a vue certaine region en
la FIq-
DE LAM1RI QJT E 55
la Floride* prcs la riuiere des Palmes, ou H j^
les hommes font fi forts , fi difpos & le- des In.
çiers du pied, qu'ils acconfuyuent vnli.^c.46
Cerf, & courent tout vu iour fans fe re-
pofer.
Nous paffafmes aufsi à la veue àcMaq- j[4 a q-
hé-> pays prochain du precedent, habité y %
d'vn autre peuple , lequel , ainfi qu'il eft
vray femblable , n'a pas fefte, comme on
dit, ni n'a garde de s'endormir auprès de
ces refueilles matin àOu-ètacas leur^ voi
fins. En leur terre & fur le bord de la mer
on voit vnegrofTe rochefaite en formed' v
netour,laquelle quâd le Soleil frappe def ^ e f'/^ e
fus , trefluit & eftïncelle fi très fort , que rami*.
aucuns penfet que ce foit vne forte d'Ef-
meraude:& de fait les François & Portu-
galois qui voyagent la , l'appelent l'Ef-
rneraude de Maq-hé. Toutesfois ainfi
comme ils difent que le lieu ou elle eft,
pour eftre enuironné d'vne infinité de
pointes de roches à fleur d'eau qui fe iet-
tent enuiron deux lieues en mer, ne peut
eftre abordé auec les vaififeaux de cefte
p„artlà, aufsi eft-il du tout inaccefsible
ducofté delà terre.
Il y a aufsi trois petites Ides nomees les
Mes de Maq-hé<> auprès defquelles nous
ayâs mouillé l'Ancre & couché vne nuit-,
D 4
5<£ HISTOIRE
le lendemain faifant voiles pendons de
ce iour arriuer auCap de Frieuoutesfois
n'ayans que bien peu auancé nous euf-
mes vent tellement contraire,qu'il fallut
relafcher & retourner dou nous eftions
partis le matin , ou nous demeurafmes à
J'Ancre iufques au Jeudi au foir: mais c5
me vous entendrez , peu s'en fallut que
nous n'y demeurifsions du tout . Car le
mardi deuxième de Mars qui eftoit le
iou'r qu'on dit Karefrne prenant , après
que nos Matelots,felonIeurcouftume,fe
furent refiouïs, il aduint qu'enuironles
vnze heures du foir, & fur le point que
nous commencions à repofer , la tempe-
fte s'efleua fi foudaine , que le cable qui
tenoit l'Ancre de noftre Nauire ne pou-
uât fouftenir l'impetuofité des furieufes
vagues, fut tout incontinent rompu. Par
tant noftre VaifTeau tourmête' de ainfi a-
gité des ondes, poufïé du cofté du riuage
qu'il eftoit,eftant venu iufques à n'auoir
Prochtda. que deux braffes&demied*eau(qui eftoit
gerouno*s\Q moins qu'il en pouuoitauoir pourflo
ter tout vuyde) peu s en fallut qu il ne
fuft efchoûé,& qu'il ne touchaft terre. Et
défait le Maiftre&le Pilote, lefqueîs
faifoyent fonder à mefure que le Nfauire
deriuoit , au lieu d'eftre les plus affeures!
& donner courage aux autres , quand ils
virent que nous en eftions venus iufques
làjcrie-
de l'ameriqVe. 57
là, crièrent deux ou trois fois, nous fom-
mes perdus, nous fommes perdus. Tou-
îesfois nos Matelots ayans en grande di-
ligence ietté vn autre Ancre , que Dieu
voulut qui tint ferme,cela empefcha que
nous ne fufmes pas portez fur certains
rochers d'vne de ces Ifles de Maq~hé->\ttî
quels fans nulle doute & fans aucune ef-
perance de nous pouuoir fauuer ( tant la
mer eftoit haute ) euffent brifé entière-
ment noftre vaiffeau. Ceft effroy & efton-
nement dura eniiiron trois heures , du-
rant lefquelles ne feruoit gueres de
crier,bas bort,tiebort,hautla barre, va-
dulo , haie la boline, lafche l'efeoute,
car cela fe fait en plaine mer ouïes Ma-»
riniers ne craignëtpas tât la tourmente,
qu'ils font près de terre, comme nous en-
flions lors. Le matin venu & la tourmete
ceflee dautât,comme i'ay dit detiant, que
nos eaux douces eftoyent corrompues,
nous en eftans allé quérir de frefche en
l'vne de ces Ifles inhabitables , trouuaf-
mes non feulement la terre d'ïcelle cou-
uerte d'eeufs & d'oifeauxde toutes îot^ oihkùipt
tes, & cependant tous diffemblables des d vyfa* x
* x . r . . aux Isles de
noftres , mais aufsi pour lî'auoir pas ac- ]\£aq-
couftumé de voir des hommes ils eftoyet y %
fi priuez,que fe laiffans predre àla main,
ou tuer à coups de baftons,nous en rem^
jplifmes noftre Barque, & en rempor*-
5 8 fiHTOiu
tafmes tant que nous voulufmes dans le
Nauire • Tellement, quoy que ce fuftle
iour qu'on appelle les cendres , tant y a
que nos Matelots, voire les plus Cato-
liques Romains ayans prins bon appétit
autrauail quiisauoyent eu la nuit pré-
cédente,^ firent point de difficulté d'en
mâger. Et certes aufsi, d'autât que celuy
qui contre la doélrine del'Euâgiie a defe
du certains iours l'vfage delà chair aux
Chreftiens,n'a point encores empiété ce
païs Ià,ou par confequetil n'eft nouuelle
depratiquer les loix de telles abftinêces,
il fcmble que le lieu ks difpenfoit affez.
Le Jeudi que nous parti/mes d'au-
près de ces trois Ifles nous eufmes le
vent tain à fouhait,que des le lendemain
enuiron les quatre heures du foir , nous
arriuafmes au port & Havre des plus
renommez pour la nauigation des Fran-
çois en ce pays là, affauoir au Cap de
tecapie Prie. Là,apresauoir mouille l'Ancrcle
Capitainerie Maiftre du Nauire,& quel-
ques vns de nous autres mifmespied à
terre , ou furie riuage nous trouuafmes
grand nombre de Sauuages nommez
7 ououpinambaoults alliez &confcdercz de
'Town, ftoftre nation : lefquels outre la carefle
Saunage & bon accueil qu'ils nous firent, nous
tanfl dirent des nouuelles de Villegagnon,
dont nous fufmes fort ioyeux. En ce mef
me
de l'ameriqve. 59
me lieu, tant auec vne rets que nous a-
uions qu'autrement auec des hameçons,
nous pefchafmes grande quantité' de plu
fieurs efpeces de poifTons tous diffem-
blables à ceux de par deçà. Mais entre les
autres, il y en auoit vn , pofsible le plus
bigerre, difforme & monftrueux qu'il p
eft pofsible d'en voir , lequel pour cefte m ;y^»f«^
caufe i'ay bien voulu ici defcrire . Il e-
ftoitprefquesaufsi gros qu'vn bouueau
d'vnan, & auoit vn nez long d'enuiron
cinq pieds , &: large de pied & demy,gai>
nyde dents de cofté & d'autre aufsi pi-
quantes & trenchantes qu'vne fcierde fa-
çon que quand nous le vifmes fur terre
remuer fi foudain ce maiftre nez, ce fut
à nous de nous en donner garde , voire
fur peine d'en eftre marqué, de crier Pvn
à l'autre garde les iambes . Au refte la
chair en eftoit fi dure , qu' encores que
nous eufsious bon appétit , &: qu'on
le fit bouillir plus de vingt & quatre heu
res, fi n'en fceufmes nous iamais mâger.
Au furplus ce fut là que no 9 vifmes auf
fi premieremétdes Perroquetsjefquels,
ainfi que i'obferuay deflors, côbie qu'ils *$%£,
vollét fort haut &en troupes(come vous
diriez les corneilles oupigeons en noftre
France ) fi eft ce neantmoins qu'ils font
toufiours par couples & ioints l'vn à Tau
tre prefques à la façô de nosTorterelles.
6 O HISTOIRE
Oràcaufederenuiequenous auions
d'eftre au lieu,ou nous pretendions,d'ou
nous n'eftions plus qu'à vingtcinq ou trê
te lieues, fans faire fi Jong feiour au Cap
de Frie que nous eufsions defiré , ayans
appareillé & mis voiles au vent,nous fin
glafmes fi bien que le Dimanche feptie-
me iour de Mars , iaifïans la haute mer à
gauche du cofté de 1* Eft > nous entrafmes
au bras de mer, ou riuiere d'eau falee la-
Gmœ- quelle eft nommée ganœbaraçav les Sau^
bétra wages, & par les Portugais Geneufe,par
**«w, ce comme on dit qu'ils la defcouurirent
le premier iour de Ianuier qu'ils noment
ainfi. Et d'autant,ainfi qu'il a ia efté tou-
chéau premier chapitre de cefte hiftoi-
re,& que ie deferiray encores ci après
plus au long, que Villegagnon dés l'an
precedent s'eftoit habitué en vne petite
Ifiefituee en ce bras de mer: après que
d'enuiron vn quart de lieue loin nous
l'eufmes falué à coups de Canons , nous
vinfmes furgir& ancrer tout auprès. Voi
la eh fomme quelle fut noftre nauiga-
tion , & ce qui nous aduint , & que nous
vifmes en allant en la terre du Brefil.
CHAP. V L
De noftre défient eau Fort de Coligny en U
terre du Brefil: Du recueil que nous y fit Ville-
gagnon
DE L'A M E R I QJ Hi 6t
tratmon-i & défis comportemensytant au fait de
la %jligion> qu autres parties defongouuer~
nement en ce pays la. ;
' O S Natures doneques, eftan£
'au Havre en cefte riuiere de
Ganabam affez près de terre
ferme 3 chacun .de nous ayant
troufle & mis fon petit bagage dans
les Barques , nous nous en aliafmes def-
cendre en Tide & Fort appelé Coligny. -Defiinti
-i-> i r au Fort de
Et parce que nous voyans lors non l ieu~^
lement deJiurez des perils & dangers
dont nous auions tant de fois efte enui-
ronnez fur mer , mais aufsi auoir eftefî
heureufement conduits au port tant de-
firé, la premiere chofe que nous fifmes
après auoir mis pied à terre , fut de tous
enfembleen rendre graces à Dieu* Cela
fait nous aliafmes trouuer Villegagnon,
lequel nous attendant en vneplace 5 ap res
que tous l'vn après l'autre Peufmes fa-
lué:Iuy defa part auec vn vifage ouuert,
nous accolant & embraflant nous fit vn v u acC y^ € :
fort bon laccueil. Apres cela le Sieur du gagna».
Pont noftre conduâeur, auec Richier & nf "£ fit *
Çhartier Mimftres deTEuagile^luy ayas rime,
déclaré en brief la caufe principale qui
nous auoitmeuz de faire ce voyage,& de
paffer la mer auec grandes difficultés
pour Taller trouuer: affauoir,fuyuantles
($i HISTOIRE
lettres qu'il auoit efcrites à Geneuc*
que c'eftoit pour drefler vne Eglife refor
mee felon la parole de Dieu en ce pays
là,luy leur refpondant vfa de ces propres
paroles.
$$£* ^Quant a moy ( dit il ) ayant voïrem'ent
nous tint des long temps de tout mon cœur defiré
&!!»?*' tfHes chofes, ievous reçoy tres-volon-
tiers à ces conditions: mefmes parce que
ie veux que noftre Eglife ait le renom
d'eftre la mieux reformeepar deflus tou-
tes les autres , dés maintenant i'enten
que les vices foyent reprimez , la fomp-
tuofité des acouftremens reformée, &
en fomme > tout ce qui nous pourroit
empefeher de feruir à Dieu ofté du
milieu de nous . Puis leuant hs yeux
au ciel §£ ioignant les mains dit, Sei-
gneur Dieu ie te rends graces de ce que
tu m'as enuoyé ce que dés fi long temps
t'ayfi ardemment demandé: & derechef
s'adreffant à noftre compagnie dit , mes
enfans (car ie veux eftre voftre père) com
me Iefus Chrift en ce monde n'a rien fait
pour luy , ains tout ce qu'il a fait à efté
pour nous : aufsi (ayant cefte efperance
que Dieu me prefeuèrera en vie iufques
à ce que no 9 foyons fortifiez en ce pais &
que vo* vouspuifsiez pafler de moy)tout
ce queie pretend faire ici eft tant pour
vous que pour tous ceux qui y viendront
pour
' DE L'AMÉRIQUE. 6$
pour la mefme fin que vous y eftes venus.
Car ie délibère d'y faire vne retraite aux
pauures fidèles qui feront perfecutez
en France, en Efpagne , ou ailleurs outre
y mer , afin que fans crainte du Roy ni de
l'Empereur* ni d'autres Potentats , ils
puiflent purement feruir a Dieu felon
fa volonté . Voila les premiers propos
que Villegagnon nous tint ànoftre ar-
riuee qui fut vn meccredi dixième de
Mars 1557.
Apres cela ayant commandé que tous
fcs gens s'affemblafTent aùec nous en vne
petite file, qui eft au milieu de PIfle , le
Miniftre ,Maiftre Pierre Richier , après
Pinuocationdu nom de Dieu & le pfeau
me cinquième , Aux paroles que ie veux
dire &c.chanté,prenant aufsi pour texte
ces verfets du Pfeaume vingt &: feptie- ****»"
1 1 / ' iv ^ • prefche en
me « lay demande vne choie au Seigneur r>Ameri-
Jaquelle ie requerray encores . Cell que ***•.'
Phabite en la maifon du Seigneur tous
les iours de ma vie &c. fit le premier
prefche en ce fortdeColighy enPAmë-
rique. Mais durant iceluy Villegagnon „
entendant expoier celte matière , ne cef- ces de viu
fant deioindre les mains , de leuer les le & a &T
. , « r . \ , r r . durant le
yeux au ciel, de taire de grands louipirs, çreftbe»
& autres femblables contenances faifoit
efmerueiller vn chacun de nous . Sur
la fin après que les prières fglennelles
^4 HISTOIRE
(félonie formulaire accouftuméés Egli-
fes reformées de-France vniour ordon-
né en chacune femaine) furent faites, la
compagnie fe départit. Toutesiois nous
|L7«^T^ autres nouueaux venus demeurafmes 3c
receufmes difnafmes ce iour la en la mefme falle,ou
%ïndéîîe Z our toutes viandes nous eufmes , de la
comment farine faite de racine* du poiffon boucané*
m " tm c'eft à dire rofti à la manière des Sauua-
ges , d'autres racines cuites aux cendres,
& pour bruuage(n'y ayant en ceft Ifie fô--
taine ni puits , ni riuiere d'eau douce) de
l'eau d*vne cifterne, ou pluftoft d'vn e£-
goutde toute la pluie quï toboit en l'Iflç,
laquelle eftoit aufsi verte , orde & fale
qu'eft vn vieil fofîé tout couuert de Gre-
nouilles. Vray eft qu'en comparaifon de
celle fi puante & corrompue quei'aydit
ci deuant que nous anions beuè au Na-
uire, encore la trouuions nous bonne*
Mais pour noftre dernier mets ( &: pour
nous refraifchir)au partir de la, on nous
mena tous porter des pierres, & de la ter-
re au Fort de Coligny qui fecontinuoit:
c'eft le bon traitement que Villegagnon
nous fît le beau premier iour à noftre ar-
riuec , Dauantage furie foir qu'il fuft
queftio de trouuerlogisJe fieur du Pont
& les deux Miniftres eftas accommodez
en vne chambre telle quelle au milieu de
rifle , pour gratifier à nous autres de la
Relis
;ion
DE L'A M E ît IQY E^ 6$
Religion, on nous bailla vnc petite mai-
fonnette , qu'vn Sauuage efclaue de Vil-
legagnon achcuoit de couurir d'herbe,&
baftir à fa mode fur le bord de la mer , en
!aquelle,à la façô des Ameriquains,nous
pendifmes des linceux & licls de Coton
en Pair pour nous coucher. Or de's lelen
demain &les iours fuyuans,Villegagno>
fans que la necefsité Ten contraignit , Se
fans auoir efgard à ce que nous eftions
tousfortaffoiblis du paflagedela mer,ni
à la chaleur qu'il fait en ce pays là : ioint
le peu de nourriture (n'ayan-s chacun par
jour pour toutes viandes , que deux go-
belets de farine dure, faite des racines,
dont i*ay parle *• d'vne partie de laquelle,
auec de celle eau trouble de la cifterne
fufdite, nous faifions de la boulie., &
mâgions le refte tout fee) nous fit porter*
la terre & les pierres^pour baftir. fô Font
voire d'vne telle diligece, qu'eftans con-
traints, auec ces incommodités & débi-
litez, de tenir coup à la befôgne, defpuis
le point du iour iufques à la nuit,il fem-
bloitbien nous traiter vn peu plus ru-
dement que le deuoir d'vn bon pere en-
uers fesenfans (tel qu'il auoitdità.noftre
arriuee nous vouloir eftre) ne portoit*
Toutesfois tant pour l'enuie que nous
auions que ce baftiment & retraite des
fidèles, quil difoit vouloir faire en ce
66
HISTOIRE
pays là fe paracheuaft , que parce qu£
JVlaiftre Pierre Richier noftre plus An-
cien Miniftre, pour nous accourager da~
uantage difoit que nous auions trouue
vn fécond faint Paul en Villegagnon
(comme de fait , ien'ouy iamais homme
mieux parler de la Religion & reforma-
tion Chrcftienne qu'il faifoit pour lors),
il n'y eut celuy, parnianiere de dire ,qui
outre ks forces ne s'éployaft alcgrement
Pefpace denuiron vn mois, pour faire ce
meftier, lequel neantmoins nous n'auios
pas a^eouftumé.Surquoyie puis, dire Vil
legagnô ne s'eftrepeu plaindre iuftemêt>
que tant qu'il fit profefsion de PEuan-
gile en ce pays là, il ne tiraft de nous tout
Fe feruice qu'il voulut • le referue à par-
ler ailleurs tant des racines, dont i'ay
fait mention, que de la propriété delà
farine que les Sauuages font cTicelles.
Ainfi pour retourner au principal,
des la premiere femaine que nous fuf-
mes là arriuez, non feulement il con-
fentit, mais aufsi luy mefmeeftablit ceft
ordre : affauoir, qu'outre les prières pu-
uorir* bliques qui fe feroyent tous les foirs a-
Eçdefia- p res q U ^ n auroit laiiîé la befongne,
{u paroles Miniftres prefeheroyent deux fois
vtlki*- j e Dimanche, & tous les iours ouuriers
snm ' vne heure durant : confentant aufsi au
refteque les Sacremens fulTent admini-
1 ftrez
..
DE L'AMERIQVE, 67
lirez felon la pure parole de Dieu 5 & que
la discipline Ecclefïaftique fut pratiquée
contre les defailians.
Suyuant doneques cefle police Eccle- lcuYdU -
fiaftique, le Dimanche vingt &vnieraci^«c/«t
de Mais que la fain te Ccne de noftreSei- / ' r " w "7 ? ~
gneur leius Chrilt fut célébrée, les ifli- l>re*enr*4
riiftres ayans aùparauant pieparé & cz.- mert< i He *
thechife tous ceux qui y deuoyent com-
muniquer , parce qu'ils n'auoyent pas
bonne opinion dVn certain lean Coin-
ta qui fefaifoit appeler monlieui He- Cointaab-
éior autresfois doâeur de Sorbonne, * Hrel ?
lequel auoit paiféla mer auec nous, i\W Jme *
fut prié par eux de faire confefsion de fa
foy : ce qu'il fit & abiura publiquement
lepapifnie.
Semblablement Villegagnon faifant
toufïours du zelateur,apres le ferrnon a- Vi # na _
cheué s'eftât leué debout 3c alléguât que £»«»/*/-
les Capitaines, Maiftres de Nauires,Ma-^^~
telots , & autres qui y ayant afsiftez n'a-
uoyent encores fait profefsion delà Re-
ligion , n'eftoyent pas capables d'vn tel
miftere , les faifant fortir dehors ne vou-
lut pas qu'ils vifîent adminiftrer le pain
& le vin. Dauantage luymefrnes tant*
comme il difoit , pour dédier fon Porta
Dieu.que pour faire confefsion de fa foy
en la face de l'Eglife,fe mettant à genoux
prononça à haute voix deux Oraifons,
Jtis 2>
<J8
HISTOIRE
defquelles ayant eu copie , afin que cha-
cun cognoiffe combien il eftoit malaifé
de cognoiftre le cœur* l'intérieur de
ceft homme, ie les a y ici inférées de mot à
mot, fans y changer vne feule lettre.
Veratfon ^\ on Dieu ouure les yeux &la bouche
gagnbnft de mon entendemet, adreiie les a. te faire
mont que con f e f s ion , prières & adions de graces
fi P re / en , i • r i« b r ■
teràu des biens excellens que tu nous as faits*
Cène. DlEV T O V T P VISSANT Viuât &C
Immortel Père Eternel de ton fils lefus
Chrift noftre Seigneur,qui par ta proui-
dence auec ton fils gouuernes toutes cho
{es au ciel &en terre, ainfi que par ta bon
té infinie tu as fait entendre à tes efleus
defpuis la creation du monde , fpeciale-
ment par ton fils, que tu as enuoyé en
terre, par lequel tu te manifeftes , ayant
dit à haute voix,Efcoutez le:&apres fon
afcenfionpar ton S. Efprit efpandu fur
les Àpoftres. le recognoy à ta fainte Ma-
iefté ( en prefence de ton Eglife , plantée
par ta grace en ce pays ) de cœur , que ie
iVay iamais trouuéparlapreuue quei'ay
faite , & par Peflay de mes forces & pru-
dencc,frnon que tout le mien qui en peut
fortir font pures ceuures de ténèbres, fa-
piencede chair polue en zèle de vanité,
tendât au feul but &vtilité de mon corps.
Au moyen dequoy,ieprotefte & confeffe
franchement , que fans la lumière de ton
faint
.J
DE L'AMERIQUE.' 6?
faint Efprit, ie ne fuis idoine finon à
pecher:par ainfi me defpouillant de tou-
te gloire , ie veux que Ion fâche de moy
que s'il y a lumière , ou fcintille de vertu
en Pœuure prinfe que tu as fait par moy,
iela confeffeà toy feul , fource de tout
bien. En cefte foy doncques, mon Dieu
ie te tends graces de tout mon cœur,que
il t'a pieu m'auoquer âçs affaires du mon
de, entre lefqueis ieviuoyepar appétit
d'ambition , t'ayant pieu par l'infpiratio
de ton faint Efpritme mettre au lieu, ou
en toute liberté iepuilfe te féru ir de tou
tes mes forces & augmentation de ton
faint Règne. Et ce faifan t apprefter heu
& demeurance paifible à ceux qui font
priuez de pouuoir inuoquer publique-
ment ton Nom, pour te fan&ifier Se ado-
rer en efprit &: vérité , recognoiftre ton
fils noftre Seigneur Iefus , eftre l'vnique
Mediateur,noftrevie&adrefTe,&;le feul
mérite de noftre falut . Dauantage ie te
remercie ô Dieu de toute bonté , que me
ayant conduit en ce pays entre ignorans
de ton Nom &de tagrandeunmais poffe
dez de Satan, comme fon heritage, tu me
ayes preferué de leur malice , combien
que ie fufie deftitué de forces humaines:
mais leur as donné terreur de nous , tel-
lement qu'à la feule mention de nous ils
tremblent de peur , & les as difpofez à
îlâifott
cert parce
quaes S an
liages ex~
îraordina'
rement fu
rent ce fie
meftne an
mee af)ïi
gc-z^ d'vne
feurc yelîi.
le liste ox-'
tn empor-
ta beau-
coup & des
plui man-
uals garfvi
70 HISTOIRE
nous nourrir de leurs labeurs. Et pouf
refréner leur brutale impetuo/îtc les as
àfîhgesde très cruelles maladies , nous
en prefei uant : tu as ofîé de la terre ceux
qui nous eftoyent les plus dangereux, &
réduit les autres en telles foibiefîes que
ils ii'oféBt rien entreprendre fur nous.
Au moyen dequoy ayons le loifirdepren
dre racine en ce lieu , & pour la compa-
gnie qu'il t'a pieu y amener fans deftour-
bicr,tu y as eftably le regime d'vne Egli-
fe,pour nous entretenir en vnité & crain
te de ton fainâ Nom,afin de nous adrcf-
fer à la vie éternelle.
Or Seigneur, puis qu'il t'a pieu efta-
blir en nous ton Royaume , ie te fupplie
par ton fils lefus Chrift lequel tu as vou-
lu qu'il fufthoftiepour nous confirmer
en ta- dile&ion, augmente tes graces &
noftre foy,nous fanftifiant & illuminant
par ton fainâ Efprit , & nous dédie tel-
lement à ton feruice, que tout noftre
eftudejfoit employé à ta gloire. Plaife
toy aufsi noftre Seigneur & Père eften-
dre ta bénédiction fur ce lieu de Coli-
gni, & pays delà France Antarctique,
poureftre inexpugnable retraite à ceux
qui à bon efeient, & fans ypocrifie y au-
ront recours, pour fededier auec nous
à l'exaltation de ta gloire, & que fans
trouble des hérétiques , te puifsions in-
uoquer
DE L'AMERIQUE. Jl
uoquer en vérité : fay aufsi que ton E-
uangile règne en ce lieu y fortifiant tes
feruiteurs de peur qtfiis ne trebufchent
en l'erreur des Epicuriens, &: autres a-
poftats : mais foyent conftans à perfe-
uerer en la vraye adoration de ta Diui-
nité felon ta fain&e Parole.
Qu'il te plaife aufsi ô Dieu de toute
bonté" eftre Protecteur du Roy noftre
Souuerain Seigneur felon la chair , de fa
femme, de fa hgnee,& fon ConfeihMef-
fire Gafpard de Coligny , fa femme & fa
lignee,les conferuant en volonté de main
tenir & fauorifer cefte tienne Eghfe ,
& vueille à moy ton treshumble efcla-
ue donner prudence de me conduire
de forte que ie ne fouruoye point du
droit chemin & que ie puifîe refifter
à tousles empefchemens que Satan me
pourroit faire fans ton aide, que te
cognoifiions perpétuellement pour no-
ftre Dieu Mifericordicux, Iufte luge,
& Confèruateur de toute chofes auec
ton fils lefus Chnft regnant auec toy
& ton faind Efprit, efpandu fur les A-
poftres. Crée donc vn cœur droit en
nous , mortifie nous à péché : nous
régénérant en homme intérieur pour
viure à iuftice,en affuiettiffant noftre
chair pour la rendre idoine auxaâions»
E 4
yi HISTOIRE
deTameiiifpireepartoy, & que faifion*
ta volonté en terre, comme les An-
ges au ciel. Mais de peur que l'indigence
decercher nos necefsitez , ne nous face
tresbucher en pechépar desfiance de ta
bonté, plaife toy pourueoir à noftre vie,
& nous entretenir en fanté . Et ainfî que
la viande terreftre parla chaleur defe-
ftornachfe conuertit en fang & nourri-
ture du corps, vueilles nourrir & fuftan-
ter nos âmes de la chair &du fang de ton
fils , iufques aie former en nous, & nous
en luy: chafTant toute malice ( pafture de
Satan ) y fubrogant au lieu d'icelle , cha-
nte' ôcfoy^afin quefoyons cogneus de
toy pour tes enfans , & quant nous t'au-
rons offenfé, plaife toy Seigneur de Mi-
fericorde, lauer nos pèches au fang de,
ton fils, ayant fouuenance que nous fora
mes conceus en iniquité, & que naturel-
lemétparladefobeirTanccd'Adam.peché
eft en nous. Au furplus cognois que no-
ftre ame ne peut exécuter le faint defir
de t'obeir par l'organe du corps im-
parfait & rebelle.Par. aînfi plaife toy par
le mérite de ton fils Iefus ne nous impu-
ter point nos fautes, mais nous imputant
le facrificc de fa mort & pafsion que par
£oy auons fouffert auec luy, ayans efté
antez en luy par la perception de fon
.corps au miftercde l'Euchanftie. Sem-
bla^
de l'a meriqje. 73
blablement fay nous la grace qu'à l'e-
xéple de ton fils qui a prié pour ceux qui
l'ont perfecuté,nous pardonnions à ceux
qui nous ont offenfez, & au lieu de
vengeance procurions leur bien com-
me s'ils eftoyent nos amis . Et quand
nous ferons folicitez delà mémoire des
biens/plendeurs, popes, & honneurs de
te monde , eftans au contraire abattis de
pauureté &de pefanteur de la croix de to
fils efquels il te plaife nous exercer pour
nous rêdre obeiflans,de peur que engraïf
fez en félicité mondaine , ne nous rebel-
lions contre toy , fouftiens nous & nous
adoucis l'aigreur des affligions, afin que
elles ne fuffoquent la femence que tu as
mife en nos cœurs. Nous te.prions aufsi
Père celefte, nous garder des entreprifes
de Satan, pai lefquelles il cercheànous
defuoyenpreferue nous de cesminiftres
& des Sauuages infenfez, au milieu def-
quels il te plaift nous, côtenir & entrete-
nir^ des apoftats « de la Religion chre-
ftienne efpars parmi eux: mais plaife toy
les rappeler àton'obeiflance,afin qu'ils fe
conuertiflent , & que ton Euangile foit
publié par toute la terre , & qu'en toute
nation ton falut foit annoncé. Qui vis &
règnes auec ton fils & le faint Efprit es
llecles des fieçles Amen*
"CefloyeS
certains
truchemens
de Norman
die qui e-
fias efpars
parmy les
Saunages
auant que
Villegagno
allaften ce
pays la ne
fevoulurèt
regerfouz^
luy à fon
«rrmte.
74
HISTOIRE
à no fire Seigneur Je/Us Çhrifi^que
ledit ZJillegagnon proféra
tout dvm fuite.
IESVS CHRIST, fils de Dieu
viuantcceternel,&confubftantiel,fj)Ien-
<leur de la gloire de Dieu, fa viae ima^e,
par lequel toutes chofcs ont efté hnes>
qui ayant veu Je genre humain condam-
néparrinfallible ingénient de Dieu ton
père par la tranfgrefsion d'Adam, lequel
homme pour iouyr de la vie & Royaume
éternel, ayant cfté fait de Dieu d vne ter-
re non poluë de femence virile, dont
il peut tirer necefsité de pèche' , doue 7 de
toute vertu, enJiberté de franc arbitre
de fe conferuer en fa perfe&ion : ce
neantmoins" allcfchéparla fenfualitéde
fa chair , folicité & efmcu parles dards
enflammez de Satan, fe laiffa veincre,
au moyen dequoy , encourut Tire de
Dieu, donc cnfuyuoitTinfallible perdi-
tion des humains , fans toy noftre Sei-
gneur qui meu de ton immenfe & in-
dicible charité t'csprcfenteà Dieu ton
père, t'cftant tant humilié de daigner
tefubftituer au lieu de Adam pour en-
durer tous les Hots de la mer de l'indi-
gnation de Dieu ton Pcre, pour noftre
pur-
DE L 5 A ME R I QV H 75
purgation . Et ainfi que Adam auoit efté
fait déterre non corrompue . fans fe-
mence virile, as elle' conceu du Saint
Efput en vne Vierge, pour eftrc fait
& formé en vraye chair comme celle de
Adam fubiette à tentation & continuel-
lement exercé pardeflus tous humains,
fans péché s & finalement ayant voulu
ariter en ton corps par toy , celuy A-
dam & toute fa. pofterité , nourriffant
leurs âmes de ta chair & de ton fang , tu
as voulu fouffrir mort , afin que comme
membres de ton corps, ils fe nourrirent
en toy,& qu'ils plaifent à Dieu ton père,
offrant ta mort en fatisfaétion de leurs
offences comme fi c'eftoit leur propre
corps . Et ainfi que le péché d'Adam e-
ftoit deriué en fa pofterité , & par le
péché la mort, tu as voulu, &: as impetré
de Dieu ton Père , que ta iuftice fuft im-
putée aux croyans , lefquels par la man-'
ducation de ta chair &de ton fang , tu
as fait vns auec toy, & transformez en
toy comme nourris de ta chair & fubftan
ce, leur vray pain pour viure éternelle-
ment comme enfans de Iuftice & non
plus d'ire. Or puis qifilfa pieu nous
faire tant de bien , & qu'eftant afsis à
la dextre de Dieu ton père, là éternel-
lement es ordonné noftre Intercefleur,
& Souuerain Preftre , felon Tordre
yillega-
gnonfait
(a Cène,
de Ceint*
& de Vil-
legagnon
touchant*
la doctrine
&les Sa-
tremens.
76 HISTOIRE
de Melchifedec , aye pitié' de nous , con-
ferue nous , fortifie & augmente noftre
fby , offre à Dieu ton Père la confefsion
que ie fay de cœur & de bouche, en pre-
fence de ton Eglife mefanÛifiantpar ta
Efprit comme tu as promis difant: le ne
vous lairray point orphelins. Auance to
Eglife en ce lieu , de forte qu'en toute
paix tu y fois adore' purement.Qui vis &:
règnes auec luy & le faind Efprit es fie-
des des fiecles éternellement. Amen.
Ces deux prières finies Villcgagnon
fe prefenta le premier à la table du Sei-
gneur^ receut à genoux le pai a & le vin
de la main du Miniftre.Cependât,&pour
lefairecourt,felonqu'onapperceuoitai-
fément que luy & Cointa (nonobftant
comme il a efté veu qu'ils euflent renon-
cé à la Papauté ) auoyent plus d'enuie de
debatre & contefter , que d'apprendre &
de profiter, aufsi ne demeurerent-ils pas
long temps fans efmouuoir des difputcs
touchant ladodrine. Mais principale-
ment furie point delà Çene ? car quoy
qu'ils reiettafîentla Tranfubftantiation
de l'Eglife Romaine comme vne opi-
nion fort lourde & abfurde, & qu'ils ne
approuuaflent non plus laConfubftatia-
tion y fi ne confentoyent-ils pas à ce que
les Miniftres cnfcignzns que îeftis Chrift
par la vertu dç ConCdnâ Efprit fe com-
niuni-
»
DE L'A MERIQVÊ* jj
munique du ciel en nourriture fpirituel-
le à ceux qui reçoyuent les fignes en foy*
maintenoyent par la parole de Dieu, que
le corps du Seigneur n'eftoit ni enclos
ne change' en iceux . Car difoyent Ville-
ga<*non & Cointa , ces paroles: Ceci eft
mon corps* Ceci eft mon fang, nefepeu-
uent autren^ët prendre finon que lecorps
& le fang de leius Chrift y foyent conte-
nus. Si vous demandez commet donques
veu que tu as dit qu'ils reiettoyentles
deux fufdites opinions de la Tranfub-
ftantiation & Confubftâtiation Tenten-
doyent-ils? Certes comme ie n'en fcay
rien aufsi croy-ie fermement que ne fai-
foyent-ils pas eux mefmes : car quand
on leur monftroit par d'autres paffages
que ces paroles Ôclocutiôs font figurées^
c'eft à dire que FEfcriture a accouftumé
dappeler & nommer les fignes des Sa-
cremens du nom de la chofe llgnifiee,cô-
bien qu'ils ne peuffent répliquer chofe
qui eut apparêce du contraire, ils ne laif
foyent pas pour cela de demeurer opi-
niaftres : tellement que fans feauoir le
moyen comme cela fe faifoit, non feule-
ment ils vouloyent manger grofsiere-
ment pluftoft que fpirïtuellemét la chair
delefus Chrift, mais qui pis eft à la ma-
nière desSauuages nommez Ou-etacas*
defquels i'ay parle' par cideuantjils la
Le Mini-
fire Char-
tier pour-
guoy r en-
noyé en
Framepar
ViUega-
gnon.
Lettres de
TJtttega-
gnon a,
Caluin.
78 HISTOIRE
vouloyent mafcher & aualer toute crue,
Toutesfois , Villegagnon qui feignoit
ne defirer rien plus 5 que d'eftre droi-
tement enfeigné , afin de faire bonne
mine renuoya en France Chartier Mi-
niftre dans l'vndes Nauires ( lequel a-
près qu'il fut chargé deBrefil , & autres
marchandifes du pays , partit le qua-
trième de Iuin pour sen reuenir) afin
difoit il de feauoir & rapporter les o-
pinions de nos dodeurs fur ce differeut
de la Cène : & nommément edie de
Maiftre lean Caluin à 1 aduis duouel di-
foit il , il fe vouloitdu tout fubmettre,
Etdefaitieluyay ouy fouuentefois îeï-
terer ce propos. Monfieur Caluin eûVvn
des feauants perfonnages qui ait efté de-
puis les Apoftres: & îi'ay point leu de do-
cteur qui ait mieux expofé ni traité Vef^
criture fainte plus purement à mon <*ré
qu'i{ à fait. Aufsi pour monftrer qu'il le
reueroit,non feulement en larefponce
aux lettres que nous luy portafmes de fa
part luy mâda-il bien au long de tout fon
eftat en general , mais particulièrement
(ainfi qu'il fe verra encores à la fin de To
riginal de fa lettre en datte du dernier de
Mars mil cinq cens cinquante fept la-
quelle eft en bonne garde;il efcriuit d'an
ciede Brcfil& de fa propre main ce qui
s'enfuit.
radiou-
DE L' A M E R I QJ Ë 79
I'adioufleray le confeil que vous m'a- >*
liez donné par vos lettres, m'eforçant »
de tout mon pouuph de ne m'en def~ »
uoyer tant peu que ce foif . Cai de fait ie *>
fuis tout perfuadé qu'il n'y en peut a- >*
uoir de plus faim, droit , ni plus entier. **
Pourtant aufsinous auons fait lire vos»
lettres en l'aiîemblee de noftre confeil: >*
& puis après enregistrer afin que s'il »
aduient que nous nous deftournions du >»
droit chemin, par la lcdure d'icelles **
nous foyons rappelez , & redreflfez d'vn »
tel fourtioyement. 35
Mefmes vn nommé Nicolas Carmeau
qui futle porteur de fes lettres , & qui e-
{toit parti des le premier iour d'Auril
dans le Nauire de Rofee, me dit en
prenant congé de nous, que Villegagnon
luy auoit commandé dédire de bouche
àMonfieur Caluin, qu'afin deperpetuer
la mémoire du confeil qu'il luy auoit
baillé , il le feroit engrauer en cuyure :
comme aufsi il auoit baillé charge audit
Carmeau de luy ramener de France quel
que nôbre de personnes, tanthômes,fem
mes,qu'enfans, promettât qu'il défraye-
roit & payeroit tous les defpes que ceux
de la religion feroyent à Taller trouuer.
Mais auât que pafTer outre ie ne veux
pas obmettre de faire ici mention de dix
garçôs Sauuages aagez de neuf à dix ans
fhns Saw-
nages en-
Koye^ en
Iranee.
Premiers
mdriages
folennife^
à la façon
des Chré-
tiens en
CxAmeriq.
Su HISTOIRE
& au deffous (prins en guerre par les Sau
nages amis des Frâçois,qui. les auoyétvê
dus pour efclaues à Villegagno) lefquels
après que le Miniftre Richier à la fin
d'vnpr.efche leur eut impofé les mains,
& que nous tous enfemble eufmes prié
Dieu qu'il leur fift la grace d eftrelesprc
mices de ce pauure peuple,pour eftre at-
tiré à la cognoiflance de fon falut, furent
embarquez dans les Nauires (qui comme
i'ay dit j partirent dés le quatrième de
Iuin) pour eftre amenez en France, ou
cftans arriuez & prefentez au Roy Hen-
ry fécond lors regnant, ilenfitpfefent à
quelques grands Seigneurs: & entre au-
tres il en donna vn à feu Monfieurde Paf
fy, lequel ie recogneu chez luy à mon
retour.
Au furplusle troifieme iour d'Avril,
deux ieunes hommes , domeftiques de
Villegagno efpouferét au prefche à la fa
çô des Eglifes reformées, deux de fes ieu
nés filles que nous auios menées deFrâce
en ce pays là. Et en fais ici mention tant
parce que non feulement ce furent les
premieres nopees &mariages faits & fo-
lennifez à la façon des Chreftiens en la
terre de TAmeriqucmais aufsi parce que
beaucoup de Sauuages , qui nous eftoyët
venus voir furent plus eftonnez devoir
des femmes veftues , dont ils n'auoyent
iamais
..
DE ÙMERIQJE. jÉ
àamaisveu auparauant) qu'ils ne furent
esbahis,des ceremonies qui leur eftoyet
aufsidutoutincogneues.Semblablemét
Je dixfeptieme de may Cointa efpoufa
vne autre ieune fille parente d>n nomme
la Roquette de Rouen lequel ayant paffé
la mer quant &nous , Pedant mort quel-
que temps après que nous fufmes là.ar-
riuez, laifla héritière fadite parente de la
marchandife qu'il auoit portée , laquelte
confiftoit en grande quantité de cou-
jfleaux, peignes, mirouers,frifes, liaims à
pefcher, & autres petites befôgnes pro-
pres à trafiquer entre les Sauuages. €ela
vint biê à point à Cointa, lequel fe feeut
bien accommoder du tout. Les deux au-
tres filles ( car comme il a efté veu en no-
ftre embarquement, elles eftoyent cinq)
furent aufsi incontinent aptes mariées à
deux Truchemens de Normandie: telle-
ment qu'il ne demeura plus entre nous
femmes ni filles chreftiennes à marier.
Surquoy afin de ne taire nonplus ce
qui eftoit louable que vituperable en Vil
legagnon,ie diray en paffant, d'autat que
certains Normans lefquels dés longteps
auparauant qu'il fut en ce pays là, s'eftâs
fauue* d'vnNauirequi auoit fait nau-
frage,eftàs demeurez parmi les Sauuages
où viuans fans crainte de Dieu, ils pail-
Jardoyent auec les femmes & filles (corn-
F
et HIS TO IRE
me Ten ay veu qui en auoyeiit des enfant
ia aagez de quatre àcinq ans) tant di-ie
pour reprimer cela, que pour obuier que
nul de ceux qui fufoyent leur refidençe
en Pille n en abufaft de celle façon: Vil -
legation , par l'aduis du confeii , fit de-
^onm or- fence à peine de la vie que nul ayant ti-
i n Tv tre de Chreftien , n'habitaft auec les
femmes des bauuages . Il elt vray que
l'ordonnance portoit , que fi quelques v-
nes eftoyent appelées à la cognoiflance
de Dieu, qu'après qu'elles feroyent bap-
tifees , il feroit permis de les efpoufer.
Mais tout ainfi, quelques rernonftrances
que nous ayons parplufieurs fois faites
à ce peuple barbare , qu il n'y en eut pas
vnc qui laiflant fa vieille peau voulut ad
uouer Iefus Chrift pour fon fauueur:auf
fi tout le temps que ie demeuray là , n'y
eut il point de François qui en print à
femme. Neantmoins comme celle loya-
uoit doublement fon fondement fur la
parole de Dieu , aufsi fut elle fi bien ob-
feruee,quenon feulement pas vn feul,
tant des ges de Villegagnô,que de noftre
compagnie ne la tranfgreffa , mais aufsi,
quoyquei'ayeentédu diredeluy au con
traire depuis mô retour, afïauoir qu'eftât
enTAmcriq. il fepoluoit auec les femes
Sauuages, ie luy rendray ce tefmoignage
qu'il n'en efloit point foupçonné de no-
ftre
DE l'aMEUQJE. 8|
lire temps. Qui plus eft il auoit tellemtt
en recommendation la pratique de fon
ordonnance, que ncuft efté l'inftante re-
quefte que quelques vns de ceux qu'il ai-
mait le plus luy firent pour vn 1 ruche-
ment, qui eftant aile en terre ferme auoit
efté conuaincu d'auoir paillarde auec \ne
de laquelle il auoit iaautresfois abufé,au
lieu qu'il ne fut puni que de la cadene au
pied , & mis au nombre des efelaues , il
vouloit .qu'il fut pendu. Villegagnon dô-
ques, felon que i'en ay cogneu,tant pour
fon regard que pour les autres , eftoit à
louer en ce point : & pleuft à Dieu pour
l'aduancementde l'Eglife &pourle fruit
que beaucoup de gens de bien en rece-
uroyent maintenant,qu'il fe fuft aufsi bië
porté en tous les autres.
Mais. mené qu'il eftoit au refte dVn e-
fpritdecontradiftion,nefypouuantcon
tenter de la fimplicité , que TEfcriturç
fainte monftre aux vrais Chreftiens tou-
chant l'adminiftration des Sacremens: ^
il aduint le iour de Penthecofte &$- fçirt!He
liant , que nous fifmes la Cène, &&■*£*£%
la féconde fois , luy alléguant que jaint les AUeg ^
Cyprian, & faint Clement auoyentef £«*
crit qu'en la celebration d'icelle il falloit^^,
mettre de Peau au vin, non feulement
il vouloit opiniaftrement,& par nécessi-
té que cela fefift, mais aufsi affermoit
1 F %
Seconât
fa-
Pafage
mal appli-
qué par
Villegag.
84 HISTOIRE
& vouloit qu'on crcut que le pain con
ere profi'toit autant au corps qu'à Tame.
Dauantage qu'il falloit meflerdu fel dc
de l'huile auec l'eau du baptefme. QuVn
Mini ft re ne fepouuoit remarier en fé-
condes noces : amenât le paffage de faint
Paul à Timoth Que TEuefque foit mari
dVne feule femme. Brief ne voulant plus
defpendre d'autre confeil que du fieri
propre, & fans fondement de ce qu'il di-
foit en la parole de Dieu > il voulut lors-
abfolument tout remuera fon appétit.
Mais? afin que chacun foit aduerti com-
ment il argumentoit inuinciblemet, d>n
tre plufieurs fentences del'Efcriture que
il mettoit en auant, prétendant prou-
uer ce qu'il vouloit maintenir , i'en pro-
poferay ici vne . Voici doneques ce que
ie luy ouï vn iour dire à l'vn de fes gens.
N'as tu iamais leu enl'Euangile du Lé-
preux qui dit à Iefus Chrift, Seigneur fî
tu veux tu me peux guérir: & qu'inconti-
nent que Iefus luy eut dit, ie le veux fois
net, il fut net. Ainfi(difoit ce bon expofi-
teur)quâd IefusChriftàdit du pain, Ceci
eft mo corps, il faut croire fans autre in-
terpretation qu'il y eft enclos: & laiffos di
re ces gês de Geneue:ne voila pas biê in-
terpreter vn paffage par l'autre. Ceft cer
tes aufsi bien rencontrer , que celuy qui
allégua en vn Concile, que puis qu'il eft
eferit
,
DE L'A M E.R I QV F. 85
efcrit queDieu à créé l'homme à fon ima
çe,qu il faut doncqucs auoir des images.
Partant qu'on iuge maintenant par ceft
échantillon fila Théologie de Villega-
gnon qui a tant fait parler de luy^n'eftoit
pas feriale ? & fi entendât ù bien l'Efcri-
ture , comme il s'eft vante', il n'eftoit pas
pour faire tefte en difpute, &clorre la
bouche à Caluin , & à tous ceux qui le
voudroyent maintenir ? Iepourrois ad-
ioufter beaucoup d'autres propos aufsi
ridicules que le precedent , que ie luy ay
ouïtenir touchanteefte matière des Sa-
cremens . Mais parce que quand il fut de
retour en France , non feulement Petrws
Richerius le defpeignit de toutes Ces
couleurs , mais aufsi que d'autres après '
l'Eftrillerent , & Efpouffeterent fi ' bien & ^f»
qu'il n'y fallut plus retourner, craignant./?"*/^
d'ennuyer les le&eurs , ie n'en diray îci^f/^
dauantage . En ce rnefme temps Cointa, tn Vtiiz-
voulant aufsi monftrer fon feauoir , fe* , « g,,M
mit a faire leçons publiques : mais ayant Leçons ie
commencé l'Euangile felon faint lean C**»t*.
(matière telle & aufsi haute que feauent
ceux qui font profefsion de Théologie)
il rencontroit le plus fouuét aufsi à pro-
pos qu'on dit communément que magni
ficat eft à matines : & toutesfôis c'eftoit
le feul fuppoft deVillegagnon en ce pays
là, pour impugnerla vraye doârinç de
F 3
86
HISTOIRE
l'Euâgile. Cornent doc? dira ici quelcun,
Tom.iJi le Cordelier frère And-reTheuet quife
ai.ch.8. plaint fi fort en faCofmographie que les
Miniftres que Caluin auoit enuoyez en
l'Ameriq. enuieux de fon bië& entrepre
nans fur fa chafge,Pempefcherent de ga-
gner les âmes efgarees du panure peuple
Saunage > fe tàifoit-il lors > eftoit-il plus
affeftionné enuers les Barbares, qu'àla
defence del'Eglife Romaine, dont il fe
fait fi bon pilier?La refponce à cede bour
ïr f Z g el. de de Theuet en ceft endroit fera , que
tout ainfi que i'ay ia dit ailleurs , qu'il e-
ftoit de retour en France auant que nous
arriuifsions ence payslà,aufsi prie ie
derechef les lecteurs de noter ici en paf-
fant, que comme ien'ay fait ni ne feray
aucune rrientiô de luy en tout le difeours
prefent touchant les difputes que Ville-
gagnon & Cointa eurent contre nous au
Fort de Colligni en la terre du Brefîl,
qu'au fsi n'y a il iamais veu les Miniftres
dont il parle, ni eux femblablement luy.
Partat que ce bon Catholique TheuetCle
quel auoit lors vn fofle , de deux mille
lieues de mer entre luy & nous pour em-
pefcher que les Sauuagcs inoftre occa-
sion ne fe ruaffent fur luy &lemi(Tcntà
Cofna* mort , ainfi que contre vérité, d'autant
To 2-. li. comme i'ay dit qu'il n'yeftoit pas de no-
% .çh.i. jrj- rc tcni p S J] \o£i eferire) fafis repaiftre
le mon*
.
DE L'A ME R I QVÏ. 87
le monde de telles balliueines , allègue
d'autre exemple de Ton zèle, que celuy
qu'il dit auoir eu en la conueriîô des S au
uaees fi les Miniftres ne leuffent empel-
che , car cela eft faux. Or pour retourner
à mon propos , incontinent après celte
Cène de Penthecofte Villegagnon decla-
rant auoir changé l'opinion qu'il diloit
autresfois auoir eue de Caluin -, fans at-
tendre fa refponce , qu'il auoit enuoye
quérir en France , par le Mimftre Char- viiwg-
tier,dit que c'eftoit vn mefchant &vn he- «J(*V,
retique defuoyédela foy : &de fait del- f tr-
iors nous monftrant vn fort mauuais vi-™^ {
fage, mefmes adiouftât qu'il'vouloit que w.
le prefche ne duraft plus que demie heu-
re , depuis la fin de May il n'y afsifta que
bien peu . Conclufion, la difsimulation
de Villegagnon nous fut lors fi bien def- ££«£
couiierte ( qu'ainfi qu'on dit) nous co- gagmdt
gneufmes adonc de quel bois il fe chàa*£*M
foit.Que fi on demande maintenant quel &laiaufe
le fut l'occafiô de cefte reuolte: quelques r ,r^ 3 -
vns desnoftres tenoyent que le Cardi-
nal de Lorraine & d'autres luy ayans ef-
crit de France par le maiftre d'vnttaùire
qui vint en ce temps là au Cap de Fne
trente lieues au deçà de l'Iiîe ou nous e-
ftions,l'ayant reprins fort afp rement par
leurs lettres, de ce qu'il auoit quitte la
Religion CatholiqueRomaine, auoyent
F 4
88 HISTOIRE
caufé ce changemêt en luy.Et de fait ayat
comme vn bourreau en fa confcience, il
V glTSm ^ cuim fi chagrin, que iurant à tout coup
%conj\ien Je corps faint laques Cqui eftoit fon fer-
K pZttZ. nicnt or <*inaire) qu'il romproit la tefte,
'dinaire. les bras , & les iambes au premier qui le
fafcheroitvnulnes'ofoitplus trouuer de
uant luy.Surquoy,puis qu'il vient à pro-
pos, iereciteray la cruauté que ieluy vis
exercer en ce temps la fur vn François
Ç*m*<& nommé la Roche, lequel il tenoit à la
chaîne. Ayant fait coucher ce pauure ho-
me tout a plat contre terre , & par vn de
fes Satalites à grand coups de baftos tant
fait battre le ventre, qu'il perdoit pref-
ques le vent & l'haleine , après qu'il fut
âinfi meurtri d'vn cofté, ceft inhumain
luy difoit: corps S. laques paillard tour-
ne l'autre, tellement que le laiifant ainfî
à demi mort, encore ne fallut il pas pour
cela, que lepauure homme lairTaft de tra-
uailicr de fon meftier, qui eftoît Me-
nuiiicr. ^Scmblablcment les autres Fran-
çois qu'il tenoit à la chaine pour, la mef-
riie caufe que le fufdit la Roche, aflauoir,
parce que à caufe du mauuais traitement
qu'il leurfaifoit auât que nous fufsios en
ce pays là , ils auoyent confpiré entr'eux
de le ietter en mer: cftans plus trauaillcz
que s'ils cnlfent cfté aux galères , aucuns
d'entr'eiïxcharpctiers deleur cftatTabâ-
donnais
cfcla,
de
D E L'AMERIQJ E. 89
donnans , aimèrent mieux s'aller rendre
en terre fermeauec les Sauuages(lefquels
les traitoyent plus humainement) que de
demeurer auec luy.Dauantage trente ou
quarante tant hommes que femmes Sau-
uages Margot* lefquels les Toinupintm- ^m^
haoultsnos alliez auoyent prins prifon- étliff%f
niers en guerre , Se les luy ayans vendus,
les tenoit efeiaues, eftoyent encores trai-
tez plus cruellement. Et de fait ieluy vis
vne fois faire embraffer vne piece d'ar-
tillerie à Tvn d'entr'eux nommé M ingant
auquel pour vne chofe qui ne meritoit pas
prefques qu'il fut tancé,ilfitneantmdins
dégoûter & fondre du lard fortchaud fur
les fefles: tellement que ces pauures gens
difoyent fouuent en leur langage^fi nous
eufsions penféque.T^i"-^/^j(ainfi appe-
loyent ils Villegagnon) nous euft traitez
de cefte façon , nous nous fufsions plu-
ftoft faits manger à nos ennemis que de
venir vers luy. Voila en paffant vn pe-
tit mot de fon humanité r &ferois con-
tent n'eftoit 5 comme il à eftétouché ci
deffus , que quand nous eufmes mis pied
à terre en fonlfle , il nous dit nommé-
ment qu'il vouloir que la fuperfluité des
habillemens fut reformée définir ici de
parler de luy.
Il faut doneques que ie dife encores le. .
bon exemple & la pratique qu'il monftra
£0 HISTOIRE
cnceft endroit. Ayant grande quantité
tant de draps delaine(qu'il aimoit mieux
laiffer pourrir dans [es coffres que d'en
reueftir {es gens , vne partie defquels
neantmoins eftoyent prefque tous nuds)
que de foye : comme aufsi des camelots
de toutes couleurs, il s'en fit faire fix ha-
billemens à rechanger tous les iours de
e > la femaine: affauoir,la cazaque & les
équipage r r jl
de voie- chauiics touiiours de meiines,de rouges,
&*&"*> de iaunes,de tannez* de.blancs>de hleuz,
& de verts:tellement que cela eftant aufi-
û bien feant à fon aage & au degré &
profefsion qu'il vouloit tenir qu'rn cha-
cun peut iuger , aufsi cognoifisions nous
à peu près à la couleur de l'habit qu'il
auoit veftû,de quel humeur il feroit me^-
nécefte iourneela : de façon que quand
nous voyons le vert &le iaune en pays,
nous pouuions bien dire qu'il n'y faifoit
pas beau. Mais fur tout quand il eftoit
paré d'vne longue robe de Camelot iau-
rie bâdee de velours noir le faifant moût
beau voir en tel equipage , les plus io-
yeux de {es gens difoyent que c'eftoit
lors vn vray enfant fans fouci . Partant lî
celuy ou ceux qui comme vn Sauuage le
firent peindre tout nud au deffus du ren-^
uerfement de la grand marmite euffent
efté aduertis de cefte belle robe^il ne faut
point douter que pour ioyaux & orne-
ment
DE L'A ME RIQJE. 9 1
ment ils neluyeuffent aufsi bien IaifTee
qu'ils firent fa croix & fon flageolet pen-
dus à fon col.
Que fi quelqu'vn dit maintenant quç
il n'y a point d'ordre que i'aye recerchc
ces chofesde fi près, lefquelles à la vé-
rité ie confeffe, principalement quant
à ce dernier point 3 ne valoir pas l'efcri-
ré,ie refpond puis que Villegagnon a
tant fait le Roland le Furieux contre
ceux de la Religion reformée , nommé-
ment depuis fon retour en France , leur
ayant , di-ie , tourné le dos de celle fa-
çon,il me femble qu'il meritoit que cha-
euh feeut comment il s'eft porté en tou-
tes les religions qu'il afuyuies.
Or finalement après que par le fieur uucAJim
du Pont nous luy eufmes fait dire que W£
puisquilauoit reiettél'Euangile , nous departif-
n'eftàns point autrenrent^ fes fuiets, r^f™
n'entendions plus d'eftre à fon ferm-
ée, moins voulions nous continuer de
porter de la terre & des pierres eu
fon Fort: luy nous penfant bien fort
èftonner & nous faire mourir de faim,
défendit la deffùs qu'on ne nous bail-
lait plus hs deux gobelets de farine de
racine que chacun de nous (ainfi que
i'ay dit ci defius) auoit accouftumé
d'auoir par iour • Dequoy tant s'en
£2 HISTOIRE
fallut que nous fufsions fafches , qu'au
contraire (outre ce que nous en auions
plus pour vne ferpe, ou pour deux ou
trois caufteattx que nous baillions aux
Sauuages qui nous venoyent fouuet voir
dans leurs petites Barques , ou bien ral-
lions quérir vers eux 5 qu'il ne nous en
euft feeu bailler en demi an) nous fufmcs
fcien aifes par tel refus d'eftre entieremet
tors de fa fuiettion . Cependant s'il euft
efté le plus fort ,&qu vne partie de fes
gens & des principaux n'euflent tenu no
itre parti , il ne faut douter qu'il ne nous
euft lors mal faitiios befôgnes.Et de fait
pour tenter s'il en pourroit venir à bout,
ainfîqu'vn nommé lean gardien &moy
fufmes vn iourde retour de terre ferme
(ou nous auions efté enuiro quinze iours
parmi les Sauuages ) luy feignant ne rien
fauoir du congé que nous auions deman-
dé à monfïeur Barré fon Lieutenant auat
que partir, Se prétendant par là que nous
eufsions tranfgrefieles ordonnâmes qu'il
auoitfaites>que nul n'euft à fortir del'I-
fle fans licence^non feulement nous vou-
lut faire aprehender, mais aufsi comman
doit que comme à fes efclaues on nous
ViUtga- m j t ^ chacun vne chaine à la iambe.Et en
gntn ten! s r r .
le moyen humes en tant plus grand danger que le
nd™*r & eur ^ ll P° nt noftre condu£teur( lequel
battes. attendu fa qualité s'abaiffoit trop fous
luy)
de l'ameriqje. 9$
luy ) au lieu de nous fupporter & de l'cnt
pefcher,nous prioit que pour vn iour ou
deux nous fouifrifsions cela,&: que quâd
la colère de Villegagnon feroit parlée, il
nous feroit deliurer . Mais tant à caufe
que nous n'auions point enfreint l'ordo-
nance,que parce principalemêt,ainfi que
Tay dit,que nous luy auions declaré,puis
qu'il nous auoit rompu la promefle qu'il
nous auoit faite,nous n'entendions plus
rien tenir de luy: iointles exemples de
tant d'autres que nous voyons iournelle-
ment deuant nos yeux eftre ii cruellemét
traitez de luy , nous declarafmes tout à
plat que nous ne l'endurerions pas. Par-
tant luy oyant cefte refponce , & fâchant
bien que nous eftions quinze ou feize de
noftre compagnie fi bien vnis & liez d'a-
mitie , que qui pouffoit l'vn frapoit l'au-
tre 5 comme on dit, il ne nous auroit pas
de force,il fila doux & fe deporta.Et cer-
tes outre cela , ainfi que i'ay dit,les prin-
cipaux de (es gens eftans de noftre reli-
gion , & par confequent mal contens de
luy à caufe de fa reuoIte,fi nous n'eufsiôs
craint que monfieur l'Amiral qui l'auoit
cnuoyé & qui ne le cognoiffoit pas enco-
res tel qu'il eftoit deuenu,en euft efté
marry, auec quelques autres refpeds que
nous eufmes 5 il y en auoit qui empoignas
cefte oçafion pour fe ruer fur luy,auoyét
94 HISTOIRE
grande enuie en le iettant en mer, de fai-*
re manger de la chair & de fcs groffcs
efpaules auxpoiffons. Trouuâs dôcques
plus expedient de nous comporter dou-
cement , encores que nous fusions touf-
iours publiquement le prefche qu'il n'o-
jfoit ou ne pouuoit empefcher, iî eft-ce,à
fin qu'il ne nous troublaft & brouillait
plus quand nous ferions la Cène, du de-
puis nous la fifmes de nuit à fon defceu.
Et parce qu'après la dernière Cène
que nous fifmes en ce pays là, il ncnous
refta qu'cnuiron vn verre de tout le
vin que nous anions porte' de France*
n'ayans moyen d'en recouurer d'ailleurs*
$«ejthnjîh queftion fut efmeuë entre nous , alfa-
po£7Jt fi uolr » fi * ^ aute <* e vin on * a pourroit ce-
ttitïrer TeDrer auec d'autres bruuages. Quelques
fansvm, v ns alleguans entre autres paflages , que
lefus Chrift en finftitution delà Cène,
après l'adion ayant expreffémétdit à fes
Apoftrcs , le ne boiray plus du fruift de
la vigne &c.eftoyent d'opinion quelevin
défaillant il vaudroit mieux s'abftenir du
figne,que de le changer. Les autres au co
traire difans que lefus Chrift quâd il in-
stitua fa Cène eftant au pays de Iudee, a-*
uoit parlé du bruuage quiyeftoit ordi-
naire, s'il eufteftéenla terre des Sauua-
ges,euft non feulemét aufsi fait mention
du bruuage dont ils vfent au lieu de vin,
mais
.
D E L
AMBRIQJE 95
mais, qui plus eftoit > de leur farine de
racine qu'ils mangent au lieu de pain»
concluoyent qu ainfi tant que les fignes
de pain & de vin fe pourroyent trou-
uer , ils ne les voudroyent changer 9
qu'aufsi à défaut Vieeux ne feroyent
ils point de difficulté de célébrer la Cè-
ne auec les chofes plus communes
qui feroyent au lieu de pain & de vin
pour la nourriture des hommes dupais
ou ils feroyent : tellement que com-
me nous nen vinfmes pas iufques à
cefte extrémité (quoy que la plufpart
inclinait à cefte dernière opinion) aufsi
cefte piatierc demeura indecife . Tou-
tesfois tant s'en faut que cela engen-
draft -aucune diuifion entre nous que
pluftoft par la grace de Dieu, demeu-
rafmes nous en telle vnion & concor-
de, que iedefireroi s que tous ceux qui
font auiourd'huy profefsion de la Re-
ligion reformée marchaffent du mefme
pied. : , ■ r
Or pour acheuer ce que l'auois a dire gj*$g
touchant ViIlegagnon,il aduint fur la fin gagnm he
du mois d'OÀobre , que luy deteftant de j£.^
.plus en plus & nous & lado&rine que r , r m j 9m
nous fuyuions>difant qu'il ne nous vou- *•".
loitplus fouffrir ni endurer en fon Fort,
ni en fon Ifle,nous commada d'en fortir.
Il eft vray ainfi que i'ay touché ci deflus
90 HISTOIRE
que nous auions bien moyen de Yen chaf-
fer luy mefme fi nous eufsions Voulu:
mais tant pour luy ofter toute ocafion de
fe plaindre de nous, que parce ( outre les
yaifons fufdites)que la France eftant lors
abruuée que nous eftions allez en ce pais
là , pour y viure felon la reformation de
PEuangile, craignans de mettre quelque
tache fur iceluy en obtemperans à Ville-
gagnon,nous aimafmes mieux luy quiter
la place . Et ainfi après que nous eufmes
demeuré enuifon huit mois en ceftelfle
&: Fort de Colligni , lequel nous auions
aidé à baftir,nous nous retirafmes &paf
fafrhes enterre ferme, ou en attendans
qu'vn Nauire du Haure de grace quie-
ftoit la venu pour charger duBrefilCau
maiftre duquel , nous marchandafmes de
nous repalTer en France) fuft preft à par-
tir,nous demeurafmes deux mois. Nous
nous accommodafmes fur le riuage de la
mer à corté gauche en entrant dans ce-
nous de- fte riuiere de Cjanabarazu lieu dit par les
meurafmes p ran r i s J a briquetiere, lequel if eft qu'à
fermede demie lieue du Fort, Et corne de la nous
vùmmq. allions, venions, fréquentions, mangiôs,
&: buuions parmi les Sauuages (lefquels
fans comparaifon nous furent plus hu-
mains que celuy qui fans luy auoir mef-
fai,t ne nous peut fourfrirauecluy)aufsi
eux de leur part nous apportans des vi-
ures &:
Lieu eu
DE ÙMERIQJE, £7
tires & autres chofes dont nous auions à epilogue
faire nous y vcnoyent fouuêt vifiter. Or d f u V J €
l'ay fommairemet deicriten ce chapitre,
Pinconftace & variation que i'ay cognuë
en Villegagnon en matière de Religion:
le traitement qu'il nous fit fous prétexte
d'iceile: fes difputes & Poccafion qu'il
prit pour fe deftournerdePEuangile: fcs
gèftes & propos ordinaires' en ce pays là:
f inhumanité dont il vfoit enuers fcs gës,
& comme iî eftoit magiftralement équi-
pé. Partant referuant à dire quand ie fe-
rayennoftre embarquement pour le re-
tour , tant le congé qu'il nous bailla, que
la trahifon dont iî vfa enuers nous à no-
ftre département delà terre des Sauna-
ges , afin de traiter d'autres points , ie le
faiflferay battre 8c tourmenter fes gens
dans fon Fort, lequel auec le bras de mer
ou il eft fitué, ie vay deferire en premier
lieu.
CHAP. VII.
Deftription delà riuier e de ganabara,
autremet dite cenev.Re: de PI fie & Fort
de Colligny qui fut bafii en iceliei enfemble des
autres I[les qui font eYenuirons*
G
—
HISTOIRE
O M M E ainfi foit que ce bras
de mer &riuieiede {janabara
appelée Genevrc parles Por-
ti>galois (parce comme on dit
qu ils la defcouurirent le premier iour
de larmier ) laquelle derncuie par les
vingt & trois degrez au delà de 1 Equi-*
noâial,& droit fous le Tropique de Ca-
pricorne, ait cftéi'vn des ports de mer en
la terre du Brefl, plus frequëié de noftrc
temps par les François, i'ay penfé n'eftrç
hors de propos, d'e faire vne particulière
& fommaire defeription. Sans doneques
nVarrefter à ce que d'autres en ont voulu
efcrire,ie di en premier lieu (ayat demeu
ré & nauigué fur icelle cnuitô vnan^ que
en s'auançant fur les terres elle a enuirô
douze lieues de long , & en quelques en-
droits fept ou huit de large : & quant au
refle côbien que les môtagnes qui Tenui-
ronnent de toutes parts , ne foyent pas fi
Comparai fautes que celles qui bornent le grand Se
[on du Lac r . x . i» i i Â?
de geneue ipacieux lac cl eau douce de Geneue,
auu uri- neantmoins, ayantainfi la terre fermede
<janab*r* tous coftez, elle eft afîez femblableà îce-
'~4me- j U y quant à fafituation.
Au refte quand on laifTe la grand mer
pour y entrer , parce qu'il fauteoftoyer
trois petitcslflcs inhabitables, cotre lef-
quelles les Nauii es , fi elles ne font bien
côduites font endurer d'heurter Sc/ebri
fer,
eni'
ri que
BE L'AMERIQUE. 9^
ferj'emboucheure en eft affe* fafcheufe.
Apres cela , il faut pafl'er par vn deftroit
qui n'ayât pas demi quart de lieue de lar-
ge eft limite du cofté gauche, en y entrât*
cTvne montagne& Roche en forme pira-
midale, laquelle n'eft pas feulement d'ef-
merueillable & excefsiue hauteur , mais
aufsi à la voir de loin on diroit qu'elle eft
artificielle: &de fait parce qu'elle eft ron-
de &: femble vne greffe tour , entre nous <~^ 4 .
François l'auions nommée le pot de beurf */«?•*
re. Vn peu plus auant dans la riuieré il y e eurrei
a vn rocher > qui peut auoir cent ou fix
vingts pas de tour , que nous appelions '***'*>**'***
aufsi le Ratier, fur lequel Villegagnon à
fon àrriueë s'y penfant fortifier auoit
premièrement pofé fon Artillerie , mais
le ftus & reft us de la mer Ten chafla. Vne ?'Ar ; /J-
lieuë plus outre > eft Tlflé ou nous dc~ji e & Fort
mentions , laquelle ainfiquè i v ay ia ton- eti f e , t€no * è
* s «« n «-il- if ViUcrag?
che ailleurs , eitoit inhabitable au para-
uant que Villegagnon fuft arriué en ce
pays làrmais au refte n'ayant qu'enûiroa
demie lieue Françoife de circuit , & e^
ftant fix fois plus longue que large , en-
liironnee qu'elle eft de petits rochers à
fleur d*eau, qui empefchçnt que les Vaif-
feaux n'enpeuuent approcher plus près
que la portée du Canon, elle eft merueiW
leufement & naturellement forte . Et de
fait n'y pouuât aborder^mefmes auec les
G z
IOO HISTOUE
f>etites Barques finon du collé du port,
equel eft encore à Popped te de i auenue
de la grand mer, (1 elle cuit efte' bien gar-
dée^! neuf!: pas efix pofsible de la forcer
ni de la furprendre. Au furplus y ayant
deux montagnes aux deux bouts, Ville-
gngnon fur chacune d'icelle fit faire vne
maifonnette : comme nufsi fur vu rocher
de cinquante ou foixa.nte pieds de haut 3 '
qui eft au milieu dePIfle, il auoit fait ba-
"frir fa maifon. De codé & d'autre de ce
rocher, nous anions eiplané & fait quel-
ques petites places efqueîles eftoyent ba-
■ fries, tâtla faile ou Ion s'affembloit pour
faire le prefche & pour mâger, qu'autres
logis efquels (comprenant tous les gens,
de Villegagnon.) eriuiron quatre vingts
perfonnesqire nous étions, refidents en
ce lieu ^logions & nous accommodiôs.
Mais no.tezjqu'exceptéla maifon qui eft
fur. la roche, ou il y a vn peu decharpen-
terie,& quelques Bouleuards furlefquels
l'Artillerie eûoit placée, lefquels font
reueftus de telle quelle mafïonneric , que
ce font tous logis, ou pluftoft loges, des-
quels comme les Sauuages en ont elle
les Architectes , aufsi les ont ils baftis à
leur mode, afTauoir de bois rond, & cou-
uerts d'herbes . Voila en peu de mots
quel eftoit l'artifice du Fôrt.lequel Villc-
gagnon penfant faire chofe agréable à
Gafpard*
DÉ L'A ME RIQVE. IOÏ
Gafpard de Côlligny Admirai de Frace,
fans la faueur & afsiftancc, aufsi duquel,
comme i'ay dit du commencemët,il n'eut
iamais eu ni le moyen de faire le voyage,
ni de baftir aucune forterefle en la terre
du Brefil s nomma Côlligny en la France
Antarctique. Mais en faifant femblant de
perpétuer lé nô de ceft excellët Seigneur,
duquel yoirement la mémoire fera à ia-
mais honorable entre tous gens de bien,
ie laifle a pêfer outre ce que Villegagno,
contre la promelfe qu'il luy auoit faite
auânt que partir de France, d'eftablirie
pur feruice de Dieu en ce pays là , fe re-
uoltade la Religion, combien encore,en
quitanteefte place aux Portugais, qiu en
font itlaintenantpoflTefleiirs , il leur dôna
occafion de faire leurs trophées & du nô
de Colligni,& du nom de France Antar-
ctique qu'on auoit impofé à ce pays là.
Sur lequel propos ie diray . que ie ne
me puis aufsi a fies efmerueiller, de ce
que Theiiet à fon retour de T Amérique,
en Tannée 1557* voulant femblablement .
complaire au Roy Henry fécond lors re-
gnant , non feuleuent , en vne carte qu il
fit faire de cefte riuiere de Ganabara &
Fort de Colligni , fit pourtraire à cofte
gauche d'icelle en terre ferme , vne ville
qu'ilnômavi l'le hè n r rimais aufsi,
euoy qu'il ait eu afféz de temps depuis
1 G }
IQ2 HISTOIRE
pour pçfer que c'eftoit vne moquerie, Yz
ncâtmoins fait mettre derechefen fa Cof
mographie. Car quad nous partifmes dç
cefte terre du Brefil , qui fut plus d'vn an
après Theuet, ie maintien qu'il n'y auoit
aucune forme de bajljinens, moins villa-
ge ni ville à rédroit ou il nous en à naar*-
ViUeima- que & forge' vne, vrayement fantaftique.
S:T/ Aufsi . l n m f fa* cftant en incertitude de
^«um^cequi deuoit précéder au nom de cefte
flou*, ville imaginaire^ la manière de ceux qui
difputét s'il faut dire bonet rouge ou rou
ge bonet,rayâtnomee vill e-h e n r y
en fa premiereCarte,&H enry-ville
en la féconde 5 donne affe* à coniedurer
que ce n'eft qu'imagination & chofe fup-
pofeede tout ce qu'il en dit : tellement
que fas crainte de l'equiuoque, le lecleur
choifïffat lequel qu'il voudra de ces deux
flôs,trouuera que c'eft toufiours tout vn,
affauoir rien que de Iapeinture. Dequoy
ie conclus neantmoins , que Theuet des
lors, non feulement feiouaplus du nom
du Roy Henry que ne fit Villegagnon de
celuy deColigni,qu'il impofa àfon Fort,
mais aufsi que par cefte reiteration , en-
tant qu'en luy eft,ilprophane la mémoi-
re de fon Prince.Et afin de preuenir tout
ce qu'il pourroit répliquer la deffus ( luy
nyant que le lieu qu'il pretend foit ce-
luy que nous nommafmcs la Briqueterie
auquel
DE L'AMERIQJE. 103
auquel nos manouuriers battirent quel-
ques maifonettes ie luy côfeffe bien qu'il
y a vne montagne en ce pays 11 , laquelle
les François, en foiuiea&cc de leur fouue-
rain Seigneur,nômcrent le MontHenrjr,
comme aufsi nous en appelions vn autre
Corguiieiey , du fùrnom de Philippe de
Corguiîerey fieur du Pot,qui nous auoit
conduits par delà : mais s'il y à autant de
■d'ifertïice d vne montagne à vne ville,cô-
ir.e on peut dire qu'vn clochier n eft pas
vne vachcil s'enfuit,ou que T hcuct a eu
la berlue quantil a marqué cede Ville
H f n a y ou H e NR y V t l l e en les
cartes ,ouqu il en a voulu faire accroire
plus qu'il n en eft.Dequoy derechef, afin
que nul ne penfe que l'en parle autremet
qu'il ne faut, ie me rapporte à tous ceux
qui ont fait ce voyage:& mefmes aux gês
<le Villegagnon dont plufieurs font enco
res en vie': aflauoir s'il y auoit appa-
rence de ville ou on a voulu fituer celle
que ie renuoye auec les fixions des Poè-
tes . Partant ainfi que i'ay dit en la pre-
face /puis que Theuet , fans occafion , a
voulu attaquer l'efcarmouche , contre
mes compagnôs &moy,finommémentil
trouue cefte refutation en fes œuures de
r Amérique de dure digeftion , d'autant
qu'en me derfendât contre fes calomnies
ie luy ay ici rafe vne ville, qu'il fâche que
G 4
io 4 HISTOIRE /
ce ne font pas tous les erreurs queiyay
rcmarque* 5 lefquels, comme i'en fuis biê
records s'il ne fe contente de ce peu que
i'en touche en cette hiftoire, ieluy mon-
lîreray par Je menu , le fuis marri tou-
tesfois,qu'en interrompant mon propos
i:aye tfté contraint de faire cefte longue
uigrefsion en ceftendroit:mais pour les
mfons fufdites,ceft adiré pourmon.
ftrer à la vérité comme toutes chofes ont
paffe- ie fais iuge les le&eurs fi l'ay eu tort
ou non.
Pourdoncquespourfuyurece qui re-
né a defcrire,tant de noftre riuiere de Ga
nabara, que de ce qui y eft fitue'.-quatre ou
^^ecinq lieues plus auant que le Fort fus
mentioné, il y à vne autre belle & fertile
Me, laquelle contenât enuiron fix îieué's
de tour, nous appelions la grande Me
Et parce qu'en icelle il y a plufieurs vil-
lages habite* des Sauuages nome* Ton-
oupïnmnbaoults allie* des François,nous y
allions ordinairemet dans nos Barques,
quérir des farines ,& autres chofes nc-
ceffaires.
Dauantage. il y a beaucoup d'autres pe
tïtes lOcttes inhabitees.en cebras de mer,
efqueJIcs entre autres chofes, il fe trouue
degrofles & fort bonnes huitres : com-
meaufsi ks Sauuages fe plongcans es ri-
vages delà mer,rapportent\îe grottes
pierres
DE ÙMERIQJE ! ÏO5
pierres à l'entour defquelles , il y a vue
infinité d'autres petites huitres , qu'ils
nomment Lerip es, û bien attachées, voire £#Wç
comme collées,, qu'il les en faut arracher ^7^.
par force . Nous faifions ordinairement"
bouillir de grandes pottees de ces Leri-
pes , dans aucuns defquels en les ouurans
& mangeans nous trouuions de petites
perles.
Au refte cefte riuiere eft remplie de di
<uerfes efpeces depoiffons, corne en pre-
mier lieu ( ainfi que ie diray plus au long
ci après ) de force bons Mulets , de Re-
quiens , Rayes, Marfouïns > &c autres
moyens &petit$, aucuns defquels ie dc£*
criray aufsi plus amplement au chapitre
des poiffons . Mais principalement ie ne
veuxpas oublier de faire ici mention des
horribles & efpouuâtables Balenes , lef- Bdmts,
quelles monftrâs hors de l'eau leurs gra-
des nageoires, en s'efgayans dâs cefte lar
ge & profôde riuiere,s'approchoyet fou
uent fi près de noftre Me, qu'à coups d'ar
quebufes nous les pouuions atteindre*
Toutesfois parce qu'elles ont la peau af-
fez dure, & mefmes le lard tant efpais
que ie ne croy pas que la balle peut pêne
trer fi auant qu'elles en fuflent gueres of-
fencees , elles ne laifïbyent pas de paffer
outre : moins mouroyent elles pour cela
Il y en eut vne pendant que nous eftions
tie-neurce
X0<? HISTOIRE
par delà, laquelle à dix ou dou2e lieues
de noftre Fort tirant au Cap de Frie sc-
ftant approchée trop près du bord,&na-
yant pas afiez d'eau pour retourner en
pleine mer, demeura efchoùee &à fee fur
le riuage . Mais neantmoins nul n'en o-
fant approch?r, auant qu'elle fut morte
d'elle mefme, non feulement en fe deba-
tant,elle faifoit trembler la terre bien
loin autour d'elle* mais aufsi on oyoit le
bruit & eftonnemêt le long du riuage de
plus de deux lieuè's. Dauamagecombien
que tant les Sauuages que ceux des no-
ftres qui y voulurent aller, en rapportaf-
fent tant qu'il leur en pleut, fi eft ce qu'il
en demoura plus des deux tiers qui fut
perdue & empuantie fur le lieu. Mefmes
la chair frefche n'en eftant pas fort bône
& nous n'en mangeans que bien peu de
celle qui fut apportée en noftre Ifle^hors
mis quelques pieces du gras , que nous
faifions fondre pour nous feruir & efclai
rer la nuit de l'huile qui en fortoit) la laif
fant dehors nous n'en tenios non plus de
conte que de fumiers. Toutesfois la lan-
gue, qui eft le meilleur, fut falleedâs des
barils, & enuoyee en France à Monfieur
l'Admirai.
En fin ( ainfi que i'ay touché ) la terre
ferme enuironnatde toutes parts ce bras
de mer > il y a encores à l'extrémité & au
cul du
DE L'aMERIQVE- IO7
cul du fac , deux autres beaux fleuues Fkuum
d'eau douce qui y entrent 5 dans lefquels, deaud***
auecd autres François ayant aufsi naui-
gué dans desBarques près de vingt lieues
auant fur les terrcs,i'ay efté en beaucoup
de villages parmi les Sauuages qui habi-
tent de cofté & d'autre. Voila en brief ce
que i'ay remarqué en cefte 1 iuiere de Ge-
nevre ou Çanalaraiàe la perte de laquel-
le ie fuis tant plus marri , que fi elle euft
efté bien gardée non feulement c'euft e-
fté vne bonne & belle retraiterais aufsi
vne grande commodité de nauiger en ce
pays là pour les François. A vingt huit
ou trente lieues plus outre tirant à la ri-
uiere de Plate &au deftroit de Magellan,
il y a vn autre grand port & bras de mer
appelle par les^ François, la riuiere des
Vafes , en laquelle , femblablement çi| La riuiere
voyageas en ce pays là ils prennent port:
ce qu'ils font aufsi au Hauredu Cap de
Frie,anquel corne i'ay dit ci deuant nous
mifmes premièrement pied à terre en la
terre du Brefil.
CHAP- VIII.
^unatureUforce^flature,nudite\dijfo(iHon:
& paremens du corpse ant des hommes que des
I08 H ISTOIRE
femmes Saunages *BrefiUens y hakïtans cnl*A-
merique : entre lefquels tay fréquenté enuiron
vnan.
*3DR Y A N T îufques ici recite,
Sié5 tant ce que nous viimes iur
-/jP^ *P^« nier en allant en la. terre du
M W\ &i Brefi!, que côme toutes cho-
« {es p afferent en rifle & Fort
de Colligny ou fe tenoit Villcgagnon,
pendât que nousy eftionsienfemble quel-
le eftla riuiere nommée Ganabàra en l'A-
mérique : puis que ie fuis entré fi allant
en matière, auant que ie me rembarque
pour retourner en France, ie veux aufsi
difcourir tant de ce que i'ay obferué tou-
chant la façon de viure des Sauuages,que
des autres chofes fingulieres 8c inconues
par deçà que i'ay veuës en leur pays.
En premier lieu doneques (afin que
commençant par le principal iepourfuy-
ue par ordre)îes Sauuages de l'Amérique
habitans <n la terre du Brefil nommez
*T oùoupinambaoults , auec lefquels i'ay de-
meuré & fréquenté enuiron vn an,n'eftâs
Stature point plus grands, plus gros, ou plus pe-
&- dir P o- t i ts (J e ft a ture que nous fommes en PEu-
ftion des f x m n
£a»uagcs. rope,n ont le corps ni moitrueux,ni pro-
digieux à noftreefgarchbien font-ils plus
forts, plus robufics & replets , plus di-
fpofts,moins fuiets à maladie: &mefmc il
n'y a
DE VaME^IQJE. ÏOJ
n'y a prefque point de boiteux , de man-
chots,d'aueugles,de borgnes, cotrefaits,
ni malefîciez entre eux. Dauantage com-
bien que plufieursçaruiennent îufques
à.Paage decent ou fix vingts ans (car ils
feauêt bienainfi retenir & coter leurs zz^agedes
ges par Lunes)peu y en a qui en leur vieil * -
leife ayent les cheueu£ ni blancs ni gris.
Chofes.qi i pourcertain môfti et non feu
lement h bon air & bonne temperature
de leur pay^, auquel corne Pay dit ailleurs
fans gelées ni grandes froidures les bois
& les champs font toufiours verdoya; s,
mais aufsi { eux tous buuans yrayement
à la fontaine de Iouence ) le peu de foin Lu.' s**
& de fouci qu ils ont des chofes de ce môjf&'J**
de. Et de fait,comme |e le monftr eray en- des chofa
core plus amplement ci après -, tout %ï$0* € ' m * n
qu'ils ne puifent en façon que ce foit en
ces fources fangeufes, ou pluftoft pefti-
lential.es-, dont defcoulent tant de ruif-
feaux qui nous rongent les os, fucçent la
moueile, atténuent lecorps,& confumêt
Tefpritrbrief nous empoifonnent & font
mourir deuant nos iours : aflauoir, en la
desfiance,en Pauarice qui en pfocede,aux
procès & brouïlleries, en Penuie& ambi-
tion, aufsi -rien de tout cela ne les tour-
mente, moins les domine & pafsionne.
Quant à leur couleur naturelle,atten-
du la region chaude ou ils habitent , n'e-
desSauua-
get en ce-
ntral.
Contre
tettx qui
ejhment les
Saunages
Veins.
Hift.ge.
desln.li.
%. ch.79
riO HISTOIRE
ftans pas autrement noirs, ils font feule-
ment bafanez, comme vous diriez Its £-
fpagnols ou Prouençaux.
Au refte,chofe non moins eftrage que
difîîcille a croire à ceux qui ne Font veu,
tant hommes, femmes, qu'enfans, no feu
lement fans cacher aucunes parties de
leurs corps, mais aufsi fans en auoir nul
le honte ni vergongne, demeurent & vôc
couftumierement aufsi nuds qu'ils fortét
du ventre de leur mere . Cependant tant
s'en faut,comme aucuns penfent & d'au-
tres le veulent faire accroire, qu'ils foyet
velus ni couûers de leurs poils , qu'au
contraire, n'eftans point naturellement
plus pelus que nous fommes en ces pays
par deçà , encores fi toft que le poil qui
croift fur eux , commence à poindre & a
fortir de quelque partie que ce foit,voire
la barbe & iufques aux paupières & four
cils des yeux (ce qui leur rend la veuë lou
chc,bicle,efgarec &farouche)ouil eft ar-
raché auec les ongles, ou depuis que les
chreftiens y frequentêt auec des pincet-
tes qu'ils leur doflnent:ce qu'on a aufsi
eferit que font les habitas de PIfle de Cu
mana auPeru. l'excepte feulement quat à
nosToHoupinabaoultsles cheueux,lefquels
encoresà tous les malles des leur icunes
aages, depuis le fommet,&tout le deuant
de la tefte font tôdus fort pres,tout ainfi
que la
pe i/ameriqje. m
que la couronne d vn moine, & fur le der
riere,à la faço de nos maieurs & de ceux
qui laiiïéc çj orftic ieur perruque,on leur
jongne fur k col.
Outre plus>iisontceftecouftumeque
de's l'enfance de tous les garçons ialeure leMrtfé¥tt
dedeiTous, au deiTus du memo, leur e-ftât «**■**
percee,chacunypo:tcd*sletrou vnccr^
tain os bien poli aufsi blanc qu'yuoirc*
Ceft os prefques fait de la façon d'vne de
ces petites quilles dont on ioue par deçà
fur la table auec la pirouêtte,îe bout pom
tu fortat vn pouce ou deux doigts en de-
hors , eft retenu au refte par-vu arreft
entre les jgenciues & la leure, tellement
qu ils Toftent & le remettent quand bon
leur femble. Mais ne portans ce poinfoa
d os blanc qu'en leur adolefcence , quâd ,
ils font grands & qu on les appelle Çono~
mi'ouajfou ( qui vaut autât à dire que gros
ou grâd garçon) au lieu d'iceluy ils appli
quent & enchaflet au pertujs de leurs le-
ures vne pierre verte, efpece de fauceef- ..
meraude , laquelle aufsi retenue dVn ar- J*«g^
reft par le dedas paroift par le dehors, de
h rondeur &largcur &deux fois aufsi ef-
pefle qu'vn tefton : voire il y en à qui en
portët d'aufsi rode &longue quele doigt
de laquelle façon i'en auois rapporté vne
en France. Que fi au refte quelques fois,
quât ces pierres font oftees>nos Tououpi-
itambMnh pour leur plaifir fôt paffer leur
Tîr/ret
writ? en-
Ill HISTOIRE
langue par la fente de la lèvre , eîtant ad-
uis par ce moyen à ceux qui les regardët
qu'ils ayent deux bouches , ie vouslaifTc
àpenfer, s'il les fait bon voir ,& fi cela
les difforme ou non . Ioint qu'outre cela
j'ay veu des homes lefquels ne fe conten-
tanspas de porter de ces pierres vertes
Um j»*« \ lears levres en auoycnt aufsi aux deux
ceesafin iouës lefquelles femblablement ilss'e-
d ' y *lf~ ftoyent fait percer pour ceft erfed.
ferres Quantaunez ) au lieu que les fages
vertes, femmes de par deçà dés la naiflance des
enfans , afin de leur faire plus beaux &
plus grands , leur tirent auec les doigts,
nos Ameriquains tout au rebours, faifâs
confifter leur beauté d'eftre fort camus,
fîfoft que les enfans d'entr'eux font for-
tis du ventre de la mere ( tout ainfi que
tous voyez qu'on fait en France es bar-
bets & petits chiens) ils ontlenezefcra-
Hift. ge. ^ & enfoncé auec le pouce. Au côtraire
des Ind. quelque autre dit , qu'il y a vne certaine
I1U.4 ch. co ntree au Peru ou les Indies ont le nez
I0 * fi outrageufernent grand qu'ils y mettent
des Emeraudes , Turquoifes , & autres
pierres blâches &rougcs auec filets d'or.
Au furplus nos Brefiliens fc bigarrent
fouuent le corps de diuerfcs "peintures &
couleurs : mais fur tout ils fenoirciflent'
ordinairement, fibienles cuifles' & les
iambes du ius d'vn certain fruit qu'ils
nom-
r> e l'a mi riqje* 1x5
nomment Genipat , que vous iugeriez à^ ww ^
les voir vn peu de loin de cefte façon que »'»>«« e*
ils ont chauliez des chauffes de preftre: J ,fMWr 'v
& s'imprime fi bien fur leur chair cefte
taintuic noire faite de ce fruit Genipat%
que quoy qu'ils fe mettent dans Teau voi
re qu'ils fe lauent tant qu ils voudront?
ils ne la peuuent effacer de dix pu douze
ïours.
Us ont aufsi des croiflansdosbié vnîs, Cni p ns
aufsi blancs qu'albafrre,lefquels ils nom<?"£fa*.
ment Tacy du nom de la Lune qu'ils ap-
pellent ainfi, & les portent pendus à leur
col quant il leur plaift.
Semblablemét après qu'auec vne grade
longueur de temps ils ont polis fur vne
pierre de grez, vne infinité de pieces d'v-
ne grofle coquille de mer appeleeVigno!
lefquelles ils arrondirent & (oui aufsi
primes &defliees qu'vn denier tournois:
percées qu'elles font parle milieu, & en-
filées auec du fil de coton , ils en font des
colliers qu'ils nomment *S 0^-7*5 lefquel s jgau^r^
quand bon leur femble,ils tortillent à f# //,v r ,
lentour de leur col, comme on fait en ces
pays les chaines d'or . C'eft à mon aduis
ce qu'aucuns appelet porcelaine,dequoy
on voit beaucoup de femmes porter des
ceintures par deçà: & en auois plus de
trois brafles des plus belles qui fe puif-
fent voir quand i'arriuay en France,
H
114 HISTOIRE
Dauantage nos Ameriquains ayans
quantité de poules communes , dont les
Portugais leur ont baillé l'engeance, plu
mans fouucnt les blanches, & auec quel-
ques ferremens , depuis qu'ils en ont , &C
auparauantauec des pierres trenchantes
decoupans plus menu que chair de pafté
les duuets & petites plumes, après qu'ils
les ont fait bouillir & taintes en rouge
auec du Brefiî, s'eftans frottez d vnc cer-
taine gomme qu'ils ont propre à cela, ils
s'en couurent, emplumaiTent, & chamar-
rent le corps, les bras, & les ïambes : tel-
lement qu'en c'efteftat ils femblentauoir
du poil folet comme les pigeôs,& autres
stages oykzux nullement efclos . Et eft vray
^ w /;/«r^/-f em bl a bl e que quelques vns de ces pays
fau^lfer p ar deçà les ayans veux du commence-
juiise- ment Recoudrez de cefte .façon , fans a-
vdm. uoir plus grande cognoiflance d'eux , di-
uulgueret & firét courir le bruit, que les
Sauuages eftoyct velus: mais comme i'ay
dit ci deiîus , n'eftans pas tels de leur na-
turel,c'a efté'vne ignorance &chofe trop
Hift.gen legicrement reccuë. Quelqu'vn au fem-
deslnd.blableà eferit , que les Cumanois s'oi-
liu.i.ch. 7r nen t d>ne certaine gomme,ou onguent
7 * § gluant, puis fe couurent de plumes de di
uerfes couleurs , n'ayans point mauuaife
^race en tel equipage.
Quant à l'ornement detefte de nos
Touou-
Î)É t' A M I K I QJf E IÏ5
YoHoupînamquin -> outre la couronne fur
le deuant, & cheueux pcndans fur le der-
rière dont i'ay fait mention,ils lient & ar
rengent des plumes d'aifles d'oyfeaux, in
tarnates, rouges, & d'autres couleurs, def
quelles ils font des frontcaiix allez ref- ïMeau*
■ 7-. t 1 v 1 r C 1 de plumes.
iemblans, quant a la façon, aux faux che- '
ueux & Rates pelades , que les dames &
damoifelles de France , & d'aunes pays
de l'Europe portent depuis quelque téps
en ça:& diroit on qu'elles ont eu cefte in
uention de nos Sauuages, lefquels appe-
lent ceft engin Tempenambi* liront aufsi 7W*«*j
des pendâs à leurs oreilles , faits prefque*' r ' ,tfw *
de la rnefmeforte que l'os pointu , que
i'ay dit ci deffus les ieunes garçons auoir
& porter en leurs lèvres trouées . Et au
furplus ils attachët fur chacune de leurs
loues auecdela cire qu ils nomraet Yra-f Hrifi
yeticivn poivrai d oifeau couucrt de'peti-«*'f-
tes & fubtiles plumes iaunes. Cepôitral
efiant long & large d'enuirô trois doigts
cft appelé par eux Toucan y du nom de
l'oyfeau qui le porte, lequel comme iele
deferifay en fon lieu , a non feulement <
tout le refte du corps aufsi noir qu'vn
corbeau , mais aufsi aie bec excefsiue-
ment gros & monftrueux.
Qjue fi outre tout ce que deflus nos
Brefiliens allas à la guerre, ou (à la façon
que ie vc;: s diray ailleurs ) tuent folënel-
H z
Ïl6 HISTOIRE
i{obfs ^«lcmcnt vnprifonnicr pour le manger , fc
nets bra- youlans mieux parer & faite plus braues
7re!ioy**l*l s fe veftent lors de robes, bonne ts,bra-
de plumes. celcts,&: autres paremens deplumes,, ver
tes, rouges, bleues, Vautres deaiuerfes
couleurs, naturelles, naïues de d'excellë-
tes beautez. Et de fait après qu'elles font
par eux diuerfifîees, entremeflees & fort
proprement liées i'vne à l'autre , auec de
très petites pieces de bois de Cannes, 6c
du fil de Couton,n'y ayant plumâfïier en
Frâce qui les feeut gueres mieux manier
ni plus dextrement accouftrer , vous iu-
geriez que les habits qui en font faits,
font de velours à long poil . Ils font de
reTde'Tiû- — Ci * mcs artifices , les garnitures de leurs
mes pour efpees & maflues de bois,lcfquelles ainfi
dehu" d ecorccs & enrichies de ces plumes fî
bien appropriées & appliquées à ceft vfa
ge , il fait aufsi merueilleufement bon
voir.
Pour la fin de leurs equipages , recou-
urans de quelques endroits de leurs pays
de grandes plumes d'Auftruches de cou-
leurs grifes , les accommodans tous les
tuyaux ferrez d'vn cofté , &le refte > qui
s'cfparpillc en rond en façon d'vn petit
pauillon, ou d'vne rofe, ils en font vn
grand pennache qu'ils appclent Araroye y
lequel cftant lie fur leurs reins auec vne
corde de Cotôn,Peftroit deuers la chair,
&Ic
DE lVmE'RIQVE. ïly
& lé large en dehors, quad ils en font air? fmnacle
ii enharnachez (comme il ne leur fertà/~«rfo
autre chofe) vous diriez qu'ils portent v- rems '
ne mue à tenir les poulets deffous atta-
chée fur leurs fefles.Ie diray plus ample-
ment en autre endroit, que les plus grâds
guerriers d'entr'eux afin de monftrer leur
vaillance, & fur tout combië ils ont tuez
de leurs ennemis,&mefmes maiTacrez de "
uages
prifonniers pour mander, s'eftansinci-7*^
fez la poitnne,les bras,& les cuifics,f rot te^ '
tans puis après ces defehiqueteures d'v-
ne certaine poudre noire, qui les fait pa-
roiftre toute leur yic, il femble à les voir
de cefte .façon , que ce foyent chaulîes &:
pourpoins découpez à la SuiiTe,& à grâd
balaffres qu'ils ayent veftus.
Que s'il eft queftion de danfer,fiuter,
boire &£aouiuer>quï eft prefque leur me-
ftieir ordinaire, afin qu'outre le chat & la
voix ils ayént encores quelques chofes
qui leur reueille Pefprit, après qu'ilsoiït
cueilli vn certain fruit de lagroiîeur &;
approchant aucunement de forme d'vne
chaftagne d'eau, lequel a la peau allez fer
merbien fee qu'il eft, le noyau ofté , 8t au
lieu d'iceluy ayans mis de petites pierres
dedans,enenfiîansplufieùrs en femble ils
en font des iambieres , lefquélles liées à Sonnettes
leurs ïambes, font autant de bruit que fe- 'fV^*
rovent des coquilles d'eicargots ainit/à.?.
H 5
Mam
ca
in fir urne
bruyant
fàttd'vn
gv os fruit,
Il8 HISTOIRE
difpofecs: voire prefque que les fonnet-*
tes de par deçà , defquelles aufsi ils font
fort çonuoiteux quant on leur en porte.
Outreplus, y ayant en ce pays là vne
forte d'arbre qui porte fon fruit aufsi
gros qu'vn œuf dAufrruche & de me A
me figure, les Sauuages layans percé
par le milieu ( tout ainfi que vous voyez
en France. les enfans percer de grofles
noix pour faire des moulinet$)puis creu-
ié>8c mis dedans de petites pierres rôdes,
ou bien des grains de leur gros mil au-
quel il fera parlé ailleurs , paffantpuisa-
pres vn bafton d'enuironvnpied & demi
de longà trauers,ils en font vn inftrumët
qu'ils nomment Maraca: lequel bruyant
plus fort qu'vne vefsie de pourceau plei-
nt ne depoix, nos Brefiliens ont ordinaire-
ment en la main. Quand ie traiterayde
leur Religion yiediray l'opinion qu'ils
ont tant de cefte fonnerie quedecey^-
raca 7 après que paré & enrichi qu'il a efté
de belles plumes, ils l'ont dédié à l'vfage
que nous verrons là . Voila en fomme
quant au naturel,accouftrcmens,& pare*
mens dont nos Tonoupinambaoults ont ac-
coutumé de s'équiper en leur pays, Vray
eft que nous autres ayans porté dans nos
Nauires grand quantité de frifes rouges,
vertes, intincs,& d'autres couleurs, nous
leur en faifions faire des robes ,& des
chauflcs
DE L'A M E R I QJ E. 119
chauffes bigarrées, lefquelles nous leurs
changions à des viures, Guenôs, Perro-
quets,Breul,Cout0n,Poiurelong,& au-
tres choies de leur pays, dont les Mari-
niers chargent ordinairement leurs Vait
féaux. Mais les vns,fans rieaauoir fur le * =
corps, ayans aucuneslois chauliedeces &Jfm .
chauffes larges à la Mattelote : les autres Vlfut .
au contraire fans chauffes ayans veftu
des fayes , qui ne leur venoyent que îuf-
ques aux feffes, quant ils s'eftoyent va
peu regardez &pourmenez de cefte faço,
fedefpouillans ils laiffoyentleurshabits
en leurs maifons iufques à ce quel'enme
leur vint de les reprendre. Autant en fai-
foyent ils des chapeaux & chemifes que
nous leur baillions.
Ainfi ayant déduit bien amplemêt tout
ce qui fe peut dire concernât l'extérieur
du corps tâtdes hommes, que des enfans
malles Ameriquains , fi maintenant en
premier lieu , fuyuant cefte defeription,
vous-vous voulez reprefenter vn Sauua-
ge , imaginant en voftre entendementvn e,*g
homme nud,bien formé, & proportione^^ us
de fes membres, ayant tout le poil qui £"/«£
croift fur luy arraché , les cheueux ton-,,.,,
dus, de la façon que i'ay dit, les ieures &
iouës fendues & des os pointus,ou pier-
res vertes comme enchaffees dedans , les
oreilles percées auec des pendâs en icel-
F ' H 4
Z2Q HISTOIRE
Ies,le corps peinturé , les cuifTes & iarn^
bes noircies de la teinture qu'ils font de
ce fruit Gempat fus mentionné , des col-
liers compofe* dVnc infinité de petites
pieces de cefte grofïç coquille de mer que
ils appelent Vignol i tels que ie vous les
ay defchirfrez, pendus au col: vous le ver
vez comme il eft ordinairement en fon
pays,& tel quant au naturel , que vous le
voyez pourtrait en la page fuyuâte , ayat
feulement fon croiffant d'os bien poli fur
fa poitrine, fa pierre au trou de la lèvre:
& pour contenance fon arc desbandé, &
fes ftefches aux mains. Vray eft que pour
remplir cefte premiere planche, tiousa-
lions mis auprès de ce Tououpwarnbaouh
JVne de fes femmes,laquellefiiyuant leur
couftume.tenant fon enfant dans vnc ef-
charpe de couto, l'enfant au réciproque,
felon la façon aufsi qu'elles les portent,
tient le coftéde la mere embraile auec les
deux ïambes :& auprès des trois vn lift
de couton fait com.ne vne rets à pcfcher
pendu en l'air, ainfi qu'ils couchent en
leur pays. Semblablement la figure du
fruicl qu'ils nommcnt^MM., lequel,
ainfi que ie le defern ay ci après , cft des
Tneillcurs que produife cefte terre du
Brelll.
11Z HISTOIRE
Car touchant rartifice,outre qu'il &u
droit plufieurs figures pour repre/enter
tous les paremensdeleur corps, felon
qu'ils font côtenus en céfte defcription,
encores ne les fçauroit-on bien faire pa-
roirfansyadioufter la peinture, ce qui
requerroit vn Jiure à part.
s^ f d En fécond lieu luy ayant ofte' toutes
*fH«* fcs fanfares de deffus,apiesl'auoir fi otté
de gome glutineufe , couurez luy< tout le
corps, bras & iambes , de petites plumes
hachées menu comme de la bourre tein-
te en rouge,& lors il fera beau fils.
2W/W Pour lc troifieme, foit qu'il foit en fa
ùfcripuo» couleur naturelle,ou pcinturé,ou emplu
mafle,reucftez le de Ces habillemês, bon-
nets , & bracelets faits fi induftrieufemct
êé fcs belles, naturelles & naïues plumes
de diuerfes couleurs dont ie vous ay fait
mention, & ainfi accouftré vous pourrez
dire qu'il eft en fon grand Pontificat,
àtfrfpi»? SH? û P our Ie quatrième , à la façon
quatrûme. que ie vous ay tantoft dit qu'ils font ,1e
Iaiffât moitié nud & moitié veftu,vous le
■chauffe*. & habillez de nos frifes de cou-
leurs, ayant vne mâche vejte & vne autre
iaune, confiderez la deffiis qu'il neluy
faut plus qu'vne marote.
Finalementadiouftant aux chofes fuf-
dites fon Maraca en fa main,!e pennache
de plume nomme' Arraroye furies reins,
&fcs
D E L'A ME RIQJH. I*J
&fes fonnettes compofecs de fruits à len 2TL
tourdefes iambes , vousle verrez "lors, j«7«**'
tvy . / r „ ils boîuent
ainfi queiele reprefenteray encores m danfmt&
yn autre lieu , équipé en la façon qu'il eft^w^A
quand il dance faute boit & gambade.
Quand ie parleray de leurs guerres 8c
de leurs armes,leur déchiquetât le corps
leur mettant l'efpee ou mafïue de bois &
Tare & les flefehes au poing ie les deferi-
rayplus furieux. Partant laifïantpour
maintenant à part nos Tououpinambaoults
enleur magnificence , gaudir & iouir du
bon temps qu'ils fe feauent bien donner,
il faut voir fi leurs femmes & filles ( les-
quelles ils nommcM Qmniamjk defpuis
queics Portugais ont fréquenté par delà
en quelques endroits Maria) font mieux
parées.
Premièrement, outre ce que i'ay dit au _
commencement de ce chapitre* qu'elles da ^ me ^
vôt ordinairemêt toutes nues aufsi bien ri^ims.
que les hémes,cncoresf ont elles cela de
commun auec eux de s%rracher tant tout
le poil qui croift fur elles que les paupie
res & fourcils de leurs yeux.Vray eft que
pour l'efgard des cheueux^elles ne les en
fuyuent pas : car non feulement elles les
laiflent croiftre & deuenir lôgs,mais auf
fi(comme les femmes de par deçà) les pir-
gnent & les lauent fort foigneufement*
voire les trouflent quelques fois auec yn
l H HI S T O fR E
cordô de Cou ton teint en rouge: toutes-
fois les lapant le plus communément
pendre fur kurs efpaulcs elles vôtp'ref-
ques toufiours defcheuelecs. -
Au furplus combien qu'elles different
auisi en cela des hommes qu'elles ne fe
fendent point ni les lèvres ni les ioue~s,
& par confequent ne portent aucunes
pierreries en leur yifage , tant y a néant-
moins qu'elles fe percent û ôutrageufe-
ment les deux oreilIes,pour y appliquer
S«. d ? s Pendans,que quand ils en font ofte 2 ,
J,n,* ux Çn paueroit aifément le doiet à trailers
£*; *. des trous. Et au furplus ces pendans,qui
««««". lont faits de celte groffe coquille de mer
nÔmee Vignol dôt i'ayparlé,eftâs Macs,
ronds , & aufsi logs qu'vne moyenne cha
délie de fmf,quant elles en font coiffées,
' &que cela leur bat fur les efpaules,voire
lufques fur la poitrine, vous iugeriez à
les voir vn peu de loin, que ce font oreil
les de Limiers.
Quant à leur vifage, voici la façon corn
. me elles fe l'accotèrent . La voifine ou
compagne , auec vn petit pinceau en la
main,ayant cômence' vn petit rond droit
au milieu delaiouë de celle qui feveut
faire peinturer, tournoyant tout à len-
^ tour en rouleau & forme de limaçon,
far.hr u« r non feulement continuera îufcjues a ce
T'V- qu'elle luy ait ainfi bigarré & chamarré
toute
IBigtrre
façon ties
%Amert-
DE l'aMERIQYE 125
toute la face, de couleurs bleuë,iaune,&:
rouge,mais aufsi(ainfiqu'on dit que fonc
iemblablement en France quelques im-
pudiques) au lieu des paupières & four-
cils arrachez, elle n'oubliera pas de bail-
ler le coup de pinceau.
Au refte elles font v'ne forte de grands G
bracelets , compofcz de plufieurs pieces Bracelets
d'os blancs, coupez & taillez en mani^re^^
de grofles efcailles de poiflos , Jeiquencs.p ww ^ w .
elles fcauét fi bien raportcr,& fi propre-
met ioindre Fvne à l'autre auec de la cire
&autre gomme méfiée parmi en façon de
colle, qu'il n'eft pas. pofsible de mieux.
Cela ai'nfi fabrique, long qu'il eft d'enui-*
ron vn pied & demi, ne fe peut mieux c5
parer qu'aux bralfars dequoy on iouë au
ballon par deçà,'
Semblablement elles portent de ce*
colliers blancs, ( nommez TZaure en leur
langage ) lefquels i'ay; deicrit cï deflus:
.non-pas- toutesfois qu'elles les pendent
à leur col, comme vous auez entendu que
font les hommes, car feulement elles ^"y-Jeid
les tortillât alentour deleursbras. ~Et*e&Je
«> 1 * .. N -~ ^chômons de
voila pourquoy , ,& pour appliquer a met %
me vfage, elles trouuoyent fi iolis les pe
tits boutons de verre , iaunes , bleus , 8e
verds, enfilez en façon de patenoftres*
qu'elles appelent Mauroubi , defqueh
nous auions porté en grand nombre*
verre,
124 HISTOIRE
pourtrafiquerparmicepeupIe.Etdefait
foit que nous allifsions en leurs villages
ou qu'elles nous vinfent voir en noftre
Fort,afin de les auoir de nous, nous pre-
fentâs des fruits ou quelque autre chofe
de leur pays,felon la façon & manière de
parler de flaterie,dôt elles vfent oïdinai-
rement, nous rôpant la tefte elles eftoyêt
mûrie in|pflamment après nous àifam,Maîr de
%&£ a gf**< m *«™^ e ' m ^rt>Hi,i:ceai'im Fran-
' çois tu es bon , donne moy de tes brace-
lets de boutons de verrè.Elles faifoy et le
fembiable pour tirer de nous des pignes
qu'elles nomment Guapou Kuap, des mi
rouers,qu'ellesappelent<^ m ^, & tou
tes autres chofes que nous auions dont
elles auoyentenuie.
Mais entre toutes les chofes doublemet
cftranges,& plus qu'efmerueiilables^que
i ay obferuees en ces femmes Brésilien-
nes, c'eft, combien qu'elles ne fe peintu-
rent pas fi fouuentle corps,Ies bras &Ie»
iambes,que font les hommes, & mefmes
qu'elles ne fe couurent ni de plumage ni
d'autre chofe qui croilTe en leur terre,tât
y a neantmoins,quoy que nous leur ayôs
fouuent voulu bailler des robes de fi jfes
-x^foiMim ou des chemifes ( côme i'ay dit que nous
££T* £j fi ° ns à n ,eUrs maris > 1 u ' iJ "'a Imais e-
mfcfoint ite en noftre puifTance de les faire veftir
**?• de chofe quelle qu'elle fut.Il eft vray que
pour
DE L'AMERïQJE, Ï27
pour auoir plus beau prétexte de s'en e-
xempter , nous alléguant leur couftume?
qui eft,qu'à toutes les fontaines & riuie-
res claires qu'elles rencontrent, s'accrou
piffans fur le bord ou fe mettans dedans, 2if^ t3
auecles deux mains fe iettent de l'eau Sauu agts
furlatefte,felauans & plongeans ainfi^J^ r
tout le corps comme Canes, tel iour fera
plus de douze fois y elles difoyent que ce
leur fer oit trop de peine de fedefpouil-
1er tant fouuent. Ne voila pas vne bel-
le raifon? Or telle qu'elle eft , d'en con-
tefter dauantage contre elles ce feroiten
vain, car vous n'^n aurez autre chofe. Et
défait /ceft Animal fe delede fi fort en
cefte nudité* que non feulement les fem-
mes de nos Tououpinambaoults demeurâtes
en liberté en terre ferme en eftoyent là re
folues &obftinees,mais aufsi encore que
nous fifsions couurir par force les prif5
nieres prinfes en guerre que nous auions
achetées, & que no 9 teniôsefclaues pour
trauailler ennoftre Fort, tant y a toutes- Femmes
fois que û toft que la nuit eftoit venue, f^i m
defpouïllans leurs chemifes ou autres ni***
haillons qu'on leur bailloit,auât quelles nudité -
fecouchaiîët elles feplaifoyct à fepour-
mener toutenues parmi noftrelfle. Brief
fi cela eu'ft efté à leur chais, & qua grand
coups de fouets , on «feuft contraint ces
pauures miferabies de s'habiller 3 elles
ï-8 HISTOIRE
eufiet mieux aimé endurer le halle & cha
leur du Soleil , voire s'efcorcher les bras-
Scies efpaules à porter la terre & les pier
res, que de rien endurer fur elles.
Voila aufsien fomme quels font les'
ornemens, bagues, & ioyaux ordinaires
des femmes ■& filles de l'Amérique. Par-
tant fans t en faire autre Epilogue , que le
le&eur parla narration que i'enay faite
les contemple comme il luy plaira.
Traitant du mariage des bauuages , ie
diray corne leurs enfans font accouftrez
des leur naiffancermais pour l'efgard des
grâdets, au deflus de trois ou quatre ans,
ieprenois fur tout grand plaifir devoir
les petits garçons qu'ils nôment Conomi-
Conomi m iri^ç{\ a dire petits garçôs, graflets, &
^£¥®t f ih h be f Qup p,us ^ ucceux
consAr &%f9$ d(? Ç a s lefquels au.ee leur poinfon
fifw. 4os blanc en leurs lèvres fendues , leurs
cheueux tondus à leur mode,& quelques
ïoislcçQrps peinture', nefailloyent ia-
mais de venir en troupes danfansau de-
uant de nous quand ils nous voyoyent ar
riuer en leurs villages. Aufsi,pour en e-
ftre recompenfez.en nous amadoûans &
fuyuans de près y n'oublioyent ils pas de
nous dire, & repeter fouuêt en Jeurpctit
gergoniCotouafat amabepinda^QÇt a dire
mon ami, ou mon allie, donne moy des
haims àpefcher Que fi la deflus, en leur
oftroyant;
& façons
défaire.
DE ^AMÉRïQV E. Ï29
t>&royant leur requefte,comme i'ay fou- p ^^
net fhit j on leur en mefloit dix ou douze ^otmdrt
des plus petits parmi le fable Se la pouf- 1~»
■fiereyéux fe baiflàns foudainemët,c'eftok
vn pafletemps de voir eefte petite mar-
maille toute nue, laquelle pour trouuer
& ainaiferces hameçôs, trepilloit &gra-
toitlàterre ainfi que font les connils de
renne.
ga
Finakmët combien que durât enuiron
în an que i'ay efté en ce pays là,i'aye efte
fi curieux de contempler & les grands &
les petits , que m'eftant aduis que ieles
Voye toufioûrs deuant mes yeux i'en au-
ray toute ma vie l'idée & l'image en mon
entèhdément:tant y a neantmoins, parce
que leurs géftes &; contenances font du
tdtit j diflrembkMes : des-no'ftres , que ieco W»
fèfle eftre malaife de les bien représenter m n ,peut
ni par efcrîtS nimefmespar peintures. à ^% r *
Àinfipourènauoirleplailir, il les "faut/„. s aHUàr ,
Voir & vifiter en leur pais. Mais,me direz »
voùsylâ planche efl: bien longue. Il eft
vray& : pâftânt fi vous n'auez bon pied>
bon céil Vcraignahs que vous ne tresbu-
chie^z , ne vous iouez pas de vous mettre
tri tHemin. Nous verrons encore plus am
Clement ci après , felon que les matières?
que ie traiteray fe présenteront, qu'elles
font leurs maifons, vtêciles de mefnage*
ftço de ie coucher & autres manières de
fairt» HC ' 1^-
i^o
-HISTOIRE
Toutesfois,auant que clorre ce chapi-
tre ? celieu ici requiert queie refponde,
tant à ceux qui ont eferit , qu'à ceux qui
penfent^ que la fréquentation entre ces
Sauuages tous nuds , & principalement
parmi les femes incite à lubricité & pail-
lai dife. Surquoy ie diray en vnmot, que
encores v.oirement felon l'apparence que
il n'y ait que trop d'occafion , d'eftimer
qu'outre la deshôneftète / de voir ces fem
mes nues, cela ne femble aufsi feruir co-
rne d\n appaft ordinaire de conupitife,
toutesfois, pour en parler felon ce qui
s'en eft comunement apperceu pour lors
cefte nudité ainfigrofsiere en telles fern
mes eft beaucoup moins attrayante qu'o
ne cuideroit. Et partant ie maintien que
ks attifez,fards, faufles perruques , che-
i*eux tortille^,grands collets frefes , ver
tugales, robes fur robes &autrcs infinies
bagatelles dont les femmes de pardeçàfe
contrefont &n'ontiamais aiTez,font fans
comparaifon cauie de plus de maux que
craindre . i • ' i • ♦ i > ~ ' - ' 3-
quei'ani-H nudité ordinaire des femmesSauuages,*
ficeâes Jefquellesjcependantquantau natureLne
femmes de j x * . ■ -, ^ - ■
far deçà, doyuent rien aux autres en beaute.Telle
met que fil'honeftetéme permettait d'en
dire dauantage,me vantât bien de foudre
toutes les obicclions qu'on mepourroit
amener au contraire ^i'en donueroisdes
raifons fi euidentes, que nul ne les pour-
roitaier.
^ndité
do "*™ e
rifjuaines
moins
crai
que
3D e L'a'Meri ay E IJt
iroît nier. Sans doncques pourfuyure ce
toropos plus outre, ie me raportedece
peu que i en ay dit à ceux qui ont fait le
voyage en la terre du Brefil , & qui corne
moy ont veu les vnes & les autres.
Ce iVeft pascependant quecontrede
qu'enfeignelafainaeErcritured'Ada&^t^
Eue,lefquels après le péché recognoiflans/w/e tf*/-
qu'ils eftoyent nuds furent honteux , ^ZZtdt
vueille en faço que ce foit approuuer ce- Saunages.
fte nudité: pluftoft detefîay ie les héré-
tiques qui contre la loy denature (laque!
le tôutesfois quant a ce point n'eft nulle-
ment ob.fer.nce entre nos pauures Ame-
riquains ) l'ont voulu autresfois intro-
duire.
Mais ce que i'ay dit de ces Saùuàges*
eft pour monftrer , quèn les condam-
hans fiaufteremët de ce que fans nulle veif
gongne ils vontainfi le corps entièremet
dcfcouuert,nous excédas en l'autre extre
mitérc'eft a dire efi nos baubances^fuper-
fluitefc & excès en habits ne fommef pas
plus louables JLtpleuft a Dieife pour met
Srefin a cefte matière qti'yn chacû denous
plus pour rhonnefteté&necelsité que
pyuria gloire & mondanité? s'habillaft
modeftement*
I .%:
IjS HISTOIRE'
CHAP. IX.
3 'Desgrofes ratines, & gros mil dont lei
Ramages font farine qu'ils mangent au Ueu
depatn : & de leur bruuage qu'ils nommer»
Caou>in.
«VIS que nous auons enten
|du , au chapitre precedent
Scomme nos Sauuages font
Iparez & équipez- par le : de-
_ Éhors, û me femblè qu'en de-
duifant ks chofes par- ordre , il ne con-
tiendra pas mal de traiter tout d'vn fil
des viures qui leur font communs& or-
dinaires. Surquoy faut noter en premier
**•«* vSSF^V&P* n ' a 7 ent > & par con
viJ! fe 3 uen * *% femet ni ne plantent, bleds ni
r-g* vignes enleur pays, que neâtmoms amfi
que ici ay veu &pratique 3 on ne laifle ba*
pourceia de s'y bien traiter & d'y faire
boniwUbere fam<pam ni vin.
i , Ayans dôncquesinos Ameriquains en
^ ff UT W s de deux efpelcfc* de racines, que
& Ma lls ' nommen£ '^^'i&'<^/«»w,tefqueltei
»«* en ; trois^ ou quatre mois croiffent dans
terre^ufsigroffds' qxre la cuiflV d'vn boni
me , & longues de pied & demi , pWs 0u
moins: quâd elles fontarracbees,les fem
mes (car les homes ne s'y occupée point)
les accouftrent de celle façon. Première!
ment
racinet.
DE L'A M E RIQVE. Ijî
m£t après les auoir fait feicher au feu fur panière
icBoucartd que ie le defcriray ailleurs,ou£M^
bien quelques fois les prenâs toutes ver-^ anfl
pes ,1 force de les râper fur certaines pe-
tites pierres pointues , fichées & arréra-
gées fur vne piece de bois plate ( tout ain
ii que nous raclons & ratifions les fro-
mages & noix mufcades ) elles les redui-
fent en farine, laquelle eft aufsi blanche
que neige.
Cela tait elles ayans de grandes & fort
larges poellcs de terre, contenant chacu-
ne plus dVnboifleau , qu'elles font elles
mefmesaffez proprememt pour ceftv fa-
bles mettans fur le feu , & quantité de
eefte farine dedans , pendant qu'elle cuit
elles ne cedent delà remuer auec des cor-
ges miparties, defquelles elles fe feruent
ainfi que nous faifons defcuelles : telle-
ment que cefte farine cuifantde cefte fa-
çon, fe forme comme petite grelace , ou
dragee d'Apoticaire.
Or elles enfôtdedeux fortesraffauoir
de fort cuite & dure,que les Saunages ap-
pelée Ouy-entan.àQ laquelle,parce qu'elle Ouy-en
fe garde mieux, ils portent quand ils vôt tm
à la guerre:& d'autre moins cuite & pîus./kr,w«r«
tendre qu'ils nomment Ouy-pou, laquelle Ouy~
eft d'autant meilleure que la première,/?^'
que quad elle eft frefche , vous diriez mâ*™^;
ser cfu molet de pain blanc tout chaut, geuji.
h r I ?
% H Histoire
Au furplus, quoy que ces farines, tant
ÎS5 TV CndrCS > f0 * ent de£o " bon
gouit, de bonne nourriture, & de facile
jigeftion , tant y a toutesfois , comme ie
I ay expérimente, qu'elles ne font nuJle-
Fton, je-meat propres à faire du pain. Vrav efl-
»? J"'»» « fW bien de la pat laquelle eft
, ; w« 1' belle & blanche,qu'il femble adurs que
f- elle fou de fleur de froment:mais en cil
faut tout ie delTus & la croufte fe fechant
:& bruflant, quant ft vient à couper ou r6
wft £ rC ; epain ' vous fouuez Je dedans tout
a^ & r f° Urne/ « farine. Partant ie g$
liu-z-ch. ? We . ce] T u y, 3 U1 "pporta premièrement
9 z. que les Indiens qui habitent à 22. ou 2?
degré* par-delà l'Equinoétial , qui font
pour certain nos Tonoupinambao^tt , vi-
uoyent de pain fait de bois gratté,enten-
aantaufsi parier des racine! dôteftque-
iiion, faute d'auoir bien obferuéceque
a ay dit s cftoit equiuoque.
" Néanmoins l'vne & l'autre farine eft
bonneafairedeiaboulie,quelesSauuaI
JJ/^ a PPeiJent aflg^ , & principalement
gam f an ,f on la deftrampe, auec quelque
*^j£ bouillon gras, car deuenant lors 4rumu-
mm la) £ l du K r ls ' ainfl appreftee elle
eft de fort bonne faueur.
Mais quoy q lle s'en foit nos 7W»_
nambaouks , tant hommes, femmes qu'en-
fcns.cftas accoufiumez de la manger ton-
tefeche
DE l'AMERIQJî- 135
te feche au lieu de pain , ils font .tcllcmét
filiez & duits à cela dés leur leuneflcque
la prenant auec les quatre doigts ****f-£' i
la vaiflelle de terre , ou autres val leatlx imerU
tentfi droit dans leurs bouches , qu ils
n'en efpanehent pas vn feul brin . Que
fi entre nous François , les voulans imi-
ter la penfions manger en cefte forte,
n'eftans pas façonnez à cela comme eux, FrMtoit
au lieu de la ictter dâs nos bouches nous ■■ w;w
Tefpanchions fur nos iouës, &nous en-^ r Uféjfi
farinions tout le vifage : partant ,-finon k.fi**i
principalement que ceux qui portoyent
barbe euffent voulu eftre accouftrez en
joueurs de farces,nous eftions contraints
de la prendre auec des cuilliers.
Dauantage il adûiendra quelquesfois
qu'après que ces racines £ Ayfi & de Ma
niot feront ( à la façon que ievous ay dit)
rapees toutes vertes, les femmes failant
de proues pelotes delà farine amùtref*
che & humide, les preffurant & prenant
bien fort entre leurs mains elles en fe- ^^
ront fortir du ius prefques aulsi blanc de u farine
& clair que du laid. Ainfi cela e fiant ^
retenu & mis dans des plats & vaii-
felle de terre, après qu'elles l'ont mis
au Soleil , la chaleur duquel le taict
1 4
_
l .$6 HISTOIRE
prendre comme de la caillée de fromaée,
quand on le veut manger, elles le verflnt
das d'autres poefles de terres, & le faifât
cuire en icelie fur le feu comme nous fai
tons les aumelettes d'eeufs,,! c ft f ort bon
amfiapprefle.
j> / U f " r P Ius non element la racine
Tâches d ^J>/" elt bonne en farine , mais aufsi
r f :X;3 Uana «°«c«tiere elle eft cuite aux cen
dres,ou deuant le feu, s'atendriffant lors
ic fendant & rendant farineufe comme
vue chaftagne roftie à la braife( de la-
quelle aufsi elle a prefcjue le gouft) on la
peut manger de celle façon. Cependant
il n en prêt pas de mefme de la racine de
Mamot, car n'eftant bonne qu'enfariné
biencuitcceferoitpoifondelamancer
autrement. &
Au refte les plantes ou les tiges de tou
T 6mtJes tes les- deux,differentes bien peu l'vne de
'&f Je >atrc qwtttàla forme, croiffent delà
••« r^,,» hauteur de petits geneuriers , & ont les
iueilles affez femblable à l'herbe de Peo-
*m,ou Piuoine en françois. Mais ce oui
m le plus admirable & digne de grande
confideration en ces racines à'Aypi & de
-Mamot de noftre terre d'Amérique , eift
y*cr. ,r enI r al ? uId P !jcatiô ficelles. Car comme
fZliff ainfi foit q«eles branches foyentpref-
*>/*««/. ques aufsi arfees a rÔpre que cheneuotes
>,,,';.' tant yaneantmoins que fans autrement
les cul-
DE L'A MERIQVE. IJ7
les cultiuer,autant qu'on en peut rompre
& qu'on en peut ficher en terre , autant a
on de groffes racines au bout de deux ou
trois mois.
Sur lequel propos , afin de tant mieux
contenter le leéteur , ie reciteray ce que
J'audeur de l'hiftoire générale des Indes
dit du Maiz, lequel fert aufsi de bled aux ^
Indiens . La Canne de Maiz dit il, croiit ^
de la hauteur d'vn homme & plus: eft af-
fez groffc&iette fes fueilles comme cel-
les des Cannes de Maretz,l'efpic eft com MW
me vne pomme de pin fauuage, le grain «,« T „„,
gros,&n'eftnirond ni quarré m fi long
que noftre grain : il fe meurit en trois ou
quatre mois , voire aux pays arroufez de
ruifleaux en vn mois & demi . Pour vn
grain il en réd 100.200.300.400.500. &s'e
eft trouué qui a multiplié iufques a 600.
Oui monftre auffi la fertilité de cefte ter-
reïïoffedee maintenâtpar les Efpagnols.
Or outre les racines de nos Sauuages,
leurs femmes plantent encores auec vn
bafton pointu, qu'elles fichét en terre,de
ces deux fortes de gros mil: aflauoir blac
&noir que nous appelions en Fracebled
Sarrazin (eux le nomment jiuati) duquel
elles fôt auffi de la farine.laquelle fe cuit Auati
& mage à la manière que l'ay dit ci deflussr.,™',
celle des racines. Ceft en fôme ce dequoy
on vfe ordinairement pour toutes forte»
Ï3 8 HISTOIRE
de pain au pays des Sauuages en la tene
du Brefil dite Amérique.
Cependant comme les Efpdgnols &
Terroir de Portugais, qui font habituez en pJuficurs
[t^opre endroit * de ces Indes Occidentales, ayas
aubied& maintenant force bleds & force vins que
*» ™- produit cefte terre du Brefil , ont fait la
preuue que ce n'eft pas pour le défaut
du terroir que lesSauuages né ontpoint,
aufsiefl>il bien certain que rvn&Pau-
tre y viendroit bien . Et de fait nous au-
tres François à noftre voyage y ayanspor,
te des bleds en grains & des feps de vi-
gnes,i'ay veu moy-mefmepar Texperien
ce , û les champs eftoyent cultiue* & la-r
bourez comme par deça,que c'eftvn pays
-Défaut en trcsbon & tresfertile . Vray eft qu'enco-
urt vigne rcs que la vigne que nous plantafmes re-
K^ rintfort bien,& que le bois &les fueil-
&au biedïcs en fulTent belles, tant y a toutesfois
}Zafm7s °î llc durant enuironvn an que nous fuf-
premiere- mes la, nous n'y vifmes que quelques
'%*mL ai grets, lefquels au lieu de meurir j s'en-
q*t. durcirent & deuindrent comme fees
Semblablement, quoy que le froment
& le feigle que nous y fcmafmes fuf-
fent beaux en herbe, & qu'ils paruin-
fent iufqucs à rcfpy,tant y a neantmoins
que le grain- ne le formoit point . Mais
parce que l'orge y vint , grena, & mul-
tiplia
D E L'aMERIOTE 13?
tiplia fort bien,i'ay opinion que cefte
terre eftant trop graffe, prefloit & auan-
çoit tellement le froment, le feigl.c &
la vigne (lefquels comme nous voyons
par deça,auant que produireleurs fruits,
veullent demeurer plus de temps*n ter-
re que l'orge) qu'eftans trop toft mon-
tez (comme ils furent incontinent) ils
n'eurent pas temps pour fleurir & for-
mer leurs fruicls.
Partant, au lieu qu'en noftre France £™ *
on engraifle & fume les champs pour ,„„««„,»
les faire meilleurs,tout au contraire i'ay ££*£
opinion qu'en labourant fouuent celle terb ud&
terre Neuue , il la faudrait, laffer & def- *».
eraiffer par quelques années afin de la
faire mieux rapporter & bled &vin en
leur iufte maturité'.
Et certes comme ainfi Toit que le pays
de nos Tououpinambaoults foit capable de
nourrir dix fois plus de peuple qu'il n'y
ena,&quemoy y eftantmepouuois van
terd'auoir à mon commandement plus ^nttit
de mille arpens de terre meilleures que ™«*.
il n'y en ait en toute la Beauflc,qui eit lesFrScoL
ce qui doute que fi les François y fufTent-M^
demeurez , ce qu'ils euftent fait , & y en ri ^ e
eut maintenant plus de dix mille fi Vil-
legagrion ne fe fuft reuolté de la Re-
14° HIS T O I R E
ligion reformée, qu'ils n'en eufsët reçeu
& tiré le mefrne profit que font les Por-
tugais qui y font maintenât bien accômo
de*? Cela foit dit pour fatisfaire à ceux
qui voudroyent demander fi le bled & le
vin cMs férues , cultiue* & plantez en la
terre du£refil,n'y viendroyent pas bien.
Or en reprenant mon propos,afin que
iediftingue mieux les matières que i'ay
entreprins de traiter ,auant encores que
ie parle des chairs.poirTons, fruits, & au-
tres viandes du tout difïemblables de cel
les de noftre Europe,dequoy nos Sauua-
ges fe nourrirent, il faut que ie dife quel
eft leur bruuage & la façon comment il
fefait.
Surquoy fautaufsi noter en premier
heu que tout ainfi, comme vous auez en-
tl S s\7me- tendu J q u ^ les hommes d'entr'eux ne fc
rifMMMs meflans nullement de faire la farine en
tomm!s eS Giflent toute la chargea leurs femmes,
finie hru qu'aufsi font ils demefme,voire font en-
m * e \ cores beaucoup plus fcrupuleux,pourne
s'entremettre de faireleur bruuage. Par-
tant outre que ces racines à'^Ayfi & de
tjfrlaniot , accommodées de la façon que
i'ay tantoftdit,leur feruentde principale
nourriture: aufsi en les appreftans d'vne
autre forte les font elles feruir pour fai-
re leur bruuage ordinaire.
Voici donc comment elles en vfent:
Apres
■
DE L'ÀME RÏQVE. 14*
Apres qu'elles les ont découpées aùfsi
menues qu'bH £M les raues à mettre, au. g«.A
pot. par deçà , lès' àyans ainli taltbô'uilIir J 4r((IM ^^
par morceaux auec de l'eau dans dé grads ***,.
vkiffeauxde terre, quand elles lés vOyent
attendries & amblïès les oftans de deflus
le feu elles leslaiffent vn peu refroidir.
Gela fait,plufjénrsd'entr'elles çftaosac-.
Croupies à l'éntoùr de ce grand vâiÏÏeaU,
prenans dedans iceluy ces rouelles de ra
cines ainfi molifiees après que fans les a-
ttalei- elles les aurôt'bien mafehees & toi:
fillees dans leurs bouchéS,reprerians ena
cun morceau l'v'n après l'autre auecl*
main,Ies retnettahs dedans d'autres vaifi
féaux de terré, qui' font tous prèfts fur je
feu, elles les feront bouillir derechef.
Ainfi remuant tfdufiours ce tripotage fur
1- feu àuec vn baftbn'iufques â te qu'elles
côfenoiflet'quni eft allez cuit: fans le cou
1er ni paflenairis'lé tout ériftmblé lé vér-
fant dans d'àùïrè^pïus' grandes cannés ^
dé terre cofité'nyhTe's chacunes enuiron vùfi»»
vne Fillette- deyin'de Bourgongne, dans 4W
lefquélles , après qu'il a vn peu efeume, /•««*/*(
eôuurans les vaifleàux , elles le laiflent
cuuer quelque efpace de temps. Ces.der
riiers grands vafes dont ie vién maijter
nant de faire mention foHfprefqUes faits
de la façon des grands ctniiers de terre,
efquete, commef ay-'veu, on fait la lefci-
r<K'«s
*4* HISTOIRE
ue en quelques endroits de Bourbonnois
&d'Auuergne: excepté toutesfois que
ils font plus eftroits par la bouche & par
le haut.
Or nos Ameriqualnes, faifans fembla
blement bouillir & mafchans aufsi puis
après dans leur bouche de ce gros Mil
bruitage" nomme' <±Auati enJeur langage , elles eri
fait de ml font du bruuage delà rnefme forte quç
vous auez entendu qu'elles font celuy
desracinçs fus mentionnées . le répète!
nommément que ce font les femmes qui
font ce meftier>. car combien queie n'aye
point y eu faire de diftindion des filles
d'aueç celles qui font mariées ( comme
qu.elcun à efcrit ) tant ,y a neantmoins
qu'outre que les hommes ont cefte fer-
mç opinion, que s'ils mafchoyen't tant
les racines que le mil pour faire ce bru*
nagé qu'il ne feroit pas bon, encores re-
puteroyent ils aufsi indecent à leur fexe
de s'en méfier que nous ferions par deçà
d'en yoirvn prendre vnequenoille pour
Caouîn WMh^ ^ uua o es appellent ce bruuage
hmuaii Caou-m^lcquçl aprefque le gouft delaift
aigre: & en ont du rouge & du blanc com
nous auons du vin.
,Aufurplus jot fe fait en tout temps &
faifon : mais quant ila quantité fay veil
quelques fois iniques au nôbre de 30. dç
fesgrâds vaiiîeaux.que ie vousay dit tenir
chacun
égre
DE L 5 AMER IQ^VE. I43
chacun plus de foixante pinte de Paris,
tous plains, arrengez & couuerts au mi-
lieu de leurs maifons , ou ils les laiffent
iufques a ce qu'ils veulleiit Çaoù-iner*
Mais auant que d'en venir Ia(fans tou- ^ mert >:
tesfois que i'approuue le vice ) il faut?»*"»'*-
que ie dife par forme de preface : arrière c ^ff r
Alemans , Lanfquenets u Suiffes, Fia- def^nus
mans, & tous qui faites caroux &pro- 4 * rm *
fefsion de boire par deçà : car comme
vous, mefmes ^pres auoir entendu com-
ment nos Ameriquains s'en acquittent
confelferez que vous n'y entendez rietl
au pris d'eux ? aufsi faut il que vous leur
cédiez en çeft endroit.
Quand doncques ils fe mettent ad-
ores , &: principalement quand auec les
ceremonies que nous verrons ailleurs,
ils tuent vn prifonnier de guerre pou«
le manger, leur couftume (4u tout con-
traire à la noftreçn matière de vin que
nous aimons, frais & chir) eftaiit de, hoi-*
re ce £aou~in vn peu chaut & troublé, £^^
les femmes pour le tiédir ibnf ^remiefe-^^
ment vn petit feu à l'entour des cannes */?r^«
e tçrre ou il eit, tr ^ hiL
Cela fait,commençant à Vvn des bouts
à defcouurir le premier vaifleau , & a
remuer & troubler ce bruuage ? puifan?
I
F AC ûh de
hoir i des
Efiranget
coutumes
des Sauna-
ges qui ne
bituent &
mattgenten
vn mefrae
TfpAS.
Ï44 HISTOIRE
puis après dedans auec de grandes cour-
ges parties eii deux /dont les vnes tien-
nent enuiron trois chopines de Paris, ain
fi que les hommes en danfantpaflent ici
vns après les autres auprès d'elles , leur
prefentâs & baillans à chacun en la main
vnede ces grades gobelles toutes pleines,
& elles mefmes enferuantde fommeliera
n'oubliant pas de chopiner d'autant: tant
les vns que les autres ne frillent point de
boire & trouiïer celai tout d'vne traite.
Mais jfcàuez vous cobibnde fois? ce' fera
iufèjfues a tât que les vai(feau # x 5 & y en eut
il vrïe cêteinc , feront tous vuydes,&que
il n'en y à lira plus vne feule goûte . Et de
fait ie les a y veu norifeulememois iours
& trois nuits fans cefïer de boire , mais
aufsi quad ils eftoyent fi fouis & û yureS
cju'ili n'en pouuoyent plus (d'autant que
«jjûiter le ieii eut ëftépour effire réputé vn
efféminé St plus cjue chelme tfritre lès A-
lcmans)quand ils -auoyet rendus leur gor
ge,cVftoit à recommencer plus belle que
deuatit. -\
Et ce qui eft encores plus eftrange & à
remarqueréntre nos Tououpinambaoults,
eft,que comme ils ne niaïigent nullement:
durant leurs buueries , aufsi quand ils
mangent ils ne boyuét point parmi leur
repas: tellement que nous vôya'ns entre-
mêler Tvn parmi l'autre ils trouuoyent
noftrc
Les Saûxà
r ans
DE ÙMERIQJE- 145
noftre façon fort eftrange . Que fi vous
dites la defïus, ils font doneques comme
les cheuaux, la refponce à cela d'vn qui -
dam ioyeux de noftre compagnie eftoit,
que pour le moins, outre qu il ne les faut
point brider ni mener à la riuierepour
boire, encores font ils hors des dangers
de rompre leurs croupières.
Cependant il faut noter combien que
ils n'obferuent pas les heures pourdif-^
ner, fouper, ou collationner, comme on ^/-L
fait en ces pays par deçà , me fines .qu'ils ffi™?
* ' 1 . L -, • rr " \ ' ->\ C * les hurts
ne facet point de dun cul te, s ils ont faim maNgent
demander aufsi toftà minuit qu'à mi-r^^
*J . • , <ynt faim.
ày , que neantmoins ne mangeans ija.- m
înais qu'ils n'ayent appétit , on peut dire
qu'ils fontauffi fobres en leur manger, Uf T!f
>V* X rr , . r\ - au ft fibres
<ju'exceffifs en leur boire. Dauarage par- a manger
ec que quand ils mangent ils foht vn mer *£'£?'$£
ueilleux filence , tellement que s'ils ont
quelque chofe à dire ils le referuent iuf- Silence de*
-ques à ce qu'ils ayent acheué, quand fuy- S d ZZf%
liant la couftume des François , ils nous r#«..
oyoyent iafer & caqueter en prenant nos
repas, ils s'en fauoyent bien moquer.
Ainfi pour continuer mon propos, tât
que ce Caouimge dure, nos friponniers &
galebontemps d'Àmeriquains pour s'qC-
chaufer tant plus la ceruelle : chantans,
fifftansis'accourageans, & exhortans Vvn
l'autre de fe porter vaillamment, & de
I46 HISTOIRE
prendre force prifonniers quant ils iront
Sauves àIa g u crre,eftâs arrengez comme Grues,
*rre*tfi, ne ceffent de danfer & d'aller & de venir
cjues ace que ce foitfait & qu'il n'y ait
plus rien es vaiffeaux . Et certainement
pour mieux verifier ce que i'ay dit qu'ils
font les premiers . & fuperlatifs en ma-
Treuue de tier e d'yurognerie , iç croy qu'il y en a
™ S« tel entr'eux qui auale plus de vingt pots
nages. de Caou-in à fa part en vne feule aflem-
bleermais fur tout(comme i'ay dit)quand
ils tuent & mangent vn prifonnier>&
qu'ils font emplumaflez & équipez , à la
manière que ieles ay deferits au chapitre
precedent , faifans les Bacchanales à la
façon des Anciens Payens , & faouls que
ils font comme Preftres , c'eftlors qu'il
les fait bon voir rouiller les yeux en la
tefte . II aduient bien neantmoins , que
quelques fois voifins auec voiiins eftans
afsis dans leurs lias de coton pendus
en l'air boiront d'vne façon plus mo-
^ defte.-mais leur couftume eftant telle,que
tousles hommes d'vn village ou déplu-
fieurs s'aflemblent ordinairement pour
boire (ce qu'ils ne font pas pour manger)
ces buuettes particulières fe font peu
fouuent entr'eux. ,
Semblablement aufsi , encores qu'ils
pç boyuent pas de celle façon , ayans ac~
couftu-
' Sauuages
BE L'A M E RIQJE. Î47
touftuméde dâfer tous les iours en leurs _
villages',furtouties ieunes hommes ama r wd^
rier , auec chacun vn de ces gros penna-^*
ches qu'ils nomment Araroye lié furies
reins ', allans de maifon en maifon, ne
font prefques autres chofes toutes les
nuits. Mais il faut noter en ceft endroit,
qu'en toutes ces danfes des Saunages,
foit qu'ils fefuyuentl'vn l'autre ou 5 com
me ie diray parlant de leur Religion,
eu ils foyent difpofez en rond , les fem 7 Femmes
mes ni les filles n'eftans iamais meflees^//^
parmi les hommes , fi elles veulent dan- danfes des
&r cela fe fera elles eftans à part. Sé f*?
Afùrefte auafît que finir le propos de -
la façon de boire des Ameriquains , fur
lequel ie fuis à prelent, afin que chacun
fâche comment s'ils auoyent du vin à
commandement ils haufferoyent le go-
belet,ie racôteray ici ce qu\n M oujfacàt>
<f eft à dire bon père de famille qui don-
ne à manger aux paflfans , me recita vil
iour en Ion village. ^ U fTvn
Nous furprifmés vne fois, me dit-il en r ^ lUa //
fon langage, vne Carauelle de Ptfw,c'eft s*u*age
à dire Portugais ( lefqueïs comme ïzyfcïfZ*
touché ailleurs font ennemis mortels &
irrecôciliabîes de nos Tonoupinamhaoults)
de laquelle après que no^eufmes aflomez
& înâsez tous ceux qui eftoyent dedanst
b ' K z
I
H 8 HIS T O I R E
linfique nous prenions leur marchâdife
trouuans parmi icelle de grâds vaiffeaux
de bois pleins de bruuage, les dreffans &
defonçans par Je bout , nous voulufmes
taller quel û eftoit.Toutesfoisime difoit
ce vieillard de Sauuagejiene fcay de quel
le lorte de Çaotun ils eftoyent remplis, &
il vous en auez de tel en tompays : ma i s
bie te dirayie qu'après q nous en eu/mes
beus tout noftre faoui nous fufmes deux
ou troio lours tellement affommez & en
dormis , qu'il n'eftoitpas en noftre puif-
lance de nouspouuoir refueilier. ^infi
eftant vray fembiable quec'eftoyent ton-
neaux pleins de quelques bons vins d'E-
fpagne , le lecleur peut entendre fi après
que nos gens fans y penfer eurent fait la
fefte de Bachus ils fe trouuerent prins,&
ii cela leur dôna à bon efciét fur lacorne
Pour noftre efgard du commenceme't
que nous fufmes en cepays là,penfans e*
mter la mori.lieure que vous auez enten
du queues femmes Sauuages font en fai-
lat ce Çaouin , nous pillafmes des racines
d Aypi & Maniot auec du mil , lefquelles
(cuidât faire de ce bruuage d'vnefaçô pi*-
honnefte qu'elles ne font) nous fifnies
bouillir enfembie: mais pour en dire la
vente , l'expérience nous monftra qu'il
n'eftoit pas fi bon quel'autrerpartant pe-
tit a petit nous nous accouftumafmesd'é
boite
DE L'AME RI QJ E. *49
Wre tel qu'il eftoit. Vray eft que nous ^
ayans les cannes de fuccre à commande" rrw#
inent, les faifans & laifians infufer dans
He l'eau , nous la buuions ainfi fuccrce:
& mefme d'autant que les fontàines,voi-
re les riuieres belles & claires d'eau dou
ce de ce pays là,à caufe de la temperature
font fi bonnes (& fans comparaison plus fauxde
faines que celles de par deçà) quçquoy^^.
qu'on en boyue a fouhait , elles nefont.^ i# w
point de mal,nous en buuions ordinaire
mcnt.Et a ce propos les Sauuages appel-
lent l'eau douceFh-ete & la hUe^h-e-cn
qui eft vne diâ:ion,laquelle eux pronqn-
çansdugofier comme font les Hebneux
leurs lettres qu'ils nomment gutturales,
nous eftoitlaplus fafcheufe a proférer
entre tous les mots de leur langage.
Fmalemét parce que ie ne doute point
que quelques vns, ayans entendu ce que
iay dit ci^deffus , de'la mafeheure & tor-
tilleure tant des racines que du mil par-
mi la bouche des femmes Sauuages en la
compofition de leur bruuage .nommé^-
^mn'ayent eu mal au cœur,&qu'ils n'en
ayent craché: afin que ie leur ofte aucune
ment ce degouft ie les prie de fe refouue
riïr de la façon qu'on tient,& commet on
fe gouuerne,quâd on fait le vin par deçà*
Et'dcfait s'ils corifiderent quee's lieux
ou on a accouftume'de fouler les Raifins
% 3
{$ HISTOIRE
cm**» aux Tinnes & dans les cuues, co mne on
f m, fait és m des bons vins , il v *ff e &
/^o«^ r-y- -w ^*io vins ,11 y palle &
..peut aduenir beaucoup de chofes , qui
nontPUprMmpîIIfliifo. /-. *
tf
S', ?fe S^rcs meilleure 'grace que cefteïu
nicre.de machoter accouftumee aux fon-
mes Américaines . Qu e fi on dit la
deflus: voire mais, levin en bouillant
jette toute cefte ordure: ie refpond que
noihcÇaoH-m fe purge aufsi,&que quant
acepomt ilyamefme raifon de l'vn à
1 autre.
CHAP. X.
"pes Animaux, Venùfom, ? ros Le7ards>
Serpens, & autres be fie s monfirueufes de l' A -
merique*
|Aduertiray,envn mot au cô-
|mencemët de ce chapitre des
I Animaux à quatre picds,que
pion feulement en general, &
^Amynaux A P^ ^Strl^ëfJls fans evrent-i^ ,*î 11 >
rf* Mme. : x - ai r , cxc eptio, i] ne s'en trou
*y« r.i« " c P as vn fcul en cefte terre du Brcfil en
diffebubiesl Amérique, qui en tout & par tout fair
femblable aux noftres , mais- qu'aufsi
nos Tououpnambaoults n'en nourrirent
que bien rarement de domeftiques Dcf-
erruant doncqueslcs beftes Sauuages de
Jeurpays,lefquelles quant au genre font.
nom-
DE L' AMERIQUE- I5I
nommées pareuxSo^ie commeiiceray par
cellesqui font bonnes à mâger.La prenne
rl&cls commune eft vue qu'il, appelent T&*
Tapio^, laquelle ayat le pod rougea- r.ujm
ftre & affcz long, eft prefques de a gian- ^ /w
deur, groffeur &formed'vne vache: tou- ^^
tesfoifne portant point de cornes, ayant W*
le col plus court, les aureilles plus lon-
gues &pendantes,lesiambes plus feiches
& primes, le pied non fendu , ains.de la
propre forme de celuy d'vn Afne , on
peut dire qu'elle eft demie vache & de-
mieAfne. Neantmoins elle diftere entiè-
rement de tous les deux,tantde la queue
qu'elle a fort courte ( & notez en cett en-
droit qu'il fetrouue beaucoup de bettes
en l'Amérique , qui n'en ont prefques
point du tout ) que des- dents lefquelles
elle a beaucoup plus trenchantes & ai-
£ ues : cependant pour cela,n'ayant autre
«fiftance que la fuite, elle n'eft nulle-
ment dangereufe . Les Sauuages la tuent
comme plufieurs autres, à coups detiei-
ches, ou la prennent à des chaufles tra-
pes & autres engins qu'ils font allez in-
duftrieufement.
Au refte ils eftiment merueilleufe-
ment c'eft Animal à caufe de fa peau:
car quant ils l'efcorchent , coupans
en rond tout le cuir du dos , après
* K 4
7{ondelles
fuites
du cuir du
Taptreuf.
flu.
GnufideU
chair, du
Tapirouf-
fiu & fié
<°" delà
Mire
*5 2 HISTOIRE
qu'il eft bien fee, ils en font des rodeJIes
auisi grandes quele fond dynmoyen tô-
neati , lefquelles leur feruent 1 fouftenir
I« coups de flefehes de leur, ennemis
quand _:h > vont en guerre. Et de fait cefte
peauainfi feichee& accouftreeeft fi du-
ic,que le necroy pas qu'il y a i t flefche
tant roidemcnt defeochee fuft-elle,qui
h feeut percer. le raportois en France
parfingulantedeu x defe S Targues,tnai s
5«danoftre retour la fkmincnou, print
ur mer, après que tous nos viures fu-
icntf a] lhs,& que Jes Guenons, Perro-
quets & autres animaux que nous appor
tions de ce pays Jà, nous eurent feruis de
»ournture,encorenous faIJut-il manger
nos rodaches grillées fur Iecharbô: voi-
rc comme ie diray en fon lieu, tous les au
très cuirs & toutes ies peaux que nous a-
uions aans noftre vaifleau.
Touchât ia chah- de ce TapirouJJ oublie a
PJ efque Je mefme gouft que celiedeBeuf:
& quantaJafaçô de la cuire & apprefter
nos Sauuages à leur modela font ordi-
nairement Boucaner. Mais parce que i'av
la touche ci deuam,&faudrf encores que
ie réitère fouuent ci après cefte façon de
parier Boucaner, zfrn dene tenir plus le
ieéleur enfufpens,ioint aufsiquePocca-
i.onfeprclentcicimaintenantbienàpro
pos , icveux declarer quelle en eft la m a _
Nos '
DE L'AMERIQVE. 153
Nos Ameriquains donquesfichans af-
Ùi auant dans terre quatre fourches de
bois , aufsi groffes que le bras , diftantes
enquarré d'enuiron trois pieds ,.& efga-
lement hautes efleuees de deux & demi,
mettans fur icelles des baftons à trauers
à vn pouce ou deux doigts près l'vn de
l'autre , font de cefte façon vne grande
grille de bois laquelle en leur langage ils
appclent <Bonean. Tellement qu'en ayans
plufieurs plantées en leurs maifons,ceux
d'entr'eux qui ont de la chair , la mettans
deffus par pieces, & auec du bois bien fee
qui ne rend pas beaucoup de fumée, fai-
fant vn petit feu lent deffous, en la tour-
nant & retournant de demi quart en de-
mi quart <Theure,la laiffent ainfi cuire au-
tant de temps qu ils veullent. Et mefmes
parce que ne fallâs pas leurs viades pour
les garder,comme nous faifons par deçà,
ils n'ont autre moyen de les côferuer que
de les faire cuire , s'ils auoyent prins en
vn iour tréte beftes fauues ou autres,teî-
les que nous les deferirons en ce chapi-
tre,afin d'euiter qu'elles ne s'empuantif-
frnt, elles feront incontinent toutes mi-
fes par pieces furie Boucan: de manière
qu'ainfi quei'ay dit, les reuirans fouuent
ils les y Iaifferont quelquesfois plus de
vingt quatre heures , & iufques à ce que
le milieu & tout auprès des os foit aufsi
Façon du
Houtan &
rott'Jferie
des Sauna"
ges,
des Sauua-
ges à con-
feruerleurs
viandes.
154 HISTOIRE
cuit que le dehors . Ainfi en font-ils des
rar inf 1 P olffon * > defquels mefmes ayans grande
% q«ntite, quand ils font bien fees ils en
font de la farine. Briefce Boucan leur fer
uant de falloir , de crochet , & de garde-
mange , vous n'iriez gueres en leurs vil-
lages que vous ne le vifsie* garni non
feulement de venaifon ou de poiflbus,
mais aufsi le plus fouuent ( comme nous
verrons ailleurs) vous le.rrouueriez cou-
^,c«,/ UC1 ; tde g ro{rcs P^ces de chair humaine,
jh**ta, « des cuifles, bras & iambçs des prifon,
%7% mers de guerre qu'ils tuent & mangent.
chair km. V ©lia quant au Boucan &Boucanrurie t c'e&
uZfZ a dlrc ">tifferie denos Amenquains: M-
quels au refte (fauf la reuerence de celuy
qui a autrement eferit ) ne JaifTent pas
quand il leur plaift de faire bouillir leurs
viandes.
Or pour pourfuyure la defeription de
leurs animaux, les plus gros qu'ils ayent
après l'Afne vache, dont nous venons de
parleront certaines efpeces, voirement
SeouaC-r ■ .. &Bl ches,qu'iJs appelent Seoiiaf-
fous f ° m \ '" aiS outrc q u>l1 s ' cn faut beaucoup
iféJ de ^ l l s fo 7 ent » grands que les noftres , &
c fr fs & que leurs cornes foyent aufsi fans corn-
**?■ paraifon plus petites , encores different
ils en cela , qu'ils ont le poil aufsi grand
que celuy des Chèvres de par deçà.
Quant au Sanglier de ce pays la, le-
quel
DE
l'ameriqve. 155
quel les Sauuages nomment T/ùaJfoth faiaf-
çombien qu'il fait de forme femblable *j>
ceux de nos forefts ,& qu'il ait ainiile &„#*<$
corps,la tefte,les oreilles,iâbes & pieds:
mefmes les dents aufsi fortlongues.cro-
ehues , pointues , & par confequent très
daneereufes : tant y a qu'outre qu'il eit
beaucoup plus maigre,& qu'il afon groi
«miffement & cri effroyable , encores a-il
vue autre difformité effrange : aliauoir,^^
naturellement vn pertui lur le clos pal vn fermt
ou(ainfique i'ay dit que le MarfouinaA ; ^
furlatefte)il foufflcrefpire, & prêt vent \ efi , mU
quand il veut.Comme aufsi, afin que ce-
la ne foit trouué fi effrange , depuis que
i'ay fait mes mémoires , i'ay leu en l'hi-
ftoire penerale des Indes qu'il y a au pais liu .^. c h,
deW<c«wau Peru des Porcs qui ont 404 ..
le nombril fur l'efehine, qui font pour
certain les mefmes que ie vie de défaire.
Les trois fufdits animaux,aflauoirleT<*-
tirouffou , le SeeuafoutSc le Taiafo* font Tte „,«
les plus grosdecefte terre du Brefil -—
Paffant donques outre aux autres bau-
Uaguies de nos Amenquains,ils ont vne
belle îouffe qu'ils nomment agouti de iz Agouti
grandeur d'vn couchon d'vn mois,laquel £**
le a le pied fourchu,la queue fort courte,
le mufeau & les oreilles prefquçs com-
me celles d'vn Lieure, & eft fort bonne a
tapitis
ffpece cie
«lettre.
Ores T^ats
roux.
tœcfaté.
Sarri-
^f HISTOIRE
Dautres de deux ou trois efpeces que
ils appellent Tapitis , tous allez fembla-
bJes a nos Lieures & quafii de mefm e
gouit: mais quant au poi J ils l'ont plus
rougeaftre. "
Ils prennent aufsi femblablementpai-
les bois certains Rats aufsi gros qu'efeu
neux , & prefques de mefme poil roux,
lefquds ont la chair aufsi delicate que
ceJIe de connils de garenne,
T «f ou Tague (car on ne peut pas bien
difcerner lequel des deux ils profèrent)
eftVn animal delà grandeur dvn petit
chien braque, a la telle bigerre & fort
mal faite, la chair prefque de mefme
gouft q ue C elledeveau:&quantafa P eau
eftat fort beile,& tachetée de blanciris,
& noir, fi on en auoit par deçà elle feroit
bien riche en fourreure.
U s'en voit vn autre delà forme d'vn
putoy, & depoil ainfi grifaftre,lequel les
Saunages nomment S art gcy. mais parce
qu il put anfsi,eux n'en mangent pas vo-
lontiers . Toutesfois nous autres en a-
yans efeorchez quelques vus, & coeneus
que c'efton feulement la graiffe qu'ils
ontfur les rongnons qui leur rend celle
mauuaife odeur , après leur auoir oftee,
nous ne laifsions pas d'en manger : & de
lait la chair en eft tendre & bonne.
Quant au T «ton de celle terre du Bre-
fil cell
de l'a me ri oy E. 157
fil^ceft Animal (comme les heriffonspar <j- dtm
deçà) fans pouuoir courir fi vifte que^«, w ^
plufieurs autres , fe traifne ordinaire- arm *~
ment parles buiflbns: mais en recom-
penfe il eft tellement armé & tout cou-
uert d'efcailles , fi fortes & fi dures>que:
ie croy qu'vn coup d'efpee ne luy fe-
roit rien:& mefmes quand il eftefçorché
les efcailles iouans & fe manians auec la
peau (de laquelle les Sauuages font de
petits cofins qu'ils appelent Qaramemo)
vous diriez que c'eft vn gâtelet d'armes:
la chair en eft blanche & d'aiïez bonne
faueur.Mais quant à fa forme , qu'il foit
fi haut monté fur fes quatre iambes que
celuy que Belonà reprefenté par por*-
trait à la fin du troiliemè liure de fes ob-
feruations (lequel toutefois il nomme
T^^duBrefii)ien'en ay point veu de
femblables en ce pays là.
Or outre tous les fufdits animaux quî
font les plus communs pour le viure de
nos Ameriquains : encores mangent ite
des Crocodilles qu'ils nomment Iacaré Jacari
gros comme la cuiffe & longs ^ aTadue- f»A
nant: mais tant ïen faut qu'ils foyent
dangereux: , qu'au contraire i'ay veu plu-
fieurs fois les Sauuages en raporter tous
envie en 'leurs maifons àl'entour des-
quels leurs petits enfans fe iouoyêt fans
qu'ils leur fiffcnt nul mal . Neantmoins
ILf.ch.
196
I58 HISTOIRE
i'ay ouy dire aux vieillards qu'allans pai*
pays ils font quelques fois affaillis & one
fort à faire à fe deffendré à grands coups
de flefehes, contre vne forte de Iacare,
grands & môftrueux, lefquels les apper-
ceuans , &" fentans venir de loin fortent
d'entre les rofeaux des lieux aquatiques
ou ils font leurs repaires.
Et à ce propos , outre ce qu'on re-
cite de ceux du Nil en Egypte , celuy
qui a eferit l'hiftoire générale des Indes
dit qu'on a tué des Crocodilles en l'Ifle
Crocodnies de Tanama , qui a.uoyent plus de cent
fncîï'aùu ? icds dcJon S> q ui eft vnechofeprefques
*■ j ncro y a 5] e# p a y remarqué en ces moyens
que Pay veu, qu'ils ont la gueulle fort
fendue , les cuifles hautes , la queue non
ronde ni pointue, ains plate & defliee
par lebout. Maisiîfaut que ic confefle
que ien'ay point bien prins garde fiainfî
qu'on tient communément , ils remuent
la mafehoire de deflus.
Nos Ameriquains au furplus pren-
Tottotê nent des Lézards qu'ils appellent Tow»,
uxjrds. non pas verds comme les noftrcs , ains
gris &lapeaulicceainfique nos petites
Lézardes : mais quoy qu'ils foyent lon«"s
de quatre a cinq pieds , gros de mefme,
&de forme hideufe à voir, tant y a neant-
moins , que fe tenans ordinairement fin-
ies ri-
DE
L 5 A ME R I QJVE. 159
les riuages des fieuues & lieux maref-
cageux ainfi que les Grenouilles ils
ne font non plus dangereux . Et diray
plus, qu'eftans efcorchez, eftripcz, ne-
ttoyez , & bien cuits ( la chair en eftant
aufsi blanche, delicate, tendre, & &- GresLe:
uoureufe que le Ulanc d\n chappon) <^ <k
que c'eft l'vne des .bonnes viande que j£*£j;
i'ay mangée en l'Amérique. Vray eft que manger.
du commencement i'auois cela en hor-
reur, mais après que i'en eus tafté en ma-
tière de viandes ie ne chantoisque de
Lézards.
Semblablement nos f tonoufinam^
baoults ont certains gros Crapaux , lef-^^ r4 ;
quels "BoucaneX auec la peau , les tripes p*uxfir-
Zl les boyaux leur ieruent de nourri- nourriture
ture . Partant attendu que nos mede- 4 ?*^»*-
cins enfeignent, & que chacun tient par"*** 1 *'*
deçà , que la chair, fang,& généralement
le tout du Crapauteft mortel, fans que
ie touche autre chofe de ceux de cefte
terre du Brefil , que ce que i'enviendc
dire , le ledeur pourra aifément recueil -
lir,qu'à caufe de la temperature du pays
(ou peut eftre pour autre raifon que i'y-
gnore ) ils ne font vilains , venimeux, ni
dangereux comme les noftres.
Ils mangent au femblable des Ser-
pens gros comme le bras & longs d'yne
î6o HISTOIRE
' aune de Paris, & mefmes i'ay veu les SaU
Sevens uages en trainer & apporter (comme i'ay
tlgs tian dlt <ï u ' iIs font des Croçodillesjd'vne for
de des ^ tederiolleedenoir& rouge lefquels en-
"""*• cores tous envie ils iettoyent au milieu
de leurs maifons parmi leurs femmes &
enfans,qui au lieu d'gn auoir peuples ma
moyent à pleines mains. Ils appreftent &
font cuyre par tronfons ces grofTes an-
guilles de hayesrmais pouren dire ce que
i'en fçay,c'eft vne viande fort fade & fort
douceaftre.
Ce n'eft pas qu'ils n'ayent d'autres for
tes de Serpens , & principalement dans
Serpens'^ les riuieres ou il s'en trouue delon^s 3c
^%z;f( defliez au ^ si verds <I ue porees, la piqueu
dangereux re defquels eft fort venimeufe: comme
aufsi par le récit fuyuant vous pourrez
entendre qu'outre ces Touom dont i'ay
tantoft parlé il fe trouue par les bois vne
efpece d'autres gros Lézards qui font
très dangereux.
Comme donc deux autres François &
moy iifmes vne fois cefte faute de nous
mettre en chemin pour vifiter le pay s,fâs
auoir des Sauuages pour guides félon la
couftume,nous eftfis efgarez par les bois
ainfi que nous allions le long d'vnc pro-
fonde vallec,cntendans le bruit & le trac
d'vne befte qui venoit à nous , penfans
que ce fut quelque Sauuagine , fans nous
en e-
ftrueux.
DE ÙMERIQVE. l6l
cri eftôner ni laiffer d'aller, nous n'en fit- ^ mV j è
mes pas autre cas. Mais tout incontinent /we«r.
à dextre , & à enuirori trente pas de nous vn L ^ d
no 9 vifmes fur le coftau vn Lézard beau- ^^
"^T T j, . & mon-
coup plus gros que le corps d vn homme p
& 5 longde iixàfcpLpiedsjleQuelparoif-
fant couuert d'efcailles blanchaftres , af-
pres 6a raboteufes corne coquilles d'hui-
très \ Tvn des pieds deuant leué , la tefte
hauflee, &c les yeux cftincélans, s'arrefta
tout court pour nous regarder. Quoy
voyans & n'ayâs lors pas vn fcul de nous
harquebuzesnipiftoles, ains feulement
nos efpees, & a la manière des Sauuagcs,
chacun Tare èc les flefehes en la main (ar-
mes qui ne nous pouuoyêt pas beaucoup
feruir contre ce furieux animal fi bien ar
mé)craignâs neantmoins que fi nou-snous
enfuyons il ne couruft plusfort que nous
& que nous ayant attrapez il ne nous en-
gloutift &deuoraft: fort eftonnez que-
nous fufmes, en nous regardans l'vn Tau
tre,nous demeurafmes aufsi tous cois en
vue place* Ainfi après que ce monftrueux
&efpouuentable Lézard en ouurant la
gueuile, ôclcaufe de la grande chaleur
qu'il faifoit (car le foleil luifoit lors & e-
ftoitenuiron midi) foufflant fi fort que
nous l'entendions bien aife'menr, nous
eut- contemple' près dVn quart dlieure,
fe retournant tout à coup , & faifant vn
WêêêêêM
l6l /HISTOIRE
plus grand bri & fracaffcmcnt de fueii-
les &. de branches par ou il pafloit que ne
feroit vn Cerf courant dans vne foreft,
il s'enfuit contre rnont. Partant nous qui
allions eiU'vne de nos peurs , & qui n'a-
uions garde de courir après , en louant
Dieu de ce qu'il nous auoit deliurez de
ce danger,nous paffafmes outre. Pay pen
fe depuis que fuyuant Topinionde plu-
iieurs,qui difent que le Lézard fe délecte
a contepler la face de l'home, que ccftuy
la auoit prins au/si grâd plaifira nous re
garder , que nçus auions eu de peur à le
coniiderer.
Outre plies il y a en ces pays là vne be-
fterauiflfant'e que les Sauuages appelent
lanou- JacM-are,U<]iielle eft prefques aufsi haute
are de iâbes &Iegere a courir qu'vn Lévrier:
efierauïf- ma j s ayant de grands poils à Tentour du
%ng àr. menton la peau fort belle & bigarrée cô-
fante tuât
es hommes . ^ ce ]j c dVne Once, elle luy refemble
aufsi bien fort en tout le reftc.Lcs Sauua
ges non fans caufe craignét merueilleufe
ment cefte befte, car viuantdeproye co-
me leLion,fi elle les peut attraper elle ne
faut point deles tuer j defehirer par pie-
ces, ô£ les manger. Et de leur cofté aufsi,
corne ils font cruels &vindicatifs contre
^ toute chofe qui leur fait mal , quâd ils en
peuuct prendre quelqucs-vnes aux chauf
fes trapes 3 ne leur pouuans pis faire , ils
les
t)E L'ÀMEÎIIQVE. ï6$
les meurtriffent a coups de Hefches & les
font languir long temps dans les fofles
bu elles font tôbees,auât que de les tuer:
&afinquon entëde mieux cornent cefte
befte les accouftre . Yn iour que 5. ou 6.
Frâçois & moy pafsions par la grade Ifle^
les Sauuages du lieu nous aduertiifâs que
nous nous dônifsions garde du ïnaou-are
no 9 dirét qu'il auoit mangé cefte fémainè
là trois perfônes en l'vn de leursvillages.
Au furplus il y a grande abondance de
ces petites Guenôs noires que les Sauua
ges nomment^; en cefte terre du Brefi'l, Cày
mais puree qu'il s'en voit âffes par deçà G n ™ n ™ s &
ie n'éferay icy autre deferiptiô. Rie diray leur natu~
ie qu'eftans en ce pays là, leur naturel eft "j*™
tel, que ne bougeans gueres de deiîus çer par les bois
tains arbres quiportêtvn fruit ayât gouf
fes prefques corne nos grofles febucs de-
Giioyelles fe nourriffent, ques'afféblâs or
dinairemêt par tfoupes &principalemêt
en temps de pluyç (ainfi que les chats fur
les toits p deça)c'eft vn plaifir de les ouïr
crier amener leurs fabats fur ces arbres.
Au fefte ceft animal n'en porte quVn
dVile vêtree, mais le petit ayât cefte indu ln ^ rïe
ftrie de nature que fi. toft qu'il eft hors du descjnenoi
ventre 1 ilembrafle & tient ferme le col du^™LC7
pereoudelamere,s'i!s fevoyetpourclxaf^^
lez des chaffeurs,fâutâs & reportas ainfi.
debrâchc en brâche le fauuëtde cefte façô
L z
164 HISTOIRE
Partant lès Saunages n'en pouuâs gueres
prendre ni jeunes ni vieilles, n'ont autre
Facmde mo) en de
les ;
fin on
Guenms
farouches.
jy en uc ics auoir > iinoa qu'a coups de
praire les fl efches ou j e matera ts les abatre de def-
fus les arbres , dont tombans eftourdies
& quelques fois bien blecees après qu'ils
les ont guaries & vn peu apriuoifees en
leurs maifons, ils les changent à quelque
marchandife'auec les eftrâgers qui voya-
gent par delà . le di nommément appri-
uoifees 5 car du commencement qu'elles
font prifes elles fôt fi farouches que mor
dans les doigts , voire trauerfans depart
en part auec leurs déts les mains de ceux
qui les tiennent de la douleur qu'on fent
on eft côtrainta tous coups de les affom-
rner pour leur faire lafeher prinfe.
Il fe trouue aufsi en cefte terre du Bre
fil vn Marmot que les Sauuages appelent
Sageuïn^non plus grand qu'vn Efcurieux
& de mefme poil roux.-mais quant à fa fi-
gure ayant le muffle comme celuy d\n
Lion , & fier de mefme , c'eftleplus ioli
petit animal que^i'aye veu par delà. Et de
fait s'il eftoit aufsi aifé à repaffer que la
Guenon, il feroit beaucoup plus eftimé:
mais outre qu'il eft fi délicat qu'il ne peut
endurer lebranflemétduNauircfur mer,
encores eft il fi glorieux que pour peu de
fafcherie qu'on luy face il fe laiife mou-
rir de dcfpit. Cependant il s'en voit quel
que s
Sagout
ioli animal
DE l'aMERIQJE 1^5
nues vus en France , & croy que c'eft de
cefte bcfte dequoy Marot ( introduifant
[on fcruiteur Fripclipes parlât à vn nom-
mé Sagon qui l'auoit blafmé) fait men-
tion quand il dit.
Combien que Sagon foit vn mot
Etle nom d'vn petit Marmot.
Or combien que ie'confefle(nonobftât
ma curiofité)n'auoir point fi bien remar-
qué tousles animaux de cefte terre que
ie dcCirerois , fi eft ce que pour y mettre
fin i'en veux encore defcriredeux biger-
res fur tous les autres.
Le plus gros que les Saunages appel-
lent Hay eft de la grandeur d'vn gros Hay
chien bàïbet,a la faceicomme laGucnon) ^ mmAi
approchante de celle de Phôme, le ventre Jg£
ainfi pendant qu'vneTruye pleine de cou tama ^ veti
chons, le poil gris enfumé ainfi que laine -^
de mouton noir, la queue fort courte, les Viîiant ^
iambes velues comme vnOurs,& les^grif ™t.
fes fort lôgues. Et quoy que par les bois
il foit fort farouche, tant y a ncantmoias
qu'eftant prins iln'eft pas malaifé a ap-
priuoifer. Vray eft qu'à caufe de fes grif-
fes fi aiguës nos Tououfinambaouhsnuds
ne prennent pas grand plaifiràfe iouer
auec luy . Mais au demeurantfchofe qui
femblera pofsible fabuleu fe)i'ay entendu
non-feulement des Sauùages, mais aufsi
des Truchemens qui auoyent demeure
L 3
long &
k'Xerre.
î6<S histoire'
Jong temps en ce pays.là,que iamais horn
me nj par ies champs ni à la maifon , ne
vit manger ceft animai : tellement qu'au-
cuns eftiment qu'il vit du vent.
Coati c L ' autre duc î u elie veux parler que ies
Zimd ^ auu ages nomment Coati t eft de la hau-
yantie teur d'vn grand Lieure , a le poil court,
SjfcJ P oa ' & tachete,fes oreilles.petites, droi-
tes, 8? pointues: mais quant a la tefte,ou-
tre qu'elle n'eft gueres groffe , ayant de-
puis les yeux vn groin longde plus d'vn
pied rond comme vn bafton,& s'eftreçif-
fant tout à coup fans qu'ils foitplusgros
par le haut qu'auprès dt la bouche(laquel
le aufsi il a û petite qu'àpeine y mettiW
on ie bout du petit doigt)cela di ie refem
blant le bourdon,ou le chalumeau d'vne
çornémufe, il n'eft pas pofsibie devoir
vn mu/eau plus bigerre. Dauantage cefte
befte eftant prinfe, parce qu'elle tient fes
quatre pieds ferrez enfemble, & par ce
moyen penchant toufiours d'vn cofté ou
d'autre,ou fe laiffant tomber tout à plat,
on ne la feauroit faire tenir debout ni
manger fi ce n'eft quelques Fourmis , de-
quoy aufsi elle vit ordinairement par les
bois, Enuii on huit iours après que nous
munis ai riuez en l'Ifle ou fe tenoit Vil-
legagnon les Saunages nous apporterêt
vn de ces foatt , lequel à caufe de la nou- -
«tlleté fut autant admiré d'vn chacun de
nous
D E L'A ME RI O.VF, *&?
nous que vous pouuez penfer. Et de fait
eftant eftrangement defeâueux eu efgard
à ceux de noftre Europe, l'ay fouuet prie
v „ nommé lean gardien de noftre compa
-nie expert en l'art de pourtraiture de
contrefaire tant ceftuy la que plufieurs
autres non feulement rares,mais aulsi du
tout incogneucs par deçà : a quoy néant-
moins à mon grand regret,il ne fe voulut
i-amais adonner.
C H A P. XI.
De la variété' des oyfeaux de l'Amérique-,
tms différents des noftr es : en ferMe des greffes
ChauLfouris^betllesiMoHches^Mouchil-
Ions, & autres vermines eftr anges de ce pais ta
E commenceray aufsi ce cha'
pitre des oyfeaux ( lefqueis
en general nos Touonpinam-
baoults appelent Our a) par
,, ceux qui font bons à manger
Et premièrement diray qitils ont grand
quantité de fesPoulcs que nous appelons
d'Indes lefquelles euxnommêt Angwfi-
ouffou: Comme aufsi depuis que les Por-
tuçalois ont- fréquenté ce pays la ( car
auparauant ils n'en auoyent point) ils
leur ont dôné l'engeance des petites Pou
ies c5munes qu'ils nÔmmt A rignan-mm;
Onra
eyftau"
Arwn7i
o
CUJfoH
toutes
d'indt.
min
Toutes
tQmmwnes.
&lif*
ïoS HISTOIRE
toutesfois outre, ainfi q Ue i'ay dit quel-
que part,qu'iiV font cas des biaches pour
auoir les plumes afin de les teindre en
rouge & de s'e ptirer le corps, encores ne
mangent ils guère ni desVnes ni des au-
tres : & mefmes eftimans que ks œufs
^îri- qu'ils nomment *Arignan-ropia , foyent
£»**- poifons, non feulement ils eftoyent bien
repia esbahis de nous en voir humer, mais auf-
fi vdifoyent ils , ne pouuans auoir la pa-
tiëce de les laifler couuer, c'eft trop grâd
gourmandifeàvous, qu'en mangeant vn
œuf vous mangiez vue Poule.. Partant ne
tenans gueres plus de côte de leurs Pou-
les que doifeaux Saunages, les laifians
podreou bon leur femble elles amenét le
plusfouuent leurs poufskis des bois &
bullions ou elles ont couué : tellement
que les femmes Sauuages n'ont pas tant
de peine à eileuer les pents d'Indets auec
y des moycufsd'œufs qu'on a par deçà. Et
ÏÏSSL de faitle »P° u les multiplient tellement
en ce pays là,qu'il y a tels endroits &tcls
villages,des moins fréquentez des eftran
gers, ou pour vn coufteau delà valeur
d'vncarolus, on en aura vne d'Inde, &
pour vn de deux lht ds , ou pour cinq ou
fixhaims àpefcher, trois ou quatre des
petites communes.
Or auec ces deux fortes de poulailles,
nos Saunages nourriffent -domefiique-
ment
Grand
quantité
de poults
d'Indes &
DE L'AMERIQUE. ^9
ment des Canes d'Indes , qu'ils appelent
Vpecmtis parce que nos pauuresTw»*- Vpee
plmbaouk* ont cefte opinion enracinée, e~^
Le s'ils mangeoyent de ceft Animal qui
marche ainfi pefamment, cela les empcf- %*
cheroit de courirquâd ils feroyec châtiez J^
&pourfuyuis de leurs ennemis, il fera r . a ms
bien habile qui leur en fera tafter. S ab-
ftenans aufsipour mefme caufe de tou-
tes beftes qui vont lentement, & meimes
des poiffons comme les Rayes & autres
quinenagentpas vifte. (
Quant aux oy féaux Sauuage, il sen
«rent pat les bois de gros côme Chapos,
&de trois fortcs,queies Brefihens nora-
ment.lacoutm, lacoupen, & lacou-ouajjou. Tnh f „.
lefquels ont tous le plumage noir &grm ^
mais quant a leur gouft, comme le croy /~
que ce font efpeces de Faifans,aufsi puis FMfMS .
ie affeurer qu'il n'eftpas pofsible de man
ger de meilleures viandes , que {ont ces
Jaeotts. ! ,,.,•, Monta
Ils en ont encores deux excelles qu us eyfeMrM . t
appelent^f^^defquels font aufsi gros
que Paons & de mefme plumage que les Moca-
fufdits : toutes fois cefte forte eft rare & MMf
Ynarn-
s en trouue peu. •
Moctc**» UYnambm-omjfou font deux bou-ou-
efpeces de Perdrix aufsi greffes qu'Oyes a Jfou
& de mefme gouft que les precedens. *-gf
Comme aûfsi les trois fuyuans lonWÇ trdrif .
*7° HISTOIRE
aflauoir Ynamboumiri-> de mefine gradeur
que nos Perdrix : Tegajfou de la grofleur
d' vn Ramier: ^Taicacu comme vneTour
terelle. Amfipour abreger,& laiffât àpar
1er du gibier qui fe trouue en grade abo-
dance,tât par les bois que fur les nuages
de la mer , mares & fleuues d'eau douce,
ieviendray à parler des oifeaux lefquel*
ne font pas fi cômuns à mâger en cefte ter
re du Brefil. Entre les autres il y en a 2. de
mefme gradeur,ou peu s'en faut, aflauoir
plus gros qir vn Corbeau , lefquels ainfi
prefque que tous les oifeaux de l' Amcri-
que,ont les pieds & becs crochus comme
les Perroquets, au nôbrc defquels on les
pourroitmettre.Mais quant au plumage
côme vous mefmes iugerez après Tauoir
entêdu,ne croyâs pas qu'en tout le mode
3l fe trouue oifeaux déplus efmerueilla-
ble beauté, en les confiderât il y a bie de-
quoy no pas magnifier nature, corne font
les prophanes , mais admirer l'excellent
Créateur d'iceux..
Pour dCc en faire la première premier
esfrat < î ue les Sauuages appelct Araty ayant les
*yÇf**f*x Paumes des ailles & celles de la queuc,la-
quclle il a longue de pied &-dcmi,moitié .
aufsi rouges que fine efcarlatc , & l'autre
moitié', la tige au milieu de chacune plu-
me feparatles couleurs opofites des deux
cotiez , de couleur celefte aufsi eftincelât
que le plus fin cfcarlatinquifcpuiflV voir:
DE L'A M E. RI Oy E. I7l
& au fufplus tout le refte du corps azuré
quad ceft oifeau eft au Soleil ou il fe tiét
ordinairement , il n'y a œil qui fe puifle
lafler dele regarder. Canidi
L'autre nômé CaniJe'#y*tit tout e plu ^ «
ma^e fous le vétre& àlétourducol auiii ^«^
iauncquefin or,le delfus du dos,les ailles «*«*
& la queuë,d'vnbleufinaifqu'il n'eft pas
pofsible de plus,vous diriez aie voir que
il eft veftu d'vne toile d'or par deflous, &
emmâtelc de damas violet figuré par def-
fus.Les Sauuages en leurs chanfons font
fouuét métion de ce dernier difât & repe
tât en cefte façon: Canide iouue canide iouue
heuraeuech-.c'eû à dire vn oifeau iaune,vn
oifeau iaune &c.& au refteplumans fon-
o-neufemét3.ou4.foisl'ânee ces deux for
tes d'oifeaux, lefquels bie qu'ils ne foyét
domeftiques font neâtmoins plus fouuet
fur des arbres au milieu de leurs villages
que parmi les bois,ils fôt fort propremét T/w , M
(corne i'ay dit ailleurs)des robes,bônets, g*w£.
bracelets, garnitures d'efpees de bois: Unnets
&autres chofesde ces belles plumesdont w*n6-
ilsfe parent le corps . I'auois rapporte mgt)its
en France beaucoup de tels pennaches Sauuages.
& fur tout de ces grandes queues fi bien
ainfi que i'ay dit ', naturellement diuer-
fifiees de rouge &de couIeurcelefte.Mais
paffant à Paris à mon retour , vn quidam
de chez le Roy , à qui ie les monftray
TQUS
plu* gros
&plus
beaux Ter
roquets.
T^ecit du
langage &
facon'ef-
merueilla>
blealvji
Tçrroquet
I72 HISTOIRE
ne ceffa iamais par importunite , qu'il ne
les euft demoy.
Quant aux Perroquets , il s'en trouue
de 3,011 4. fortes en cefte terre du Brefil,
mais quant aux plus gros & plus beaux
que les Saunages appelent Mourons, les-
quels ont la tefte riolce de iaune , rouge,
& violet, le bout des ailles incarnat ,1a
queue longue & iaune, .& tout le refte du
corps verdjilne s'en repafle pas beau-
coup par deçà: ^cependât outre la beau-
té du plumage, eftans aprins ce font ceux
qui parlent le mieux , & par confequent
aufquels il y auroitplus de piaifir . Et de
fait vn Truchement m'en fit prefent d'vn
qu'il auoitgaW trois ans , lequel profé-
rait fi bien tant le Sauuage que le Fran-
çois, qu'en ne le voyât pas, vous n'eufsiez
iceu difeerner fa voix de celle cTvn hom-
me.
Mais c'eftoit bien encore plus grand
merueille d'vn Perroquet de cefte efpece,
qu'vne femme Sauuage auoit apprins en
vn village à deux lieues de noftre Iflercar
comme il ceft oifeau euft eu entendemét
pour comprêdre & diftinguer ce que cel-
le qui l'auoit nourri luy vouloit dire,
quand noli s pafsions par là, elle nous di-
foitenfonlangagcrmc voulez vous don-
ner vn peigne ou vn mirouer & ie feray
tout maintenant en voftre prefence chau
ter &
DE L'AMER IQV E. 1/3
ter Scdanfer mon Perroquet? tellement
quepourenauoirlepafletcmps,nousluy
baillans fouuent ce qu'elle demandoit,
incontinent qu'elle auoit parlé à ceftoi-
feau,*l fe prenôit 11011 feulement à faute-,
1er fur la perche ou il eftoit , mais aufsi à
caufer , Gifler & à contrefaire les Sauna-
ges quand ils vont en guerre dVne façon
incroyable: brief, quand bonfembloità
fa maiftrefle , de luy dire chante, il chan-
toit:& danfe il danfoit.Que fi au contrai
re il ne luy plaifoit pas , & qu'on ne luy
euft rie voulu bailler, fi toft qu'elle auoit
dit vn peu rudement à ceft oifeau ^Auge\
c'eft à dire ceffe,fe tenât tout coy fans dire
mot, quelque chofe que nous luy eufsiôs
peu dire, il n'eftoit pas lors en noftre
puiffancedeluy faire remuer pieds ni la-
eue. Partant penfez que fi les anciens Ro
mains, lefqaels comme dit Pline furent Û fi|W
faces que de faire non feulement des fu- c h*tâ*
nerailles fomptueufes au Corbeau qui
les faluoit nom par nom dâs leur Palais,
mais aufsi firent perdre la vie à celuy qui
l'auoit tué,euffent eu vn Perroquet fi bië
appris , comment ils en euffcnt fait cas,
Aufsi cefte femme Sauuage , l'appelant
fon Cherimbauc>C& à dire chofe que i'ai-
me bien , le tenoitvelle fi cher,que quand
nous luy demandions à vendre, & que
c'eft qu'elle en vouloit , elle refpondoit
I0m
-
Mar-
1,74 - histoire
par moquerie ^JMocaouaffou , c'eft à dire
vne artillerie : tellement que nous ne le
fceufmes iamais auoir d'elle.
La féconde efpecede Perroquets appé
lez çjjfyfarganas car les Sauuages,qui font
f tT/uets de Ge ? x c i uon a PP orte & q u '°n voit com
qu'on ™*> munément en France, n'eft pas en grande
tl'eZnt eftime entr ' eux : & de fait les ayans par
pardeca. delà en aufsi grande abondance que
nous auons ici les Pigeons , quoy que la
chairfoitvnpeu dure,ayât neantmoins le
gouft de la Perdrix, nous en mâgions fou
uent & tant qu'il nous plaifoit.
La troifieme forte' de Perroquets nom
Touts mcz ^^P aries Sauuages , & par nous
' pttité forte autres Moiffons , ne font pas plus gros
de Terre- qu'eftourneaux: mais quant au plumage*
excepté la queue qu'ils ont fort longue^
entremefleedeiaune,ils onrle corps en-
tièrement aufsi verdque porree.
Auant que finir ce propos des Perro-
quets, me refouuenant d'auoir leu en vne
erreur Cofmographie qu'afin que les ferpens
fv* C°f; ne mangent leurs œufs , ils font leurs
7ouchlTu^às^nànsl vne branche d'arbre iedi-
Facon des rav ici en parlant , qu'ayant veu le côtrai
Croquet* ie en ccux de FAmerique qui les fôt tous
dans dés creux d'arbres , en rond & affez
durs, iepenfe queça cfte'vne faribole &
conte faitaplaifirà Fauteur de ce liure.
^ Les autres oyfeaux du pays de nos A-
meri-
DE l'aMERIQJ E. I75
m eriquainsfôt,en premierlieu celuy que
ïlsapvelétToucandât a autre propos l'ay Tpuca
fait mention ci deffus.il eft de lagroffeur 0? /^.
d'vn ramierj&a tout le plumage,exeepte
le poitral , aufsi noir qu'vne Corneille,
mais ce poitral l'enuirô de quatre doigts **u t
en longueur & trois en largeur eftant"»'*
pins laSne que faffran, efcorchéqu'il eft f^
par les Sauuages,outre qu'illeur lert tat fmMX
pour s'en couurir & parer les ioues, que s**«».
autres parties de leurs corps encores par
ce qu'ils en portent ordinairement quant^
ils danfent le nommant Toucan-tabouracé
c'eftà dire plume pour danler,ils en font
plus d'eftime: toutesfois enayâs en grâd
nÔbre ils ne font point de diffiçultez d'e
bailler & changer a la marchandée que
les François &^ Portugais qui trafiquent
• par delà leur portent. h -Summ-
Mais au furplus ceft oyfeau Toucan a-ji rumx de
yantle becplus longue toutle corps 3 & W<~
gr osen proportion.fans luy paragonner i •*«
riluy oppofer celuy de grue,quin'eft rie
en comparaifon ,il le faut tenir non feule
ment pour le bec des becs , mais auisi
pour le plus prodigieux & monftrueux
qui Te puiffe trouuer entre tous les Oy-
feauxdel'vniuers.
11 s en ontvn d'autre efpece delà grolleur Panm
d'vn Merle & àinfi noir , fors la poitrine.^
qu'il a rouge come fang de beuf laquelle ^.^
les'Sauuages efcorchet côme le précéder W£ »,
■■
r . ' 9m
■IHHH^HM
Orna-
pian
eyjtau en-
tièrement
rouge.
Çonam
huch
oifelet
trefyeth.
& (on
cha.ni ef
fnermiila-
ble.
vawte es
Lenteurs de
pltf/ieurs
oy féaux de
t'^Amerty.
XjS HISTOIRE
& appeîcnt ceft oifeau Tanou.
Vn autre delà grofleur d'vne Griue
ou ils nomment jQ^utampian^ lequel fans
rien excepter a le pxumage aufsi entière*
ment rouge qu'efcarlatew
Mais pour vne fingulieremerueille &
chefd'œuure depetite'tfe, il n'en faut pas
obmettre vn que les Sauuages nomment
GonambuchAz plumage blanchaftré & lui
fant:iequel côbien qu'il n ait pas le corps
plus gros qu'vn Frelon.ou qu'vnCerfvo
iarit, triomphe neantmoins de chanter:
tellement que ce trefpetit oifelet ne bou-
geant gueres de deffus ce gros Mil que
nos Ameriquains appelent Auan^ou fut
autres grandes herbes , ayant le bec & le
gofier toufiours ouuert , fi on nefoyoit
& voyoit par experience^on ne diroitia-
mais que chvn fi petit corps ïl peuft for-
tir vn chat fi franc & fi haut, voire fi clair
& fi net, qu'il ne doit rien au RofsignoL
Aufurplus paixe queie nepourrois
pas fpecifier par le menu tous les oifeaux
qu ? on voit en celle terre du Brefil , non
feulement differens en efpeces à ceux de
noftre Europe,mais aufsi d'autres varie-
tez de couleurs: comme rouge, incarnat,
violet, blanccendié, diapré, de pourpre
& autresrpour la fin Ten deferiray vnque
les Sauuages (pour la caufe que ic diray)
ont en telle recommendation > que non
feule-
De l'amer I QV E* t*]-y
feulement ils feroyent bienmarrisdelujr
mal faire , mais aufsi s'ils fcauoyent que
quelcun en eut tué de cefte efpeee,ic croy
qu'ils fen feroyent repentir.
GeflOyfeaun'eft pas plus gros qu'viï
Pigeon, Ôc de plumage gris cendré : mais
au refte,qui elt le miftere que ie veux tou
eher,ayant la voix penetrante,& encores
pluspiteufe que celle du Chahuarit * nos
£2iXi\iïesTouQupinambaoults qui l'entèndét
aufsi crier plus fouuent de nuit que de ^t m>
i a r • - • l étés SauuA
iour, ont celte reluerie imprimée en leur £«/*>r«-
cerueau,que leurs païens & amis tresêûi $f*\ n "
r r l * , * • . r chant <tv&
lez en ngne de bonne aciuenture& pqnttyftm,
les accoûrager a fe porter vaillamment
contre leurs ennemis , leur enuoyent ces
oyfeaux : de façon qu'ils croyent ferme-
inentjs'ils obferuentcequiieur eftfigni-
Êépar ces Augures , que noix feulement
ils veineront leurs ennemis en ce monde
mais qui plus eft quandils feront morts*
que leurs âmes ne faudront point d'aller
trouuer leurs predece/feurs derrière les
montagnes pour danfer auec eux.
le couenay vne fois en vn village ap*
pelé Vpeç par les François , ou fur le foir
oyant chanter airtii piteufement ces Oy-*
féaux, & voyant ces pauures fauuàges fi
attentifs à les efeouter * fcachànt aufsi
la raifon pourquoy ie leur voulu remott
ïtrer leur folie:mais ainfi qu'en parlant a
M
I7 3
HIST O I R F.
euxie me pnns vnpeuarire contre vil
Francois qui eftoit auec moy : il y eutvn
vieillard qui afTez rudement me dit tais
toy,& ne nous empefche point d'ouïr les
bonnes nouuçlles que nos grands pères
nous annoncent à prefent: carquand nous
oyons ces oifeaux nous Tommes tous rçf
iouys & receuohs nouuelle force* Partât
fans rien répliquer 4 car c'eufi: efté peine ?
perdue,me refîouuenant lors de ceux qui
tien net & enfeignet que les âmes des tre£
palTez retournas de purgatoire les vien-
Umeri- net aufsi aduertir de leur deuoir, ie pen-;
quainspus fay que ce que font nos poures aueuglés,
\ut f chx Ameriquains en ceft endroit, eft encores
qui croyit pj us fupportable: car corne ie diray plus
hfafiiï** amplement parlant de leur Religion, co-
roir après {3 j en qu'ils confelTent l'immortalité de»
ames,tât y a neantmoins qu'ils n'en font
pas la logez de croire qu après qu'elles
font feparees des corps elles retiennent
ains feulemet difent que ces oifeaux font
leurs mefîagers. Voila ce que i'auois à di \
re touchant les oifeaux de FArnerique^
Il y a toutesfois encores des chauuef-
?hauuejjhu fouris en ce pays là, prefques aufsi gran-
r:ffuccant ^ QS nos Choucas, lefquelles entras la \
le fzngdes^ m 1 ,^j r 11 - 1 .
êrrtiis de nuit das les rnaiios il elles trouuetqueJk,
cun qui dorme les pieds defcouuerts(s'a-? )
dreffans toufiours principalemét au grosq
ortëificlles ne faudrontpoint de luyiuc-
ccr le fang)& d'e tirer quelques fois plus
la mort
des corps
Cjrandes
ceux qm
dorment
D E L* AMERIQUE. tj$
&in pot fans qu'il en fente rien: tellemét
*{ue quand on fe refueille le matin on eft
toutesbahi de voirie lid de cotô &Iapla
cetoute fangîante: dequoy cependant ies
Sauuagess'aperceuâs, foit que cela aduie
rie a vn de leur natiô ou a vn éftrâger, ils
né s'en fët que rire. Et defait,moymefme
ayât efté quelques fois ainfi furprins>ou-
trela moquerie que i'en receuois, encore
y auoit il (quoy que la douleur ne fut pas
autremet grade) que cefte extrémité' ten-
dre au bout du gros orteil eftât offencee*
je ne me pouuois chauffer de z.ouj.iours
finôa grand peine. Ceux de rifle de £um<*
na^cpï eft enuiro ij. degree au deçà de l'E
quinodial, font pareillemét moleftez de Hiftgen
ces grandes &mefchâte$ Chauueffouris. des Ind»
Auquel propos cehiy qui a eferit l'hiftoi î^^îl-*,
re générale des Indes recite vne plaifante *
hiuoire.Ily auoit dit il à S. Foy de Ciri-
bici vn feruiteur de moyne qui auoit la
pleureiie,duqueln'ayat peu trouuer la vei
ne pour le fcigner,&eftâtlaifîépour mort
il aduint de nuit qu'vne Chauueffouris le
mordit près du talô quelle trouua defeou ^laipmu
uert , dont elle tira tant de fang que non J^J^
feulement elle s*en faoula,mais aufsi laif nejfmrn,
fant la veine ouuerte^il en faillit autât de
fâiîg qu'il eftoit befoin pour remettre le
patient en fanterqui fut vn plaifant &gra
cieùx Chirurgien pour le malade,
"M* 1
-
x8o
HISTOIRE
Yra
mi ell?
yetic
an notre.
? n.j* Quant aux Abeilles de 1 Amérique,
abeilles de n ^-' r , , i , ,, j-
/4«rrtrf«neftans pas iemblables a celles de par
rBrç i lL deçà -, ains reiTemblans mieux les petites
mouches noires que nous auons.cn Efté,
principalement au temps des raiiins , el-
les font leur miel & leui cire par les bois
dans des creux d'arbres. Et ainfi Us Sau ?
uages qui fcauét bien amafier Tvn &l'au-
tre> & qui encores méfiez enfemblc appe
lentcehYra-yeticyCd.ï yra e&le miel biyctic
la cire 3 après qu'ils les ont feparez , ils
mangent le miel ainfi que nous faifons:
& quant à la cirejaquelle eft prefque auf
fi noire.' que poix ils la ferrét en rouleaux
gros commele bras. Non pas toutesfois,
Knivfage >jj s çn f acent n j torche ni chandelle,ear
detanhes *1 - -. .
mde+hAn-: n'vfans point la nuit q autre lumière que
f ell " e » tre de certains bois qui rend la flamme fort
gu. claire, ils le leruent principalement de
celle cire à eftouper les grofles cannes de
bois ou ils tiennent leurs plumafleries,
afin de les conferuer contre vne certaine
efpece de papillons lefquels autrement
les gafteroyent.
Et afindedefcrireâufsi ces beftioles*
arauerslcfciucUcs font appellees parles Sauua-
TcipiUons g fS ^/irauers-i n'eftans pas plus grofles
"uïï'&u 0* nos Grillets r & fortans ainfi la nuit
viande e ^ troupes auprès du feu r fi elles y trou-
""**' lient quelque chofe , elles ne faudront
point de le ronger. Mais principalement
outre
de -l'am'e riqve. i8i
'outre qu'elles fe iettoyent de telle façon
fur les collets & fouliers de marroquins
que mangeans tout le deflus, ceux qui en
auoyent,àleur leué les trouuoyent tous
blancs & èfdeure^encores y auoit il cela
^ue fî nous laifsiôs le foir quelques Pou
les ou autres volailles cuites mal fer-
rées J ces tArauers les rongeans iufques
aux os , nous nous pouuions bienatten-
dre de trouuer le lendemain des Ana-
tomies.
LesSauuages fontaufsi perfecutez en
leurs perfonnes dvne autre petite ver-
minette qu'ils nomment Tom laquelle fe *f m
trouuant parmi la terre,& neftat pas ^x vermint
cômencemét fi grofle qu'vne petite P^ce,^;;f
fe fichant neantmoins, nommément fous ç QW u s
les ongles des piedz &des mains,ou tout "*'*
foudain ainfi qu'vn ciron elle y engendre
vne demaiaifon,fi on n'eft bien foigneux
de la tirer, dans peu de temps fe fourrant
toufiours plus au at elle deuiendra auisi
groffe qu'vn petit pois & ne la pourra on
arracher qu'auec grand douleur. Et ne fe
Tentent pas feulement les Sauuages qui
"- vont tout nuds & tout defchaux attaints
& moleftez décela , mais aufsi nousaUr
très François , quelques bien veftus &
chauffez que nous fufsions auions. tant
d'affaire à nous en garder , que pour ma
part quelque foigneux que ie fuite d'y re
ani
.-
tBz HISTOIRE
garder fouuet,on m'e a tiré plus de vingt
pour vn iour. Brief l'ay V eu perfonnagej
pare/feux de les tirer, eflre tellement en-
damage* de ces tignes-puce^, que nô feu
lementilsenauoyentles mains, pieds, &
orteils gafte2,mais mefmes fousles aifej
les,& autres parties tendres, ils eftoyent
tous couuerts de petites boflettes comç
verruresprouçnantesde cela, Aufsi iç
çroy pour certain, que c'eft cefte petite
beftiole que Thiftonen des Indes occidç
taies appelé i\7/^^, laquelle aufsi corne il
dit fe trouue enllile Efpagnolk,car voi
Ci ce qu'il en a efcrit.LaiV/V^eft comme
vne petite puce qui fautereîïe aime foi t la
poudre:elle ne mort point finon e's pied$
ou elle fe fourre entre k peau & la chair,
& aufsi toft elle iette des lêtilles en plus
grande quantité' qu'on n'eftimeroit,atten
du fa petitefle : lefquelles en engendrent
d'autres, & fi on les y laifïe fans y mettrç
ordre,elles multiplient tant qu'on ne les
çn peu t chaffer ni remédier qu'aucç le feu
ouïe ferrmais fi on les oftede bonne heu
re , elles font peu de mal. Aucuns Efpa^
gnols en ont perdu les doigts des pieds,
autres les pieds entiers.
Or pour y remédier nos Ameriquainf
fe frottet tant les bouts des orteils,qu'au
très endroits ou elles fe veulent nicher
fur eux, d'vne huile rougeâftre & çfpeffç
faite
DE t'AMïRIQVï- l8j
faite d'vn fruit qu'ils nomment ÇouroqM Çm^
'«uel eft prefque corne vne chaftaigne en /*»,»«-
pardela.Outre plus ceftonguét eitii lou ^a
uerain pour guérir les playes, caflurës ■& ^^
Wutres douleurs qui furuiennétau corps B , 5 „.
humain , que nos Sauuages cognoiflas la ^.^
vertuvle tiennêt aufsi precieuxqu on tait huiU de,
quelque part la fainteWle. Et de. fee le «--^
barbier du Nauire , ou nous repaflalmes
en Frâce, l'ayât experimétee en plulietrrs
fortes en rapporta io.ou 12. grands po ts
plains:& autant de graiffe humaine qu il
auoit recueillie quand les Sauuages cui-
foyent &roftiffoyét leurs prifonmers de
guerre à la façon que ie diray en fon lieu.
Dauantage l'air de cefte terre du Bre-
fil produit encores vne forte de petits
mouchillons, que les habitans nomment
YmWefquels piquent fi ymement,voire Yet in
à trauers des leeers hàbillemens , qu'on mm w»
diroit que ce fôt pointes d'efguilles. Rljg-
tant vous pouuez penfer quel pafletemps
c'èft , de voir nos Sauuages tous nuds en
eftrepourfuyuis : carclaquans lors des
mains fur leurs feiîes,cuiiîes,efpaules,&
fur tout leurs corps, vous dînez que ce
font chartiers auec leurs fouets. I'adiou-.
fteray encores qu'en remuant la terre Se
dèffous les pierres en noftre terre du Bre
fil ôntfbiïuedès Scbfpions,iefquels co-
ï&f HISTOIRE
Uorpions bien qu'ils fpyent beaucoup plus petit*
H$ft ^ ue . ceux ? u ' Gn voiî; en Prouehce, néant*
venimeux moins pour cela ne laifient pas , commç
iePay expérimente' , d'auoir leurs poin~
tures venimeufes & mortelles.
Gomme ainfi foit doncques que ceft a-
nimal cerche les chofes nettes , aduint
qu'vn iour après que i'eu fait blanchir
. mon lid de coton, l'ayant repêdu en l'air
Scorpions \ i /» j o ' •• *
timansies a Ja taço-n des Sauuages, il y eut vn Scor->
fbofesmr^ïpn lequel s'eftaiit caché dans le repli,
ainfiqueie me voulus coucher (fans que
ie le viffe ) me piqua au grand doigt de la
main gauche, laquelle fut fi foudainemét
enflee,quefien diligence ie n'eulleeu re-*
cours àl-vn de nos Apothicaires , lequel
en ayant de morts dâs vne phiole auec de
] huile m'en appliqua vn fur le doigt , il
n'y a point de doute que le venin ne fe
Xémede *"** ^ ou ^ n efpanché par tout le corps.,
tonttfU Et de fait nonobftant ce remède, la coma
Swl g*™*" fi grande que ie fus Tefpace de
fit». vingtquatre heures en telle deftrefle,quc
de la vehemence de la douleur que ie fen
tois ie ne me pouuois contenir. Les San-
uages aufsi eltans piquez de ces Scorpiôs
s'ils les peuuent prendre, vfent de la mef
me recepte , alTauoir , de les tuer & efea-
$**«àgn cher fur la partie offencee. Au refie cômç
^!^ , ^ a y^^ c I uclt I ue part,tout ainfi qu'ils font
Tort vindicatifs, voire forcené* contre
toutes
DE L' AMERIQVE. 185
toutes chofes qui leur nuifent, mefmes
s'ils s'ahurtent du pied contre vne pierre
ainfi que Chiens enragez ils la mordront
à belles dents, aufsi recerchâs autant que
il leur eft pofsible les belles qui les endo
magent,ils en defpeuplent leur pays tant
qu'ils peuuent.
CHAP. XII.
& aucuns pijfons flmcomuns entre les San
ttages de l Amérique : & de leur manière de
fefchen
FIN d'obuier aux redites>
lefquelles i'euite tant que ie
puis , renuoyant les lecteurs
,j tantes troifieme,cinquieme
■% & feptieme chapitres de ce-
fte hiftoire, qu'e's autres endroits ou i'ay
ia fait mêtion des Baleines, Monftres ma
rins,poiffons volans, & autres, ie choih-
rayprincipalemét en ce chapitre les plus
frequés entre nos Ameriquains dèfqufclf
neantmoins il n'a point encore efte parle.
Premierement,afin de commencer par ^.^
le genrcles Sauuages appelent tous poil pujrm ,_
fons «Pâmais quant aux efpeces ils ont -^ ,
de deux fortes de Mulets qu'ils nommet^.
KuremaZc /War * lefquels ■(& encore plus M£v<*
le dernier que le premier ) fort que vous
ï8<S HISTOIRE
les facie* roftir ou bouillir, font excelle-
mens bons à mâger. Etparce, ainfi qu'oï*
a vcu par experience depuis quelques an-
nées tât enLoire qu'autres nuieres deFrâ
ce ou les Mulets font remôtez de la mer,
que ces poifTons vont couftumieremené
par troupes, les Sauuages les voyâs ainfi
iw, ^P. a 5§ rofles nuees bouillôner dàslamer,
SauLgè*' tlr * s Soudain- à trauers rencotrent fi bien
* fie/cher que prcfquc à toutes les fois ils en embro
j Mulets chent plusieurs de leurs grandes ftefches,
lefquels ainfi dardez ne pouuans aller en-
fond, ils vont quérir à nage. Dauantagc
d auut que la chair de ce poiffon fur tous
autres eft fort friable quâd ils en prennét
grande quantité, après qu'ils les ont fait
feicher fur le 'Boucanais les efmient & en
font de la farine qui eft fort bonne.
C îrZtf- & amour ouf ouy ouajfou cft vn bien gran d
fa 7 grand V°ifi° n ft*> zufsi ouajfou en langue Breiî^
?*m» ; lienne veut dire grand ou gros felon Tac-
cent qu'on luy donne^duquel nos Totiou-
finambdoultsiom ordinairemet mention
quand ils chantent difant ainfi: Viraouap
fou a oueh K amouroupouy ouajfou a oueh &c.
Ouara & c '& fort bon à manger.
& Aca ^ cux autres qu'ils nomment Ouara a
ra-ouaf^ cara - otia jr°^P r ^^^^d^ mefme grâdeur
f 0H que le precedent mais meilleurs;voiré di
pQ'ffimsde ray que V Outra n'eft pas moins délicat
liiats - que noftre Truite.
Acœ*
DH l' AME RIQVÏ. 187
^carafep poiifon plat qui iette vne Ac ^
graifleiaune en cuifant laquelle luyiert _
de faufle : & en eft la chair merueilleufe- ,,„/„„ p /4«
pjent bonne. .
, sicar^boutenpoitton vifqueux de cou- *c*r*
leur tânecou rougeaftre, qui eft de moin JjjWg
dre forte que les fufdits , & n a pas le^,„.
gouft fort agréable au palais.
Vn autre qu'ils appelent Pira-ypochi, Vira
qui eft lone comme vne Anguille,& ne&ypocbi,
pas bon : zuhiypocbi enleur langage veut^»'**
dire ce[a.
Touchant les Rayes qui fe pe/chent^f-
tant en la riuicre de Genevre qu'es mers âece\itU<
4'enuiron,elles ne font pas feulemet pinsf-r**-
larges que celles qu'on voit en Norman-
die , Bretagne & autres endroits depar
deça,mais outre cela, elles ont deux cor-
jies affez langues , cinq ou fix fendaffes
fous le vetmqu'on diroit eftre artificiel- ^ff$g
Us, 1* queue longue & deflice , voire qui %$W
pis, eft d dangereufe & venimeufe, que
comme ie vis vne fois par experience , fi
toftquVvne que nous auions prife & ti-
re^ dans vne Barque eut picque la iambe
d'vn de noftre compagnie -, l'endroit de-
uint tout foudain rouge & enfle. Voila
fommairemet & derechef touchât aucuns
ppiffons de mer de T Ameriq. dcfquels au
furplus la multitude eft innombrable.. ; .
Au refte les riuieres d'eau doucç de ce
î88 HISTOIRE
pays Iàeftans aufsi remplies d'vnc infini
te de moyens & petits poiffons > lefquels
*Pira- en general les Sauuages nomment <Pj r *±
mm & min & *Acara~miri ( car miri en leur pa-
uicœ- tois veut dire petit) ïen deferiray feule-
rnirt ment encores deux merueilleufement dif
*™*H formes.
foni.
Le premier que les Sauuages appe-
Tamou lent Tamou-ata , eft communément long
ata de demi pied, a la tefte fort grofle , voire
^ff^ tm *& au Pris du refte , deux bar-
«rm,'. oillos fous la gorge , les dêts plus aiguës
que celles dvn brochet,les areftes piqua-
tcs,& tout le corps armé d'efcaiiles fibie
a l'efpreuue, que comme i'ay dit ailleurs
du Tatou befte terreftre , ie ne croy pas
qu'vn coup d v efpecluy fit rien :1a chair
en eft fort tendre bonne & fauoureufe.
cPdna- j^utre poiflbt! que les Sauuages nom
fana m< \ c 7/*^*ra*ieft de moyenne grandeur:
fàjfc**- m *is quant a fa forme, ayant le corps
jZ^ uçuë & P eau femblablc & ainfi afpre
tufi. que celle d > vn Requien de mer,il a du re-
fte vne tefte plate fi biiarre,& fi eftrange-
ment faite,que quand il eft hors de Peau,
fediuifant& feparanten deux il fembïc
qu'on luy ait fendue,&nYft pas pofsible
de voir tefte de poiflbn plus hideufe.
Quant à la façon de pefcher des Sau-
nages , faut noter en premier lieu fur ce
que i'ay défia dit,qu ils prennent les mu-
lets à
DE l'AME R.I-OyE. 189
lets a coups de flefches (ce qui fe doit auf
fi entendre de toutes autres efpeces de
ppiffons quails pçuuët choifir dans Peau)
que non feulemtft les hommes & les fem-
mes de l'Amérique 5 comme chiens bar-
bets afin d'aller quérir leur gibier Scieur
pefche dans l'eau..» feauent tous nager» r1ommff
niais qu'aufsiles petits enfans dés qu'ils f^T s&
commencent à cheminer fe mettans dans l ^ eri
les riuieres,& fur le bord de la merrgre-f^^
nouïllét défia dedâs corne petits Canars.
Pour exemple dequoy ie reciteray brie-
nemét qu' ainfi qu'vn dimanche matin en
nous pourmenant fur vnc plate forme de
noiVre fort nous vifmes renuerfer en mer
vne barque d'efeorce., dans laquelle il y
auoit plus de trente peifonnes Sauuages
grands &: petits qui nous venoyent voir:
comme en grande diligence auec vftde
nos bateaux pour les penfer febourir,
nous fufmes aufsi toft vers eux,îes ayanè
tous trouuez iiageans & rians fur l'eau,
il y en eut vnqui nous dit : & ou allez
vous .ainfi a figrand hafte vous autres
zJMairï (ainfi appelent ils les François)
Nous venons pour vous fauuer &rerirer
de l'eau > difmes nous . Vrayement dit il
nous vous enfeauonsbongre: mais au
relie auez vous opinion quenous nous
puifskms noyer? Pluftoft fans aborde?
terre demeurerions nous huit ioursfur
I$0 HISTOIRE
l'eau de cefte façon : tellement que ndui
craignons beaucoup plus que quelque
grand poiflbn ne nous traifne en fond*
que d'enfoncer de nous mefraes. Partant
les autres qui tous nageoyent aufsi aifé-
ment que poifibns,eftas aduertis par leur
compagnon de la caufe de noftle venue û
foudaine vers eux , en s'en moquant s'en
pnndrent "fort à rire, que comme vne
troupe de Marfouins nous les voyons &
entendions foufler & ronfler fur l'eau.Et
de fait.combien que nous fufsions enco-
res à plus d'vn quart de lieuë de noftre '}
Fort, fi n'y en eut-il q quatre ou cinq qui
le voulurent mettre dans noftre batteau,
& encores plus pour caufer auec no s que
de crainte qu'ils euffent. I'obferuay que
»on .feulement les autres , quelques fois
en nous deuançans nageoyent tant roide
&fi bellement qu'ils vouIoyét,mais aufsi
fc repofoyent fur l'eau quand bon leur
fembloit.Et quant à leur Barque d'efeor-
fe, quelques licts de couton& viuresqui
eftoyent dedans lefqucls ils nous appor-
toyentqui furent perdus, ils ne s'en fou;. '
cioyent certes non plus que vous feriez
d'auoir perdu vnepomme: car difoyent
ils n'en y a-il pas d'autres au pays? tt*
Au furplusiene veux pas aufsi ob-^
mettre fur cefte matière de la pefcherie ;
des Samiages,auoir ouïdire à vnd'iccuxr
que
Dfi l'a mer iay E. 19*
due comme auec d'autres il eftoitvnefois q*rçi
en temps de calme dans vne de leurs Bar- *«*^
ques d'efeoi Ce affez auant en mer,il y eut, Mha „ t
ïngros poiflon lequel la prenant parle£.£&
hord auec la patte 5 à fon aduis,ou la vou- £. ,^j«
loit renuerfer ou fe letter dedans Ce que ££*-
voyant , difoit-il , ie luy coupay foudai-
l^ement la main auec vne Serpe , laquelle
main eftant tombée & demeurée dedans
noftre Barque, non feulement nous vif-
mes qu'elle auoit cinq doigts, comme
celle d'vn homme, mais aufsi de la dou-
leur que ce poiflbn fentit , monftrât hors
de l'eau vne teftequi auoit femblable-
ment forme humaine,il ictta vn petit cri*
Sur lequel wcit affez eftrange.de ceft A-
meriquain ie laifleray à philofopher au
le&eur fifuyuant la commune opinion .
qu'il y a dans la mer de toutes les efpeces
d'animaux qui fe voyent en terre,& nom
mément qu'aucuns ont efent des Tri-
tons & des Sereines-.aflauoir fi s'en eftoifc
point vn ou vne, ou bien vn Marmot
ou Singe marin auquel ce Sauuage af-
fermoit auoir coupé la main. Toutesfois
fans condamner ce qui pourroit eftre de
telles chofes ie diray que tât durât l'efpa
ce de 9. mois que i'ay efté en pleine mer
fâs mettre pied en terre qu'vne fois.qu'en
toutes les nauigatiôs § i'ay fouuet faites
fur les riuages ie n'ay riéapexceu deeek,
-
l$Z Ht S TO I It H .
ni veu poîflbn qui approchait fi fort de te
femblance humaine.
Pour doncques continuer à parle*- de
la pefcherie de nos Tomupinambaotdts^
outre celle premiere façon de flefcher
les poiflbns dont i'ay fait mention, enco
res à leur ancienne mode VQnt ils couftiz
miercmét fur l'eau douce ou faleejdeflus
certains radeaux , compoiez feulement
de cinq ou fix pieces de bols rond plus
grofles que le bras liées enfemble, qu'ils
. . appelent ^Pvperis , fur lefquels ils font afi-
TiperiS£ s i esca iff QS & les ïambes cftêdues & pef
furUfcfueb chetainii (auisi bieque du bord de Peau)
auec certaines efpines qu'ils accommo-
dent en façon d hameçon: & mefmequâd
ils nous voyoy et pefcher auec des haims
p .* ou rets(qu'eux appelent 'Tuijfaouafîou) ou
*f, *Ml nous fcauoyêt bien aider, ou pefcher
**,<!Lr $<*** bien tous fieuls auec icelles fi on leur
Tels £1 P*J~ t ^
cher, en bailloit . Mais fui: tout nos Sauuages
depuis que les François trafiquent par
Hameçon* dela,trou uans fort propres les hameçons
trmuex^ qu'ils leur portent pou r fai re ce mcftier
flXsïZ de pefchene,faifas leurs lignes d'vne cer
uagestr taine herbe qu'ils appel etTcwa?;? laquelle
anoyii/' fe tillecome chaure,& eft beaucoup plus
font leurs forte 5 louent grandement ceux qui leur
f*fïhtr. cîî ont baillé premièrement l'inuention.
Aufsi comme Pay dit ailleurs, font bié
apprins les petits garçons de ce pays là,
à dire
Us Sauua-
ges pefch'ét
DE L'AME R I Oy V. JPJ
à dire aux efti angers qui vont par delà. F *« n to
De agatorem amabï pinda,ce& à dire, tu es ff^
bon donne moy des haims: car agatorem com s**
en leur langage veut dire bon:<m^/don ««£"•
nemoy:&/W*eftvnhain. Q^e (i on ne
leur en baille, la canaille -tournant fubi-
tement la telle de defpit , ne faudra pas
de dire de-engaipa-aïoHca,c'cPi à dire:tu ne
vaux rien,il"te faut tuer.
Sur lequel propos ie diray que fa on
veut eftrc coufin, comme nous parlons
communément, tant des grands que des
petis,qu'il ne leur faut rien refufer.Vray
eft qu'ils ne font point ingrats: car prin-
cipalement les vieillards fe refouuenans
du donqu'ils auront receu de vous , voi-
re mefmelors que vous n'y penferez pas,
en le recognoiifant vous dôneront quel- U; ^
ques chofesen recompenfe. Mais quoy ™ ? **««f
qu'il en foit i'ay obferué entr'eux quecô ££££
me ils aimét les hommes gays.ioyeux, & & i,b<-
liberaux,par le contraire ils haiflent fort ™*; nt
les taciturnes, chichcs,& mélancoliques, auxd'hu.
Partâtque les limes fourdes,fongecreux, %££*.
taquins, & ceux qui comme on dit , man-
gent leur pain en leur fac,ne facent pas e-
ftat d'eftre les bien-venus parmi nos Ton
^ipambaoults: car de leur naturel ils dé-
tellent telle manière de gens.
N
i94 H I s T ° l R E
CHAP. .X III.
Des Arbres •> H 'erbaf , & Fruits exqui$
que produit la terre du ifrejih
î$\ Y A NT difcouru ci deffus
^ des animaux a quatre pieds*
^,enfembledesOyfeaux,Poif-
^ïfons , Reptiles , & chofes
Mayans vie.mouuement &(en-
tîment, qui fe voyenten l'Amérique : a-
uant encores que parler de Ja Religion,
Guerre, Police, & autres manières de
faire qui refte à dire de nos Saunages , ie
pourfuyuray à défaire les Arbres , Her-
bes, Plantes, Fruits & en fomme ce qu'on
dit communément auoir ame vegetatiue
qui fe trouuent aufsi en ce pays là.
Premièrement entre les arbres les plus
' célébrez & cogneus maintenant entre
nous, le bois dê'Brefil (duquel cefte terre
a prihs fon nom a noftre efgard ) à eaufc
delà teinture qu'on en fait, eft des plus
eftimez. Ceft arbre dôcques,que les Sau-
ç/frœ- uages appelent <>/{raboutan -> c roi ft com-
boutan munement aufsi haut & bianchu que
bots de J cs Chefnes es foreftsdc ce pays: & sen
brefti é-U « r '
fatondt trouue qui ont le tronc 11 gros , que
tétrbre. trois hommes ne fcauroyent embrailer
vn feul pied . Quant à la fueille , die eft
comme le buys: toutesfois de couleur ti-
rant
Î>E L'A ME RIQVE. 195
rant plus furlevertgay, & ne porte au-
cun fruit.
Mais touchant la manière d'en charger
les Natures , dequoy ie veux faire men-
tion en ce heu , notez que tant à caufede
la dureté , & par confèrent de la dirn-
culté qu'il y a de couper ce bois,que par- ^ ^
ce que n'y ayant cheuaux ,afnes, ni autres uauxni
belles pout porter, charrier, ou traifner-™
les fardeaux en cepaysla,il fautneceiiai-, Wmrra
rement que ce foyent les hommes qui fa- ****
centeemeftienn'eftoit que les eftrangers
qui voyagent par dela,font aidez des Sau
uages,ils ne feau royent charger vnmoyé
Nauire en vn an.Les Sauuages doneques
moyennant quelques robes de frizes,che
mifes de toiles , chapeaux, coufteaux, Se
autres marchandées qu'on leur, baille,
non feulementiauecles coignees, coings
de fer , & autres ferremens que les Fran-
çois & autres de par deçà leur donnent)
coupent,fcient,fendent,mettent parquar «*(£
tiers,;&arrôdiffent ce bois de Brehl,mais ,„,,,,„,,,
aufsi le portent fur leurs efpaules toutes Wg :
nues, voire le plus fouuent , d vne oipde tSfMtln
deux Heuës loin, par des montagne, &,. ; ^-
lieux affez fafcheux lufques fur le bord de*, m .
la mer près desvaifleaux qui font à l'acre,
ou les Mariniers le reçoyuet.Ie di exprel
fément 6 lesSauuages,defpuis que lesHa
çois ÔcPortugais frequentet en leur pays
. ■ Ni
Ï9^ HISTOIRE
coupent leur bois de BrefihcarauparauJt
a*™» 7 ainil ^ UC la 7 ^"tendu des vkfilaids , ils
^^/^ ,aao 7 cnt P rc ^ ues aùt.einduflrie pour
qxawsd'a- abbatre vu ai bre, linon que de mettre ]<»
arbreejhn * eu au pied. ht parce a ufn (]u û y a des per
mntreie fonnages pardeca,qui penient que les bu
feu au pied 1 < j , x l . ,. I *•* ^m.
ches rondes, qu on voit ordinairement
chez les ; marchans>foit la grolTeur des ar
brcs;pdur môftrer que tels sabufcnt^ou-
tre que i'ayia dit qu'il s'en trouuedefbrt
gros, fay encores adioufté que ks Sauua-
ges,tât afin qu'il leur foit plus aife' à por
ter qu aifé à manier dans le Nauire, l'ar-
rondiffent&accouftrerttde cefte façon.
Aufurplus,p'arce que durât le temps que
nous auons cftéen ce pays là,nous auons
fait de beaux feux de ce bois de Brefîl:
i'ay obferu^ que n'eftant point humide
^^. comme les autres arbres, ains comme na
llVreiïi turellement fée, qu'il ne fait que bicpeu,
Lf w &pîe ^ lleS P °* nt du tout de furnte en
JaûS fumce bï\\i\am. le diray d'auantage , qu'ainil
Cendre de qu'vn iour vn de noftre copaçnic fe vou
flf "• lant méfier de blachir nos ebemifes, fane
gnatenrou # v,uvni J ■ *-*1 1<111S
get**»?* le douter de rien, mit des cendres de Brc
t?£t ûl dans la leffiue > V u ' au Jl ™ de les faire
bUnchirdu. blanches, il les fit fi routes \ que quoy
Un l'; qu-on ks fcciift lauer puis après il n'y
eutiordrede leur faire perdre cefte cou-
leur: de façon qu'il nous les fallut aipfi
veftir & vfer.
Au refte
D E L'A ME RI OVÏ. 197
Au refte , parce que nos .TouoHpittam-
baoults font fort «bahis de voir prendre
tant de peine aux Franço.s, & autres de
lointains pays, d'aller quérir leur «g*
L^c-eftàdireBrefil-.ilyeutvnefois
vn vieillard d'entr'eux qui lur cela »«*« ■
lelledem.nde. Que veut .d.re qjie _vous «•£*
autres &l&r & ■?«' ^' eft a dl e J""?* <^» s *""
çois &Portugai.)veni« quérir de fi *»£~p A
du bois pour vous chautfcr | n Ipn y a il „ e/w
point envoftre pays? A quoy l*y ayant «*«-
refpondu qu'ouy & en grande quantité,
mais non pas de telle forte .que <« \**f
n imefmes"duboisdeBrefil, lequel les
noftresnemmenoyent pas pour bruller
comme il penfoit, ains icomme eux mêl-
ées en vfoyent pour rougir leurs cor-
dons de Cotons,plumes &autres chofes)
pour faire de la teinture , il me répliqua
Soudain. Voire mais vous en faut il tant?
Ouy luy di-ie car ( en luy faifant trouuer
bon > y ayant tel marchant en noftre pays
quia plus de frifes & de draps rouges:
voire mefmes m'accommodant a luy par
1er de chofes qui luy fuffent cogneues)
de coufteaux cifeaux, mirouers,& autres
«narchandifes que vous n'en auez «mai.
veupardeca,ilacheteraluyfeultoutle
bois P deBrefil,dontplufieursNauire
s'en retournent chargezde ton pays . Ha
ha! dit mon Sauuage, tu me contes mer-
V* S
*9% HIST OIRE
ueilles. Puis ayant bien retenu ce que ie
lay venais de dire , m'interroguant plus
auantdit. Mais ceft homme tant riche
donttumeparJes,nemeurtil point? Si
fait,fi fait luydiie,aufsi bien que les au-
tres. Surquoj (comme ils font grands dif
eoureurs.&pourfuyuc-t fort bien vn pro
pos lufques au bout ) il me demanda de-
rechef : & quand doneques il eft mort à
qui eft tout Je bien qu'il Jaifie ? A fes en-
fans s'il en a , & au défaut d'iceux à fes
frères, feurs, ou plus prochains parens.
Vraiment, me du lors mon vieillard
(nullement -Jourdain) à celle heure co-
gnoisieque vous autres ^Matr, c'eftà
dire François, eftes de grands fols : car
vous faut il tant trauailler à paffer lamer
jur laquelle (comme vous nous dites e-
ftans arriuez par deçai vous endurez tant
de maux , pour amaffer des riçheffes ou à
vos enfans, ou à ceux qui furuiuenta-
presvous? La terre qui vous a nourris
Smmc, " efteilepas aufsi fufh'fate pourles nour
;:;t & T N r s a , u r ns( f dioufta il)des p are " s ^
Pbijofipk* dcs enrans,Ielquels, comme tu vois,nouc
JÊSS 127 f Chenfl0n , s:ma ' s P"« que nous
r4««i». nous apurons qu'après noftre mort, la
terre qui nous a nourris les nourrira,
/ans nous en foucier autrement , nous
nous repofons fur cela.Voila fommaire-
ment &auvrayle difeours quei'ay en-
tendu
PE r l'AMERIQVÏ. Ï0$
tendu de la bouche dvn panure Saunage
Ameriquain. Partant outre que celte n ' /e
tion, que nous eft.mons tant barbare, fe
So^l bonne grace de ceux qu," ^Z
eer de leur vie paflent la mer poui aUr,
ge, aetui A Rre fii a fin de s'enrichir,- ?«»«"
auerir du bois aenreiuduii u>- Jm . atm _
" a1h.«p -meuble qu'elle foit attri- tws< pto
encores qlquc aueu & »c u , A&ë*uf«t*
buant plus à nature & a la fertilité de la ^
terre que nous ne faifons a la puiffanceSc
tene qae f j en i U _ «/«./^
crouidencede iJieu, ieicuv.i v ,„uproM-
Lment contre les rapineurs, portans le /e
fkre de chreftiés, dot la terre de par deçà ft»
eft aufsiréplie,que leur pays en eft vuide
quant a fes naturels habitans. Et peuft a
Dicu,fuyuât ce que .'ay dit que nos T «-
L«; w /. ^,haiftent morte^mentles
a/ancieux,qu afin qu'ils fermffetdeua de
Demons &de furies pour tourmeter nos
gouffres infatiables tqui n'ayas ïama.s af
fezdebiés , ne fonticique fuccerlefang
des autres ils fuffent tous cofinez parmi
eux. Il falloit qu'a noftre grande honte,
& pour iuftmer nos Saunages du peu de
foin qu'ils ontdes chofes de ce modeie hf
feceftedigrefsiCenleurraueur.Aquoyce ^
me féblefencor bië a propos, le pourrav ft< -
adionfter ce que lhiftorié des Indes a ef ^Ind.
critd'vne certaine natiô de Saunages du h 4 -ch.
Peru.Carcômeil dit voyas ducomecemet irf
les Efpaenols roder en ce pays la : ne les
youlâs receuoir (tant parce qu'ils eftoyet
N 4
_
SOO HISTOIRE
barbus,queles voyâs ainfi fi bragards &
mignons ils craignoyent qu'ils ne les cor
H,,„i, rom P lfl «" &changcaffent leurs ancien,
«,$*H* nes coultumesj Içs appeloyent efcume de
ï2Zr h *f'»f»M ûai pères , hommes fans re-
pos qu, ne fe peuueht arrêter en aucun
lieu pourculduer la terre afin d'auoirà
manger.
«9*»»» , Pou f%«ant donçques à parler des
pfiru, arbres de celle terre d'Amérique, ilsy
»»er, en tfouu ^dc quatre ou cinq fortes de Pali
fimri,. miers,dont entre les plus communs font
vn nomme' par les Sauuages gérai, & vn
r« *rbr f autr e Yr * : mais comme ni aux vns ni aux
Vfifrm autres ie nay iamais vcu de Dattes,aùfsi
croy Ie qu'ils n'en produifentpomt. Biâ
eft vray que /Tri porte vn froït rôd com
me petites prunes ferrées & arreneees
• cnfemble , ainfi que vous diriez vn bien
gros raifinrtellemem que ceft tant qu'v«
homepeutleuerd'vnemainrmaisilnya
que Je noyau, qui n'eftpas plus.gros que
celuy d vne cerne , qui en fort bon. Da-
jw™, uantage il y a aufsi vn tendron blanc cn-
deshZs trclesfu eiJJesdelacime des icunes Pal-
tjm*, miers, lequel nous coupions pour man-
bons cent, , __ a. 1 : r' • , r i' " V "UIl-
«»*«■*. p Ci - & dl 'oitle fieurduPont. quieftoit
mMk, fuiet aux hémorroïdes que cela y eftoit
bon : dequoyieme rapporte aux Méde-
cins.
Vn autre arbre que les Sauuages appe- :
ient
DE i'AMERTOVE. iOl "
lent Jïri, lequel, biea qu'il ait les fueil- ^
IL corne le Palmier, qu'il torglf g*£
à lentour d'efpines , aufsi deilices & pic- ^^<àr
quantes qu'efguilles, qu' il porte iuisi »n;„/»*. ,
fruit de .Moyenne grofleùr dans lequel fe
trouue vn noyau blanc comme neigc.qui
toutesfois n'eftpas bon à mâger,eit «eat-
moins à mon aduis vne efpcce dhebene:
car outre ce qu'il eft noir, & que les Sau-
nages àcaufe de fa durté en tont leurs ef-
pees & maffues de bois : voire vne partie
Se leurs flefehes , lefquelles iedefcriray
quand ie parleray de leurs guerres,eitant
fort poli & luyfant quâd il eft mis en be-
fongne , encores eft il fi pefant que li on
le met en l'eau, il ira au fond.
Au relfe , & auant que palier plus ou-
tre, il fe trouue de beaucoup de fortes de
bois de couleur en cefte terre d'Ameri-
que,dont ie ne fcay pas tous les noms des
arbres.Entre les autres,i'en ay veu d auf- **££
fi îaunes que Buis, de naturellement vio- blancs&
lets , dont i'auois apporté quelques rei- «w».
gles en France, de blancs comme papier:
d'autres fortes de rouges que le Brefil,
dequoy les Sauuages font aufsi des ci-,
pees de bois & des arcs . Vn autre qu'ils
nomment Copa-u, lequel outre que fur le q^
piedilrefemble aucunement au Noyer, «£«*P
fins porter noix toutesfois, encores les £*,£'£
jtis comme i'ay veu , en eftant mis en be-
2oa HISTOIRE
fongneen meuble de bois , ont Ja mefme
5::f"^ Veinc - ^mblablemcntils'ei, trouueau
Kiftfeur cu "s oui ont les fueilJes plus efpeffesque
îfZTJf J e *° n! d'«trcs lesayan. larges de
/«« %,. P If d & demi: & deplufieurs autres efpe-
ces qui feroyent longues a reciter par Je
menu.
moi, ^ Mais fut tout ie diray qu'il y a vn ar-
& àt r rC C " Ct ?*P ,à ' ,cq . uel auec » beauté Cet
il mei ueilleulement bon , que quand les
menuifierslechapotoyent ou rabotcyëc
fi nous en prenions des coupeaux ou des
buchilles en Ja main* nous auiôs Ja.vraye
lenteur d'vne franche rofe. D'autre au
contraire que les Sauuages appelent a^_
Muai ou- a i qui put & fent fi forties aulx , que
SK flon Ic co ^ > ou qu'on en mette au féu,
w««. on ne peut durer auprès . Ce dernier a
prefquesles fueilJes comme celles d'vn
pommier: mais au refte fon fruit ( lequel
eft aucunement de la forme d'vne cha-
ftaigne d'eau) & encores plus le noyau
qui eft dedans, font fi venimeux , que qui
enmangeroit ilfentiroit foudain l'effet
dVn vray poifon . Toutesfois parce que
ceft celuy, dont ïay dit ailleurs que nos
Amenquains font des fonnettes pour
mettre a lentour de leurs iambes ils
l'ont en grande eftime a caufe de cela. Et
faut noter en ceft endroit , qu'encore*
(comme
DE L'AMERIQJB* 20J
{come nous verrons en ce chapitre ) que
celte terre du Brcfil produife beaucoup
de bons & excellens fruits, neantmoins
il s'y trouue plufieurs arbres qui por- ^, lu/!tart
tent fruits beaux a merueilles, lé^g&J
toutcsfois.nefont pas bons a manger.
Et nommément furie riuage de la mer £££
il y a force arbrifleaux qui portentles ^^
leurs relfemblans prefquesanos poires
yurees.maistresdâgereuxàmanger.Aut
fi les Sauuages voyans les François , ou
autres eftrangers approcher de ces ar-
bres pour cueillir le fruit, leur difant
en leur langage ypochi , c'eft a dire il n eft
pas bon , les aduertiffant de s'en donner
garde.
Hiuourae (comme ie l'ay ouy affermer tf im fr
àdcuxieuncs appôticaires qui auoyènt raue '
paffé lamer auec nous) ayant l^.?*? '<££**
de demi doigt d'efpais , & affez p^aifan- Snmx _
te à manger, principalement venant frail ^fm»
chement de deffus l'arbre , eft vne efpe- <%%?
cede Gaiat. Et défailles Sauuages en *„>»*»«
vfent contre vne maladie qu'ils nom- Vum»
ment T^w,laquelle,comme ie diray ail-
ieurs,eft aufsi dangereufe qu'eft la grofte
vérole par deçà.
L'arbre que les Sauuages appeler Çho~
yns eft de moyenne grâdeur, a les fueilles
2°4 HISTOIRE
Choyne approchantes de forme de celle d'vn Lan
*rbr,e„ : ner,& ainfi vertes:& porte vn fruit eros
»«» frm, comme Ja telle d vn enfin* Air A i *.-
gmsïomme ^ «vu lisant, rait de la fa-
u,.-. çondvn ceuf d'Auftruche , lequel n eft
£7^1'^ s ; bo » * ""nger.Neantmoin* nos Ton-
S^uagc, oupinambaoults en referuans de tous en-
£i;Jr; ners f nfo ^Jeurinftrumentnommé^^
«jw w«idont iay ia fait& feray encores men
~*~- uoncomme aufsi ta „ t pour faire I„ raf-
les ou ,1s bojuen^.qu'autres vantaux ils
en creufent & fendent par le milieu
Continuant a parler des arb'res, il s'en
trouuevn que les Sauuages notmnentS*-
Sabau- hiverne- portant fon fnur plus eros que
taie les deux poingts , f ait en feçô / vn \
tlt Jct ' dans Jc< î^l H y a certains petits no-
/*»«.£ y aux comme amendes , & prefques de
Stfte mefmes |N* L V cfte a ^«oirrefcorce
^./i w ° u coquille de ce fruit, eft fort propre à
*VW. fa.re vafes , & penfe q„ e ce foit ce que
nous appelons noix d'indes , lefquelles
après qu'elles font tournées & appro-
priées de telle façon qu'on veut , on fait
couftumierement enchafler en argentpar
deçà. Aufsmous eftansen ce pays nar
Vil. , Ja : n nom "ié Pierre Bourdon , excel-
■ ^ntTourneur^yantVakpiTrrbra; 1 ;
excellent
uurneur vaics & autres vaifleaux , tant de ces
mal ream. f rA iît< Ar> C / »• ,♦ .
fenfide XrU1 t ts de b *boucate que d'autres bois de
ViUe £ a g . couleur, il en fit prefent à VilWaenon
lequel les pnfoit grandement : toutef-
foi*
BE t'A M BRIQUE. 205
fois le pauure homme en fut fi mal re~
compenfé parluy que (comme ledjray
en fon. lieu ) ce fut l'vn de ceux qu'il fait (
noyer & fuffoquer en mer àcaufedel'E-
uangile. x 1
11 y a au furplus vn arbre en ce pays la
lequel croifthaut efleuécomme les cor- ,
miers,& porte fon fruit nomme Acaiou } ^ ^ ;j
de la grofleur & figure d vn œuf de pou- ammt vit
le. Ce fruit eftant venu à maturité eft «f£ +
plus iaune qu vn coing, & au relie il eft ranger.
non feulement bon à manger, mais aufsi
ayant vn iùs vn peu . ai.gret , & néant-
moins agreableà la bouche , quand on a
chaut, ceftéliqueurrefrefchit fortplai-
famment: touteifois eftant affez malaife
d'abatrededeffusecs grâds arbres: nous
n'en pouuiôus.gueres auoir autrement
finonque les Guenons montans deflus
pour en manger nous en faifoyent tom-
ber en grande quantité.
rpaco-aireeftvn arbrifleau qui croift ep ac £
communément dedix ou douze pieds de aire
haut, & quât a fa tige,ebmbien qu'il s'en **,$**
trouue qui l'ont prefques aufsi greffe "«<"•
que la cuifle d'vn homme,tanty a qu'elle
eft fi tendre qu'auee vne cfpee bien tran- <? acos
chante d'vn feu! coup vous en abattrez gjjgp
vn. Quant a fon fruit que les Sauuagcsp^'
* nommenttP^iif efli déplus de demipied H um.
20<? HISTOIRE
de long \ de forme aflez reifemblant à vfl
Coucombie>& ainfi iaune quand il eft
ineuntoutesfois croifîans vingr ou vingt
cinq ferrez tous enfemble en vne feule
branche, nos Ameriquains les cueillans
par gros fioquets tant qu'ils peuuentle-
uer dvnemain jes emportant ainfi eri
leurs maifons. :
Touchant la bonté de ce Fruit, quand
il eft venu à fa iufte maturité , & que
Ja peau, laquelle feleuetout anifi que
d'vne figue frefche , en eft oftee , vn peu
«Paco fembIabiement grumeleux qu'il eft,vous
fr u«aya»t àlri !: z ** Je- mangeant que c'eft aufsi y-
goujtàeji-toe ngue : & de fait à caufedecela nous
gu», autres François nommions ces P***/ Fi-
gues : vray eft qu'ayant encores legouft
plus doux & fauoureux que hs meil-
leures Figues de Marfeilie qui fepuif-
fent trouuer , il doit eftre tenu pour Vvn
des beaux & bons fruits de cefte terre
du Brefil . Les hiftoires racontent bien
que Caton retournant de Carthage, ra-
porta à Rome des Figues de merueil-
leufe groffeur, mais parce que les an-
ciens n'ont fait aucune mention de cel-
les dont ie parle, il eft vray femblablc
que ce n'en eftoyent pas.
Au furplus les fueiiles du Paco-aire
font
D E L'AMERIQJ^ *°7
font de figures allez femblables à cel-
les de LaLthum aquaticum, mais au
iefte C flan P s de fi excefsiue grandeur ,
que chac T a co.-ne.enr gJ^U~*
fix pieds de long , & pi"* d %£ cux " \ tlKtt fim
la ge, 16 ne croy pas qu'en 1 Europe, '
A'?e,ni Affriquc: il le trouue de $«*«£
tandc"&lVlaV S ^ le ^:^q U0 7.
lue ^ve ouy affeurer à Apoticaire auoir
Jeu vJefueaiç.dePetafites ivne lne
ïvn quart de large,qui eft à d ,re,ce fim-
pie eftant tout rold, trou aulnes & «roi.
Laus de ^W^^MfS
ce pas approcher de celles de noitre
%2ouJ. il & m m ^ ftan :,s s
efpefles à la proportion JMj^g
deur v ains au contraire fort mmce.SC
toutesfois fe tenans toujours toute,
droites , quand le vent eft vn peu im-
petùeux (comme ce pays d Amérique y
îft fort te > n'y ayant quela t.« ? da
milieu de la fueille qui ouiue refifter,
to le refte alentour fe découpe -de te U
le façon, que les voyans vn peu de loin
iL lUre vous ingériez que.ee feroyent
plumes d'Auftruches.
Quant aux arbres portans le cou- <Atin ^ tt
ton kfquels croiffent en moyenne hau-^..
trar il V en a en abondance en ce cmmtMii
fie terre du Brefil: la fe»* vient cy*
•io8 HI STOIRl"
petite clbchette iaune comme celle des
corgels ou citrouilles de par deçà >mai$
quand lé fruit eft Formé non feulement it
a la " figure approchante de la feine des
fôfteaux de nos foi efts > mais aufsiquand
il eftmeur , fé fendant ainfi en quatre, le
Àmeni coton ^i u ^ ' es Americjuains -appelët^w
ni-iou) enfôrt par tourTeaux ou floquets*
fiww , gros corne eiteiir: lequel les femmes Sau-
nages fauehthien amafier & filler pour
faire des lifts à h faço que le les defpein,-
dray ailleurs.
Dauantâgè^cbmbien (ainfi que i'ay en-
tendu) qu^ncierînement il n'y euftni O-
rangiers , ni .Citronniers) en celte terre
, , d Amerique,'tant y a néant m oins que fur
«i«r^o/ le rhiage de la mer ou les Portugois ont
fes ora» fréquenté , yen âyans planté & édifié , ils
ges & ci- \ , J 'r \ J
iroienisA n y lont pas ieùlement grandement mul-
nertftte. tipliez , mais anfsi ils portent Oranges
(que les Sàuùages nomrtxçrït'çJW wgouia)
douces & grofies corne les deux poings,
& des Citrons encores plus gros & en
plus grand nombre.
Touchant les Cannés de fuccre 5 il en
croift grande quantité en ce pays la : tou-
defuccre tesfois nous autres François n'ayans pas
éJi'efil' encores 5 c ] ua ^ iy r ^ ols f l cs g ens propres
ni les cho Ces neceffaires pour en tirer le
fuccre (comme ont les Portugaises lieux
qu'ils pofîedent par delà) ainfi que i'ay
ditci
Cjifanit
quantité
de Cannes
'annes
S mere.
be l'amer i ay e. ^09
ditcideffus au chapitre neufiemcfurle
propos du bruuage des Sauuages , nous
lesfaifions feulement infufer pour faire
de l'eau fucree : ou bien qui vouloit en
fucçoit & mangeoit la moelle.Sur lequel
propos ie diray vne chofe qui en fera pof
fible efmerueiller plufieurs . Cefl que cô-> vinaigre
tre la qualité du Sucre, laquelle comme * £""
chacun fcait , eft fi douce que rien plus,
nous auons neantmoins fouuent expref-
fémentlaiflfé enuieillir & moifir des Can-
nes de Sucre, lefquelles laiflans ainfi
quelque temps tremper dans l'eau elle
s'aigrifîoit puis après de telle façon qu'el
le nous feruoit de vinaigre.
Semblablement il y a des endroits par ^..
les bois ou il croift forceRofeaux &>\ïfc fiauxdont
nés aufsi greffes que la iambe dVn hom- ^ s -^;
me: mais bien ( comme i'ay dit du l^aco- y 9ut de
aire) qu'elles foyent fi tendres fur le pied: %» Pfi
que d'vn coup d'efpee on en coupera ai-
fément vne, fi eft-ce neantmoins qu'eftâs
feiches elles font fi dures, que les Sauua-
o-es les fendans par quartiers & les acco-
modate en manière de lancette ou de lâ~
«me de ferpent , en font le bout de leurs
flefehes dequoy ils arrefteront vne befte
Sauuage du premier coup.
Le Maftic y vient aufsi par petis buif-
fons:lequel aue.c vne infinité d'autres her
bes & rieurs odoriférantes rend la terre
O
2-ÏO HISTOIRE
de tresbonne & fouefue fenteur.
Finalemét parce qu'à l'endroit ou nous
eftions aflauoir fous le Capricorne, bien
qifilyaitdegrâds tonnerres, que les Sau
uages nôment Toupa^pluyes vehemetes
& de grands vents, tant y a que ni gelant,
Terre <
tréfile- . «-' . ~ ~ n ~ ' J ~ 1~ w *** 5^a«t
*»W« * neigeant,ni greilant iamais,&par confe
tArhres
l ou fi ours
rdojtam
r^Ame-
'£$? ^ UCiU lcs arbrcs n > eftans P oin t affaillis
ru gaftez du froid & des orages (comme
font les noftrespardeça) vous les verrez
toufiours, nô feulemét fis eftre defpouil
lez & defgarnis de leurs fueilles, mais
aufsi tout le 16g de l'ânee les forelîs font
aufsi verdoyantes qu'eft le Laurier en-no
r/XT- ftre France - Aufsi puis que ie fuis fur ce
propos , quant au mois de Decêbre nous
auô* ici nô feulemét les plus petits iours
mais aufsi que tranciffans de froid nous
foufflôs en nos doigts, & auos ks glaçôs
pendus au nez, c'eft lors que nos Ameri-
*piusi.n V q u ^ins,ayâs Us ieursplusl6gs,ont fîgr.âd
tours & chaud en leur pays que corne mes compa
*JbiïZf° § nôs du voyage & moy auos expérimente'
aumois de nous nous y baignios à Nfo cl. Toutes fois
fnTJrl c5me ccux q ui entendent la Sphere peu-
rit/ue. uét comprédre, ks iours n'eftâs iamais fi
Saif^re- lon S snc fi colI ^s fous lesTropiqucs que
perces fous nous les auons, en noftre climat, ceux
' *>.,i.j qui y habitêt les ont non feulement plus l
efgaux , mais aufsi ( quoy que les an-
ciens ayent autrement eftimé (les faifons .
y font
yues.
d e5x'ame ri qve in
y font beaucoup & fans ' comparator*
plus tempérées.. Ceft ce que l'au^is, à
dire fur lepiopos des arbres de la terre
duBrcfil. ? .-
Quant aux plantes &, herbes donne
veux aufsi faire mention , ie .commence*
ray par celle*; lesquelles à caufe de kurs
fruits >& effets me femblent les plus.ex^
ceîlentes. Premièrement la plante qui
produit le fruit nomme' par ks Sauuagês rp Untes
lAnanaseb défigure femblable aux glai, #fi*ju*
euls,& encores , ayant les .fueiljes vnpeu ^
courbées & canelées tput alentour y pins
approchatesde celles d^Alpes. Elle croift »
aufsi non feulement emmonctke com-
me vn grand Chardon', niais âufsitfon
fruit, qui eft de la groîleur d'vn moyen
Melôi&de façon comméies Pommesde
pins 5 fans pendre ny pancher d'vn çofté
m d'autre ,vtét de la propre forte de nos
Artichaux. > ^ " ' À j{ m ~
Ces ananas au furplus , eltans r Y e- ^
bus à leur maturité' v font de couleur ; : de pluseXfeL
iauneazuré, &ontvne telleodeux de -fr^A**
framboife que non feulement aîlan t ^
par les bois on les fent de loin , mais À m
aufsi quanti leur gouft fondans , en la
bouche, '&eftans naturellement .- fi doux - ^
qu'il nyaconfitures de cep^ys qui lés fur
patfe, ie tiês que ceille plus excell et fruit
de r Amérique . Etdefaitmoy-'niefnieen
2K - HI'S-TOIRE
ayant antresfoisprefTc'teJ , dont i'ay fei t
r toi tir pies d>n verre de fuc , celle li-
queur ne me fembloit pas moindre que
la maluaifie.Cependant les femmes Sau-
nages nous enapportoyentdegrands pa
mers quelles nomment Traçons, auec
accès <iWdont i'ay ia fait mention, &
autres fruits Iefquels nousauions d'ellç*
pour vn peigne ou pour vn mirouer
■ Povr l'efgard des Simples. que cefte ter
re du Brefil produit, il y en a vn entre les
Tetm aut resque nosTou-oupnambaoults nom-
fimfk de menti 9 f««,lequel croift vn peu plus haut
££» que noftre grade o 2 cilIe,a ks fueilles af-
içz;femblables, mais encores plus appro
chantes de celles de Côfolidamaiorf Ce-
tte herbe , a caûfe de la finguliere vertu
que vous entendrez qu'elle a, eft en gran
de eftime entre les Sauuages:& voici cô
met ,1s en vfent. Apres qu'ils l'ont cueil-
. ; ie& fan fâcher par petites poignée* en
, leurs maifons, ils en prennent quatre ou
cinq fueilles , lefquelies ils enuelopent
; dans vne autre grand fueille d'arbre en
?( . ... façon de cornet d'efpice. Cela faitmettas
TslL Je ( T V*£ P« " ^ >P" le mettans
>. . ■-. iiniwn won « „^/ J 1 t
amii vn peu allume dans leur bouche, ils
d\hÀ
mer la f h
mee de
c Teùun.
en tirent la fumee>la(jiielle, combien que
elle leur refTorte par les narines & par
leurs Ieures percées j ne JaiflTe pas néant-
moins de tellement les fubftanter , que
• princi-
DE L'AMERIQUE. 2IJ
principalement s'ils vont. en guerre, &
Le la oteefsitc les prefix, ils feront ftffta
ou qoatie lours fans fe nourri d ****. FtmMjll
chofe II eft vray qu'ils en vient .encoi es :n > ttu „ fHT
pour vn âutrd efgard : ear parce quexela ^
leur fait diftiller les humeurs fuperftue»
du cerueau , vous ne verriez gueres nos
Brefiliés fans auoir chacun v n cornet de
cette herbe pendu au col : mefmes a tou-
tes les minutes& en pariant a vous ycete
leur feruant aufsi décontenance., -ils en
hument la fumeclaquelle, comme l'ayu :
dit (eux reffertas foudain la bduche) leur.
refforr parles nez, & .p« lesievres.,.tei^
dues,comme d> v n enceafoir. Neâtmoins
ie n'en ay point veu vferaux femmes v«5
ne fcay la raifon pourquoy : mais; bien
diray-re , qu'ayant rjioy méfmes . expert
menti cefte fumee,de<7>«M^i'ayknuque
elle .raffafie & gârdetbien d'auoir faim.
Au refte quoy qu'on. a f -pek maintenant
par deçà la Necocknnc ,ou herbe »»l*^
Boyne <?««»>. tant s?en taut toutestois ^ mtint
que ce foitde céluy dont ie parle , qu'au £*£$£
contraire 5 outreque:cesd«ux plantes n'ot
rien de commun ni en forme m en pro-
priété , encores quelque recherche que
i-aye faite en pluueufs tardins ou Ion ie
vantoitd'auoir dufl«*s itrfques a p relent
ie n'en ay point vëu en noftre France . tx
afin que celuy qui; nous à Élit Me de ion
t/j tut de
choux
rf-iKPifort
uonnti &
f » grande
abondanie
cni'^4mt
2I 4 HISTOIRE
Abgoumoife, qu'il ditcftrevray Return
ne penfepas qae ^ fc fl 7 TjJJJ
Am . fi k «n»! du fimple L.nt ,1 S
famfare,! en dr autât que « J a Necocié-
ne.teliement qu'en ce cas iémefuy conce-
de pas eetqu "il. pretend : aflàuoirqu'il ait
Wrteiepremxerdelagrainede Penm
enlace, ou a canfe du froit ,'effime que
mak^eraent cefrmplepourroit croiftre.
«?* fcy *«f„ ; iKeu . par . a e a * ae manière de
Uxoux 5 ue ks, Sauqages nomment. À*
™-a,dotals font qudquefbisdu potage,
ierqueJsontJesfoei^saursiJarçes&pfef
ques de mefme forte q celles SSLSftB
qw croift furies mara,s C n ce pays deçà.
rçjfd qo.ant aux racines outre celles de
gffiP*?* 1 ^-%'Vdefquelles comme
Mjduau neufieme chapure les Sauua*
gesfont.ide Ja farine ; ils c « ont encores
d autres qu'ilsappeJlent Hmch, lefquek
ks .non feulement «raflent en aufsiWan
de abondance enleur. terre; que font Je/
raws en Ljmofin , ou en Sauoyé s mais
auisi il sfeh treuue communément d'auf-
« grofles-que-les deuxporngts & lon-
gues d-v-n pied & dem 7 plus" ou moins;
±t combien.que les voyant arrachées
hors de terre on iugeàrt de prime face
a la fembJance, ■ qu'elles fufient toute
dvne forte: tant y a . néanmoins
d'au-
DS l'AMERIQVE. 2»5
d'autant qu'en cuifant les vnes dene-
nans viollettes comme certaines Pafte-
ZTcs de ce pays , les autres «ones
comme Coins ,& les troiiemes ban-
cheaftres^ayopimonquilyen a de
trois efpeces. Mais quoy qu il en m
evous P puis afleurer que quand el es
font cuites aux cendres , jj******
ment celles qui iauniffent , qu elles ne
font pas mohrs bonnes à manger que
les meilleures Poires que nous puii-
fionsauoir. Quant à leurs fiieillc, les-
quelles traifnent fur terre comme He-
Sera terrcftris , elles font fort fcmbja-
bîé à celles de Cocômbrç.,ou des plus
laïïes Efpinars qui fe puinenttrouuer
paf deçà f non pas toutes fois quelles
g*7« vertes' car quant à a couleur
eîks tirent plus à celles de Vins Alba.
Au refte parce qu'elles ne portent point
de graines , les femmes Sauuages , q ^
font foigneufes au pofsible deles mul- s
tiplier , pour ce faire ne font autre £**
chofe (ϕnrc merueilleufe en l'Agricul-
ture) finoft d'en couper par petites pie-
re comme on fait icy les Carotes poui
f r 'efXdes: & femâsc y e!a par les champs
elles ont au bout de quelques temps au-
tdegro^sracines^H^q^ :: -
feme de petits morceaux . Touus.ois
parce que c'eft la plus grande manne de
efyece de
not f et te
dans terre.
£16 H I ^ T ft T B
celte terre du Brefil,& ^ïhns par pays
on ne vouprefquc, autVe chofef leS^
quelles vannent aufsi pourJa plufpart
fans main mettre. popart
■v fort C H S r UUageS ' 0ntfcmb]ab Wntvne
^ ° r rte i e fnm * ' H*™* nomment ^««fc,
Si " aUt " ******* fiJ ^ens,ne
S font H S T ^ Ue , n ° ifettes feWSw!
ITS ?I 7 aU d . en,rfm «gouft. Néant,
moins ils font de couleur grifaftre &
Sue °" tfoc / ,es &grain*s,combie»
que i aye mange beaucoup de fois de ce
£nt , ie confefle ne fauofrpas yj^
ierue & ne m'en fouuienr pas.
II 7 a aufsi quantité' de Poyure Ion*
duquel es marchans de par deçà fefe?
uent feulement à la tein Je: mal oua„ c
anosSauuages 5 lepiilant & broyant q a l e C
du iel,& appelans cemeflange LquetAh
en vfcnt côme nous faifons 3c fclZ 1
ble.-nopastoutesfoisqu'ainnouenous
Ton en chair, poiffon, ïu autre] viande,'
ils falent leurs morceaux auant que les
mettre en la bouche rear eux prenansl
morceau le premier & à part.pincêt "ri.
Sciure log
loquet
feldes S au
uagvs & U
façon r orne
ils envfent
DE L'AMERIQVE. 21?
Finalement il croi.ft en ce pays là vne c - mm
forte daufsi greffes & largesFebves que da _ om f
le pouce, lefquelles les Sauuages appe-^
lent CommarJa-omfoW. comme aufsi de fts
petits Pois blancs & gris qu'ils nop^ ^
lommanàa-rmn . Semblablement certai- t£
nés Citrouilles rondes nommées par m petitei
Maurongans fort douces à manger. ) /,<,*«.
Voila, non pas tout ce qui fe pourroit Ma»
dire des arbres , Herbes, & fruits de celle rongan
terre duBrefil,mais ce que i'en ay remar- Or"»"**
que durant enuiron vn an que i'y ay de-
meuré.Surquoy ie diray pour concluhon
que tout ainfi que i'ay dit ci deuant,qu'll
n'y a belles à quatre pieds, Oyfeaux,poif
fons, ni Animaux en l'Amérique, qui en
tout &par tout foyent femblables à ceux
que nous auons en Europe, qu'aufsi, fe-
lon que i'ayfoigneufement obferue al-
lant & venant par les bois & par les
champs de ce pays là, exceptées £°*^
herbes:affauoir du Pourpier , du banne, herlM&
& de la Fougiere ; qui viennent en quel-f-^
ques endroits , ie n'y ay veu arbres, ner- excefté
bes,ni fruits qui ne fuffent différents des ;„*£»■
noftres. Partant toutes les fois quel ^ desM f, tl .
mage de ce nouueau môdeque Dieu m'a
fait voir, fe prefentedeuant mes yeux:
& que ie'confidere la ferenité de l'air,
la diuerfité des Animaux , la variété des
oyfeaux , la beauté des arbres & plantes-,
2l8 HISTOIRE
l'excellence des fruits :& brief en general
les ncheffes dont cefte terre du Brefij eft
decorecincontine't cefte exclamation du
Prophète au Pfeau. 104. me vient en mé-
moire.
O Seigneur Dieu quêtes œimresdiuers
JontmerueiJleuxparie monde vniuers,
O que tu as tout fait par grand façefte
Bref,Ja terre eft pleine de ta large/Je.
Ainfi donques heureux les peuples qui
y habitent s'ils cognoiftoy et l'A u&eur &
Créateur de toutes ces chofes : maisaii
lieu de cela ie vay entrer en des matières
qui monftrcront combien ils en font
efloignez.
GHAP. XIII I.
De la guerre, combats , hardieffe & armes
des Saunages.
O M B I E N que nosTmou-pi
« nambaoults ToupinenquiH fuyuât
> la couftume de tous les autres
J Sauuages habitas cefte qua trie
me partie du môdclaquelle en
latitude .depuis ledeftroit de- Maeellan
qui demeure parles cinquante deere*
tirant au Pole Autarcique iufques^aux
terres Neuues , qui font enuiron Us foi-
xanteau deçà du cofte' de noftre Arfli-
que
MB
£uer
DE t'AMBRÏQVÏ. 219
. ,'. i • L - Amérique
que , contient plus de deux milie lieues, rMrtepar
ayent guerre mortelle contre pluhéurs £*£•
nations de ce pays la : tant y a que leurs fo ,,
plus prochains & capitaux ennemis font f^'h
tant ceux qu'ils nomraente^^ que
les Portugais qu'ils appelentTtfW leurs
alliez.-comme au réciproque leldits Mar
jrat** n'en veulent pas feulement aux f**
t« P ;»a^W^,maîs aufsi aux François
leurs contederez. Non pas quant a ces
Barbares. qu'ils fe facentla guerre pour B M fii«»t
conquérir les pays & terres les vns des £*JJ£
autres , car chacun en a plus qu'il ne lu/ „.
en faut: moins que les vainqueurs preten
dent^'enrichirdesdefpouilles, rançons,
& armes des veincus > te n'eft pas di-ie
tout cela qui les meine. Car comme eux
mefmes confefient n'eftans pouhez d'au-
ti-eaffeaioneine de végef, chacun de Ton
cofté,fesparés&amisquiparlepafleont
efte prins & magez, à la façô que ie diray
au chap.fuyuant,ils font tellemet achar-
nez les vns à lencôtre des autres,que qui
conque tombe en la main de fon ennemi,
fans autre compolicion^ ilfaiït qu'il s'até
de d'eftre ttaitté de mefme:c'eft àMire a(-
fommé & mangé; Qui plus eft,{itofi que
la guerre eft vne fois déclarée ë'ntre quel-
ques vhes de ces natiôs ,tous'al!egSs qu'a
têdu que l'ennemi qui a receu l'iniure s'ert
reffentira à iamais , c'eft trop lafchemem;
220
HI STpIR e
it tien ffe - f hap ^ v* n4 ° nk **
a fa meilleurs haines font tellement in-
SSS " etefCes < ï u ' lls 1 ^meurent perperuele-
mus. nmmemnciliibks, Surquo/on peut
n tf , m********* Marine chrefèiçune pratiquât
w«»^/*&enfeignentauAio«^i f ^ «*T»W
*"•"" ufe, „fj «ftw« nouueaux fer-
^ % ^!!-n"-' yilemiama ^^^e Oublier Je*
tes.
.... . . / ■ •-■*" -~***«. + o> sialic VUDIl
ces A.heiAes vn courage de Tigre,ih fôt
en ce point vrais imitateurs des barbares.
Ox feon que i'ay veu, J a manière que
SSL'S ^*JW ^ " Cnnent PO'Ws'aflcni-
Wei afin d aller en guerre eft telle : e'eft,
Bnfiu m combien qu'ils n'ayent entre eux &,j s n j
*,■** P IC '? U « aufsi grands Seigneurs l cs vns
***» que les autres,. neantmoins- nature leur
££"* ayantappris queles vieillards (quîfon
appelé, -Veoreroupkheh) à caufe de l'expé-
rience du pane, doyuenteftre refpecfe*
eftans en chacun village affez bien obéis!
quand i'occailon feprefente, eux fepou,
menans ,-ou eftans zÇs ls en leurs lias de
coutonpendus en l'air,e X hortentle S au-
tres dé telle ou femblable façon.
»ir«p. • E ^omment,diront-il5 parlans l'vn a-
tr l - S"" \ ^ m ^ S ^'interrompre, nos pre-
*•*• decefïeurs, Jelquels non llulement ont fi
vaillamment combatu, mais aufsi fubiu-
gue tue &i 3 ulgét a nt.d'ennemis J nous ont
ils
DE L'AMERIQUE. MI
ils laiffé l'exemple que comme efféminée
& lafches de cœur nous demeurions touf
jours àla maifon? Faudra il qu'à noftrc
grand hôte,au lieu que noftre nation par
fe pafle a efté tellement craint & redou-
tée de toutes les autres, quelles n'ont peu
fubfîfter deuant elle , nos ennemis ayent
maintenant l'honneur de nous venir cer-
cher iufques au foyer ? Noftre couardife
donera-elle occafion auxMargaias & aux
Veros~en?aipaic£& à di re,à ces deux natiôs
alliez qui ne valet rie ) de fe ruer les pre-
miers fur nous?Puis celuy qui parle ainU
claquant des mains fur tes efpaules& fur
fes feflcstauecexclamatiô adiouftera. Eri
mai grima ToHouPinabaoults Çonomi ouafm
Tan T^:&c.c*eft à dire,noii non gens de
ma nationvpuifsâs & tresforts ieunes ho
mes,ce n'eft pas ainfi qu'il nous faut faire*
pluftoft nous difpofans de les aller trou-
ver faut-il que nons-nous facions tous
tuer & manger , ou que nous^ ayons ven-
geance des noftres.
Apres que ces harâgues des vieillards
(lefqlles durerôt quelquefois plus de fix
heure$)font finies,chaçun des auditeurs,
qui en efeoutant attentiuement n'en au-
ra pas perdu vn mot , fe fentant accoura-
«i & auoir, comme on dit,le cœur auven
tre , en s'aduertiffans de village en villa-
ges , ne faudront point en diligence de
222, HISTOIRE
safîernbler en grand nombre, & fe trou-
uer au lieu qui leur aura efté afsigné.
Mais auant que faire marcher J armée il
faut fauoir quelles font ks armes de nos
Tou-cupinambaoults.
é I Ils ont premieremft leur Tacapé, c'eft
fùdtbou. Gitans de bois rouge,& ks autres de bois
i noir ordinairement longues de cinq à fix
pieds: & quant à leur façon, elles ont vn
rond, ou oval au bout , d enuiron deux
paulmes de main de largeur, lequel cfp^is
qu'il eft de plus dvn pouce par le milieu,
eft fi bien apprimé par les bords,qu C cela
(eftatde bois dur & pefant comme Buis)
S a uu ag es tran chant prefque comme vne coignee,
furieux l'ay opinion que deux des plus accor ts
Spadafsins de par deçà fe trouueroyent
biê empefehez d'auoir affaire à vn de nos
Tornupinambaouîts eftant en furie s'il en
auoit vne au poing.
Secondement ils ont leurs Arcs (qu'ils
*<W nomment Or apats) faits des fufdits bois
noir & rouge,lefquels font tellemét plus
longs & plus forts que ceux que nous a-
uons par deça^que tât s'en faut qu'Vn ho-
me Centre nous les peuft enfôcer, moins
en tirer, qu'au contraire ce feroit tout, ce
qu'il pourroit faire dVn de ceux des gar-
çons de 9. ou io.ans de ce pais la. Les cor-
des de ces Arcs font faites d'vne herbe
que
DE l'A M E R I Qj E.
11$
que les Sauuages appelent %«**&£ Z%:
les combien qu'elles foyet fortdeihees) tade[her
font neantmoins fi fortes qu'vn cheual y h *«*,
tireroit. Quant à leurs flefches,elles ont «^
près d'vnebraffe de longueur,& font lai- /^««.
tes de trois pieces , affauoir le milieu de
Rofcau,&les deux autres parties de bois
noir.lefquellcs pieces font fi bien rapor-
teesjiointes & liées auec des petites pelu
res d'Arbres , qu'il n'eft paspofsible de
mieux. Au refte elles n'ont que deux em-
pennons chacun d'vn pied de long, lef-
quelsCparce qu'ils n'vfent point de colle)
font aufsi fort proprement liez auec du
fil de couton. Au bout d'icelles ils met-
tent aux vnes, des os pointus, aux autres
la longueur de demi pied de quelque bois
de Cannes fait en façon de lancette Se pi-
quant de mefme : & quelquesfois le bout
d'vne queue de Raye laquelle ( comme
i'ay dit quelque part) eft fortvenimeu-
fc-mefmes depuis que les François &
Portugais ont fréquenté ce pays la, les
Sauuages à leur imitation commencent
d*y mettre, finon vn fer de flefehes , pour
le moins vne pointe de clou.
I'ay défia dit comment ils manient
leurs Efpees-.mais quant à l'Arc, ceux
qui les ont veus en befongne diront
auec moy, que, fans brafiards , ains
224 HISTOIRE
tous nuds qu'ils font , ils les enfoncent
amtri- tellement , tirent li droit & fi foudaine-
çMtnsex- ment,qae n'en defplaife aux Anglois(efti
"ktn. "*' mcz neantr noins fi bonsArchersjnos Sau
uages tenans leurs troufleaux deflefehes
en la main dequoy ils tiennentl'Arc , en
auront pluftofï enuoyé vue douzaine que
eux fix.
Finalement ils ont leurs rondelles, fai
tes du dos du cuir fee & efpais deceft a-
faLal* nimal qu'ils nôment Tapiroujfou (duquel
mtrfec. i'ay parle ci deffusj& de façon larges^ron
des & plates comme le fond d'vn tabou-
rin d'Alemand. Vray eft que quand ils
viennent aux mains, ils ne s'en couurent
pas comme font les foldats de par deçà
des leursrmais elles leur feruet pour fou
ftenir les coups de flefehes de leurs enne-
mis. C'eft en fomme ce que nos Ameri-
quains ont pour toutes armes: car au de-
meurant tant s'en faut qu'ils fe couurent
le corps de chofe quelle qu'elle foit , que
au contraire(horsmis leurs bonnets, bra-
celets & courts habillemens de plumes
dont ils fe parent) s'ils auoyent feulemêt
les Sau- veftu vnechemife quand ils vont au com
uages com , „. * . r 1 •
bAtitnuds. bat., eftimans que cela les empefchcroit
de fe bien manier,ils la defpouilleroyét.
Et afin queie paracheue ce que i'ayà
dire fur ce propos, fi nous leur baillions
des cfpees trenchantes(comme ie fis pre-
fent
DE l'AMEKIQVE. 225
Tent dVne des miennes à vn bô vieillard) ES p eea rri
iettans incontinent qu'ils les auoyent chaut pen.
les fourreaux r comme ils font auisi les des Saum
gaines des coufteaux qu'on leur baille, gespourie
V, '1 i ■ L * .'•?/* \ 1 : combat»
ils prenoyent plus deplailir a les voir
treiluire du commencement, ou d'en cou
per des brâches de bois,qu'iIs ne les efti-
moyent propres pour combatre . Et à la
venté aufsi, felon ce que i'ay dit qu'ils fa
uent tant bien manier les leurs,elles font
plus dangereufes.
Au furplus nous autres , ayans aufsi
porté par delà quelque nombre d harque
buzes de léger pris pour -trafiquer auec ^^
euxti'en ay veu qui s'en fcauoyent fi bien de trots
aider , qu'eftans trois à en tirer, vne, i'vn s**»*g"
la tenoit, l'autre prenoit vilee, & 1 autre haqucbuu.
mettoit le feu: & au refte parce qu'ils
chargeoyent le canon iufquesau bout,
n'euft efté qu'aulieu de poudre fine,nou$
leur baillions moitié de charbon broyé,
il eft certain qu'en danger de fe tuer, tout
fuft creué entre leurs mains. A quoy il
faut que i'adioufte qu'encôres que du cu-
mencement qu'ils oyoyent les fons de^gf
noftre Artillerie , & les harquebuzades du fin d»
que nous tirions ils s'en eftonnaflent au^ c ^ e n JrT
cunement : mefmes que voyans fouuent/w*w^
en leur prefence aucuns d'entre nous ab-
batre vn oifeau de deflus vn arbre , ou
vne befte fauuage , fans qu'ils viffent la
P
Sauuages
defcochans
roulement
leurs arcs.
Iftofques a
quel nom-
bre s^ajfem
blent les
Saunages
& pour
yunyleurs
femmes
mâchent
en guerre.
Zl6 . HISTOIRE
balle ils s'en esbahifient bien fort, tant j
a neantmoins, qu'ayans cogneu l'artifice
& difans(comme il eft vrayjqu auec leurs
arcs ils auront pluftoft delafché cinq ou
fixflefches qu'on n'aura chargé & tirévn
Coup d harquebuze , ils commençoyent
de s'affeurer à l'encontre. Que fi on dit la
delîus: voire mais l'harquebuze fait bien
plus grande faucee:ie refpond contre ce-
tte obicâ:ion,que quelques colets de buf-
fles , voire cotte de maille , ou autres ar-
mes (finon qu'elles foyent à Pefpreuue)
qu'on puiffe auoir, que nos Sauuages
forts & îobuftes qu'ils font,tirent fi roi-
dement qu'ils tranfperceront aufsi bien
le corps d'vn homme d'vn coupdeflef-
che , qu'vn autre fera d'vne harquebuza-
de. Mais par ce qu'il euftefté plus apro-
pos de toucher ce point , quant cy âpres
le parleray deleurs côbats,afïn de ne con
fondre les matières plus auât ie vay met-
tre nos Tououpinambaoults en campagne
pour marcher contre leurs ennemis.
Eftans doques, par le moyen que vous
auez entendu, aflembles en nombre quel-
ques fois de huit ou dix mille hommes:
& mefmes que beaucoup de fcmmes,non
pas pourcombatre ains feulement pour
porter les lias de couton , farines & aur
tres viures , fc trouuet auecles hommes,
après que les vieillards qui par le pafle
ont
DE L'A ME RIQJZ £• lZf
©nt le plus tué & mangé des ennemis*
ont efté créez conducteurs par les autres, vieillards
i * " f* 1 crPtZ con-*
tous fe mettent en chemin fous leur con- ^^
duiâe. Et quoy qu'ils ne tiennent ni râg,
ni ordre en marchant, -fi eft-ce toutesfois
que s'ils vôt parterre, outre que les plus
vaillans font toufiours la pointe, &qu'ils
marchent tous ferrez , encore eft-ce vne £^
chofe incroyable de voir vne telle mul- fans ordre
titude laquelle, fans Marefchal de camp fj° f "f~
ni autre qui ordonne des logis pourle c«»A?«».
general, fe feait fijbien accoirunoder,qué
fans confufion vous les verrez toufiours
prefts à marcher*
Au furplus tant au defloger de leurs
pays qu'au départir de chacun lieu ou ils
feiournent: afin d'aduertir & tenir les
autres en ceruelle,il y en a toufiours quel
«nues vns qui auec des Cornets qu'ils no-
ment Inubia , de la groffeur & longueur lm y u
d'vne demie pique,mais par le bout dem gra ,M
bas large d'enuiron demi pied comme va <•"**"
Haubois,fonnent au milieu des troupes:
mefmes aucuns ont des Fifres & fleutes vïgruf*
faites des os , des bras & des cuiffes 4*£ïï**
ceux qui ont efté par eux mâgez, defqueî
les pour s'inciter d'auâtage d'en faire au-
tant à ceux contre lefquels ils marchent»
ils ne ceffent de flageoler par les che-
mins. Q^ue s'ils fe metttent par eau'com-
mearens & arnis?Luy plus a£ a & m7ner °
feuré que iarnais refpond en fbn langage
{tzï\z$dMœrgMœs& les TvnpznèmqMns
s'entendent) Pa y chetan tan^aioHcaatoupa^
«/• c'efta dire ouyie fuis tresfort & en
ay voirement tué plùfieurs.Puis auec ex-
clamatiô & pour faire plus de defpit à fes
ennemis mettatfes mains far fa tefk ils'ef
crie: ô que iene m 7 y fuis pas feint ô com
bien i^y cfté haïdy à aiTaillir & àprendre
de vos gens, dequoy^aj tant & tant de
fois mangéyà autres propos femblables
^u'il àdioufte. Pour eefte caufe aufsr 5 luy
eir^l'autre^nous te te dans mainteeanten
noftre puirîancé tu leras preferitenient
tué par moy,puis mangé de tous nous au
tres»Ëtbien refpond M encoretaùftirefo Jfg
lu d'eftreaiTommépour fa nation que Ke fe dH fHlk
gulus fut cpnftât a endurer la mort pour £>££*
fa république Romaine) mes parens me n uiem S nn
vengerorit àufsi.Sùrquojr pour monftret 6 *»*.
qu'encores que-ces nations barbares crai
gnent fort la mort naturelle , néant*
moins tels prifbnniers Veftimans heu-
reux de mourir ainfi publiquement au
milieu deleurs ennemis ne Ven foucient
lîuliemét, i'alegueray ceft exemple. M' e*
■ k lJçZ HI STOIRE
fiant vn iour trouué inopinément en vn
village de la grande Ifie nommé Tiraui*
- 4qh pu il y auon vne femme prifonniere
toute pi efte deftre tuee^en m'approchât
Exemple 4 e M c "&P°i? r m'aecômoder àfon jangage
d'vnepri. J^y, difant ^qu'eiie fe recommâdaft à TW-
^mefpri}^^ ne.yempas di-j
m mon. jrq : X3ieu r ^ihs ie tonerre) ci qu'elle le priaû
^nftque ieluy errleignerois: pour toute
a-efpoiîcehoçb^ntla tefte & ie moquant
; dè moy me dit: que,me bailleras-tu & ie
^feray ainfi quetu 4|^rr A'9? o y ^ u ï £Ç]?}&5
: q\*ar(t ; poure mi [érable il ne te faudra
«ta^toft plus rien en ce monde ? & par^
4ân*tpuis que * tu crois l'ame immor tellç
£çe qu'eux tous comme ie diray au cha-
pitre fuyuant confeilen.tfpenfe que c eût
qu'elle deuiendra après ta mort ; marg
elle s'ea riant derechef mourut & futak-
j^m^^c^eceftefaçon.. r
*V\ ■■■';" .?A|^>pp^^ continuer ce propos f
* n ;~ après k es ,c ont e fta tio n s , & le pi us fq u-»
tient parlansencorcs X'vn à Tautre , çe~
luy qui eft la tout preft pour faire ce maf
facile vleuant fa maifue de bo^s à deux
rnarins, donne du rondeau qui eft au bout
défi grande force-fur la telle du pourç
prifonnier,lque toutainfi que les bou-
tué fétr chers .adornment les bœufs par deçà i en
terrée a y, V eu du premier coup tomber tout
premier roxde ;ô>ort , fans, remuer puis après ne
t9U t- bras
DE L* A M E It I QJ E* 1^3
bras rie iambe. Vray eft qu eftant eften-
du par terre à caufe des nerfs & du fang
qui fe retire on les voit vn peu formil-
1er & trembler: mais neantmoins ceux
qui font l'exécution frappent ordinai-
rement fi droit fur le teét de la telle ,
voire fauent fi bien choifir derrière l'o-
reille , que ( fans qu'il en forte gtieres
de fang) pour leur ofter la vie ils n'y re-
tournent pas deux fois. Aufsi eft-ce la
façon de parler de ce pays là, laquelle^ ^
nos François auoyentdefia en la bouche, 'Barbares
qu'au lieu que les foldats & autres en ™^J s es
querellant pardeçà difent maintenant
Tvn à l'autre ie te creuerray , de dire à
celuy auquel on en veut ie te câfleray
la teftç,
Or fi toft que le prifonnier aura
cfté ainfi tué , s'il auoit vne femme,
(comme i'aydit qu'on endonne à quel-
ques vns ) elle fe mettra auprès du
corps mort &fera quelque petit dueik
ie di nommément petit dueil 5 carfuy liant
vrayement ce qu'on dit que fait le Cro- f r ^ ly / e °p d
codille: aflauoir qu'ayant tué vn hom-f &mme ^
me il pleure auprès auant que de le prtfonnùr.
r I c\ r mort.
manger, aufsi après que celte remme
aura fait quelques tels quels regrets, &
ietté quelques feniteslarmes fur fonmari
mort, fi elle peut ce fera la premiere qui
en mangera.
244 HISTOIRE
Cela fait les autres fernmesj&principale-
corpsmort ment les vieillesdefquelles plus conuoi-
d ni!r$hau teu & s demâger delà chair humaine que
dé coramtles ieunes, feruent de foliciteurs enuers
vncouchon tQUS ccux ^ U1 om j cs p rl f nniers pour
les faire viftem et defpefcher)fe prefentâs
auec de l'eau chaude,qu' elles ont toute
prefte,frottent & efchaudent de telle fav
çon le corps mort , qu'en ayât leué la pre
miere peau elles le font aufsi blanc quei
les cuiîiniers par deçà Font vn couchon
dclaidpreftà roftir.
Apres cela celuy duquel il efloit pri-
fonnier auec d'autres, tels, & autant qu'il
corps du ] U y plaira, prenans ce poure corps le kn
dront ce mettront h ioudainemet en pie-
ces, qu'il n'y a boucher en ce pays icy qui
puifle p'luftoft defmembrer vn Mouton.
Mais outre celatcruaute' plus queprodigi
eufe) tout ainfi que les Veneurs par deçà
après qu'ils ont pris vn Cerf en baillét la
curée aux chiés courâs,aufsicesBarbàres
afin d'inciter & acharner dauantage leurs
£»/*»*#« en fa ns,'l es prenans l'vn après l'autre leur
^-"du frotent le corps , bras 3 cuiiTes &iambes
flag dé* du fang de leurs ennemis. Aurcfte depuis
que les Chreftiens ont fr Tuente ce pays
là, les Sauuages découpent tant les corps
de leurs prifonniers que les Animaux ce
autres viandes auec les coufteaUx & fer-
remens qu'on leur baille : Mais aupara-
uant
prif enter
fov.daint-
ment par
pteces
prifinnUri
DE ÏAMERIQVE. 245
uantjcomme i'ay entendu des vieillards, Twrr«/ïr
ils rfauoycnt autre moyen de ce faire,fi-^£
nonaueedes pierres tranchantes qu ils ^»im-
accommodoyentàceftvfage. ^" 5 '
Or toutes les pieces du corps, mefmes
lès trippes après eftre bien nettoyées, Chair du
font incontinent miles fur le Boucan' l f J le ^ 0U
auprès duquel , pendant que le tout m».
cuit ainfi à leur mode, les vieilles fem-
mes (lefquel les comme Tay dit appetans
merueilleufement de manger de la chair
humaine) eftans toutes affemblees pour
recueillir la graifle qui defgoute le long
des baftons de cefte haute grille de bois,
exhortans les hommes qu'ils facent en
forte qu elles ayent toufiours de telle
viande, en lefchans leurs doigts difent
Yguatou: c'eft à dire ileft bon. Voila don- vitiUesur
ques,ainfi que Tay veu, comment les Sau f^Jplg.
ua^es Ameriquains font cuire la chair maint.
de leurs prifonniers prins en guerreraffa
uoir Boucaner.
Parquoy,d'autât que bien au log ci def
fus au chap, des Animaux, parlant du Ta p a g. 153.
■piroujfou i'ay mefme déclaré la façon du
"Boucan , pour obuier aux redites, priant
les lecteurs afin de fe le mieux reprefëter
d'y auoir recours, ie refuteray iciPerreur
de ceux qui , eôme on peut voir en leurs
Cartes vniuerfelles, nous ont nôfeuîemët
marqué &: peintlesSauua^esdelâterredu
<0
24^ HISTOIRE
erreurés Brefil , qui font ceux dont ie parle a pre-
Ca-tesmo f en t , roftiffans la chair des hommes cm-
prans les v 1 1 /•••/»
«s*****g<*ï brochée comme nous faifons les mem-
rf^i-ii bres de moutons & autres viandes, mais
ebatr hu- p • r .
»«»« ci» aulsi ont feint qu auec de grands Cou-
^^perctsde fer ils Jes coupoyent fur des
jons nos f . L J ,
\i«nâ es . oancs , ôc en pendoyent & mettoyent les
pieces en monftre , comme font par deçà
les Bouchers la chair de beuf. Tellement
que ces chofes n'eftans nonplus vrayes
que le conte de Rabelais touchant fon
Panurge qui efchapa delà broche tout
lardé & à demi cuit , il eft aiféà voir par
l'ignorance de ceux qui font telles Car-
tes, qu'ils n'ont iamais eu cognoifîance
des chofes qu'ils mettent en auant. Pour
confirmation dequoy i'adiôufteray , que
outre la façon que i'ay dit que les Brefi-
liens ont de cuire la chair de leurs prifon
niers^encorcs quand feftois en leurpays
ignoroyent-ils tellement noftre façon de
roftir.que comme vn iour quelques mies
compagnons & moy en vn village ral-
lions tourner dans vnc broche de bois vi
ne Poule d'Inde, auec d'autres volailles:
$4*mge^ eux ferians & moquansdenous ne vou-
fe moquas \ • • • ,
ite noftre Jurent ïamais croire , les voyans remuer
wffiriç. ainfi incefîamment, qu'elles puiffent cui-
re, uifqucs à ce que l'expérience leurmÔ
lira du contraire.
Reprenant donc mon propos , quand
la chair
DE L'AMER I QVE. .M7
U'chaird'vn prifonnier , ou dephnleurs
(car £ en tuïnt quelques fois deux ou
\l6is en vn iour>eft ainii cuire , tous ceux
quiontafsiftéàvoirh.relemaiTaae^e-
ftans derechef refiouys a l'entour dcsBou
Ait auelqneerand qu'en foit le nombie,
s'il eft pofsible chacun en aura fon tto.- ^J i:e
ceau Et defeit.Horsmis.ee quei'ay dit wor ,
part éuheremcntaes vieilles femmes, co^,
Eicn que tous eonfeffcnt que cefte chair
humaine foitmerueilleufement bonne SC
delicate,tant y a neantmoins, qu excepte
la ceruclle, & plus par vengeance que
pour le gouft &la nourriture , ils man-
gent erttieremét tout ce qui fe peut trou-
er depuis les extremitez des orteilsaui-
ques aux ncz.oreilles & Commet de la te- ^^
fte Et au furplus nos T ou-oupwambaoults & dents
referuans les tedz par môceaux en leurs %*£
villages , comme on voit par deçà les te- ^ reJir
ftes de morts es cimetières , la premiere ^
chofe qu'ils font quand les Fiançois les
vont voir, c'eft en recitant leurs vaillan-
ces, & en leur ir.onftrant par trophée ces
teftz ainfidefcharnez,dire qu'ils feront
de mefme à tous leurs ennemis. Sembla-
blement ils ferrent fort foigneufemenj
tant les plus gros os des cuifles & des
bras , pour (comme i'ay dit au chapitre
precedenrfeire des fleures, que les dents
lefquelles ils arrachent & enfilent en ta-
H§ HISTOIRE
çon de patenoftre les portans rourtîIIe.cs
a l'entour de leur col De mefme J hi-
ftonen des Indes, parlât de ceux de 1 lûç
h^gen. de^/^dit qu'eux attachant aux porter
des In d 9 de leurs maifons les teftes de ceux qu'ils
liu. ». tuent & facrifîent , en portent aufsi les
c f 7 J - dents pendues au col pour plus grandes
brauades.
Quant à çeïuy ou ceux qui ont commis
ces meurtres, reputans cela à grand gloi-
Çorptiu re > de ' 5 * e m <;foe iour qu'ils auront fait le
t»ajr a r yeHr coup, fe retirons àparr ils fe feront non
SX"? Clement incifo iufques au fang,la poi-
çtrine,les brasses cuiffefc,le gras des iam
bes,& autres parties du corps: mais auf-
fi afin que cela paroitfe toute leur vie ils
frotter ces taillades de certaines mixtios
& poudre noire qui ne fepeut iamais
effacer: tellement que tant plus qu'ils
font ainfi déchiquetez, tantplus cognoift
on qu'ils ont beaucoup tué de prifon-
piers: & par confequet font eftimez plus
vaïllans par les autres/Ce que pour vcps
mieux faire entendre.encores que ci def-
fus au chapitre delà guerre ï?yeiami$
celle figure du Sauuage déchiqueté, ie
ypusje rep refente ky derechef.
250
HIST O.I R E
horrible
& nompa
Veils cru
Mité.
Pour la fin de cefte tant eftrange'TiW
die.s'il adulent que les femmes qu'on a-
uoit baillées aux prisonniers demeu-
rent grofïcs d'eux 5 le$ Sauuages qui |nd
tue les pères allegaans que tels enfinsî
font prouenus de la femence de leurs cnJ
Demis (chofe horrible à ouyr , & encoresj
plus à voir) mangeront les vns incontii
net après qu'ils feront naiz, où felon que?
bôleurfemblera auant que d en venir W
Jeslaifleront deucnir vn peu grandets.Et
non feulement ces Barbares fe dele&ent,;
plus qu en toute autre cho/e, dextermiJ
ner ainfi autant; qu'il leur eft pofsible la
race de ceux contre lefquels ils ont guer-
*e(car les dJ^l/argaias font le mefme trai-?
tementaux ToHOHpw*mboultsc{vi&ndils les;
tiennent) mais aufsi ils prennent vn fin-
gulierplaifir de voir les eftrangers qui
leur font alliez faire le femblable. Telle-
ment que quand ils nous prefentoyent
de cefte chair humaine de leurs prifon-
niers pour manger, & que nous en fai-
fions refus ( ainfi que moy & beaucoup
d'autres des noftres ne noua eftans point
Dieu merci tant oubliez aucins tqufiours
tnul fait) il leur fembloit par cela que nousne
^orman leurs fufsions point/ affez loyaux. Sur-
dis menas «.ïa.» « tv, AM ^ J r • «.
*,W\x- q iï °y a m ^n grand regret le fuis cotraint
thajhs de reciter,quc quelques Truchem ens de
Normandie, qui auoyent demeuré long
temps
Truth
mens
D E L'AMERIQVE. ^5 T
temps en ce pays là, pour s'accommoder
ITuCnan^vLvJd'Athe^es^ee
Wluoyent pas feulement entoures foi-
ïesde P a 1 'lard.res& vilenies parmy les
femme, & les filles,dont yn entre autres
de mon temps auoit vn garçon aage d en
uuon trois ans,mais aufsi furpaflant les
Sauuaees en inhumanité, l'en ayouy qui
fevantoyentd'auoir tué & mange des
«rifonniers. . , ,
P Ainfi continuant à defcrire la cruauté
de nos romupnamboults enuers leurs en-
ne mis:aduint pendan que nous eftions
par delà,qu'eux s'eftans aduifez qu il y a
Soit vn village en la grande Me, dot i ay
parlé cy deuât,lequel eftoit habite de cet
tains ^fargataslevrs ennemis qui neat-
moins s'eftoyent rédus à eux dés que leur
çuerrecôméça: affauoirily auoitenuiro
vingt ans: combien di-ic que depuis ce
temps- là ils les euffent toufiours laiflez
' viureenpaix parmi eux , tant y a qu vn
iour en beuuant & Caomnant-, s'accoura-
geansl'vn l'autre & alieguans,cÔme i ay
?antoftdit,que c'eftoyent gens iflus de
leurs ennemis mortels ils dehbcreret de Df[oU tim
tout fac^ager. Et de fait s'eftans mipue^J
nuit à la pratique de leurs resolutions,, ,„
prenans fes poures gens au defpourueu, ^
ils en fire-t vn tel carnage & vne telle bon
«herie que c'eftoit vJïepitie nopareille de
2 5 2 Histoire
ouir crier. Plusieurs de nos F rançois en
eftam aduertis , e „ u i r orx mi3mit ^ nk&
bien armez & s'en aJJere't dâs vne Barque
en grande diligence contre ce village qui
n eftoit qu'a quatre ou cinq lieues de no-
ttre tort. Mais auant qu'ils y fuffent arri-
2"? Sauuages enragez & acharnez
, qu ils eftoyet après la proye,ayans mis le
ieuauxmaifons pour faire fortir les per
Joi : nes,il s en auoye'tia tant tuez quec'e-
itoit prefquesfait.Mefmes i'ouy affermer
a quelques vns des noftres eftâs de retour,
que non feulcmêt ils auoyent veus en pie
ces & en carbônades plufieurs homes &
Extrme Ienim « fur tesBoucans,mzis aufsi que les
««** petits enfans à la mamelle y furent roftis
tous entiers II y en eut neantmoins quel
que petit nôbre des grands qui s'eftâs iet
tez en mer, &en faneur des ténèbres de la
nuit fauuez à nage, fe vmdrê"t re'dre à no 9
ennoftrc Me:dôt cependât nos Sauuages
quelques lours après eftâs aduertis,erô-
das entre leurs dens de ce que nous I« re
tenions n'en eftoyet gueres conte's.Tou-
tesfois après qu'ils furent appaifez par
quelques marchâdifes qu'on leur donna,
moitié de force & moitié de gré, ils les
laifferent pour efclaues à Villegagnon
Vneautresfois que quatre ou cinq Fr£
çois & moy eftiôs en vn village delà mef
me grande Me nommé Tiraui-io» ou il y
auoit
DE L'A M E R I Q_V E. 2-53
auoitvnprifonnier beau &pui(Tantieu-
ne homme , enferre' de , quelques fers que
nos Sauuages auoyét reeouurez des Cnre
ûiens , s'accoftant de nous, il nous dit en
langage SomigalquX car deux de noftre jj^
compagnie parlans bon Lfpagnol 1 ente- ^.^
direntbi^nô qu'il auoitetee» Portugal: j**»
qu'il eftoit chreftiane : auoit eite. baptize \ êulufme ,
&fe nommoit Antoni.Partant quoy qu'il [*»*«.
fut Marrai* de nation , ayant toutesfois
par cefte fréquentation en autre pays au-
cunement defpouillé fa barbarie , jl nous
fit entendre qu'il euft bié voulu eftre de-
liuré d'entre les mains de fe s ennemis.
Parquoy, outre noftre deuoir d'en re-
tirer autant que nous pouuions, ayans
par ces mots de Creftiane&d'Antoni efte
plus efmeus de compafsion en fon en-
droit*, l'vn de ceux de noftre compagnie
qui entédoit l'Efpagnol, ferruner de fon
eftat, luy dit qu'il luy apporterait des te
lédemain vne lime pour limer fesiers;S£
partant qu'incontinent qu'il (croit a deil
ureCn'eftât point autremet tenu de court)
pendâtque nous amuferions les autresde
paroles il Yallaft cacher furie riuage de
la mer dans certains bofcages que nous
luymÔftrafmes-.efquels en nousenretour
nas nous nefaudriôs point de l'aller qué-
rir d'as noftre Barque: mefmes luy difmes
quefi nous le pouuions tenir en noltre
254 HIST 01 R fi
Fort, nous acorderions bien aueccetix
defquels il cûoitprifonnicr. Lepauur©
homme bien aife du moyen que nous lu y
prefentions, en nous remerciant, promit
qu'il feroit tout ainfi que nous luy auios
confeiilé. Mais quoy que la canaille de
Saunages n'euft point entendu ce collo-
que Je doutas bien ncantrnoins que nous
leur voulions enleuer d'entre ks mains,
déslemefrneiour que nous fufmes for-
tis deleur village , eux ayans feulement
en diligence appelé leurs plus prochains
voiiins pour eftre fpeerateurs de la mort
de leur prifonnier , il fut incontinent af-
fommé. Tellement que dés le lendemain
qu'auec la lime,feignâs d'aller quérir des
farines & autres viuïtes , nous fufmes re-
tournez en ce village -.comme nous de-
mandions aux Sauuages du lieu ou eftoit
le prifonnier quenous auions veu Je iour
precedent, quelques vns nous menèrent
en,vnemaifon ou nous viimes lepauure
Àntoni par pieces fur le "Boucan: mefmes
parce qu'ils cogneurent bien qu'ils nous
auoyent trompez, en nous monftrantla
telle ils en firent vne grande rifee.,
ri*,?» Scmbl r abJemen t n °s Sauuages avans
tugms * iour furpris deux Portugalois dans
frim& vne petite maifonnette de terre , ou ils
wSauu* eltoyent dans les boispres leur Fort ap*
*«■ pelé Morpion , quoy qu'ils fc defendif-
fent
D E L'A- ME RIQJfE. 255
fentyaillammét depuis le matin iufques
*u foir, mcfmes qu après que leur muni-
tion d harquebuzes & traits d arbaieftes
furent faillis , ils fortifient aueC chacun
yne efpee a deux mains, dequoy ils firent
vn tel efchec fur les alfaillans que beau-
coup furent tuez & autres bleffez, tant y
iineantmoins, sopiniaftrans de plus en
plusauec refolution de fe faire piuftoft
tous hacher en pieces que de fe retirer
fW vaincre,qu'en rin ils prindrét & em-
rnenerét priionniers les deux Portugais:
de la defpouille defquels vn Sauuage me
vendit quelques habits de buffles : com-
jneaufsi vnde nos Truchemens eutvn
plat d'argent, qu'ils auoyent pille' aueç
d'autres chofes dans la maifon qui fut
forcée, lequel-, eux^ignoransla valeur,ne
tuycoufta que deux coufteaux.Ainfi eftâs
"de retour en leurs villages après que par
ignominie ils crurent arradbé la barbe à
ces deux Portugais ils les firent non feu-
lement mourir cruellement, mais aufsi
parce que les pauures gens ainfi affligez,
fentans la douleur s'en plaignoyent, les
Sauuages fe moquas d'eux leur difoyent.
Et cornent? fera-il amfi que vous-vous
îoyez fi brauementdefendus & que main
tenant qu'il falloit mourir auec honneur
vous monftriez que vous n'auez pas tant
de courage que desfemmes? & de cefte
*5 5 histoire'
façon forent tuez & mâg e2 à leur mode.
•le pourrois encores amener quelques
autres femblables exemples touchant la
cruauté des Sauuages enuers leurs enne-
mis , neftoit qu'il me femble que ce que
i en ay dit eft alfez pour faire auoir hor-
reur & drefferles cheueuxen la telle à vn
chacu. Neatmoins afin que ceux qui lirôt
ces choies tant horribles exercées Jour-
nellement entre les nations Barbares de
la terre du Brefil,penfent aufsi vn peu de
près à ce qui fefait-par deçà parmi nous:
îediray en premier lieu,fur ceflematiere'
MM», que fi on confidere à bon efeient ce qui
fe,'» ?***& S ros vfuriers , ( fueçans le fan?
H»t*itu, & ia moelle,& par confequent mangeans
t"- tous en vie tant de vefoes , orphelins &
autres pauures pérfonnes aufquels il vau
droit mieux' couper la gorge tout d'vn
coup que de les faire ainfi larigu m qu 05
dira qu'ils font encores plus Cruels que
les Sauuages dont ie parle. Voila auVsj
pourquoy le Prophète dit , que telles gés
JKieL* e . h f nt J a P eau ' m ^ngent la chair, rô-
fi pent & bnfent les os du peuple de Dieu
comme s'ils les faifoyent bouillir dans h
chaudiere.Dauantagefionveut venir à
l'aâion brutale de mâcher & mâger réel-
lement comme on parler la chair humai-
ne ne s'ê cft-il point trouuéen ces reeioj
de par deçà,voire mefmes entre ceux qui
por-
DE l'A M| R1QVÉ. tyj
f ortët le titre'de Chreftiens, tât en Italie
ou ailleurs , iefqueis ne seftans pa's con-
tentez d^auoir fan cruellement mourir
leurs ennemis, nôt peu raffaiîer leur cou
rage felon finô en mangeant de leur iay e
& de leur coeur? le m'en rapporte aux hi-
ftones.Et fans aller plus loin en la Han-^;,; u
ce quoy ? ( ie fuis faiché dele dire car ie trusté
Ans François) durant Jafanglante trage- \ r A jj f / e§
die qu^i commença à Paris le 24. d Aou&rB«rb*ris.
i^dont ie.n'aççufe point ceux qui n'en
font pas caufe V entre autres aâes hori 1-
bles à raconter qui ie perpétrèrent lors
par tout le Royaume 5 dans Lionla graif-
fe des corps humains qu^ furent mafia-
crez d'vne façô plus-barbare & plus cruel
le que celle des Sauuages v apres élire re-
tirez delà rimere de5aone,nefut elle pas
publiquement vendue au plus offrant ÔC
dernier, ericherilTeur> Les foyes, cœurs &:
autres parties des corps de quelques vns
ne furent-iîs pas mangez par les furieux
meurtriers dont les enfers ont. horreur?
Semblablement après qu'vn nome Cœur
de Roy faifant profefsiondela ReUgion
reformée dans la ville d' Auxerre fut rni-
ferablement maflacré , ceux qui commi-
rent ce meurtre ne découpèrent ils pas
fon cœur en pieces, Texpoferent en ven-
te à fes haineux y & finalement le firent
griller fur les charbons -, puis en mange-
* s R
I.
2<8 HISTOIRE
rent pour affouuir leur rage? H y a enco-
res des milliers de perfomies en vie qui
tefmoignerontdeces chofes non iamais:
ouyes auparauant entre peuples quels
reyeti'Û qu'ils foyent: & les hures qui en font ia
jtwt de imprimez dés long temps en feront foy à
luvïï'*" lapofterité.Parquoy qu 6 n'haborre plus
çag^xi. tant la Barbarie des Sauuages Anthro-
pophages, ceft à dire mangeurs d'hom-
mes : car puis qu'il y en a de tels , voire
doutât plus dcteftables&pires au milieu
de nous qu'eux, comme il aeftéveu^nefe
ruent que fur les autres nations qui leur
font ennemies , & ceux- ci fe font plôges
au fang de leurs parens , voifins,& com-
patrioteSj il ne faut pas aller fi loin qu'en
l'Amérique ni qu'en leur pays pour voir
chofes fi monftrueufes & prodigieufes.
C H A P.
XVI.
Ce qu'on peut appeler Religion entre les
Saunages zAmeriquains: des erreurs > ou cer-
tains abufeurs qu'ils ont entre eux nomme7
Caraïbes les détiennent ; & de la grande
ignorance de Dieu ou ils font plonge!^.
Ombif.n que le dire de Ci-
ceron, alTauoir qu'il n'y a peu-
ple fi brutal, ni nation fi Bar-
bare & SauiiQge,qui n'ait fen-
timent
de l'ameriqvè. 259
timent qu'il ya quelque diuinite', foitre-
ceu& tenu d'vnchafcun pour vue maxi-
me indubitable: tant y a ncâtmoins quâd
ieeonlideie de pies nos 'Tomupinamboults
de l' Amcriqucque ie me trouue aucune-
ment empefchc touchât l'application de
celle fentéce en leur endroit . Car en pre
mierlieu outre qu'ils n'ont nulle conoif- T.umpin.
fance du feul & vray Dieu , encores en W£~ "
font ils làCnonobftat la couftume de tous /„ ft«*
les Anciéspayés lefquels ont eu la plura*'"*-
lité de dieux,& ce que lot encores les ido
latres d'amourd'luii, voire cotre la façon
des Indiens du Tern terre continente à la
leurenuiron cinq ces lieues au deçà, lef-
quels facrifiét au Soleil & à la Lune) que .
ils ne côfcflent.ni n'adorct aucuns dieux
ccleftes ni terreftres : & par çonfequent.
n'ayans aucun formulaire ni lieu député
pour s'affembler,afin défaire quelque fer
uice ordinaire, ils ne prient parformeae
Religion ni en public ni en particulier
chofe qu'elle quelle foit.Semblablement
ignoras la creatiô du môde,fans qu'ilsnô
met ni diftinguct les iours par noms, ils
n'ontpointd'acceptiôdel'vnplusquede
l'autre-. côme aufsi ils ne côtct fcmaines,
mois,niannees,ains feulemét nombrent .^^
& retiennent les temps par les Lunçs^ n «rt»»^
Quandàl'efcriture foit fainfte ou pro-.*^«
phane,nÔ feulemét,aufsi ils ne fauét que
Z&Ô HïSTOUl
guette •/>» ce ft> ma * s ^ P* us eftn'ayans nul cara&e
mon om re pour (ignitier quelque chofe quand du
de refcn- comme ncemcnt que îe fus en leur pays,
pour apprendre leur langage 1 eicriuois
quelques fentence$,leur lifant puis après
deuant eux, en eftimans que cela fut v ne
forcelerie ilsdifoyentl'vn à l'autre: Neft
ce pas merueiile que ceftui ci qui n'euft
fçeu dire hier vn mot en noftre lâguc , en
vertu de ce papier qu'il tient qui le fait
parIer,foit maintenant entendu de nous?
Qui cft la mefme opinion que les Sauua-
ges habitans en Fille Efpagnole auoyent
des Efpagnoîs qui y furent les premiers*
circeluy qui en a efcritl hifloiredit ainfi.
ILi c 34. ^ cs ^ n diës cognoifias quelçs Efpagnoîs
fansfe voir ni fans parler l'vn à l'autre,
neantmoins en enuoyant des lettres de
lieu en lieu y s'entendoyent ainfi, croy-
oyent où qu'ils auoyent Tefprit de pro-
phétie, ou que les miffiues parloyent : de
façon que les Sauuages craignans d'eftre
defcouuerts & furprins en faute, par ce
moyen furent fi bien retenus en leur de-
uoir, qu'ils n'ofoyent plus mentir ni def-
rober les Efpagnoîs. Partant ie di que
qui voudroit ici amplifier celîe matière
il fe p refente vn beau champ pour mon-
ftrer qu'elle grace Dieu a faite aux natios
quihabitentles trois parties du monde,
aizauoir Europe, Afie,& Afrique,par def
fus
DE L'A ME R'iaVT.. 2(ÏI
fus les Sauuages de c'efte quatrième par- tfir^r.
tie dite Ametique:car au heu qu eux ne ^ ^
fe peuuent rien communiquer que verba cttl ,« t
lement, nous aucontrairc auons ; ccft ad-
'uantage que fans nous bouger d vn heu
par le miyen de refcnture& des lettres
Le nous enuoyons,nous pouuons decla
?er nos fecrets à ceux qu'il nous plaift,&
fartent ils efioignez iufques au bout <la
monde.Amfi outre les fciencesque nous
apprenons parles Hures dont ces Sauua-
ges font du tout deftituez , encores cefte
Ttîuention d'efcrhe que nourauos, dont
ils font aufsipriuez,doit eftre mife au
rang des dons fingnliers que les hommes
de par deçà ont receu de Dieu.
Poùrdonques retourner a nos 7 otf
cupimmbacults: quand en deuifant auec
eux,nous leur diiions que nous croyons
en vn feul Dieu fouuerain/ créateur du
monde,lequelcommeilafaitlecieI & la
terre auec toutes les creatures qui ylont f/ ^_
contenues: eouuerne aufsi 8c diipote du mlnt dt ,
tout comme il lay plaift : eux di-ie nous Jjjjg-
oyans reciter ceft artidccn fe regardans L „ d
l'ïnt'autre , vfans de cefte intenecïion «*»»
desbahiflernent Teh /.qui leur eft accou-
ftumee -, demeuroyent tous eftonnez. Ht
parce,comme ie dlray plus au long , que ^
quand ils entendent le.Tonnerre qu ils To*pa>
nomment Toupan, ils font grandement —
fi 3
2<$Z DE l'àMERI QVE.
effrayez, fi nous accommodans à leur ru~
derTe prenions particulièrement occafion
delà de leur dire que c'eftoit le Dieu dot
nous leur parlions qui,pour monftrcr fa
grandepuiflance,faifoit ainfi trébler ciel
&terre:lcursrefoiutions & refponces à
cela eftoyëtq puisqu'il les efpouuâtoit
de cette façô,il ne valoit dont rien. Voila
chofes deplôrables,au en font ces poures
gens, Comment donques, dira mainte-
nant quelqu'vn,f c peut il faire que com-
me bettes brutes cesAmeriquains viuent
fans aucune Religion? Certes comme
fay la dit peu s'en faut, & nepenfepas
qu'il y ait nation fur la terre qui en foit
plus efloignee. Toutefois pour commen
c'er à declarer ce qui leur relie delumie-
re,ie diray en premier lieu: qu'au milieu
^Anuri- de ces efpefles ténèbres d'ignorace où ils
monuiné l'immortalitédes âmes, mais aufsi ils tie-
4cs «»us.- ncnt f ermcmcm g U » aprcs J a mon dcs
corps celles de ceux qui ont vertueufe-
ment vefeu , ceft à dire felon eux qui fe
font bien venge* & ont beaucoup man-
ge* de leurs ennemisjs'en vont derrière
les hautes montagnes ou elles danfent
dis de beaux iardins auec celles de kurs
grands pères (ce font leschamps Elifiens
des Poètes) & au contraire que ccllesdcs
cftemine* & gens de néant qui n'ont te-
nu
! )
HISTOIRE
l6%
„» conte de défendre la patrie vont au«
*°??lJL,nr afflieez de ce malin ef- --;- ^
t rit tottr*
poures gens oui*" ■---.- ,
Lfsi tellement affligez de ce malin et
or t (lequel autrement ils nomment **-'
2 r que comme i'ay veu par pluficur, ^
S meLesainfi qu'ils parloyet a nous,
fe fentans tormentez & crians tout fon-
da n comme enragez , nous dUoycnt*
he as défendez nous d'Ayg»*»^ ™«>
IZ. voue difoyent que ytiiblemcnt il.-
le voyoyent tantoft en gnife de befte,
d'ovf«ux,oa d'autres formes eftranges
Et parce qu'ils s'efmerueiHoyent bien
|rt P e*oiî que nous n'en eftion. point
Saillis, quand nous leur difions. que tel-
le exép ion venoit du Dieu duquel nous-
eur parliôs fi fouuent lequel eftat fas co
paraifô pi» fort^'^^gardoit qu il M
LuspouuoitnimoleftermmaHaire,!
eft aduenu quelque fois qu'eux fe voyans
p eflez promettoyent d'y Croire comme
Sou,: m P ais fuyuantle prouerbe quidit,,
^ue le danger paiïé on fe moque du fa nt
ï toft qu'ils eftoyent deliurez , ils ne
fe foudoyent plus de leurs promettes.
Toutesfoïs, P o P urmonftrerqueceneft.
pa$ ieu , ie leur ay yen fouuent tehe-
Lnt appréhender cette furie internale,
î<5"4 *■ HI S TO I RE
que quand its ft refiomienoyent de ce
qu'ils auôyent enduré par le paffé frap-
pans dcsmàinS fur leurs cuifïés, voire de
deftrefle aya nH;Pfueur au front, en fe cô-
plaignant à moy ou à'àtitre deHoftieco,
pagnie,ils difoyêt.M^r ^hou-^f,» A~
(equetey Aygmhatcupaue',Ct{kz due Fran
■- pis mô anii.oùmô parfait allié, ieerain
le drabie,ou J'efprit malin,plusque toute
autre chofe. Q^e/Î au contrai! e-celuy au^
quel ils s'adieïToyentkurdifoif-:; Wace-
qmey Aygnan. ;' Véft à dire ie heleerain
point moy: en defplofânt leur condition
ils refpondoyentîliclas que nous ferions
heureux fi nou^efiions comme vous au-
tres . IJ faudroit croire & vous afiurer
comme nous faifôrts encelùy qui cftplus
puiffantqueluy,rep]iquions nous : mai*
^Y^'Xv dit quelques proteftations
qu il,hflent d'arnfi Je faire, tout cela s'ef-
tfan^uiiToitinContinent de leur cêrbeau.
Or auant^ue pafler plus outre i'ad^
Wùfteray fur lëpropds qwïzy touché
de nos Ameriquains qui' croyept i'airië
immortelle ('honjobftant Jâ maxime qui
atîfsi a toufipOrs éfté communément te-
nu> p f ar JesTn'e'ô'îogiés.-afiauoir que tous
les P;nîofophes,Payés,& 3ntresGêrrl.s&
barbares auoyént ignoré & nié Jarefurre
«ion de'Jacliairîquerhiftoriendc'sIndeS
Occidentales ditque non feulement les
Sau-
D£
t'A M B R î QJE-
z<?5
SaHuages
Sauuageshabitâs delaville deCu^co prin «£.
cioale au Peru & ceux des enuirons con- ^
S ntâuisrles âmes eft.eimr.orte g**.**.
mais quipius eft croyent la refurrediou
Tes coU & voici I" exemple qu'il en a e- ^ -
Îue.Leï Indiens dk-il voyans que les^md.
IfLgnols en ouurâs les fepulchres pour lu 4-
fuïifi'or & les nchefles qm eftoyent de 4.
dans iettoye-nt lès ofîemens .des mor s
deçà & delà, lespnoyent qu ann que ce
lanelesempefchaftdereftufcherrlsneles
efeartaffent pas de cefte façon. car adjou-
fte.iUparlantdeslauuagesdecepaysla,
ilscroyent la refurredion -.aie. corps*
ment quelque autre auteur propnaneic- Magmrrl
crnelaïermequau temps iadis vue certai <„„,„.
ne nation Payenne:en eftott aufsrpaflee
iufques 11 de croire ceft article. Ce que
Pay bien voulu narrer expreffement en
ceft endroit afin que chafeunentende que ^ ^
fi les p'us au endiablez Atheiites dont la ^ thei ^.
terre eft maintenant toute couuerre par
deçà ont cela de commun aiiecles T^
pt namb*oulu de Te vouloir faire acroire,
Voire encores d'vne façon plus eftrage &
plus beftiate Bofctas'l qu'il ^y a point de
bieu 3 oue'pour le moins en p renue* heu,
ils leur aprennent qu'il y a des diables
pour to-rmente? , mefme en M monde
ceux^ui nient Dieu & fa puiffance.Q^e
;
mm
266 HISTOIRE
s'ils répliquent la deflus que c'eft vne fol
le opinion que ces Sauuages ont de cho-
ies qui ne font point , & qu'ainfi qu'au-
cuns d'eux ont voulu maintenir , il n'y a
autres diables que ks mauuaifes afFe-
<5Hons des hommes. Icrefpond que tant
pareeque i'ay dit & qui eft très vray,aiTa-
uoir que les Amenquains font extreme-
nient voire vifiblement & a&uellement
tormentez des malins efprits, que parce
que chacun peut iuger que les affections
quelques violentes qu'elles puiffenteftre.
nepourroyentafîiigerles hommes de tel
le façon qu'il fera aifé deles rembarrer
par ce moyen.
Secondement parce que cçs Athée*
nians les principes font indignes qu'on
leur allègue ce que les Efcritures fain-
des difent de l'immortalité de Tame,
ie leurpropoferay encores nospauures
aueugles Brefiliens , lefquels leur enfei-
gneront qu'il y a vn efprit en l'homme
qui ne mourant point auec le corps
eft fuiet à félicité ou infelicité perpé-
tuelle. r r
Etpourle troifieme touchant la refur-
reftiondela chairrd'autant que comme
chiens ils fe font aufsi accroire que quâd
le corps eft mort il iïen relcucra iamais,
îe leur oppofe les Indiens du Peru , lef-
quels au milieu deleurfaufle Religion,
&n y a-
•DE X'AMERIOVE. là?
& n'ayans prefques autre cognoiflance
Tue le 7 fcntimcnt de nature, en fc leuans
i iugement defmcntiront ces exécra-
bles. Mais d'autant comme l'ay dit , que
eftans pires que les diables mefmes.lef-
quels comme dit faint Iacques croyent^^
Lil y a vn Dieu & en tremblent, le leur
?ais encores trop d'bôneur de leur bailler
ces Barbares pour Doûeur. : fans plus .
parler pour le préfet de leurs deteftables
erreurs ie les 1 éuoye tout droit en enfer.
Ainfi p our. retourner a mon principal
fuiet, qui eft de pourfuyure a declarer ce
qu'on 1 eut appeler Religion entre les
Luages de Y Amenque:ie di en premier
Heu, San examine de près ce que 1 ay a
touché d'eux , affauoir , qu'au heu qu il,
defireroyent bien de demeurer en re-
posais font ncantmoins contraints quad
L entendent le Tonnerre de trembler
fousvne Puiffance à laquelle ils ne peu-
uent refifter, qu'on pourra recueillirde
la, que non feulement la fentence de Ci-
ceron, que i'ay alléguée du commence-
ment /contenLt qu'il n'y a peuple ym
naît fentiment ^T-Ç^^£!
vérifiée en eux , maisaufs! cefte ciamte
qu'ils ontdeceluy qu'ils ne veuiet point
cognoiftre , les rendra du tout mexcma- .
blés. Et de fait quand il eft dit par 1 A- A& . ÏA .
poftre que nonobftant que Dieu es temps r 7 .
2<*8 «ISTOIRe
pafTez ait laisse tous les Gentils chemi-
ner en leurs %es, que cependàt en bien
taifant a tous,& en enuoyant Ja pluye du
ciei& les faifons fertiles , il ne s'eft Ja-
mais aiffe fans tefmoignage:c.ela mon-
tre allez quand les hommes ne cognoif-
fentpas leur Créateur ,.qu e cela procède
de leur mahee. Comme aufsi pour les co
K0.1.W uaincredauanrage il eft dit ailleurs , que
ce qui eft in.uifible.en Dieu, fevoit par ia
creation du monde.
Prcfuppofantdoncquesquenos Ame
riquains, quoy qu'ils ne le confeffent,
eitans conueincus en eux mefmes qu'il y
a quelque Diuinité ne pourront préten-
dre caufe d ignorance : outre ce que l'ay
ia dit touchant l'immortalité dei'a m e,la-
quelle ils croyent : le Tonnerre dont ils
font efpouuantez , & ks diables qui ks
tourmentent, ie mohftrèray encores en
quatrième lieu, nonobftant ks grandes
& obfcures ténèbres ou ils font plongez,
comme cefte femencede Religion(fi tou-
tesfois ce qu'ils font mérite ce titreibour
ionne& ne peut efttecfteint en eux.
Pourdoncque-s entrer en cefte matie-
Carai- rG ' faut rcai3oi r qu'Us ont entre eux cer-
tes c f™V™ faux Prophètes & abufeurs que
f«« x r„. ils nomment C^rdihsiYeÇcmeis allans &
tfrf>J venans,de,vill a geen; V iil 3 ge,:commele,s
porteurs de Rogaton en la Papauté, leur
font
DE l'aMERIQJ^ *®9
font accroire -, que ■communiquans aiiec
les efpritsjhon feulement ils peuuent do
ncr force à qui il leur piaift pour vemere
& furmonter les ennemis , mais qu'aufsi
ce font eux qui font croiftre les grolTes
racines & les fluids, tels que ïay dit ail-
leurs que cefte terre duBrefil les produit.
Dauantage ainfi que i'ay feeu des Tru-
chemens de Normandie qui auoyent lôg
temps demeure en ce pais la, nos 1 o%ou~
pinambaoults ont cefte couftume que de
trois en trois, ou de quatreen quatreans,
ils font vne grande folennité de laquelle
comme vous entendrez pour m'y eftre
trouué fans y penfer , ie peux parler à la
vérité. Comme doneques vn autre Fran-
çois nommé lacques RoufTeau & moy a-
uec vn Frucriemét allions par pays , ayâs
couché vne nuift en vn village nommé
Totiua, le lendemain de grand matin que
^ous penfions paffer outre nous vifmes
en premier lieu tes Sauuages qui vetians^^
des lieux plus-proches, & mefmes jbrtâs-;^
des maifons de ce village s afkmblerent ^ grdiM
en vne place en nombre de cinq ou f«£^
cents. Parquoy nous arreftans pôurla-^
-uoir àquelle fin cefte affembleefe faifoit,
ainfi que nous-nous en entrerions nous
les vifmes foudain feparer en trois ban-
des: aflauoir, tous les hommes qui fe re-
tirèrent en vne maifon à parties femmes
X
17» Hi STOIRfi
en vn autre, & les enfans demefme. Or
parce que ie vis dix ou douze de ces mef-
iieurs Jes Caraïbes , qui s'eftoyent rangez
auecies 'hommes, me doutant bien ou ils
vouloyent faire quelque chofe d extraor
dinaire ie pnay inftamment mes compa-
gnons que nous demeurifiions là pour
voirce niiftere , ce qui me fut accordé.
Ainfi après que Jes Çtraibcs auant que fe
départir dauec les femmes& enfans leur
eurent eftroitement défendu de ne for-
tir des maifons ou ils eftoyent, ains que
de la, ils efeoutaflent àttentiuement
quand ils les orroyent chanter : aduint
que nous ayans.aufsi commande' de nous
tenir enclos dans le logis ou eftoyent les
femmes, ainiî que nous defieunions,fans
feauoir encores ce qu'ils vouloyët faire,
nouscommençafmes d'ouir en la maifon
ou eftoyent les hommes(laquelle n-eftoit
pasà trentepas de celle ou nous eftions)
vn bruit fort bas , comme vous diriez
le murmure de ceux qui barbotent
leurs heures:ce qu'entendans les femmes
Jefquelles eftoyent aufsi en nombre d'en
uiron deux cens , routes fe leuerent de-
bout^ en preftantl'aureille fe ferrèrent
enfemble. Mais après que les hommes
peu à peu eurent efleué leurs voix, & que
nousles entendifmes fort diftindement
chanter tous enfemble, & repeter fou-
uent
PE l'AMlKlQJÏ' 27*
„e«t cefte intension découragement £ ^
*WWfc»M»>« ; fufmes tous es bahis que
cl es de leur cofté leur refpondant & réi-
térant, auecvac voix tremblante r , cefte
nveftnc interieftion, heM,he,he,h prin-
drent à crier de telle façon i'efpace de
plus d'vn quart d'heure, qu'en les regar-
dât nous ne fcaumns quelle contenan-
ce tenir . £t de fait parce que non içuttr Hurlt „h
ment elles hurloyent ainfi, mais ******$%
auec cela en fautans en l'air de la grande > d „ ftmmti
violence faifoyent branfler leurs mam-s^
me lies,efcumoyent par la bouche, voire
aucunes ( côme ceux qui ont le haut mal
pardeça ) tomboycnt toutes «f uanoul «>
ie ne croy pas autrement que le diable
neleur entraftdans le corps , & cm elles
ne dcuinfe-t foudain enragées. Bret nous
ovans fcmblablement les enfans de leur
part brafler & fe tourmenter demelme
au logis ou ils cftoycnt feparcz , qui c-
ftoit tout auprès de nous: combien di
ic qu'il y eut ia lors plus de demi an que
ie frequentois les Sauuages , & que le
fufle défia autrement accouftume par-
mi eux , tant y a, pour n'en rien defgui-
fer , qu'ayant eu quelque frayeur & ne
feachant qu'elle feroit l'iflue du W«f
fe bien voulu eftre en noftre tort
Toutesfois , quand ces bruits & hur-
ïemens confus furent finis , & après
%*]& *<* <H ISTOIRH;
vne petite pofe (les femmes & les énfang
ie taifans-tout court) nous eaieiidiimes
derechef lés hommes lefquels chantans
& ta i fans relouer leurs voix d vn accord
merueiîieux, m'eftant vn peu raficu.é en
oyat ces doux & plus gracieux ibns,ii ne
faut pas demâder fi ie defiroisde les voir
de près: mais parce que quand ie vouloîs
i far-tir pour m'en approcher, nô feulemcfc
les femmesrne reti rodent, nia is aufsi no-
ft^TrucKemêt difoit que-depuis 6.ou 7*
aiiS 5 qril«yaUoit quil cftoit enxe pays 1%
ïi «e s'eftbit iamais ofé trouuer parmi les
Kommes en- telle fefte: de façon , adiou-
ftoit-il^que fi ïy allois iene ferois par fa-
gemenn craignant de;me mettre en dan-
ger ie demeuray vn peu en fufpens. Neât
moinsparce que l'ayant fonde plus auat,
il me icmblbit qu'il ne me donnoitpas
^râècte *iufen de ion dire , ioint que ie
m'affoifois* de i'amitiéde certains bons
vieillards qui demeuroyent en ce village
auquel danois efté quatre ou cinq fois au
parauât 5 moîtie / de force,^ moitié de gré,
ie mhazarday de fortir . M'approchant
doneques du lieu ou i oyoye cefte chan-
Maifms trerie, comme ainfi foit que les maifons
des Sauua dés Sauuaçcs Jonques qu'elles font & de
vas <!e quel C ^ J- ^ , . .
fcjW ia ǰ n ron des corne vous diriez vne treil-
le denos iardms de par deçà) foyent baf-
fes & couuertes d herbes iufques contre
terrej
terre,afinqueiepeuffe mieux voiràmô
plaiiîr , le fis auec les mains vn petit per-
tuis en la couucrture. Apres cela faifant
figne du doigt aux deux François qui me
rcçardoyent, eux à mon exemple s'çitan*
aufsi enhardis &approchez,fans nul cm-
pefchement ni difficulté, nous entraimes
tous trois dans cefte maifon . Ainfi les
Sauuages continuans toufiours leurs chà
fons & tenans leur rang & leur ordre d'v
ne façon admirable, nous tout coyement
& pour les contempler tout noftre faoul
nous retirafmes en vn coin. Mais fuyuât
ee que i'ay promis ci deflus ,. quand l'ay
parlé de leurs danfes en leur Çaouinage*
que ie dirois aufsi l'autre façon qu'ils
ont de danfer: afin de les mieu* reprefen
ter^voici les morgues, geftes, & contenan-
ces qu'ils tenoyent.Tous près âpres l'vn
de l'autre, fans fe tenir par la main, ni
fans fe bouger d'vne place, ains eftans ar
rengezenrond, courbez furie deuant,
guindans vn peu le corps , remuans feu-
lement la iambe & le pied droit , chacun c%nunieé
ayât aufsi la main dextre fur Ces fefïcs, & £g£
le bras & la main gauche pendant , dan- enr onâ.
foyent & chantoyent de cefte façon . Au
fur-plus parce qu'à caufe de la multitude
il y auoit trois rondeaux, y ayant tout au
milieu d'vn chacû trois ou quatre de ces
Caraïbes richemêt parez de robes , bon-
274 HISTOIRE
nets ^bracelets de belles plumes naîfues
f*ara~ naturelles & de diuerfes couleurs:tenans
au refte en chacune de leurs mains vn de
es
dedans Us ces Maracaii c'eft à dire fonnettes faites
M*rai«f. c j» vn f rl iit plus gros qu'vn œufd'Auftru-
chejdont i'ay parle ailleurs, afin difoyent
ils., que Tefprit parlaft puis api es dans i-
celles pour les dédier àceftvfage ils les
faifoyêt foner à toute refte: & ne vous ies
feaurois mieux comparer en Teftat qu'ils
eftoyentlors , qu'aux fonneurs^de cam-
panes de ces Caphars , qui en abufant le
pauure monde par deçà portent de lieu
en lieu les chaffes de faint Anthoine,de
Bernard & autres tels inftramens d ido-
lâtrie. Ce qu'outrela fufdite dcfciiption
ievous a y bien voulu encores reprefen-
ter par la figure fuyuante, du Danfcur &
du Sonneur de zJUaraeai
2j6 ~ HISTOIRE
- Outre plus ces Caraïbes en s*auançâs&
fautans en deuant, puis reculans en ar-
rière ne fe tenoyentpas toufiours en v+
ne place comme faifoyent les autres:
inefrnes i'obferuay qu'eux prenans fou-
uent vne canne de bois,longue de quatre
à cinq pieds au bout de laquelle il y auoit
de Pherbe de Vetun (dont i'ay fait mentio
autrepart)feiche& allumee,en fe tournas
Card" & foufflans de toutes parts la fumée d'i-
ïbes celle fur les autresSauuagesleur difoyét:
fifinlu- aj ^ n <i ile vous Surmontiez vos ennemis,
tretSauuét receliez tous Te/prit de force : &ainfî
gu - firent par plusieurs fois ces mzx&resÇara
ïbes . Or ces ceremonies ayant ainfi duré
près de deux heures , ces cinq ou fix cens
hommes Sauuages ne ceffans toufiours
merleiUa. de chanter il y eut vne telle mélodie qu'à
biedesSm tendu qu'ils ne feauent quec'eftde mufi-i
waves. i ■ ■'■'«
* que, ceux qui ne les ont ouïs ne croiroyet
iamais qu'ils s'accordaflent fi bien. Et de
fait au lieu qu'au commencement de ce
fabbat(eftant commei'ay dit en la maifon
ou eftoyentles femmes ) i'auois eu quel-
que crainte , i'eu lors en recompenfe vne
telle ioyeque non feulement oyant les
accords d'vne telle multitude fi bien me-
furez,& fur tout pour la cadance & re-
frain delà balade à chacun couplet tous
traifnans leurs voix difant . heu>heuanre,
beura, heuraure y héura^bevir^ oueh. i'en de-
meuray
DE L'AMER I QJÏ. *77
mcuraytoutraui: mais aufsi toutes les
Sis qu'il m'en fouuient,le cœur men
treffaillantxlmefembîeque^iesayeen-
cores à mes oreilles. Quand Us vouluiet
finir, frappas du pied droit contre terre, ;
pSort^auparauant, après que cha-
cun eut craché deuant foy,tousvnanime~
me nt d'vne voix rauque , pronon«««t
deux ou trois fois hë^uaybkihkmi & « ml
ceiïerent.Et parce que n'entendat pasen-
cores lors parfaitement tout leur langage
ils auoyent dit plufieurs chofes que tena
U oispeucomprendre,ayant P ne cTia-
chement qu'il les me déclarait : il me de
en premier lieu qu'ils auoyet fort incilte
à regretter leurs grands pères décédez
qui eftoyentfi vaillans : toutesfois qu en
fin ils s'eftoyent confolez en ce qu après
leur mort ils les iroyéttrouuer derrière
les hautes mÔtagnesou ils daferoye. &ie
refiouyroyét auec eux.Se'blablement qu a
toute outrance ils auoyent menaffez les
Ouëmcas ( nation de Saunages , laquelle
comme i"ay dit ailleurs leur eft tellemet
ennemie qu'ils ne l'ont iamais peu dop-
ter) d'eftre bien toft prins & mangez par
euiainfiqueleur auoyent promis leurs o^
Caraïbes . Au furplus qu'ils auoyent en- Muge vni
tremeflé & fait mentiô en leurs chanfons.,^
que les eaux s'eftâsvne fois tellement del ^^
bordées qu'elles auoyét couuert toute la
S 5 .
2? 8 HISTOIRE
terre tous les homes .du.monde>exceptez
leurs grands pères qui fe fauueret fur tes
plus hauts Arbres de leur pays, furent
noyez : lequel dernier point qui eft, ce
qu'ils ; tiennent entre eux plus approchât
de PEfcriturefaintc,ic leur ay d'autrefois
depuis ouy réitérer • Et défait eftantvray
f cmblable que de père ep fils ils ayet ente
du quelque chofe du deluge vniuerfel,
qui aduin.t du temps de Noe ; fuyuant la.
couftume des hommes qui ont touftburs
corrompu & tourné la vérité en nienfon-
ges:ioirit comme il a cfté veu ci deffus
qu'eftans.priuez de toutes fortes d'eferi-
tures il leur eft malaifé de retenir les cho
fes en leur pureté, ils ont adioufté celte
fablccomme les Poétes 3 que leurs grands
percs fe fauuerentfur les Arbres,
Pour retourner à nos Caraïbes, ils' furent
nô feulemet bié receus ce iour là de tous
Us autres Sauuages qui les traitas ma^ni
fquement des meilleures viandes quails
peurent trouuer, n'oublièrent pas aufs*
felon leur couftume ordinaire, de £V
outner&c boire d'autant , mais aufsi mes
deux compagnons François & moy qui
comme i'ay dit nous cftions trou-,
nez inopinément à cefte confrairie des?
Bacchanales , à caufe de cela,fifmes bon-
ne chère aliec nos iJM ouJfacats,ct& à dire
bons pères de famille qui donnent à mart
D E L'A ME RI QVE* 2 7?
«r aux paffans.Et au furplus de tout ce
Le vous auez entendues fe tont entre
quelques fois auparauant,les Caratb al
chacune i , ou erofles fonnet-
moins,deles hochets ou b
tes qu'ils nomment AfrfW"W : lciqut e >
Snl parées fichant le plus grand out d«
7 a « «ni eft à trauers dans terrenes ai
ba ,i out le ôg & au milieu des mai
rengeanstoutieiog
fons, ils commandent puis ap n n>
1/.H1- baille à boire & à mangei. 1 eUcmetr
ï c , Iffrontcur, faifans -croire aux
autres poures xdiots^ueces fruits & ef-
Teces de courges ainficrefez pare, & de
l ? mangent I bovuent la nuit, chacun
chef d'hoftel adiouftant foy a ccla.ne ^feut
foVnt de mettre auprès des fiens non fa
lement de La farine auec de la chair U £tt
Sô.mais aufsi de leur ^bruuaged :C*
P °L Voire les laiffâs ainfi ordinairement
X« c" equinze iours outroisfemai
P es touuo-sfemis,de mefmeils otapres
cela vue opinio fi eftrâge de ces Maracas
\%adJs ont prévue touûou» en la
z %° HISTOIRE
er»,., main qu'en y attribu a t quelque faintcté*
F*-* Us d.fent que fouuétesfois en ks Es
vn efpnt parle à eux. Q^ fi au refte no US
autres paifas parmi leurs maifôs&loeues
loges voyons quelques bonnes viandes
prcfenteeaces Mœracas & q Ue nous les
Prinfsions &mangifsions (commenou*
*«ons fouuent fait ) nos Ameriquains,e-
ihmans que cela nous cauferoit quelque
maiheur.n'en eftoyét pas moins offence*
quelles fuperfticieux&fucceffcurs des
.preftres de Baal devoir prendre ks of-
frandes qu'on porte à leurs Marmofets,
dequoy cependant eux &leurs putains f e
nournlTent.^ui plus eft fi delà nous pre!
nions occafionde leur remonftrer leurs
erreurs, &mefmes que nous leurs dif-
fcons que ks Caraïbes non feulement leur
taiiant accroire que leurs Maracasvnzn-
geoyent & buuoyft.les trôpoye't en cela
nui. qu'aufsi ce n'eftoit pas eux,côme iï
levantoyent, ainsle Dieu en qui nous
croyons & que bous leur annoncions qili
faifou croiftre leurs fruits & leurs *rof
fes racines: cela eftoit autant en leur en
droit, q U ed ep arler pard eça contre le
Ppe,oudedircàPansquelacIiafiede
SSwTftSS CCS P ' peUrS */>*** "e nous
cfctfw* h.rïAc ^ J C UI5 TC ;^*** ne nous
**«. 5 Ji ; ias Pas moins que les faux prophètes
rieurs gras
morceaux
ténèbres. , ^-«.v*.,^^^ raux prophet
de lesabel, craigne de perdre leurs gras
DE L'A ME RI QV?. *&t
morceaux, faifoyentle vray feruiteur de
Dieu Elie, qui femblablement deicou-
uroit leurs abus,commençans àfe cacher
de nous craignoyent mefmes devenirou
de coucher es villages ou ils fcauoyent
que nous eftipns.
Orquoyqucnos TomupinambaoultSy
fuyuant ce que i'ay du au convmencemêt
de ce chapitr'e,& nonobftant i« ceremo-
nies qu'ils font n'adorent par fieichiile-
ment de genoux ou autres façôs externes
leurs Caraïbes,™ leurs Maracas, m crea-
tures quelles qu'elles foyent, moins les
prient &inuoquent: pour continuer tou-
tesfois à dire ce que i'ay apperceu en eux
en matière de Religion , i alleguerav en-
cores ceft exemple . Mettant trouue vne
autre fois auec quelqucs-vns.de noftre
nation en vn village nommé OKarentin-,
diftant deux lieues de Cotitta dont i'ay
tantoftfait mention: comme nous fou-
pions au milieu d'vne placcJesSauuages
de ce lieu (non pas pour manger, car s ils
veullent Faire honneur à vn perfonnage
ils ne prendront pas leur repas auec luy)
s'eftans affemblez pour nous cô temp 1er: rW*£
& mefmes les vie illards bie hers de nous cheriffans
voir en leur village nous monftrans tous IhFtacw
les fignes d'amitié qu'il leureftoit pofsi-
ble, ainfi qu'Archers de nos corps , auec
chacun en la main vn os du nez d'vn poii
l2z HISTOIRE
fon long de deux ou trois pieds faite»
façon de fciccftans alctour de nous pour
chaffer les enfans, aufquêls ils difoyét en
leur lâgagerpetites canailles retirer vous
car vous n^eftes pas dignes de vous apro
cher de ceè gens ici : après di-ie que tout
ce peuple fans nous interrompre vnfeul
mot de nos deuisnous eutlaiffé fouper
en paix, il y eut vn vieillard lequel ayant
obferuc , que nous auions prié Dieu à la
fin & au commencement du repas nous
demanda. Que veut dire cefte manière de
fairedont vousauez tantoft vfé 5 ayans
tous par detrx fois oftez vos chapeaux &
f s dire rr>ot 5 exceptévn qui parloit,vous
eftes tenus cois? A qui s'adreffoit ce qu'il
à d:"t> eft ce à vous qui eftes prefens, ou à
quelques autres abfens?Surquoy empoi-
gnas cefte occafion qu'il nous prefentoit
Salua «* rt a P ro P os pour leur parler de la vraye
Relieion : ioint qu'outre que ce village
d O K 'arentin eft des plus grands & pins
peuplez.de ce pays là , ie voyois encores
ce me femhloit les Saunages mieux difpo
fez & attétifs à nous tfeouter que de cou
ftumc,ie priay noftre Truchcmet de m*ai
der* à lcui donner à entedre ce que ic leur
dirois,.Apres donc que pour refpondreà
la queftion du vieillard ie luy eu dit que
c'eftoit à Dieu auquel nons auions adref-
{é nos prières: & qucquoy qu'il ne le vit
pas il
à* &n*ionitr
ie Vïay
t,E l'AMERIQJÏ- 285
• as il nous auoit non feulement bien en-
Fédus 3 mais qu'aufsi il fauoit ce que nous
penfions & anions au cœur , 1e commet
çay à leur parler dé la creation du mode:
Sur touï i'inliftayfur «point de leur
bien faire entedre que ce que Dieu auoit
fait l'hôme excellent par defius les autres
creatures eftoit afin qu'il glonfiaft tant
plus fô créateur: adiouftat par ce q nous
leferuiôs^u'ilnouspreferuoitentrauer
fat la mer pour les aller voir,fur laquelle
nous demeurions ordinairement 4. ou 5.
Lis fâs mettre pied à terre.Séblableme
qu'à cefteoccafiô nous necraignosj>oint
come eux d'eftre tormetez d Jtgna.m^
cefte vie ni en l'autre-.de faço leur difoi ie
que s'ils fe vouloyét côuertir des erreurs
ou leurs Caraibes méteurs les detenoyet.»
«nfemble delaifler leur barbarie pour ne
plus mâger la ebair de leurs ennemis que
ils auroyentles mefmes graces qu ils co-
noiffovét par effectue nous amons.Bref
afin que leur ayât fait entedre la perdmo
de l'homme nous les préparions a rece
uoir Iefus Chrift,leur baillant toujours
des côparaifôs de chofes qui leur eftoyet
co^nuesnous fufmesplus de : z.heurei *«•*££»
cefte matière de iacreation,do t pour brie -(-
«été iene feray ici plus 15g **«««• P? £££
tous preftans l'oreille,auec grade admira {^
tion efcoutoye-tattétiueme-t de manière
a8 4 HISTOIRE
qu'eftans entrez en esbahifTemcntde ce
quils auoyent ouy , il y cut vn vidl , aR ,
qui prenant la parole dit: Certainement
vous nous auez dit merueilles , & chofes
très bonnes que nous n'auiôs iamais en-
tendues: toutes/bis, dit-il, voftre haren-
gue m a fait remémorer ce que nous auôs
I?!™* ° Uy rCC " Cr beauco "P de fois à nos grâds
&£. f cres: f cirque dés long temps I dés
le nombre de tât de Lunes que nous n'en
auons peu retenir le conte, vn Mair,c'è&
a dire François ou eftranger veftu & bar-
bu comme aucuns de vous autres , vint
en ce pays ici, lequel pour les penfer ren
ger a 1 obeiflànce de voftre Dieu , leur
tint le mefme lâgage que vous nous auez
maintenant tenu : mais comme nous te
nons aufsi de pères en fils , ils ne le vou-
lurent pas croire: & partant il en vint vn
autre qui en ligne de malediâion leur
bailla 1 efpee , dequoy depu.s nous-nous
lommes toufiours tuez l* V n l'autre-telle-
ment qu'en eftans entrez fi auant en pof-
lefs 3 on,fimaintenantlaiiransnofrrecou-
Itume nous defiftions , toutes les nations
qui nous font voifines fe moquerovent
de nous. Nous repliquafmes la deffus a-
uec grande vehemence, que tant s'en fal-
lut qu'ils fe deufTent foncier delà gau-
diffene des autres , qu'au contraire s'ils
vouloyent adorer & feruir comme nous
le fcul
de l'a m e m oy e. »B|
le feul & grâd Dieu du ciel & de la terre
oue nous leur annôciôsyfi leurs ennemis
pour ceft occafion les venoyet puis après
attaquerais les furmonteroyent & vam-
croyent tous. Somme par l'efficace que
Dieu donna lors à nos paroles,nos Ton-
cHPinambaottlts furent tellement efmeus,
que non feulement pluneurs promirent ^^
d'orefenauant de viure comme nous leur prmetur
anions enfeigné, & qu'ils ne mangeroyet*™*^
plus la chair humaine de leurs ennemis: deVù»
mais aufsi après ce colloque (lequel corn gjgj*
me i'ay dit dura fort long temps ) eux fc
mettans à genoux auec nous > l'vn de no-
ftre compagnie 5 en rendit graces à Dieu,
fit la prière à haute voix au milieu de ce
peuple, laquelle en après leur fut expo-
fee par le Truchement. Cela fait ils nous
firent coucher à leur mode dans des lids;
de couton pendus en Pair : mais auât que
nous fufsions endormis nous les ouif-
mes chanter tous enfemble , que pour fe
venger de leurs ennemis il en falloit plus
prédre&pP mâger qu'ils n'auoyét iamais
Fait. Voila l'incôftace de ce poure peuple*
bel exëple de la nature corrôpue de Tho-
me. Toutesfois i'ay opinion que fi Ville-
gagnon ne fe fuft reuolté de la Religion
rcformeej& que nous fufsions demeurez
plus long temps en ce pays là , qu'on ea
euft attiré & gagné quelques vns à lefus
Chrift.
;
iSS Histoire
Or i'aypenfé depuis à ce qu'ils nous
auoyent dit tenir de le ur deuancicrs,quc
ily auoit beaucoup de centeincs d'an-
nées qu'vn Mair 9 ce& à dire(fans m'arre-
fter,s'il eftoit François ou Al em and) ho m
me de noftre nation ayant efté en leur
terre leur auoit annoncé le vray Dieu,
affauoirfiç'auroit point elle l'vndes A-
poftres.Etdefait,fans approuuer les ii-
Ures fabuleux qu'outre ce que quela pa-
role de Dieu nous en dit,on aeferit de
H.**. 4 i leurs voyages &peregrinations,Nicepho
re recitant l'hiftoire de faint Matthieu,
dit -expreffément qu'il a prefché l'Euan-
gile au pays des Cannibales qui mâgent
les hommes , peuple non trop eflongné
de nos Amcriquains. Mais me fondant
pfalM? beaucoup plus fur le paflagede faint Paul
Ro.xo.i8 tire du Pfçaume:aflauoir 5 Leur fon eft al-
lé par toute la terre & leurs paroles iuf-
ques au bout du monde, qu'aucuns bons
expofiteurs rapportent aux Apoftresrat-
tendu di-ie que pour certain ils ont efté
en beaucoup de pays lointains à nous in
€ogneus,quel inconuenient y auroit-il
de croire que Tvn ou plufieurs ayentefté
en Ja terre de ces Barbares ? Cela mefmc
feruiroit de l'ample expofition que quel-
ques vns requieret à la fentencc'de Iefus
Bfiât. 14. Chriftlcquel a prononcé que l'Euangile
ï 4 . feroit prefché par tout le monde vnuier
fe!
DE l'aUIRI^ 2^7
fcl Ce que cependant ne voulant point
autrement affermer pour fefgard dute'ps
des Apoftres.i-affeurerayneâtmoins, que
ainfi que i ay môftré ci deffus en celte • hi-
qu'outre que i'obiecuo qu .... „,. -
ce paffage fera foluepar ce moye, encores ^
y a il cela que les Sauuages en ferôt redus
plus inexcufables au dernier lOur.Q^ant
àPautre propos de nos Amenquains tou -
chant ce qu'ils croyent que leurs p rede-
cefleurs n'ayâs pas voulucroire celuy qui
les voulut enfeigner en la droite voye , il
en vint vn autre .qui.à caufe de ce refusles
maudit,& leur dôna l'efpee dequoy ils le
tuét encores tousles lours.Nousliloscn
1» ApocaplifcQtfà celuy qui eftoit afsis
fur le chenal Rolix lequel, felon l'expo- Ap^.v.
fmon daucuns , fignifie perfection par
feu & par guerre , fut donne pouuoir
d'ofter la paix de la terre & qu'on fe tuaft
l*vn l'autre , & luy fut donne vne gran-
de efpee. Voila le texte lequel quanta
la lettre approche fort du dire & de ce
que pratiquent nos rouoMptnamhultst
toutefois craignant d'en deftourner le
vray fens, & qu'on n'eftime- que le
recerche les chofes de trop loin , i en
laifferay faire l'application a d au-
tres.
288 HIS TO Ï RE
Or me reflbuuenat encores dVnexepIe*
qui feruira aucunement pour monftrer
que fi on prenoi t la peine d^enfeigner ces
natiôs desSauuages habitas en la terredu
Brefil, elles font aflez dociles riour eftre
attirées à la cognoiifarxe de Dieu , iele
mettrayici enauant. Comme doncquex
;pour aller quérir des viures & autres cho
{es neceflaires 5 iepaflay vn iour denoftrc
fort & de noftre Iflcen terre fej me, fuyui
que l'eftois de deux de nosSauuages7V#-
pnemquins->§L d vn autre de Ja nation nom
iîiee Oit'êanen tqui leur eft alliee)lequel a-
auec fa femme eftât venu vifiter Çqs amis
s x en retournoiten fon pays:ainfi qu'auee
eux ie palfois à trauers d'vnë grade foreiî*
cotêplant tant de diuers arbres 3 herbes&:
fleurs verdoyantes & odoriférantes : en-
femble oyant le chant de tant d'oyfeaujc
rofsignollants parmi ce bois ou le foleii
donoit 5 mevoyâtdi-iecomecôuiéàlouër
Dieu par toutes fes chofes , ayant d'ail-
leurs le cœur gay ie me prins à chanter à
haute voix le Pfeaume 104 JSus fus mon
zme il te faut dire bien &c. lequel ayant
pourfuyui tout au long: mes trois Sauua
ges 66 la femme qui marchoyent derrière
moyyprindrentfi grand plaifir (c'eftà
dire au fon , car au demeurant ils n y cn-
tendoyent rien) quequandi'eu acheue,
Vouçanen tout efmeu de ioye auec vne fa
ce riante
de l'ameuoje- *39
te riante s'aduançant me dit . Vrayement
tu as mcrueillculement bien chanté: mef- *g£ <•
mes ton chant efclatant rn ayant fait tef- <&deman~
fouucnir de celuy d 'vue nation qui nous %££
eft voifine & alliée , i'aty cfté bien loyeux
de t'ouir. Mais me dit-il, nous entendons
bien fon langage U non pas le tien » par-
quoyietepriedenous direcedequoy ilà
efté queftion en ta châfon. Ainli luydecla
rant le mieux que le peus(car i'cftoislors
feul François & en deuois trouucr deux
corne ie fis au lieu ou i'allay coucher)que
i'auois nô feulemet en general loué mou
Dieu en la beauté & gouuernemét de ces
créatures: mais qu'au ffi en particulier ie
luyauois- attribué cela, quec'eftoit luy
feul qui nourriffoittoiis les hommes -&
tous les Animaux : voire faifoit croiftre
les arbres, fruits & plantes quieftoyenc
par toutle monde vniuerfel:& au furplu*
queceftechanfon que ie venois de dire
ayant eftédi&ee par l'efprit de ce Dieu
magnifique duquel i'auois celebréle nom
auoit efté premièrement chàtee il y auoit
plus de. dix mille Lunes par vn de nos
errands Prophètes, lequel Pauoitlaiflee à
h pofterité pour en vfer à mefme fin.
Bref comme ie réitéré encores, que fans
couper le propos, ils font meriieilleiife-
ment attentifs à ce qu'on leur dit 3 après
qu'en cheminantTefpace de plus de de-
T
z 9° HISTOIRE
mie heure luy& les autres eurent ouy ce
difeours vfansde leur interie&ion desba-
hiffement Tehl ils dirent. O que vous au-
tres Maïrse&cs heureux de icauoir tant
ct^fl dc fecrets q«i font cachez à nous chetifs
fc«r *««- & poures miferabies.Tellemét que pour
*'^* w '' m* congratuler en me difant,voila pour-
ce que tu as bien chanté, il me fit prefent
d Vn Agoti qu'il portoit ) cell à dire d Vu
petit Animal lequel i'ay deferit cy deffus.
Afin doneques de tât mieux prouuer que
ces nations de l'Amérique quelques Bar
bares & cruelles qu'elles foyent enuers
leurs ennemis,nc font pas fi farouches,
qu'elles ne confiderct bien tout ce qu'on
leur dit auee bonne raifon , i'ay bien en-
cores voulu faire cefte digrefsion. Et de
fait quant au natiwelde rhomme,iemain
tien qu'ils difeourêt mieux que ne fontla
plufpart des pay fâs,voire que d'autres de
par deçà qui penfent eftre bien habiles.
Rcfte maintenant pour la fin que ie
touche la queftion qu'on pourroit faire
fur cefte matière que ie traite : affauoir,
$*ejix d '° U P cu " c ï n cft ^ defeendus ces Sauna-
do» peu . ges. Il eft bien certain en premier lieu
7"nt e ^ s{ont ^ s dc l'vndes trois fils de
Us 6«hu* Noe,mais d affermer duquel, d'autftt que
*"■ cela ne fe pourroit prouuer parrEfcritu-
re faîntei'ni mcfmes ie croy par les hiftoi
res prophanes,il eft bien malaifé. Vray
eft
DE L'aMERïOVE, -29Ï
éftque Moyfefaifant mêtion des enfans
de Iaphet,dit que d'iceux furent habitées
les Iiles:rnais parcel comme tous expo-
fent)qif il eft iu parlé des pays de Grèce
Gaule,Itahc,& autres regions de par de-
cà,lefqueiies d'autant que la mer k$ fepa
rede lu dec ou eiloit Moyfe, font appel-
lees I!les,il n yauroitpas grade raifon de
l'entendre^! de lAmerique 3 nides terres
continentes à iceHe. De dire aufsi qu'ils
foyent venus- de Sem 5 dont eft iflue la fe-
mence benite 5 ie eroy pourplulieurs eau-
fes que nul ne Taduouera. Doutât donc-
ques que quant à ce qui concerne la vie
future c'eftvn peuple maudit & deJaiflé
de Dieujs'il y en a vn autre fous le ciel, il
femble qu'il y a plus d'apparëce de côcîu
re qu'ils foyent defeendus de Cham : &
voicia mon aduis la conie&ure plusvray
femblable qu'on pourroit amener. Ceft
lors que lofué, felon les promefïes que
Dieu auoit faites aux Patriarche^ corne
ça d'entrer & prêdre poffcfsio.de la terre
âe Chanaâjl'Efcriture tefmoignatqueîes
peuples qui y habitoyët furet tellemët ef
pouuantez que le cœur défaillit à tous:il
pourroit eftre(ce que iedi fous corrediô)
que les Maieurs & Anceftres de nos A-
meriquainseftanscliaffez par les enfans
d'Ifrael de certaines côtreesde cefteterre
deChanaajS'eftasmisdasquelcjSvairTeaux
T z
1,1.:
2>9 X HISTOIRE
à la merci de la mer auroyent efté iette^
& feroyent aborder en celle terre du Bre
fil.Etde faitrEfpagnolautheur de llii-
ftoire générale des Indes (homme bien
verfe'aux bonnes feiences quel qu'il foit)
eft d opinion que ks Indiens du Peru,
terre continente de l'Amérique font des-
cendus de Cham, & ont fucc edé à la ma-
li.f. cha. ledidion que Dieuluy donna.Chofe auf
ZT 7- fï,comme ie vien de dire, que i'auois pen
fee & eferite es mémoires que ie fis de
la prefente hiftoire plus de feue ans au-
parauant que i'eufie veu fon liure . Tou-
tefois par ce qu'on pourroit faire beau-
coup d'obie&ions là deffus,n'en voulant
affermer autre chofe,i'en lairïeray croire
à vn chacû ce qu'il luy plaira. Mais quoy
que s'en foit tenant pour tout refolu que
ce font pouresgens venus de la race cor
rompue d'Adam, tant s'en faut que les
[ ayant confidere* ainfi defpourueus de
tous bons fentimens de Dicu.ma foy(Ja-
quelle Dieu merci eft apuyee d'ailleurs)
ait efté pour cela csbranlee: moins qu'a-
uec les Atheiftcs & Epicuriens i'aye con-
clude qu'il n'y a point de Dieu?, ou bie
qu'il ne fe meflç point deshommes,qu'au
contraire ayant fort clairement cogneu
en leurs perfonnes la difference qu'il y a
entre ceux qui font illuminez par le S.
Efprit & parl'Efcriture fainte, &ceux
qui .
D E L'AME RIQJE- 2 95
qui font abandonne z à leurfens & laifîez
en leur aueuglemcnt ,ïay eftc beaucoup
plus conformé en l'affeurance de la vente
de Dieu.
CHAP. XVII.
Tin <jMariage J 'olygamie: & degrade an
fangmnité obferue\far les Saunages : & du
traitt ement de leurs petis enfans.
O v c H a n T le mariage de
nos Ameriquains, ils obfor-
uent feulement ces degrez
„, de confanguinité:que nul ne
MM prend fa mere , ni fa fœur,ni nité.
fa fille à femme : mais quant à l'oncie il
prend fa niece,& autrement en tous les
autres degrez ils n'y regarder rien. Pour
i'efgard des ceremonies , ils n'en iront
point d'autres , finon que ccluy qui vou-
dra auoir femme ou fiîle,apres auoir iccu
fa volonté , s'adreffant au pere,& au dé-
faut d'iceluy aux plus proches parens d i
celle, demandera fi on luy veut bailler v-
ne telle en mariage. Que fi on refpond
au'ouy,dés lors , fans pafler autre con-
trau.car les notaires n'y gagnent rien , il
Fa tiendra auec foy comme fa femme. Si
on luy refufe fans s'en formaliser autre-
T 3
Degyezjle
confangut
z î>4 Histoire
ment il f e déportera. Mais note* que
«./ï m en auoi.t huit.Et ce oui P fl,./£ ,, ??
**»*«/■ entre fpft*»m,,i • ? J ^«merueillable
*!""«** nnï cc?fle . n,u, t»«dc de femmes.encores
Ueeatr» 9 U " 7 en ai t tOlïfion r-e „„„ ' jV . ure S
fc/™*,du mar,' fai \ tcu,ÎOlus ™e mieux aimée
■W, J"n f!" > 7a *** P ° Ur Cela 'vautres
n en feront po^txaloufes, ni n'en mur-
aucun ri?" moin «* , « «nobftrcront
aucun femblant, teJJemêt qu'elles s'occu
pan S toutes à f aire leur JfnJ e l£? c
couton^llerauxnrdins^pSf;^
«ci„e.,eII M viuetenfemble en v," "L
fd"X; e T Surguoyielaiffe ^--
«aeieravn cbacun.quandmefmes il n*
£roit point défendu par la P TroJe d"
^'eudeprendreplusd'vne femn ° sï
S accorr/ SibJe ^ Ue Cdics de P" deçà
* accordaient de celte façon. pi ufto >!
me au. Y Ga , de ^
te grabuge de „oifes & de Hottes qu\
ieioit: tefmoin ce qui aduint à Iacob
ss prins Lea & Rad -i. sâ
*?, r ^^Pourroyent elles endurer
plufieursenfemblcveu que bien fou
«entaa lieu que celle fc«?c q Ue Dieu I
ordonné
DE l'aMERIQJE. 295
ordonné à l'homme pour luy eftre en ai-
de & pourlerefiouirluy eft comme vu
diable familier en la maifonîPour donc
ques retourner au mariage de nos Amé-
ricains l'adultere,du coite des femmes r^«;«
leur eft en tel horreur, que fans qu Us , ntrt -
ayét autredoy que celle de nature, fi quel i^miq,
qu'vne mariée s'abandonne à vn autre
qu'àfonmary, ila puhîance de la tuer:
ou pour le moins de la répudier Se reu-
uoyer auec honte. Il eft vray que les
pères & parens auantque marier leurs
Elles ne font pas grande difficulté de
les proftituer au premier venule ma-
nière qu'ainli que i'ay la touche autre-
part , encores que les Truchemens ae
Normandie auant que nous faisions
en ce pays là en euffent abufez en plu-
fieurs villages, pour cela elles ne rece-
uoyent point note d'infamie; toutestois
eftans' mariées, à peine comme i'ay dit,
d'eftre affommees ou honteufement ren-
uoyees,qu'elîes fe gardent bien de trel-
bucher.
le diray dauantage que veu la region
chaude ou ils habitent, & nonobftant
ce qu'on dit des Orientaux, que les..
ieunes gens à marier tant fils quefilles de
cefte terre ne font pas tant adôncz apail-
lardife qu'on pourroitbtê p.éfer:& pleuit
à Dieu qu'elle ne regnaftnô pluspardeça.
* 4
*9 6 HISTOIRE
itt felZÏnr r e , fcm,nC j ft g rofl ' e ^'enfant,
^'«" 6&V„ fc r ulemenr Reporter quelques
««.„„.. fardeaux pefans , elle ne laitfera pa? au
'*■"*■ ^eurant ^ faire fa befongneoSoa?
renomme de fanjes ftmm«° de no , r«
^«^W^trauaiJIàs fans oôpajfot
pus que Jes homes IefqaeIs,cxccK ue ?
2"" """««C& non au chaut lu iour
qu ils coupent & eflertent du bois pou^
faire les iardûis , ne font »,,! P
cHofequ'alIeràiaguertTàf;; ^"f!
feVo'ue ,v r meS , dep,UmCS & autr " cho
les que i ay fpecinees ailleurs, dont ils fe
parentlecorps.Touchantrenfanîement
voie» ce que fen puis dire pour ïZTr
veu.fcftant vne fois couche' en vn vi lZ e
auec vn autre François : comme enutfn
«ansdeSa Sffn „ JL«^ 7 «tans loudamemet
«. **,. ««""isnous trouuafmes q UC ce n'efeoit
p s cela: mais que Je trauail d'enfan o
^^ftouhfixfoit crier de cefte façon
Tellement que le vis moy-mefme le «
lequel après auoir receu/enfant ent/efes
brasUuyayanrpremieremétnoue'iepedt
bovau du nôOnl , il le coupa puis an? 2
bellesdents. En fecôdlieu^uâ d ?S 4
fcmme 5 a„lieu que celles depar deçà poK
DE L'aMERIQJ E. 297
plus grande beauté tirent le nez aux en-
fans usuellement naisjuy au contraire ^. £
(parce qu'ils les trouuentplus îohs <$xzûp mtf „„
ils font camus) enfonfa & efcrafa auec \tfit,
pouce celuy de fon hlsrce qui fe pratique
enuers tous les autres. Comme aufsi h
toft que le petit en fant eft forti du ventre
delamere,eftantlaué bien net, il eft tout
incontinent après peinture de couleurs
noires & rouges par le pere.lequel au I ur
pIus,fansl'emmail!oter,lecouchantdans j
va lid de coton pe'du en l'air,luy fera vne £*Jg
petite cfpee de bois,vn petit arc & de pe^,
tites flefehes empênees de plumes de Per
roquets: ce que mettât auprès de Ion en-
fant , en le baifant auec vne face loyeuie
luy dira.Eftant venu en aage , ahn que tu
te venges de tesennemis,fois adextre aux
armes,fort vaillant 5 & bien aguerri. Tou-
chant les noms , le père de celuy que le
vis naiftre le nomma Orapacen, Celt a di-
re l'arc & la cordercar ce mot eft compo-
fé iOrapat qui eft l'arc , & de Ce» qui il- ^ nh
unifie la corde d'iceluy. Et voila comme wte i
fis en fôt enuers tous les autres aufquels, Vm /-
tout ainfi que nous faifons aux chiens &
autres belles de par deçà , ils baillent in-
diferemment tels noms des chofes qui
leur font cognues: comme Sangoyqm elt
vn Animal à quatre pieds : Arignm vne
poule : jirahutenl'itbte deBrefii: <P*»^
2 9 8 HISTOIRE
bhb e L vne grande herbc ' & autres <***-
Pour l'efgardde la nourriture ce fe-
ra quelques faunes mafchees & autres
~T£ I""?" f ?, U te i res au « Je laid de la me
fil r f. > la 1 ueli e au furplus ne demeurant or-
dinairement qu'vn jour ou deux en la
coucne prenant fon petit enfant pendu
a fon col dans vneefcharpe de coufon fai
te exprès pour cela,s'en ira au Jardin ou à
. quelques autres affaires. Ce que iedi fans
defrogera la couftWdes dames de par
dcça,lefqueiles outre qu'elles demeurent
icplusfouuent quinze iours ou trois fe-
maines dans Je liée , encores pour la plus
part fontellesfi délicates queVansauoï
aucun mal qui les peut empefchcr,au lieu
de nourrir leurs enfans comme font les
tanmesSauuagesCou pour leur faire plus
de honte ainû que les petits oifelets &
belles brutes font leurs engeances! dies
eur iont fi inhumaines, que il toft qu'el-
les en f ont ae li urees , olh cl]es ]es cni j
filoiu que s'ils ne meurent ieunes fan s
rut r c A^ chcntricn 'P ouriemoi ^
xaut-iJ q^ils foyent grands pour Jeur do-
ner du paffetemps auât qu'eiies les vucil-
ient lourmr auprès d'elles.
Or retournant à mon propos , quo y
qu on tienne communément par deçà que
files
;det
DE l'asvieriqve. ÏP9
fi les enfans en leur tcndreur& premie
xe ieunefle n'eftoyent bien ferrez & em-
maillotez ils feroyentcontieraits & au-
royent les ïambes corbees,iedi qu enco-
res que cela nefoit nullement pratique £nfms(
à l'endroit de ceux des AmeriquainsTlef -s^^
quels ainfi que i'ay ta touche des leur nail ^
fance font tenus & couchez fans eftre en
uelopez)que neantmoins il n'eft pas poi-
fiblede voir enfâs cheminer ni aller plus
droit qu'ils font.Surquoy concédât bien
que l'air doux & bonne téperatute de ce
Jays la en eft caufe en partie, i'accorde
qu'il eft bon en yuer de tenir par de-
çà les enfans enueloppez , couuerts Se
bien ferrez dâs les berceaux,parce cju'au-
tremét ils ne pourroyent refifter au froit:
mais en Efté, voire es faifons tempérées,
principalement quand il ne gelé point, il
me femble ( fous correction toutesfois)
par l'expérience que i'eri ay veué qu'il
vaudroit mieux laiiTer au large gambader
les petits enfans tout à leur aife parmi
quelque façon de lift qu'on pourroit hu-
re dont ils ne fauroyent tomber , que de
" les tenir ainfi tantde court.Et de fait i'ay
opinion que cela nuit beaucoup a ces po
u'res petites & tendres creatures , d'eitre
ainfiprefquesàdemie cuites durant les
grandes chaleurs dans ces maillots ou on
fes tient comme en la géhenne- Toutes
300 HISTOIRE
fois afin qu'on ne dife que ie me méfie de
trop de chofes,lairTant ks pères , mères,
& nourriffes de par deçà gouuerner leurs
enfas,ie retourneray à parler de ceux des
femmes Ameriquaines . Ainfi outre ce
que l'en ay dit,i'adioufte que combien
qu'elles n ayent aucuns linges pour tor-
cher de derrière de leurs enfans , mef-
mes qu'elles ne fe feruent non plus à cela
des fueilles d'arbres & d , herbes,dont el-
les ont cependant grande' abondance,
neâtmoins elles en font fifoigneufes,que
ieulemét auec de petis bois qu'elles rom
pent comme petites cheuilles', elles les
nettoyent fi bien que vous ne les verriez
ïamais breneux . Ce cju'aufsi font les,
E&rsu g ra »ds, lefquels combien qu'ils piffent
vus nm*. P armi leurs maifons(fans toutefois à eau
IZ fated™ feus qu'ils font en plufieurs en-
«' droits, & qu'elles font comme fable/es
que cela fente mal) vont cependant
fort loin faire leurs excremens . Dauari-
tage encores queles Sauuaees ayent foin
de tous leurs enfans, defquels il ont corn
taedesformilicresjfi cft-ce neantmoins
qu'a eau fe delà guerre en laquelle entre
eux il n'y a que ks hommes qui combat-
tent, & qu'ils ont fur tout la vengeance
contre leurs ennemis en recommâdation
les malles font plus aimez queles iemd-
ks. Que fi on demande maintenant plus
outre
loi
DE L'A M E R I QJ E* 3
outre : affauoir quelle erudition ils leur
baillent, & que c'eft qu'ils leur appren-
nent quand il font grands: ie refpon à ce-
la que corne on a peu recueillir ci deflus,
tantes huitième, quatorzième & quinzie
me chapitres, qu'ailleurs en cefte hiftoire
ou partent de leur naturel , guerre & fa-
çons démanger leurs ennemis>i'ay mon-
ftré à quoy ils s'appliquent qu'il fera aifé
à iu^er (n'ayans entr'eux colleges ni au-
tre moyen pour apprendre les feiences
bonnettes , moins en particulier les arts
liberaux)que comme vrais fucceffeurs de
Lamech,deNimrod,& d'Efau qu'ils font gM-*3*
leur meftier ordinaire eft (tant grand que ; "
petit ) d'eftre non feulement chaffeurs & GcC u$ A tii
guerriers, mais aufsi tueurs & mangeurs binaire
5 D des UuuM,
d'hommes. g€U
Au furplus pourfuyuant à parler du
mariage des ToHoupinam^aoubs autant
que la vergongne le pourra porter,i'affer
me^contre ce qu'aucuns ont imaginé,que
les hommes d'entr'eux gardans Thonne-
fteté de nature, 8c nayans iamais publi-
quement la compagnie de leurs femmes,
font non feulement en cela à préférera
ce vilain Philofophe Cinique, qui trou-^?«^
uéfur le fait au lieud'auoir hôte dit qu'il deeésma-
plantoit vn homme, mais qu'aufsi ces^J^ 3
boucs puans q\i'on a veus par deçà de
noftre temps , ne fe point cacher pour
J02, HISTOIRE
cômcttre leurs vilenies font plus infâmes
qu'eux. U y a d'auantage qu'en tout l'ef-
pace (Tenuiron vn an que nous demeuraf
mes en ce pays la,frequentans parmi eux»
nous n'auons iamais veu les femmes a-
uoir leurs ordes fleurs. Vray eftquei'a'y
irf^rir °pi nlon qu'en Jes diuertiiîant elles ont
renames, vne autre façon âe le purger que n'ont
celîes de par deçà: car fay veu des ieunes
filles en f aage de douze à quatorze ans
lefquelles les mères ou parêtes faîfantte
nir toute deboutpieds. ioints fur vne pier
re de gray leur incifoyêt iufques au fang
auec vne dent d'animal trenchante com-
me vn coufleau, depuis le delTous def aif-
felle tout le long de Tvn des codez & de
la cuifle iufques au genouil : tellement
que ces filles auec grandes douleurs en
grinçant les dents faignoyent ainil vne
efpace de temps:& penfe,comme i'ay dit
que desle^commencement elles vfent de
ce remède pour obuier qu'on ne voye
leurs pourctez.Que fi on réplique la del-
fus^ainfi que les Médecins & autres plus
feauans que moy en telles matières pour-
royent bien fairercomment fe pourra ac-
corder 5 qu'elles eftans mariées Coyent il
fertiles en enfans,veu que cela celTant
aux femmes elles ne peuuent conceuoir,
ni engendrer : fi on allègue di-ic que ces
chofes ne peuuent conuenir ïvnç auec
l'autre,
DE l'aMERIQJE. 303
l'autre , ie rc'fpond que mon intention
n'eftpasni.de foudre celle queition , nî
d'en dire dauantage. <
Au refte i'ay refute ci deilus,a la hn du
huitième chapitre , ce que quelques vns
ont cfcrit & d'autres penfé,que la nudité
des femmes & filles Sauuages,incite plus
les hommes à paillardife que fi elles e-
ftoyent habillées : comme aufsi ayant la
déclaré quelques autres poinds concer-
nans la nourriture, meurs & façons de
viure des enfans Ameriquains , afin de
fuppleer à vne plus ample dedu&ion
que le Ledeur pourroit requérir en ce
lieu touchant celle matière , il faudra s'il
luyplaiilqu'il y ait recours.
CHAP- XVIII-
Ce cjvion peut appeler Loix & Police ci-
uile entre les Saunages: Comment ils traitent
& recoymnt humainement leurs amis qui les
vont vifîter:& desgrands pleurs que les fem-
mes font a leur arnuee & bien venue.
V ant à la Police de nos
Sauuages,c'eft vne cîîofe in
croyable , & qui ne fe peut
dire fans faire honte à ceux
qui ont les loix diuines &
itinans en
Vnion.
304 HISTOIRE
humaines comme eftans feulement con-
Saunas duits par leur naturel j quelque corrom-
pu qu'il foit , s'entretiennent & viuent fi
bien en paix les vus auec les autres. I'en-
ten chacune nation entre elle mefme>
ou celles qui font alliées par enfemble:
car quant aux ennemis, il a efté veu com-
ment ils font traitez. C^ue fi toutesfois il
aduient que quelques vns querellent ( ce
qui fe fait &fcu fouuent que durant près
d'vn an que i'ay eftx auec curt ie ne les ay
veuiamais debatre que deux fois) tant
s'en faut que les autres tachent de les fe-
parer ni d'y mettre 1a paix^qu'aucontrai-
re quant les conteftans fe deuroyentere
lier les yeux Ivn l'autre, fans leur rien di
re,ils les laifleront faire. Toutefbis,fiau
i cun eft blerTc par fon prochain, & que ce-
luy qui à fait le coup foit aprehendé il en
receui a autant au mefme endroit de fon
corps par les prochains parens de Poffen
ce : & mefmes û la mort s'en enfuit ou
qu'il foit tué fur le champ , les parens du
deffund feront femblablement perdre la
*nïn P dês vie au meurtrier . Bref pour le dire en vn
h e miàdes mo t,vie pour vie,œil pourœil,dent pour
entre les • * . ., j • i r
Umages dent,&o mais comme 1 ay ditcela ie voit
fort rarement entre eux.
Touchant les immeubles de ce peuple
confiftans en maifons (& comme fay dit
ailleurs) en beaucoup plus de tresbon-
nes ter-
vu l'aMerïqje. 305
>lîc terre qu'il n en faudroit pour les nour
xir: quant au premier, fc trouuant; tel y.il
îage entr'eux ou il y a de cinq à fix cents
perionnes,encore*que piufieurs habuqt^f^
en vne meime mâ.ifon , tant y d. que cha- s nuages
que famille ( fans Reparation toutefois <^J
de chofequi puiffe empefchcr qu'on ne
voye d>n bout à l'autre de ces baftirnens
ordinairement longs de plus de foixante
pas } ayant fon rang à part : le mari a ûs
femmes & enfans feparez . Surquoy faut
noter (ce qui eft aufsi eftrange entre ce
peuple) que les Ameriquains ne demeu-
rais ordinairement que cinq ou fix mois
en vn îieu,emportans puis après les grof
fçs pieces de bois & grades herbes dcTm r^mumh
do dont leurs maifons font faites & cou- d \ s J f ^
uertes , changent ainfi fouuent de place menq .
leurs villages, îefquels cependant retien-
nent toufiours leurs noms anciens : de
maniefe que nous en auons quelque fois
trouuez d'efioîgnez des lieux ou nous a-
uios efté au parauant d'vn quart ou demi
lieuë.Ce qui peut faire iuger à vn chacun
puis que leurs tabernacles fontfiaifezà
tranfporter, que non feulement ils n'ont hi&.gen:
point de grands Palais eileuez (comme des Ind«
quelquVn a eferit qu'il y a des Indiens au l ^ ch **
Peru qui ont leurs maifons de bois fi biê °*
bafties qu'il y a des Sales longues de 150.
pas,5c larges'de 80.) mais qui plus eft que
$q6 HISTOIRE
que nul de cefte nation de Tououpinam^
baoultsàont ieparlé,necommcnce logis,
ni baftiment qu'il nepuifTe voir acheuer*
voire faire & refaire > plus de vingt fois*
en fa vie, Que fi vous leur denrâde* pour-
quoy ils remuent fi fouuent mefnage: ils
n'ont autre refponce, finon dire qu'en
changeât ainfidair,ils s'en portêtmieux*
& que s'ils faifoyent autremét que leurs
grands pcres,ils mourroyent foudainc-
ment. Pour Pefgard des champs& des ter
frr *j^"Tes:chacun père de famille en aura bien
pofedet en aufsi quelques arpens à part qu'il choi-
P arttcultcr fit ou il veut à fa commodité' pour faire
fon iardin & planter ces racines, mais an
reftede fe tant foncier de partager leurs
heritages moins plaider pour planter des
bornes , afin de faire les feparations, ils
laiflet faire cela aux enterrez, auaricieu*
& chiquancurs de par deçà.
Quant à leurs meubles , i'ay ia dit en
plufieurs endroits de cefte hiftoire quels
ils font : afiauoir (pour en faire vn fom-
maire)des lits de coto, qu'ils zppclctlnâ)
faits les vns en manière de R ets ou filets
à pcfcher,& les autres tiflus comme gros
caneuats ; mais cftans pour la plufpart
longs de quatre, cinq ou fix pieds, & d'v-
ne braffe de large,plus oumoins,tous ont
deux boucles aux deux bouts faites aufsi
de couton, aufquclles les Sauuages lient
des
B E L' A M E R 1 QJ Ï." 3°7
«tes cordes pour les attacher Rendre en £■£
l'air à quelques pieces de bois miles en SmMl „
trauers expreffément pour ceft effet en
leurs maifons . Que fi aufsi ils vont a la
euerre , ou qu'ils couchent par les bois a
la chaffe, ou fur le bord de la mer, ou des
riuieres à la pefcherie.ils les pendét lors
entre deux arbres.
Au demeurant les femmes qui ont tou
te la charge dumefnage, font force Can-
nés & grands vaiffeaux de terre pour tai- v ^, MKt
rc & tenir le'bruuage dit Ç«m\ fcmbla- ;«<;
blement des pots à mettre cuire , tant de^^,,,,
façon ronde qu'ouale: des pefles moyen- t-i»fim
Hes & petites , plats & autre vaiflellc de
terre,laquelle côbien qu'elle ne foit guè-
re vnic par le dehors , eft neantmoins fi
bien polie & comme plombée par le de-
dans de certaine liqueur blanche qui s'en
durcit,qu'ii n'eft pofsiblc aux potiers de
par deçà de mieux accouftrer leurs pote-
ries de terre. Mefmcs ces femmes, fa ifant
quelques couleurs grifaftres propre à ce
la,auec des pinceaux font mille petites
gentileffes, comme guilochis, lacs d'a-
mours, & autres drôleries au dedans de
ces xaiffelles de terre, principalement en
celles ou Ion tient la farine & les autres
viâdes:defaço qu'on eftferui aflez hône
ftemêttvoire diray plus que ne font ceux-
oui fefcruét de vaifîelle de bois par deçà,
?o8
H ï S T O I ft H
Vrafeft qu'il y a cela de défaut en ces
pcintrèffes : c'eft qu'ayans fait auec leurs
pinceaux ce qui leur fera Venu en la fanta
Bçi fi vous les priez puis apresd'en faire
de la niefme forte , parce qu'elles n'ont
point d'autre proiet ? pourtrait,ni crayon
que la quinte effence de leur ceruelle qui
trote,elles ne fauroyét cotrefaire le pre-*
mier . ouuragé : tellement que vous n'en
Verrez iamais deux dç mefrne façon.
Au furpius, corne i'ay touche ailleurs., 1
.nos' Sauuages ont des Courges & autres
t^P & 'gros fruicls mipartis & creufez , decjuoy
frfrjfâ'ifë font tant leurs ta fies à boire qu'ils ap
pHëht'^Wï, qu'autres petits vafes dot ils
le feruent à autre vfage. Sembîablement
certaines fortes de grads & petits coffins
flmcrs & & paniers faits & tiflus fort propremét,
les vns de Iocs 5 & les autres d'herbes iau-
nes comme glï ou paille de froment , lef-
. quels ils nomment Tanacon? & tienne t la
farine & ce qiiiîeur plaiftcledans. Tou-
chant leurs armes 5 habits de plumes, l'en-
gin home par eux Mœraca>Sc autresleiîrrs
vtenciles, parce que i'en ay ia faiéi la de-
feription en autre lieu,àcaufe de brictie-
té ie n'en ferày ici autre mention . Voila
donc les màifons de nos Sauuages faites
& meublees:& partant il eft temps de les
aller voir au logis.
Pour donc prédre cefte matière vn peu
de haut
Dfi l'a M E R. I CLV b. 5°9
dehaut,côbien que nos Tonoup.teqoyuet
fort humaineme't les cftrangers anus qui £~*.
les vont vifiter>fi eft « neâtmôms que les h ^ im .
François & autres de par deçà qui n'ente «,«/»
dent pas leur langage fe trouuent du c<v *"* r
mcnccment merueilleufement eftonnez
parmi eux.Et de fait la premiere fois que
ie les frequentay , qui fut trois femames
après que nous fufmcs arriuez en l'Iile
de Villegagnô quvn Truchemét me me-
na auec luy en terre ferme en 4. ou 5. vil-
lages: quand nous fufmes arriuez.au pre-
mier nomme' Yœbouracicn lâgage du pais,
& par les Frâçois Pepin(à caufe a'vn Na-
uire qui y chargea vne fois dont ie mai,
ftre s'appeloit ainfi ) lequel n'eftoit qu a jui/à»
deux lieues de noftre Fortune voyattout^.^
incontinent enuironnédes Sauuages,qui^«,w^
me demandoyét <jMarape-derertt,isl>fara- *™£ n
p»-derere,c°eû. à dire comment as tu nom, fiuquaf*
commentas tu nomfàquoy pour lors &%££.
n'entendois que lchaut Alcmand) & au
refte l'vn prenât mô chapeau qu'ilrnit fur
fa tefte, l'autre mon efpee & ma ceinture
qu'il ceignit fur fou corps tout nud.,1' au-
tre ma cazaque qu'il veftit: eux , di-ie,
m'efiourdiffans de leurs crieries, courans
de cefte façon parmi leur village aueemes
hardes,nô feulemét ie penfois auoir tout
perdu,mais aufsiie ne fauois ou i'éeftois .
Mais comme l'experkncè memôftra plu-
3IO HISTOIRE
plufieurs fois dcpuis 5 ce n'eftoitque faute
de fauoir leur manière défaire: carfaifât
de mefmeà tû> ceux qui les vifitêt,& prin
cipalemet à ceux qu'ils n'ont point encor
reus,apres qu'ils fe fot vn peu ainfi iouefc
des befongnes qu'ils ontprinfes,ils rap-
portât & rendéc le tout à ceux à qui elles
appartiennent, La deffîis le Truchement
m'ayant aduerti qu'ils defiroy et fur tout
de fauoir mon nom,mais que de leur dire
Pierre>Guillaumeou Ican,eux ne le pou
uans pronocer ni retenir(come de fait au
lieu de dire Iea il difoyét Nim)\\ me fal-
lait accommoder de leur nommer quel-
que chofe qui leur fut cogneuercela (co-
rne il me dit)eftant fi bien venu apropos
quemonfurnom Lery fignifie vneHui-
mm ^ trecnleu Hangage,ieleurdi que ie m'ap
£*«w peîois Lery-cnffou: c'eft à dire, vne grofle
7J?f £ T Huytrc. Dequoy eux fe tenans bien faits
faiâs, auee leur admiration Teh! fepre-
nans à rire 5 dirent i vrayement voik vn
beau nom, & n'auions point encores veu
de Afaîr y c y eû; à dire,de François qui $*%&
pelaft ainfi.Et de fait iepuis dire queia-
mais Circe'ne metamorphofa homme en
vne fi belle huytrc,ne qui difeourut fi bié
auecVJyfles que i'ay depuis ce téps la fait
aucenos Sauuagcs . Surquoyfaut noter
qu'ils ont la mémoire fi bône , que fi tort
que quejcûleur a vne fois dit fô nô quâd
par
DE l'AMERlÔyï' 2 9S
par manière de dire Us feroyent cent ans
fpre, fans le rcuoir, ils ne l'oublieront
ia P ma.s: ie diray tantoft les autres ce. emo
nies qu'Us obferuét à la reccpt.o de leurs
amis qui les vont voir.Mais pour e ^pre-
fent pourfuyuat à reciter vne partie des
ebofes notables qui nVaduinrent en mon
premier voyage parmi les Tououp.lc Tiu
Lmét &moy,qui des ce mefinc rour p f
fans plus outre fufmes coucher en vn au-
tre village nommé EuramîriOes Fraçois
>pelent Gofet à caufe dVnTruchemet
ainfr nommé qui s'y eftoit tenuurouuans
fur le foleil couchât q nous y arnuaim. ,
les Saunages dâfas&acheu s de boire le
Caouin d'v°n pvifonnier qu'ils auoyet tue
n'y auoit pas fix hcures.duquel nous vif-
mes les pieces qui cuifoyët fur le Boucan,
ne demâdez pas fr a ce cômencemet :e fus
eftônéde voir telle tragedieitoutefoi. co
me vous entendrez cela ne fut ne au prix
de la peur que feu bien toft apres.Come
dôc nous fufmes entrez en vne ma.fo de
ce villase,& felô la modedu pa^nous e_
4 afsfs chacun dâs vn lid de coto pedu
en rair: après que les fémes (a la manie, e
que ie diray ci apresieurent pJo«,& que
le vieillard Maiftre de la marfo eut fait fa
faarâgueànoftre bien venue, le l ruene-
métlquinôfeulemêt ces façons de aire
des Sauuagcs n'eftoyét point nouuelles,
Y 4
\£fn d
icirpeur
5 U HISTOIRE
mais qui au refteaimoitaufsi bien à boi-
re & Caomnerqu eux,fans me dire vn f cui
^"'ni'aduertir de rien s'en allât vers
la gro/Tc troupe de ces danfeurs, mc Jair _
ia la auec quelques vus : tellement que
g. X - moy q U1 eftant Jas ne demandois qu'àTe-
poier,apresauoir mange' vnpeu de farine
derate* d'autres vendes qu'on Zl
auo.tprefentees, me rêuér% & couchay
das Jehct de cotô fur lequel ,'eftois afsi/
I outesfo.s outre qu'à caufe du bruit
«3'acles Sauuagcs.danfans & fiffi ans tou _
te la nun en mangeant ce prifonmer , fi-
renta mes ornlJes ie fus bl en reueilié:en
çoies 1 vn d'entre eux auec vn pied d'ice-
% cuit & WWqu'il tenoit en fa main,
s approchant de moy me demandant (co-
rne ie feeu depuis car ie ne J'entêdois p as
-lors) fil en voulois mangerrpar celte con
tenance me donna vne telle frayeur, que
line faurpas demander fi i'en perd ^ tou-
te enuie de dormir.Et de fait penfantque
ventablemen t par ce fignal & monftre de
celte chair humaine qu'il mangeoit, me
fflenaffant il me din & voulull faire éc-
rire que ie ferois ainfi accommode- ioiit
comme vn doute en engendre vn autre,
quejefoupçonnaytoutaufsi toftque le
Trucbement m'ayât trahi de propos de-
iberem'auoit abandonne' & liure entre
les mains de ces Barbares, fii'euiîe veu
cjucJcjue
V E
l^AMUIQVE.
quelque overture pour pouuoir fortir
de là & m^enfumie ne m'y folie pas feint.
Mais me voyant enuirôné de toutes pars
deceuxdefquels ignorant Tintêtion (car
ils ne penfoyent rien moins qu'a me mal
faire)ie croyoysfermemét & m'attendois
dcuoireftre mangé: en muoquant Dieu
en mô cœur,toute cefte nuit là, ie laifle a
péfer à ceux qui cÔprendrôt bien ce que
fe di, & oui fe mettrot en ma place,u elle
mefe-bla'lôgue.Orlematinvenuquemo
Truchemét,iequcl en d'autres maifos du
village auoit riblé toute la nuit auec les
fnponniers de Sauuages,mevint retrou-
uer,me voyant,comme il me dit, non ieu
lementblefme & fort deffait de vifage,
mais aufsi prefque en lafieure,medema-
dant fi ie me trouuois mal,& fi ie n'auois
pas bien repofé : après qu'encorcs tout
efperdu que ieftois ieluy eu refpodu en
colère qu'on m'auoit voirement bien gai-
dé de dormir, & qu'il eftoitvn mauuais
homme de m'auoir laifle de cefte façon
parmi ces gens que ie n'entendois point:
ne me pouuât r'afleurer,ie le pria y qu'en
diligence nous nous oftifsions de là. Luy
ladeflus m'ayant dit que ie n'euffe point
de crainte, & que ce n'eftoit pas à nous
qu'on en vouloir, après qu'il eut le tout
recité aux Sauuages,lefquels s'efiovuiisns
de ma venue mepenfans carefler n'auoyêt
'4*4 HISTOIRE
bougé d'auprès de moy toute la nuit,eux
ayans dit aufsi qu'ils s'eftoyent aucune-
met apperceus que i'auois eu peur d'eux
& qu'ils en eftoyent bien marris, ma con-
foiation fut ( felon qu'ils font grids gauf
ieurs) vne rifee qu'ils firet de ce que fans
y penfer Us me l'anoyent baillée fi belle.
Le Truchement & moy fufmes encores
delà en quelques autres villages , mais
me contentant d'auoir recité ce que def-
fus pour efchantillon de ce qui m'aduint
en mon premier voyage parmi les Sauua
ges,iepourfuyuray àla généralité.
Pour dôcques declarer les cérémonie»
que les Tououpinamhoults , obferuentàla
reception de leurs amis qui les vont vifi-
ter. Il faut en premier lieu , fi toft que le
voyager cft arriué en la maifon du Mouf
f*CMt,ceû à dire bô père de famille qui dô
ne à manger aux patTans qu'il aura choifi
pour Ton hofie(ce qu'il faut faire en cha-
cun village ou Ton frequente ? & fur peine
de le fâcher quand on y arriue n'aller pas
premieremét ailleurs) que s'aiïeât dâs vn
h& de coton pendu en l'air il y demeure
quelque peu de teps fans dire mot.Apres
cela les femmes venâs à retour du lid, fa
tZ's'ph fmë$&^ les fciîes cotre terre, & tenas
rtniUbun les deux mains fur leurs yeux,en plorans
venne Je cc fl e £ çon Ja ^j^ venug j c ceJujr dôt
fera qu'eftion, elles diront milles chofes
a fa louange.
■i
S lS HISTOIRE
dcpe°HeT POllreXem P Ie:mas Pri» tant
«^Jl5t:&fic-cftvnFra n S o",o» autre
t« nous as apporté tant de belies befon
erorf' T meiaydit ' e,J " e " iettant dJ
greffes larmes tiendront plufieurs tels
'— ET* d >P^diflc««& LterTes.Qu
*-. dans le hclleur veut agréer: en faifant
b °nne mine de foncofl^c'îln .
£ r tout a feu,(commc i'en ay veu de no-
ftrenaaon qui oyant la brayerie d L
femmes auprès d'eux eftoyent fi veau*
ieur refpondant tettât quelques fouf D i rs
faut ,1 qu',1 en face femLnr . CefcJ"
miere faiuution faite ainfi de bonn/éra
ceparçes fenies Ameriquaines,Ie^r-
^,ceft à dire vieillira maiftre de k
«i«fon,lequeIauf s ide fa part aura cM
vous voirCcareffe fort contraire à nos em
b , ra ^:men s ,accollades,bai 1 emens&toù-
J/ w /_ chenres a la mam à Parrinee de nos amis)
uat. venant lors a vous: vous dira, première-
ment Er^oubé^^ à dire es tu ïenu>pui s
comment te portes tu? que demandestu>
&c.aquûyil faut refpondre felon que
verrez ci après an colloque de leur
langage
recevant
on bèfi
DE L'A ME RI QJE. JI/
langage. Cela fait il vous demandera fi
vous voulez manger :que fi vous rcfpon-
dez qu'ouy,ilvous fera foudain» appre-
fter êc apporter dans de belle vaifïelîe de
terre tât de la farine qu'ils mâgét au lieu
de pain, que des vcnaiîbns, volailles, poif
fons>& autres viandes qu'il aura : mais
parce qu'ils n'ont tables, bancs, ni fcabel-
les,le feruice fe fera à belle terre deuant
vos pieds: quant au bruuage fi vous vou-
lez "d]X-faef4fa'& qu'il en ait de fait il
vous eh bâîlîëfa aufsj . Semblablement
après que les femmes ont pleure auprès
du paffatvifin d'auoir deluy des peignes»
rnirouers,ou petites patenoftres de ver-
re qu'on leur porte pour mettre à Vcti-
tour de leur, bras , elles luy apporteront:
dés fruits, ou autre petit prefent des cho
£es de leur pays.
Que fi au furplus on veut coucher au
village ou on eft arriué,le vieillard non
feulement fera tendre vn beau lia: blanc*
mais encore outre cela (combien
qu'il ne face pas froid en leur pays, >
à caufe de l'humidité de la nuit & à leur
mode.il fera faire trois ou quatre petis
feus àTentour du lift, lefquels feront
fouuent ralumez la nuit auec certains pe
tis ventaux qu'ils appellent Tatapecoua 9
faits de la façon des contenances que les
Dames de par deçà tiennent deu&téllts
3 l8 HISTOIRE
auprès du feu de peur qu'il ne leur gaft*
. fàccMais puis qu'en traitant de la p"!
JicedesSauuages iefuis tomba parta
du f^iequej xJs appellent 7^, A g
^«w x « * ce y «**tin>it veux aufsi dedârer fS«„2
C£» "-f nulle & incognue par d^à S S
f^' °1 U d enfalle g«5d il leur plaift.D'autant
rLZZ d ? c ^esqu'aymâs fort le feu ilsne demeu
i ,,. re gueres en vn lieu fans en auoir,princi
?r:,f al ^ e ! ,a , n f qu'ils craignét m£ud
A.A*. ieufemet d'eftre furprins iAjpum, c "ft
dit ailleurs ta bat & l cs tourmente fou
chai f0I T'i\%e„t par les bois àt
chafTe ou fur le bord des eaux à la pefebe
ne,ou ailleurs par les ebapsrau lieu que
«ous nous feruons à cela ? de la pierre
du fufil dont ilsignorentrvfagefavan^n
«compenç e en le urs pays de L/Tc ai
«es efpeces de bois,dôtlVn prefoue auf
fi tendre gue s'il eftoit à deiipourri &
J autre au contraire aufsi dur que celuy
dequoy nos cuifiniers font des lardofrêT
quant ils yeulét allumer du fcu,il« ta?* *
commodent de celle forte . Premtacme- C
après qu'ils ont aprimé &re-du aufsi po in
tu qu'vn fufeau par fvn des bouts vn Ca-
rton de ce dernier,de la longueur d'enul
">n vnp le d,plantantcefte Joini au m ?
heu d'vne piece de l'autre, q F ue i'ay dui
%c fort tcndrclaquelleiis couchét ton!
àpiat
©E l'AMERIQJE. 50J
1 plat contre terre, ou la tiennent fur vn
troncou grpffe bufche,en façon de pote-
ce renuerfee:tournâtpuis après fort fou
dainement ce bafton entre les deux pau-
mes de leurs mains,commc s'ils vouloyet
forer & percer la piece de deflbus de part
en part , il aduient que de celle , roide a-
citation de ces deux bois qui font ain-
(\ comme entrefichez l'vn dans l'autre , il
fort non feulement de la fumée, mais auf
fi vne telle chaleur qu'ayans du coton, ou
desfueilles d'arbres bien feches toutes
preftes(ainfi qu'il faut auoir par deçà le
drapeau bruilé ou autre efmorce auprès
du fufil}le feu fi emprend fi bien queTaf-
feure ceux qui m'en voudront croire, en
auoir moy mefme fait de cefte façon: No
pas cependant que pour cela ie vueille di
re moins croire ou faire acroire ce que
quelqu'vn amis en fes eferits : aifauoir
que les Sauuages del'Ameriqueiqui fontT'ieuet ,
ceux dont ie parle àprefent)auant cefte in ^j 1 ^
uention de faire feu feichafient leurs via- c# ^
des à la fumée: car tout ainfi que ie tien
cefte maxime de Philofophie tournée
en prouerbe eftre très vray, afîauoir
qu'il n'y a point de feu fans fumée: auf-
fi par le contraire eftime-ie celuy n'e-
ftrepas bon naturaîifte qui nous veut
faire accroire qu'il y a de la fumée
fens feu. Tentendl de la fumée laquelle
320 HISTOIRE
comme celuy dont ic parle veut donnera
entendre 5 puiffe cuire les viandes : telle-
ment que fi pour foiution il vouloit ale^
guer qu'il a entendu parler des vapeurs
3c exhalations , la refponce fera, attendu
que tant s'en faut qu'elles les puiiîent fei-
cher, qu'au contraire, fuft chair ou poif-
fon,ellcs les rendroy et pluftofl moites &
humides, que c'eft fe moquer du monde.
Partit puis q ceftau&eur- tant en fa Gof-
mog. qu'ailleurs î feplaind fi fouuent de
ceuxlèfquels, ne parlas pas à fon gré des
matières qu'il a touchées , il dit n'auoir
pas biëleu Ces eferits , ie prie les ledeurs
d'y biê noter le paffage ferial que i'ay co-
té de fanotiuelle & chaude fumee,laqucl~
le ie Iuy renuoye en fon cerucau de vent,
î s Retournât doc à parler du traitement
que les Sauuages font à ceux qui les vont
vifiten après qu'êla manière que i'ay dit
leurs hoftes ont beu & mangé,fe font re-
smnde P°^ ez ^ ont couche' en leurs maifôs, s'ils
tonnnter font honneftes,ils baillent ordinairement
^umrT ^ coufteaux , des cizeaux, ou pincettes
à arracher la barbe aux hommes: aux fem
mes des peignes & des miroirs: & enco-
res aux petits garçons des haims à pef-
cher.Que fi au refte on a afaire de viures
ou autres chofes de ce qu'ils ont, ayant
demandé qnec'eft qu'ils veulct pour ce-
la,quâd on leur a baillé ce dequoy on fe-
ra con-
de l'ameriqve» ju
râcôuenujonîe pcutemporter&s'ê aller.
Au furpius parce (corne i'ay dit ailleurs)
que n'ayans cheuaux,Afhcs,oi autres be-
lles qui portent ou qui charrient en leur
pays la façon ordinaire eft qu'il y faut al-
ler à beaux pieds farts lace,toutefois fi les
paflans eftrâgers fetrouuét las,en prefen
tans vn couûeau ou autres chofe's. aux
Sauuages,prompts qu'ils font à faire plai
fit à leurs amis , ils s'offriront pour les s p ^ffl
porter.Etdefait il y en a eu tels qui nous f aire ^i-
ayans mis la tefte entre les cuifles , nos A ^£<«
iambes pendantes fur leurs ventres, nous e g s erî / ur
ont ainfi portez fur leurs efpaules plus i<*r rf,
d'vne grade lieue fans fe repofer:de faço
que fi pour les foulager nous les vouliôs
quelques fois faire arreftcr, eux fe moc-
quans de nousdifoyent en leur langages
& comment penfez vous que nous foyôs
femmes , ou fi lafches de cœur, que
nous puissions défaillir fous le faix ?Plu
ftoftmeditvne fois vn qui m'auoit fui*
foncol,iete porterois toutvn iour fans
ceffe? d'aller.-tellemét que nous autres de
noftrecofterians à gorge defployee fur
ces Traquenards à deux pieds-, les voyâs Trmë z
fi bien deliberez>en leur applaudiflans & »**b * .
■ ' j* j deux pieds
mettans encores, comme on dit 3 dauanta-
ge le cœur au ventre, leurs diiîons: allons
doneques toufiours.
Quanta leur charité natureîle,fediftri ;
J22, &ÎSTOI&JE
s*wMga buans & faifans journellement prefens
naturelle. ] es yns aux aUtres d cs venaifonS,POlfïÔS,
went chart r . . -T 7
tahte*. fruits, & autres biens qu'ils ont en leur
pay s, ils l'exercent de telle façon, que no
feulement vn Sauuage,par manière de di
re,mourroit de honte s'il voyoit auprès
de foy fon prochain, ou fon voifin auoir
faute de ce qu'il a en fa puiffance, mais
aufsi, comme ie I'ay expérimenté, ils v-
fent delamefme libéralité enuers les e-
ftrangcrs leurs alliez . Pour exemple de-
quoy ie diray que cefte fois(ainfi que i'ay
ia touché au dixiemç chapitre) que deux
Frâçois & moy nous eftâs efgarez parles
bois,cuidafmes eftre deuorcz d'vn gros
& efpouuâtable Lézard? ayans outre ce-
la l'efpacede deux iours & d' vne nuit que
nous demeurafmes perdus enduré grand
faim, nous eftans finalement retrouuez
en vn village nommé Tauo^ou nousauios*
efté d'autres fois, il n'eft pas pofsible d'e~
lire mieux receu que nousfufmcs des San
uages de ce lieu là. Car en premier lieu,
nous ayans ouy raconter les maux que
nousauions endurezrmcfme le danger ou
nous auions efté deftre nonfeulement de
norez des beftes cruelles, mais aufsi d'e-
ftre prins & mâgez des Margaias-> nos en
nemis & les leurs , de la terre defquels
(fans y penfer) nous nous eftions appro-
thé bien près: parce di ie qu'outre cela
pafTans
t)E L'AMÈRïdVE. J2j
paffans par lcs.deferts , les efpines nous
àuoyentbien fort efgratinez , eux nous
voyansenteleftaten prindrent fi grand
pitié, qu'il faut qu'il m'efchape de dire
que les receptiôs hipocritiques de ceux
de par deçà qui n'vfent que du plat de la
langue pour la confolation des affligez,
eft bien efloignee de l'humanité de ces
gens.lefquelsneantnioins nous appelles
barbares. Pour dôcques venir à l'effet^a-
pres qu'avec de belle eau claire qu'ils fu- € n ™$' ic
rent quérir exprès > ils eurent commen- i'éww^»
céparlà(quimefit refouuenir de la fa-*;*" 1 "
çon des Anciens) de lauer les pieds &
les iambes de nous trois François qui e-
ftionsafsis chacun en vn lia: àpart , les
vieillards qui dés noftre arriuee auoyenç
donné ordre qu'on nous appreftaft à man
ger,mefmes ayans commandé aux fem-
mes qu'en diligence elles nous fiflent de
la farine tendre (de laquelle comme i'ay
dit ailleurs > i'aimerois autant manger
quedumolet de pain blanc tout chaut)
nous voyasvnpeurefraifchis nous firent
aufsi toft feruir à leur mode de force
bonnes viandes > comme de venaifons,
volailles , poiflfons , & fruits exquis
dont ils ne manquent iamais.
Dauâtagelefoiryenu,afinquenous re
poftfsions plus à noftre aife > le vieillard
noftre hofte ? ayant fait ofter tons les en-
3 2 4 HISTOIRE
fans d'auprès de nous, le matin à noftre
rcfucil nous dit:& bié Atour-ajfœts : (ceft
à dire parfaits alliezjaue* vous bien dor-
mi eefte nuit? A quoyluy cflant fait rçf~
ponce que fort bien,il nous dit : repofez
vous encores mes enfans , car ie vis bien
hier au foir que vous efties fort las. Bief
il m'eft malaife d'exprimer la bonne
chère qui nous fut faite lors par ces Sau~
ttages ? lefqucls à la verite,pour ledire en
vnmotjfirent en noftre endroit ce que
acU8. i. faint Luc dit aux A des des Apoftres,oue
les Barbares de rifle de Malte pratique»
rent enuers faint Paul, & ceux qui e~
ftoyentauecluy après qu'ils eurent ef-
chappe le naufrage dont il eft la fait mé-
tion.Gr parce que nous n'allions point
par pays que nous n'eufsions chacun va
fac de cuir plein de mercerie,qui nous fer
uoitau lieu d'argent pour conuerfer par
nu cepeuple,au départir de là, nous bail
lafmes cequ'il nous pleut: aflauoir com-
me Tay tantoft dit que c'eft lacouftume,
des coufteaux , ciseaux , & pincettes aux
bons vieillardsrdes peignes mirouers &
bracelets de boutons de verre aux fem-
mes: & des hameçons à pefcher aux petis
garçons,
Surquoy aufsi afin que ie face
mieux entendre combien ils font cas
de ces chofeszie récitera/ que moy eftant
vu
DE L^MERIQJE. 325
vn îourcn vn village,mo Moujfacat^çk
adiré celuy qui m'auoitreceu chez foy,
m'ayant prié de luy monftrer tout ce que
i'auois dans mon Qararnento 5 c eft a dire
dans mon fac de cuir , après qu'il m'eut
fait apporter vac belle grande vaiffeîle de W^-
terredans laquelle i'arengeay tout mon htenîlsej u
casrluy s'efmerueillant devoir cela ' a P'^j^
pelant foudain tous les autres Sauuages c £\ Htrts
leur dit: ie vous prie mes amis de con-^Wi-
fidererquel perfonnage Pay en ma mai-'"
fon: car puis qu'il a tant de richeffes ne
faut il pas bien dire qu'il foit quelque
grand Seigneur ? Et cependant comme ie
dis enriàt cotre vn miencôpagnon qui e-
ftoit auec moy,tout ce que ce Saunage e~
ftimoit tant,qui eftoit en fomme cinq ou
fix coufteaux emmanchez de diuef fes fa-
ços,autât de peignes, deux ou trois grâds
mirouers, & autres petites befongnes,
n'euft pas vallu deux teftons dans Paris,
Partant fuyuant ce que i'ay dit ailleurs,
qu'ils arment ceux qui font libéraux, me
voulant encores moy mefme plus exalter
qu'il n'auoit fait, ie luy baillay gratmte-
mét &publiquement deuant tous le plus
grad&plusbeau de mescoufteaux, duquel
de fait il fit autant de cote que feroit quel
qu'vn en noftre France, auquel on auroit
fait prefent d'vne chained'or de la v aîeur
decentefeus*
X 3
Sauvages
loyaux à
tfari amis
S 1 ^ HI S T O I R E
Que û vous demandez maintenat plus
outre, fur la fréquentation des SauuLs
de j Amérique dont ietraitemaintenant-
auauoir h nous nous tenions bien afteu
au'R B f rcf P°"de«e tout ainfi
qu ilshaiffentfi mortellement leurs en
nemis,que comme vous auez entendu ci
deuant,quand ils les tiennent, fans a utre
compofition ils les aflbmmct & mangéV
par le contraire ils aiment tant eftroitel
mentleurs amis & confédérée teh que
nous eftions de cefte nation nômee rl-
^WWAf,quepIuftoft pour les a Ztë
tir 5 &auant qu'ils receulfent aucun def-
Plaifir ils fe feroyent mettre en cent mil-
e pieces, ainfi qu'on parlettellement que
les ayant expérimentez, iemefierois , &
me tenois lors plus à feurte entre ce peu
pie que nous appelions Sauuages,que ie
ne ferois maintenant en quelques en-
droits de noftre France auec les François
defloyaux & dégénérez : ie parle de ceux
gm font teis.-car quant aux gens de bien,
dontp arJa d Dicu Je R >
n eft pas vmde, leferois bien marry de
toucher a ieur honneur.
Toutesfois , afin q„ e i e dife le pro
& Je contra de ce que i'ay congneu eftant
parmi nos Ameriquains.ie récitera? en!
cores vn fait contenante plus grande
apparence
DË L' AMERIQUE. $*7
apparence de danger ou ie me fois Jamais Difl
/eu entre eux . Nous eftans doneques vn
jour inopinéme-t rencontrez fix rraneois
en cebeau g, and village V'oKaranttn du-
quel i'ay u plufieurs fois fait mention ci
deflus,diftantdedix ou douze lieues de
noftreFort,ayansrefôlus d'y coucher,
nous fifmes partie à l'arc, trois contre
trois pourauoir tant des poulies d In-
des qu'autre chofe pour noftre fouper.
Tellement qu'eftant aduenu que le tus
desaerdans,commeie cerchois des vo-
lailles à acheter parmi le village,il y eut
vn de fes petis garçons Françômquci ay
dit du commencement que nous auions
menezdâs le Nauire deRofee pourappre
dre la laneuejlequel fe tenoit en ce villa-
ge qui me dit: voila vne belle & grafle ca-
ne d'Inde,tuez la vous en ferez quitte en
la payanf.ee que (parce que nous auions
fouuent ainfi tué des poulies en d autres
villages dont les Sauuages enlescotentas
ne s'eftoyent point fachez)n'ayant point
fait difficulté de faire,apres que i eu celte
Cane morte en ma main ie m'en allay en
vne maifon,ou prefques tous es Sauua-
ges de ce lieu eftoyent affemblez pour
Ainii ayant la demande a qui
eftoit la Cane afin que ie luy payaf-
fe , il y eut vn vieillard , lequel
X 4
wan
S 28 HISTOIRE
fe prefentant auec vne affe* mauuaife
trongne,me dit,c'eft àmoy. Que veux ^
que,e ten donne luy di-ie? vlTcoufteau,
refpondit-xhauguel fur Je champ en avâ
voulu bailler vn,quand il l'eut / e u U /;,
» en veux vn plus beaurce que fans repli!
quer luy ayat prefenté,il dit qu'il ne vou-
oitp 01 nt encores de ceftuy là. Que veux
tu donc.Iuy di-ieque ie te donnée fer
pe dit-il. Mais p arC e qu'outre que cela
eftoit vn p„s du tout excefsif en ce pays
la, de donner vne ferpepour vne cane, ie
"<^oispointpourlors,ieluy dis qu'il
fe contentait s'il vouloit du fécond cou-
fteau que !e luy prefentois , & qu'il n'en
auroit autre chofe.Mais la deflus le Tru-
chement qui cognoifîoit mieux leur f ac 5
de faire (combien qu'en ce fait là il fuft
au/si bien trompe que moy ) me dit,il eft
bie rache, & quoy que s'en foit il luv f aut
trouuer vne ferpe.Parquoy en ayant em-
prunte vne du garfon dot i'ay parlé.quâd
ie la voulu bailler à ce Saunage il m 2
derechef plus de refus qu'il f'auoi fa
auparavant des coufteaux : de façon que
mefachant de cela,pour la troifiemc fois,
le luy dis : que veux tu donc de moy > £
quoy furieufement il répliqua , qu'il me
rd o ;:r' commei ' au ° istue '^ca"e
car d It _i, e q U>eJJeaefta
irereqm eft mort, ie l',i mo is plus que
çhofe
DE l'AMERIQJE. 329
diofe que i'euffe. Et de fait de ce pas mô
homme s'en alla quérir vne efpee,ou plu
ftoftgroffe maffuc de bois, de cinq à fix
pieds de long, & s'en reiicnant tout fou-
dain vers moy , il continuoit toufiours
de dire qu'il me vouloit tuer.Quj fut doc
bienesbahi ce fut moy: & toutcsfois,cô-
„me il ne faut pas faire le chien couchant,
(comme on parlc)ni le craintif entre cefte
nation, il ne falloit pas que i'en Me fem-
blànt. La deffus le Truchement qui eftant
afsis dans vn lift de couton pendu entre
le querelleur & moy , m'aduertiffant de
ce que ie n'entêdois pas, me dit: dites luy
tenant voftre efpee au poing 5 & luy mon-
ftrant voftre arc & vos flefehes , à qui il
penfe auoir affaire? car quit à vous,vous
eftes fort & vaillant, & ne vous lairrez
pas tuer fi aife'ment qu'il penfe . Somme
faifant bonne mine & mauuais ieu , ainfi
qu'on dit , après plufieurs autres propos
que nous eufmes ce Sauuage & moy(fans
fuyuant ce que i'ay dit au commencemêt
de ce chapitre que les autres fiflent au-
cun fembîant de nous accorder) yure que
il eftoit du Caomn qu'il auoit beu tout le
long du iour, s'en alla dormir & cuuer
fon vin:& moy & le Truchement fouper
& manger fa Cane auec nos compagnons
qui nous attendans auhaut du viîlage,ne
fauoyent rien de noftre querelle. Orce-
v- •
H° HISTOIRE
Die icroit tellement -déclarée entre eux
(eftansxa ennemi, des Portugal, ql J£
cn r aX F ; Ue2 ' lama,S d ' a -' de Ja'm
fait n H "'" V e mÔ lo ^ d ^ auoit
i tant rcfueille enuirô trois heures après
.non :fa,t, n eftoitque pour nfcfprouuer,
S l a ma con ^nance fiie ferois bien
fi guerre aux Portugais & au-, m
leurs ennemis mIW , Mtrg**,
™A' " in ^ m , ls ' ft,ais cependant demon
cofte afin de Iu 7 ofter foccafion d en fi?
« autant vne autre fois, ou à mov ou at
fcn? "r ftreS : 10int 1 ue teIi « rifee, ne
[ont pas fort plaifante, , non feulement
eJuy m anda 7q ueien'auo,s q uefaTre de
i«7>&. que ,ene vouJois point de oer»
qmm-efprouuaftauecvneerpeeaupS
«aïs aufsi ie lendemain entrant en fa ma!
«des haims a pefcher aux autres tout
auprès de Juy , qui n'eut rien . On P eu
donc recueillir tant de ceft exemple /Z
de 1 autre que i'a 7 récité ci deflA de mô
premier voyage parmi le, Sauuage, /ou
Pour l'ignorâce de leur couftumewûe™
noftre
D E L'AMER ÏQVE. 3JÏ
noftrc natiofi ie cuidois eftre en danger,
que ce que i'ay dit de leur loyauté enuers
leurs amis demeure toufiours vray & ter
metaiïauoir, qu'ils feroyent bien marris
de leur faire defplaifir. Surquoy pour co
clufion de ce poinMadioufleray que fur
tout les vieillards, qui par le pafle ont eu
faute de coignees , fêrpes & coufteaux
(qu'ils trouuent maintenât tant propies
pour couper leur bois & faire leurs arcs
& leurs flefehes ) non feulement traitent
fort bien les François, mais aufsi exhor-
tent les ieunes gens d'entre eux de faire
le femblableàl'aduenir»
CHAP. XIX.
Comment les Saunages fe traitent en leurs
rnaladiesienfemble de leurs Cultures & funé-
railles: & des grands pleurs quits fint après
leurs morts*
! O v K donques mettre fin à
I parler de nos Sauuages de
| l'Amérique, il faut fauoir
\ comment ils fe gouuernent
,J tant en leurs maladies qu'à
la fin de leurs iours: c'eft à dire quand ils
font prochains de la mort naturelle . S'il
aduient donc qu'aucuns d'eux tombe œa~
3j2
HISTOIRE
Jade après qu'il aura monftré & fait ente
die ou il fent le mal,foit aux bras ïambes
ou autres parties du corps , ceft endroit
là fera fuccé auccla bouche parl'vnde
fcs amis: & quelques fois par vne manie-
ur/, re d ' abufeurs qu'ils ont entre eux nom-
dJ>"d™ mcz Cage's, qui eft à dire Barbier ou Mc-
*««*«. decin( autres que les Cry*»* dont i'ay
parlé traitant de leur religion ) lefquels
non feulement leur font accroire qu'ils
leur arrachent la maladie mais aufsi que
ils leur prolongent la vie. Cependât ou-
tre les fièvres & maladies communes de
nos Ameriquains, à quoy corne i ay tou-
ché ci deuant àcaufe de leur pays bien
tempéré, ils ne font fi fuiets que nous
fommes par deçà, ils ont vne maladie in-
™ZZ7a ClUâ i k qU ^ S noi » m ™* *'***> laquelle
gtmfi. combien qu'ordinairement elle prouien-
ne & fe prenne de paillardife, i'ay néant-
moins veu auoir à deieunes enfans lef-
quels en eftoyent aufsi couuerts qu'on
en voit par deçà eftre de la petite vérole.
Mais au refte cefte contagion fe conuer-
tiffanten puftules plus larges que le pou
cejefquelles s'efpadét par tout le corps,
voire îufqu'au vifage , ceux qui en font
entachez en portent aufsi bien les mar-
ques toute leur vie , que font les vero-
lez & chancreux de par deçà de leur tur
pitude & vilenie. Et de fait i'ayveu en
ce pays
<Ameri~
quoins com
D E L'-£ MERI Qjr E. $$$
ce pays-là vnTruchemcnt,natif de Rou-
en , lequel s eftant veautre en toutes for-
tes de paillardifes parmi les femmes &
filles Sauuages>en auoit fi bien receu fori
falaire,que fon corps & fon vifage eftans
aufsicouuerts & desfiguresdeccsT^/,
que s'il euft efté vray ladre , les places y
eftoyent tellement imprimées qu'impôt
fible luy fut de les iamais effacer : aufsi
eft cefte maladie la plus dangereufe en
cefte terre du Brefil. Àinfi pour repren-
dre mô premier proposées Ameriquains
ont cefte coùftume,que quant au traite-
ment de ia bouche de leurs malades : fi
celuy quieft detenu au hâdeuoit demeu ment trai-
ter vn mois fans manger on ne luy en do e * nt . l eurf
nera iamais qu il n en demande : melmes
quelque grieue que foit la maladie,les au
très qui font en faute , fuyuant leur cou-
fiume,ne laifferont pas pour cela,buuan$
fautas &chantâs>de faire bruit autour da
poure patiéttlequel aufsi de fon cofté lâ-
chant bien qu'il ne gagneroit rien de s'en
fafcher,aime mieux auoir les oreilles r5
pues que d'en dire mot. Toutesfois s'il
aduient qu'il meure, & fur tout fi c'eft
quelque bon père de famille 5 la chantre-
rie eftant foudain tournée en pleurs , ils
lamétent de telle façon que fi nous-nous
trouuions en quelque village ou il y eut
yn mort^ouil ne falloitpas faire eftatd'y
334 HISTOIRE
coucher* ou ne fe pas attendre de dormir
la nuit. Mais principalement c'eft merueil-
le d'ouyr les femmes lefquelles braillans
fifort & fi haut que vous diriez que ce
font hurlemés de chiens & de loups font
communément tels regrets & tels dialo-
gues. Il eft mort, diront les vnes en trai-
iiant leur voix, celuy qui eftoit fi vaillât,
& qui nous a tant fait manger de prifon-
niers. Puis les autres en efclatant de mef
me refpondront. Ô que c'eftoit vn bon
chalïeur & vn excellent pefcheur : Ha le
braue afîbmmeur de Portugais & de
Margaias-) defquels il nous a fi bien ven-
gez, dira quelquVne entre les autres. tel
lement que parmi ces grands pleurs com
me vous voyez en la prefente figure,s'em
braflans les bras & les eipaules Tvne de
l'autre s'incitans à qui fera le plus grand
dueil: iufquesà ce que le corps foit ofté
de deuant elles , elles ne cefleront en de-
; chifrant & recitant ainfi par le menu tout
ce qu'il aura fait & dit en fa vie , de faire
de longues xirielles de fes louanges.
$$6 HISTOIRE
Bref, à la mdniere que les femes de Beam
aiafi qu'on dit , faifans de vice vertu en
vne partie des pleurs qu'elles font fur
leurs maris décédez, chantët Lamiamouy
La mi amon:£ara rident^oeildefplendou\ Ca
ma leugébet danfadow. Lo mebalen^ Lo m'e-
fburbat : matt depes : fort tard au Iheit
C'eft à dire mon amour: Mon amour vi-
fage riant, œil de fplendeur,tambe lege
re,beau danfeurje mien vaillant, le mien
efueillé, matin debout forttard au liéhvoi
re corne aucûs difentqueles femmes en
quelques endroits de Gafcongne adiou-
ftent , Y ere , yere , o le bet rene^adou ô le
bet iougadou qtthere : c'eft à dire , helas
helas., ô le beau renieur,ô le beau ioueur
qu'il eftoitrainfi en font nos poures Ame
rîquaines:lefquelles au furpl 9 au refrein
de chacune pofe adiouftant toufiours , il
eft mort., il eft mort celuy duquel nous
faifions maintenant le dueil, les hommes
leur refpondant difent : Helas il eft vray
nous ne le verrons plus iufques à ce que
Fofes& nous foyons dçrriere les montagnes, ou,
/*<*»<*'*»- ainfi que nous enfeignent nos Caraïbes-*
terrer let \ r i a
morts en nous damerons auec Juy & autres pro-
ummque p OS femblables qu'ils adiouftent . Or ces
querimonies durant ordinairement de-
my iour(car ils ne gardent gueres leurs
corps morts dauantage)apres que la fof-
fe aura efté faite, non pas longue à noftre
fe
de l'amuiqje. 337
mode,ains ronde & profonde comme vn
grand tonneau à tenir le vin,le corps qui
aufsi incontinent après auoir efté expiré
aura efté plié, les bras & les iambcs liez
a lenteur ,fcraainfi enterré prefques tout/«-^-
debout : mefme (comme i'ay dit) fi ^^ mPOrtsen
quelque bon vieillard qui foit decedé , il ^™»**
fera enfepulturédansfa maifon enuelop-
pé de fon lia de couton,voirc on enter-
rera auec luy quelques coliers, plumaffe-
riesv& autres bcfonçnes qu'il fouloitpor J<7*«* ™
ter^quand il eftoit en vie.Sur lequel pro- tew y,,"
pos on pourroit alléguer beaucoup d'e-
xemples des Anciens qui en vfoyent de
cefte faconreomme ccque dit lofephe qui
fut mis au fep.ulchre de Dauid : & ce que
les Kiftoriens prophanes tefmoignentde
tant de-grads perfonnages qui après leur
mort ayans efté ainfi parez de ioy aux fort
précieux le tout eft pourri auec leurs
corps:& pour n'aller plus loin de nos A-
meriquains, comme nous auons ia allé-
gué ailleurs , les Indiens du Peru terre
continente à la leur enteri ans auec leurs
Rois & Caciques grande quantité d'or Se
de pierres precieufes , plusieurs Efpa-
gnols de ceux qui furent les premiers en
cefte contrée recerchans les defpouiîles
de fes corps morts iufquesaux tombeaux
& crotes ouils fcauoyet les trouuer,enfu
rent prandcmëtenrichis.Tou-tefois pour
Y
338 HISTOIRE
retourner à no sTououpi?iambaoults,der>m$
que les François ont hanté parmi eux ils
n enterrent pas fi couftumierement les
chofes de valeur auec leurs morts, qu'ils
faifoyent auparauât:mais ce qui cft beau-
coup pire oyez la plus grande fuperfti-
tion qui fe pourroit imaginer en laquel-
le ces poures gens font detenus . Dés la
premiere nuit d'après qu'vn corps, àla
façon que vous auez entendu, a efté enter
Érr& r f îCUX cr °y ans fermemet que fi Aygnan,
•orayement c^eft a dire le diable en leur lâgue ne trou
nabobs uoit d'autres viandes toutes preftes au-
près, qu'il le deterreroit & mangeroit,nô
feulement ils mettent de grands plats de
terre pleins de farines, volailles,poifTons
& autres viandes bien cuites auec de leur
bruuagedit Caouinfus h fofïedu deffûd:,
mais aufsiiufqu'àce qu'ils penfent que
le corps fôit entièrement pourri, ils con-
tinuent à faire tels feruic.es , vrayement
diaboliques. Duquel erreur ilnous eftoit
tant plus malaifé de les diuertir , que lçs
Truchemens de Normandie qui nous a-
uoyét précédez en ce pays là, à l'imitatiô
despreftres de Bel prenans de nuit ces
bonnes viandes pour les manger, les y a-
uoyent tellement entretenus, voire con-
firmez, que quoy que par lexperiéce nous
leur môftrifsiôs que ce qu'ils y mettoyét
le foir s'y retrouuoit le lendemain, à pei-
ne peu-
De l'a m e r i oy e. $59
èc peufmes nous perfuader le contraire
à quelques vns.Teliemét qu'on peut dire
cefte refueric des Sauuages n'eftre pas
fort différente dé celle des Rabins Do-
ûcurs Iudaiques: ni de celle de Paufa-
masXarles Rabins tiennét que le corps ^u
morteftlaiiîéen lapuiflanced vn diable Mtde de
qu'il nommét Zazel ou azazel, lequel ils ^ w
difeiît eftre appelé prince du defert i&*rêi*jëme
Leuitique: & mefme pour confirmera **•
leur erreur ils deftourrient ces partages
derEfcritureouil eft dit au feipent tu Gsn. 3*
. mangeras la terre tout le temps de ta vie: 14
car puis difetit ils que noftie càsps eft
créé du limon & delà poudré de la ter- w-*f«*4-
re,qui eft la viande du Serpent il luy eft kuii ^
fuiet iufques a ce qu il foit tranfmué en
nature fpirituelle . Paufanias femblable-
ment raconte d'vn autre diable nommé
Eunnomus.duquelles interpréteurs des
Delphiens ont dit,qu'il deuoroitlachair
des morts, & n'y laitfoit rien que les os 9
qui eft en fomme,ainfi que i'ay dit ? îe rrief
me erreur de nos Àmeriquairis.
Finalement quand les Sauuages, à îâ *
manière que nous auons monftré au cha-
pitre precedent, - renouuellent & tranf- Forme de
portent leur village en autre lieu 5 rnettâs^^
deffus les foiTes des trefpafîez de petites Sm^t
couuerturesdeleur grande herbe nom*
Y z
34° HISTOIRE
mee Pindbmon feulement le s pafTans y ré
cognoiflent forme de Cimiriere, mais
aufsi quand Jes femmes s'y rencontrent,
ouautremët quâd elles font par les bois
utiles fe reflouuiennet de leurs feus ma
Tis,cefera à faire les regrets accouftu-
me*,& à hurler de telle forte qu'elles fe
font ouyr de demie lieue. Parquoy les
lai/Tant pleurer tout leur faoul, puis que
i'ay pourfuyui les Sauuages iufques
à la fotfe , iemettray ici fin à difeou-
rirdeleur manière de faire: toutesfois
les le&eurs en pourrot encore voirqucl-
que chofe au Colloque fuyuant lequel
fut fait au temps que i'eftois en FAme-
rique à l'aide d'vn Truchement, qui non
feulement ? poury auoir demeuré fept ou
huit ans entendoit parfaitement le lan-
gage des gens dupays, mais aufsiparce
qu'il auoit bien eftudié mefmc en la lan-
gue Grecque , dont(ainfi que ceux qui
l'entendent ont ia peu voir ci deflus) ce^
fte nation des Tououpnamhoults , a quel-
ques mots, il le pouuoit mieux expli-
quer.
CHAP.
XX.
Colloque de Ventrée ou arriuee en U terre
du Brc fil entre les gens du pays nommez Tou-
oupinam-
î>i l'a m e rïqv^ 54*
oupinambaouks , & 1 oupinenquin en
langage Saunage & Francois.
T *> uonpinam bacult
E%JL-ioube? Es tu venu?
François
Pa^aiouh Ouy ie fuis venu?
T
Teh ! auge-ny-Po-t Voila bien dit,
T
Mara-pe'-dèrere? Comment te nom-
mes tu? c , eJi u
F
Lery-ouffoti, Vne grofle Huitre
T
Ere-iacajfo fieno> As-tu laifle ton pays
pour venir demeurer ici?
r F
Fa. Ouy
T
ILoYi-deretani cuani repiac. Vien donc-
ques voir le lieu ou tu demeureras.
F
<pAu?e~be\ Voila bien dit.
T
Jenderepiac? aàut lenderépiac aonle ehe-
raire T'eh! concrete Kénoii Lsry-oujfoH
yméen!
Voila doncques il èft venu par deçà mon
fils nous ayant en fa mémoire helas/
Y y
nom de
l'aȔ heure
en Un gag-
34* HISTOIRE
T
Erervu de caramémo} As tu apporté" te*
coffres ? lis entendent aufsi tous autres
vaiffeauxàtenir bardes que l'home peat
auoir.
F
'Paarout. Ouy ie les ay apportez.
T
Mobouyï Combien?
Autant que Ton en aura on leur pourra
iiôbrer par paroles iufques au nobre de
cinq, en les nommant ainfi , ^Augê-pêi.
mocoueinjUmoJfaptityijiOioicoudic-i^jecoinho^
Si tu en asdeux 5 tu n'as que faire d'en nô-
mer quatre ou cinq. Il te fuffira dédire
ffiocouein de trois &quatrc.Semblablernet
s'il y en a quatre tu diras oioicoudicJiLx. ain-
û des autres. Mais s'ils ont paflfé le nom-
bre de cinq il faut que tu monftres par
tes doigts & par les doigts de ceux qui
font auprès de toy, pour accomplir le
nombre que tu leur voudras donner à
entendre. Et de toute autre chofe fem-
blablement. Car ils n'ont autre manière
4e conter*
T
ajfyfœe pér iront 9 de caramemo ponpc?
Cruelle cnofe eft-ce que tu as apportée
dedans tes coffres.
F
<zA-wb. des veftemens.
de l' a m e r i oy fi.' 545
T
Mara vai> De quelle forte ou cou-
leur?
Sobouj-etci De bleu:
Pircnc* Rouge,
loup. Iaune.
Son> Noir.
Sobouy^maffoit. VercL
tpirienc De plufieurs couleurs.
<Pega/foti~atte, Couleur de ramier,
Ti». Blanc. Et eft entéJu de chcmifes.
Maépâmo? Qupy encores?
F
Acan£auhi-roupê, ïDes chapeaux;
T
Seta-pé> Beau-coup?
F
Ivatoupauê,. Tant qu'on ne les peut
nombrer.
T
zAipogno* Efi-cetout?
F
Erimen. Non, ou Nerrny.
T
Effenoubat. Nomme tout.
F
Coromo. Attend vn peu*
T
ÏÏFetm Orfusdoncques.
Y 4
54+ HISTOIRE.
[Artil- Moeapou, mororoatp. Artillerie à feu,
leriehar comme harquebuze grade ou petite: car
qaebu- Mocap lignifie toute manière d' A rtille-
ze & "e a feu, tant de grofles pieces de Naui-
Viftoles res>qu'autres.Ii iembleaucunefois qu'ils
prononcent "Secap. par B. & feroitbon
enefcnuantce mot d'entremefler. m. b.
enfernbîequipourroit.
Tondre Mocap-coui, De Ja poudre à Canon,ou
<* Cam poudre à feu
Mocap-couioureu-, Pourmettre la pou
dre à feu,comme flafques , cornes, & au-
tres.
T
çjnfarAVaè> Quels font ils?
, F
, Tapiroujfou-ah, De corne de bœuf
T
lAugé-gatou-tégué. Voila tresbien ditz
Mae fi fepouyt rem? Qu;eft-ce qu'on
baillera pource? ,
F
Arouri. le ne les ay qu'apportées com
medifant,ienaypointdehalîe de m'en
deffaire en leur faifant fembler bon.
T
Inerte He 'L C '<; ft ™e interietfiort qu'ils ont
ction a « ouf J u me défaire quand ils pêTent à ce
qu on leur dit,voulans répliquer volon-
tiers.Neantmoinsfetaifent afin qu'ils ne
foyentveus importuns.
F.
I*
F
^4rrou4ta ygapen. I'ay apporté des ef-
pees de fer.
T
TsÇaeepiac-icho />/»*? Ne les verray-ie
point? F
2?^0//w#. Quelque iour à loifif.
T^eréroupe guya-pat? N'as tu point ap- Serpes*
porté de ferpes à neufes?
F
t^rrout,! 9 en ay apporté.
T
Igatou-pé? S ont- elles belles? ï
Guiapar-êtè Ce font ferpes excellétes*
T
jluapomoquem 7 - Qui les a faites.
Page-ouajfon remymognen.C 'a efté celuy-
que cognoiiïez 5 ouife nomme ainfi> qui
les afaiâes.
T
<*Auge'-terah .Voila qui va bien.
T
Acépiah mo-men. Helas ie le$ verrob
volontiers.
F
Karamoupe, Quelque autre fois,
T
Tacepiah tauge% Qu£ ie les voyeprefefô
tement.
34<£ «ï S TO Ï RB
EémberelnguetAtien encore
T
/ Ereroupèitaxéamo,As tu point appor-
te de coufteaux? r -
F
. eArrouretad'cn ay apporte' en abôdâce
T
Secoaarantinvaéïsom-ce des coufteaux
gui ont le manche fourchu.
F s
^ En-en non ivetin A manche blanc Ivepep
a demi raffe Taxe miri des petits cou-
ïteruix.
J>wd* Des haims Moutemoton des amines
Arrcuaàts miroirs Kuap des peignes
Mcurobouy été des colliers ou bracelets
bleus ifepiab yponyéum que Ion n'a point
accQuftume d'en voir. Ce font les plas
beaux que Ion pourroit voir depuis que
on a commence à venir depar deçà.
-E^/S w-w£ «fe caramemo t'acepiah de mae
Ouure ton cofre afin que ie voye tes blés
F
Aimojfaénen le fuis empefche
Acépiah-oucairendefue le la moftreray
quelque îour que ieviendray à toy.
T{ârourkhofIremmœe detue f Ne t'ap
porteray-ie point des biens quelques
lours? * ■■*
*JM/tt
de l'ameriqj/e. 347
MaelpereroHpotatïQiic veux-tu appor-
ter.
T
Scebdeïc ne fcay mais toy Maeperéipo-
***?Que veux-tu.
F
5«7,Des heftes,0»r*,des oifeaux,P*V*
du poi(ïbn,Ofcy,de la farine yew, des na-
tieaux Commenda-ouaftudcs grandes teb-
ues , Commenta miri des petites febves,
morgouiamafoudes oranges, & des citros
maetirotùn* de toutes ou pliifieiirs chofes
T
hUra-vaéfoo ereiufceh? de quelle forte de
befte as-tu appétit de manger?
F
Nacepiah quevon-gouaaire le ne veux de
celles de ce pays.
T
Aàjfenondefm Que ie te les nomme.
F
Nein Or la
T
TapiroufottVntbc&c qu'ils nomment
5unfi,demi afne & demi vache.
Se-ouafou efpece de Cerf 6c Biche?
Taiafou Sanglier du pays,
^go*** vne befte roufle grande comme
vn petit couchon de trois femaines.
Vague c'eft vne befte grande comme vn
petit couchon d'vn mois rayée de blanc
gcnoir.
54 S HISTOIRE
Taphi Efpece de Heure,
Ejpe non ooca ychejke. Nomme moy des
oyfeaux.
T
oifeaux \acou>€& vn oifeau grand comme vn
chapon , fait comme vne petite poule de
guinec,dont il y en a de trois fortes c'eft
affauoir, lacoutin, Iacoupem & lacoH-ovajZ
fiux & font de fort bonne faneur, autant
qu'on pourroit eftimer autres oifeaux,
nJûtouton Paon Saunage dont en y a de
deux fortes,de noirs & gris ayâs le corps
de la grandeur d'vn Paon de noftre pays
(oifeau rare;
zJMocacmà c'eft vne grande forte àe per-
drix ayat le corps plus gros qu'vn chapô.
■YnamboM-ouaJfouyC 'eft vne perdrix delà
grande forte prefque aufsi grande com-
me l'autre ci deflus nommée.
Ynambou c'eft vne perdrix prefque co-
me cdlcs de ce pays de France.
'Pegaffm Tortc relie du pays.
Taicacm autre efpece de tourterelle
plus petite.
F
Seta pe^pira fepiaé E^ïl beaucoup de
bons poifTon^.
T
^V^Uy en a autant.
Kurerna Le mulet.
Tœrati Vn franc mulet
A card-
de l'ameRiqve. 342
Acara-pep Poiffon plat encores plus
délicat qui le nomme ainfi.
jic*rs-otisJfou Vri autre grand poitfon
qui fe nomme ainfi.
Acara-boutcn Vn autre de couleur tan
née qui £ft de moindre forte,
oStcara-wiri de très petit qui eft en eau
douce de bonne faneur.
Ouara^Vvx giand poiiîon de bon gouft.
Kd?miiroupoiiy-Qut<[fou^Jn grad poiflfon*
Mamo-ps drretam? Ou eft ta demeure.
Maintenait il nomme le lieu de fa
denu'ure
Xarmuby Ora~ouajfou-ouée faueu-ur kffic?
<T ira-cdn ï Q-j>en,EiraU-iîtûmeny Taracouir-
œpœn>> SarapQ-u>
Ce font les villages du long du riuage
entrant en la riuiere de Çenevre du cofte
de la main feneftre nommez en leurs pro
près noms : & ne fâche qu'ils puiflent a-
uoir interpretation felon la fighificatioa
d'iceux.
Ke-ri-u->Acara~u Kouroumoure\ï ta-auc*
Icirârouenj qui font les villages en ladite
riuiere du eofté de la main dextre.
Les plus grands villages de deffus
les terres tant d'vn cofte' que d'autrcj
font.
Sacouarr-ouJfon-tme)Ocarenrin> Sapoperis,
T^ouroucHue > oArafa-twie , Vfu-potuue Se
plufieurs autres dont auecl.es gens de la
35°
HISTOIRE
terre > ayant communication on pourra
auoir plus ample cognoiffance & des pè-
res de familles quefruftrement on appe-
lé Rois qui demeurent au/dits villages*
& en ks cognoifTant on en pourra iuger*
F
Wlikouy-petoupichagàtou hemu Combien
y a-il de grands par deçà.
T
Seta-gue II y en a beaucoup.
■ Effenon auge pequoube ychefue , Nomme
m'en quelqu vn.
T
Nân C'eftvn mot pour rendre atten-
tif celuy à qui on veut dire qlque propos
Eapirau i ioup c'eft le nom d vn homme
qui eft interprété , tefte à demi pelée , ott
il n'y a guère de poil.
F
nJlfamo-pefetamFQvi eft fa demeure.
• T
Kariauh-be En ce village ainfi dit ou
nommé qui eft le nom d'vne petite riuie-
re dont le village prend le nom à raifon
qu'il eft afsis pres.Eteftinterprete'la mai
fon des-RT^r/wcompofe'de ce motKarios
& Xaùq qui fignifie maifon & en oftât os
.8ç y adiouftât auq fera KariauhSc be c'eft:
l'article de l'ablatif qui fignifielelieu que
on demande ou là ou on veut aller.
/ Moffcn
S>E L'AME RÏQVE. 351
T
lAejfcny gerre Qui eft interprété garde
de médecines ou à qui ..médecine appar-
tient, & en vfent proprement quand ils
veulent appeler vne femme forciere , ou
qui eft polfcdee dvn mauuais efprit : car
Mojfcn c'eft medecine,&£*rr* c'eft appar
tenance. 1
Qnrauh-cn/fon au arentin 5 La grande
plume de ce village nommé des eftorts.
Tœu~coHar-oufoH-tuue-jrouare&t en ce vil-
lage nommé le lieu ou 00 prend des can-
nes comme de grands rofeaux.
T
Ouacan le principal de ce lieu la qui eft
à dire leur tefte.
T
Soouétn+ujfm C eft la fueille qui eft torn
beed vnaibre.
T
lAorgouia-êuaJfw Vn gros citron ou ©~
range, il fe nomme ainfi.
b T
Use du Qui eft flâbe de feu de quelque
cliofe. T
Maraca-ouafon Vne groffe fonnette ou
vne cloche.
T
Mae-uocep Vne chofe à demi fortie foit
delà terre ou dVn autre lieu.
35^ ai s to i Its
T
Karian-parre 5 Le chemin pour aller
aux Karics*
Ce font les noms des principaux delà
duiere de Genevre,& à l'enuiron.
Che-rorHp-gœtou,der0ur-dri. le fuis fort
ïoyeux de ce que tu es venu.
<tAinjî no- ~-t . / /• • -AT' i • •x •
moycm-iis JJ\*tn teretcoyfat Nicolas tron^Ov tien toy
r*Ueg*- doncaueciefeigneurNicoks.
ysQreroupederemiceco? N'as tu point
amené ta femme.
F
jirrout ira'n-chlreco augernie. le Pamene-
ïay quand mes affaires feront faites.
T
sJMarapeiïerecoran* Qu^eft-ce que tu as
affaire?
Cher auc-ouarn.yiz maifonpour demeu
rer.
Mstra-vae~auc? Quelle forte de maifon
F
Sethidae ebereco-rem eouap rewrie . le ne
fcay encore comme ie dois faire.
T
jS[eîn tereieouap derecorem. Or la donc
penfe ce que" tu auras affaire.
Père-
i>E l'ameriqvè, 355
F
*]>eretan repiac-irei Apres que i'auray
veu voftre pays & demeure.
T
Tstjreico-icho-pe-deauem a irom? Ne te
tiendras tu point auec les gens?c'eft à di-
re auec ceux de ton pays.
F
M*raamope?Vourc{Uoy t'en enquiers-tu
T
Aipo-guê. le le di pour caufé.
£he~poMtoupa-'guederhVen fuis ainfi en
malaife: comme difant ie le voudiois bié
fauoir.
F
Nen pi amotareum pe orenuhichehï'Ne Trindpd
hamez vous point noltre principal > c elt
à dire noftre vieillard?
T
Erymen. Nenny*
S ère cogaton pony-mm-étè mof Sî ce n'e~
ftoit vne chofe qu'on doit bien garder^
ondeuroitdire.
Secouai apoau-e engatourefme^yporéré cogâ
ton, Ceftlacouftume d'vn bon père qui
garde bien ce qu'il aime»
T
l^erefco kho pirem-otmriui 7 - N'iras-tu
point à la guerre au temps aduenir?
F
AjfoirinueWïïQLj quelque iour Q
35.4 HISTOIRE
<tJMara-pé perouagêrre-rere> Comment
ennemis.
eit-cc que vos ennemis ont nom>
T
T ouatât ou Margamt^ Ceft v N ne nation
qui parle comme eui , auec lefquelsles;
Çonformi-
Portugais fe tiennent.
Ouétaca, Ce font vrais Sauuages qui
font entre Ja riuiere de Mac-he & de Parai
OueauemyCefont Sauuages qui font en
cores plus Sauuages , fe tenans parmi les
bois & montagnes.
Caram, Ce font gens dVne plus noble
façon, & plus abondans en biens tant vi-
ures qu'autrement, que non pas ceux ci
deuant nommer.
Karios-> Ce font vne autre manière de
gens demeurans par délaies Touaiaire*
vers la riuiere de plate qui ont vn mefme
langage que ks Tououp. Touftnenqmn.
y La difference des langues, ou langage
delà terre, eft entre les nations deffus
té & âif- nommées.
ulgL 4 '* Et premièrement les Tomupinamtaoults
Touftnenquin.Touaiarey Tenremwon & Ka
rio, parlent vn mefme langage,ou pour le
moins y a peu de differ éce entr'eux , tant
de façon de faire qu'autrement.
Les Karaiaont vne autre manière de
faire &de parler.
LcsOuetaca different tant en langage
qu'en fait de l'vne & de l'autre partie. V
Les
de î/ameriqve* 355
Les Oueanen aufsi au femblable ont tou
te autre manière de faire & de parler.
T
TehïOioacpaeireatapœau ummikH&Lû
monde cerchefvn l'autre & pournoftré
bien . Car ce mot iendcuetk vn dual dont
les Grecs vfent quand ils parlét d&deux.
Et toutesfois icy eft prins pour cefte ma-
nière de parler à nous.
Ty terohah apoau ari^T enons nous glo-
rieux du monde qui nous cerche.
Apoau ae mae gerre 5 iendefue « C'elr le
mode qui nous eft pour noftre bien.Ceft
qui nous donne de fes biens.
Tyreco-gatou iendefue , Gardons le bien
C'eft que nous le traitions en forte qu'il
foit content de nous.
Ipçrenc été- am reco iendefue ? Voila vîîç
belle chofe s'offrant à nous.
Ty maran-vatou apoau- apê > Soyons a ce
peuple icy.
Ty momourrou^mê *?nae gerre iendefue 3 Ne
faifons point outrage à ceux qui nous
donnent de leurs biens,
T y poich apoaue iendefue -> Donnons leur
des biens pour viure.
Ty poeraca apoaué.T y zuzùlons pour pre
dre de laproye pour eux. Ce motyporraca
eft fpecialemet pour aller enpefcherie au
poiffon.Mais ils en vfent en toute autre
ind'uftrie de prendre befte & oy féaux,
Z z
35^ HISTOIRE
Tyrrout mae tyronam ani ape\ Apportons
lourde toutes ehofes que nous leur pour
rons recouurer.
Tyre comrémoich-mciendê-mae recoujfaue
Ne traitons point mal ceux gui nous ap-
portent de leurs biens.
Pe-poroinc auu-mecharaire-ouèh,'Nç {oyez
point mauuais mes enfans.
T 'a père coihmaé,A>&n que vous ayez des
biens.
Toerecoihperaife arnoJLt que vos enfans
enayent.
^jrecoih lender amouyn mae'pouaire^o 9
n'auons point de biens de nos grans pè-
res.
O pap cheramouyn maepouaire aitih. Tay
toutiettéeequemô père grand m'auoit
laifle.
Apodumae-ry oiierobiahNiç tenant glo
ï-ieux des biens que le monde nous ap-
porte.
Ienderamouyn-remiepyac potateguekou-
mre, Ce que nos grands pères voudroyét
auoir veu 5 & toutesfois ne l'ont point
veu.
Teh ! oip otarhete tender amouyn recohiare
ete iendefue^ Or voila qui va bien que l'ef-
change plus excellent que nos grands pè-
res nous eft venu.
lende porrati-oiijfou-vocare, C'eft ce qui
nous met hors de triftefle.
lende
DE L'A ME RIQJÏ. 557
lende-co ouajfou gerre Qui nous fait a-
uoir de grands îardins.
Enfalfipiram.Iendere mernynonape^W ne
fait plus de mal à noz enfanchonets quâd
on les tond , i'enten ce diminutif enfan-
chonets pourles enfansdenosenfans v
Tyre coih apouau^ienderoua gerre- aru me-
nons ceux ci auee nous contre nos enne*
mis.
Toere coih mocap omae-ae , QVils ayent
des harquebuzes qui eft leur propre bien
venu d'eux.
Mara-tnofemengatou-euin-amo ? Pour-
quoy ne feront-ils point forts?
Meme-tae morerobiarern Ceft vne natio
ne craignant rien.
Ty fenenc apouau , maram tende ironJtX-
prouuons leur force eftans auec nous
autres.
Menre^tae moreroar roupiare^ Sont ceux
qui deffont ceux qui emportent les au-
tres, altauoir les Portugais.
t/fgne heoueh , Comme difant 5 II eft
vray tout ce que i'ay dit.
T^ein-tya moue ta iendere caffarirU Deui-
fons enfcmblc de ceux qui nous cerchét:^
ils entendent parler de nous en la bonne'
partie^ comme la phrafe le requiert.
Z x
35 8 HISTOIRE.
F
Nein-che atoun-ajfaire, Or donc mon al
lie.
Mais fur ce point il eftà noter que ce mot
^Atour-ajfap & Cotouajfap different. Car
lepremier lignifie vne parfaite alliance
entr'eux,& entr'eux & nous , tant que
les biens de l'vn font commun à l'autre.
mmM q u '^s ne peuuent auoir la fille
ne la feur dudit premier nomme' . Mais i\
n'en eftpasainfi du dernier. Car ce n'efr
qu'vne légère manière de nommer lVn
l'autre par vn autre nom que le fien pro-
pre comme ma iam be, m on ceil , mono-'
reiiie & autres fembiàbies.
Maérejf étende mouetaf Dequoy parle-
rons nous? -
See%maetirouen-reJf ei T)eçlvLÙ.cms & di
uer fes chofes
^ftra-piengvah-rere? Comment s'ap-
peleieciel? r
F
Le ciel,
T
Cyh-rengne-tatfenouh maetirouen défie.
Auge~be, C'eft bien dit.
Mac
T
M^Le ciel. Couarafi, le Soleil, Iafce,
la LxLtïè.iafi tataouatfou.Lz grande eftûi-
le du matin &du vefpre qu'on appelé c6-<
munémét Lucifer J > ft tatamir h Ce font
toutes les autres petites eftoDies . Ybouy
c'eft la ttxteSParanan la mer, Vh-ete c'eft
eau douce , Vh-een eau falee. Vh-een buhc
eaux que les matelots appelent le plus
fouuent Sommaque.
T û
fta> eft proprement pris pour pierre.-
Aufsi eft prins pbftr toute efpece de me-
tail 6c fondement d'édifice -J. comme aoh-
itaM pilHcr de la maifon.
Yapurr-ytaM &ft e de la maifon.
luraita^s gros trauerfains de la mai
fon.
Igourahoîi y &?«/>**, toute efpece & for
te de bois.
Ottrapahvn arc . Et neantmoiris que ce
foit vn nom côpofe' de ybouyrah qui figni
fie bois, & */>*> crochujou partie toutes-
fois ils prononcent Ôrapar par fyncope.
^rr^Pair^rr^mauuais -air.-
eX^^ 3 pluye.
^Ameii poytony l^c temps difpole &
preft à pleuuoir. .'
Toupen, tonnerre, Toupen verap 5 c'eft
î'e fclair qui le preuient.
Z 4
V
3<>o Histoire
ffjfrpm ^o-ytin, les nuées ou J e brouillard.
x bueture,Les montagnes.
CjHHrn Campagnes ou pays plat ou i|
n'y a nulles montagnes. F
Village &
Taue Villages, Auc Mzi{cm,Vh-ecoùaj>
riviere ou eau courant. T
Vh-paotiyyne Ifle enclofç d'eau.
X** C'eft toute forte de bois & forefts
JCœapaon, Ceft vn bois au milieu d'v-
ne champagne.
Kaa-on a „, Qg| e ft nourri j£ j^
X** :i errt> C'eft vn efprit malin qui ne
Jeur ia] t que nuire en leurs affaires?
Ygat Vne naffelie defeorce qui contint
trente ou quarate home all.ans en guerre
Au Ai eft pris pour nauire qu'ils appe-
lentygwrotifffu, fr
Thijfa-ouaffçu C'eft vne faine pour pré
drepoiffon, l '*,
Inguea, C'eft vne grande naffelie pour
prendre poison. r
fytei, diminutif Naffelie qui Ceri-
quand les eaux font desbordees de leur
cours.
^{omognot mae tajfenorn defue,Oxie ie ne
nomme plus de chofes.
Emourbeou dentanikbeftuy Parle moy
de ton pays & de ta demeure.
yluge-
>/^V
f>E L'AMERIQUE. $6t
F
z/îugébé derenguéepourendoup. Ceft bien
ditcnquiers toy premièrement.
T
la-eh-marape demmi-rere. le t'accorde
cela Comment à nom ton pays & ta de-
meure»
F
RovEN,C'eft vne ville ainfi nommée. jy eH i s
T touchât
Tau-oufcoH-pe-otii?». Efkce vn grand /^ Fri
Village. ce.
Ils ne mettent point de difference en-
tre ville & village à raifon de leur vfage,
car ils n'ont point d e ville.
"Ta. Ouy.
T
yiohoii-pe-rcroupichah-gatOH? Combien
«uez vous de Seigneurs
Auge-pe. Vn feulement.
tMarœpe-ferel Comment a-il nom.
HENRY,Ceftoitdu temps du RoyHen ^
ry. 2. que ce voyage fut fait,
Tere-porrenc. Voila vn beau nom*
3 fa HISTOIRE
dMara-pe-peron pkhm-eta-enin? Pour
guoynauezvouspiufieurs f c ig ne urs>
P
^Moroe'rlchih- g ue\ Nous n'en auons no
Oreramomm-auê> Des Je temps de nos
grands pères. v
T
, . Mara-pi eHC -pee> Et vous autres qu*e~
- , - ites vous? i
'■■ l ' . w : F , ■
Oroicêgue. Nous Tommes tontes ainfï
^mra*** Nous fommes ceux
qtiiauaiu.dubien. .
T
F pe-noere'-coih->peroupichah-mae> Et vo-
it! e Pnnce à il point de bien.
F
0?m^.I!enataht&pius"
nous auons efta fon commandement *
T
Oraiui-pe-oge'pê} Va-il en la guerre?
Va. Oxxy,
T
*%ft Moh ™y-l*ue-pe-ioucanym ae > Comble
m. *, anez vous de villes ou villages
villages „ »
d . W^ /w . Plus que ie ne pourrois
Nirefce-
DE L'AMER'IQVE. 363
Wjrefce-nouih-icho-pene? Ne me les
nommeras tu point.?
F
ypoicopouy. Il feroit trop long ou pro-
lixe. T
yporrenc->pe~peretani> Le lieu dont vous
efiffseftil beauf F
yporren-gœtou. Il eft fort beau.
Eugaya-pe-jper-auce. Vos maifons font
elles ainfi? afiauoir comme les noftres?
F
Oicoe-gatou. Il y a grande difference.
Mara-vaéï Comment font elles?
F
Ita-gepe- Elles font toutes de pierre*
TomouJfoH-pe. Sont elles grandes?
F
Touroufou-gaton.Ellcs font fortgrades
T
Vate-gatoU'pe. Sont elks fort grandes^
afiauoir hautes?
F
<tJ\dabYtio. Beaucoup. Ce fnot emporte
plus quebeaucoup car ils leprénentpour
chofe efmerueillable.
T
Entraya-pe-pet-ancyniml Le dedâs eft il
ainfiraffauoir comme celles de par deçà?
V
•V
î 6 4 HISTOIRE
F
Erymen. Nenny.
T
Dàchn Efie-mn-de-rete renomdau eta-icheOte
fes ap- Nomme moy J es chofes appa«en»£
farte- au corps. ÏY lcuaHtei
natesau E
<w-/>j Efiendou. Efcoute:
T
leh. Me voila p reft.
T
C ^-*«». Matefte. i)^ M „. T
fte. fu m Satefte, ^^. Noftre a *_
«e. Peacan, Voftn» f P ft„ , K
tefte. 4 * *****' ]eur
Mais pour mieux entendçe ces pronôs
en partant le declaireray feulement les
perWestantdufingulfer^^y"
Premièrement
ionncsaufsj. ™ r
G*** Mouchefou mon cheueux,
^he-voua. Mon vi /age.
Chè-?te?nfo m Mes oreUles.-
Chejfhua. Mon front;
DE L'AMERIQVE.
îH
Ché-rejfa. Mes yeux.
Che-iowoH. Ma bouche.
Che-retoupauc. Mes ioues.
Che-redmiua. Mon menton.
Che-redmina-aue. Ma barbe.
Ché-ape-cou. Ma langue.
Chc-ram. Mes dents.
Ché-aiourê. Mon col ou ma gorge.'
Che-œpoc. Mongofier.
Ché-poca. Ma poitrine.
ChS-rocaph. Mon deuant generaleméf,
Ché-atoucoupe. Mon derrière.
Ché pouy-afio. Mon efchine.
Ché-rowbony. Mes reins.
Che~remre. Mcskffes.
Che'-inmnpony . Mes efpaules*
Ché-inua. Mes bras.
Che-papouy. Mon poing.
Che-po. Ma main.
Che-ponen. Mes doigts.
Ché~puyac- Mon eftomac ou foye
Qhè-reguie Mon ventre.
Ché-pourou-ajfen. Mon nombril.
Ché-cam. Mes mamelles.
Che-oHp* Mes cuiffes.
£hê-roduponam» Mes genoux.
Che-porace. Mes coudes. y
Çh\-retemen* Mes iambes.
£hê-pouy* Mes pieds.
Ghépujfempé. Les ongles de mes pieds.
55*
RI S TOI RE
Che-pon ampe . Us onglesde mes main*
<W X . Mon ame,ou ma pLfee
Che-enc-gouere, Mo.name après quelle
eft foi tic de mon corps. gueiJe
Noms des parties du corps oui n^
font honncftcs à nommer. P 5
Qjoe-rencouem*
^he-rementien.
Qbe-rapoupit*
Etpourcaufedebriefucteie nVn G,
-yautredifFinitiomlieftanotet^o,;
es tant de celles ci deuant efcrites qu'au
"ement,fans y adioufter Je prononçait
Premiere féconde que tierce pcrfon"
tantenfingulier qu'en pIuiier.E t pour
mieux ies entendre feparemét & â ^art
. - / Premièrement.
Che-moy,Dl toy ^hé.lny.
Piuricr
Or^Nous Veh V oas> Au _^ |- ;
lier Sf"* à k /^' Ce P erfo "«e du fi„ gu .
neutre Af mafC r J ? n & ^° Ur Jc ft ' mi «<»&
T« a zf r iVZtlon • ^ au plurier
Au-ae eft pour JesW P i. v „ furicr
cuiins Que P fem/n' ns ! & §em ' eS """^
de l'amerï qjt e. 367
Des chofes appartenantes au niefnage
& cuifine. , j
Smiredti-Ma. Allume le feu: Dotchf*
Emo-gocp rata. Eitein le teu. - &t
EroHt-che-ràta-rcm. Apporte dequoy
allumer mon feu.
Emogip-pira. Fay cuire le poiflbn.
Efefffr. Rofti-le.
Emouï. Fay le bouillir;
Fa-vecH-ouy-arno. F ay de la farine.
Emogip-cœomn-amo.ViLy du vin ou bru-
uage ainfi dit.
Coeinvpé. Va à la fontaine.
Erout-v-ichefde. Apporte moy de Peau.
\ Ché-renni- ange-pe. Donne moy à boire
£)uere-me~cbe-remyou-rec0ap* Vie moy
donner à manger.
Taie-poeh- Que ie laue mes mains.
Tae-tonrou-eb. Que ie laue ma bouche*
Ghê~embouaffi. Fay faim de manger
Nam>-che-iourou-eh. le iVay point d'ap
petit de manger.
£he-vffeh. Fay foif.
Che-reaic- Fay chaut^ie fue*
Chç-ron. I'ay froid.
Che-racoup. Fay la fieure.
Ché-carouc-affï. le fuis trifte.
Neantmoins que çarouc fignifie le-
^efpre pule foir.
$ 6S Histoire
tAicoteue. IcfuisenmaJaife de que?
que affaire q ue ce foit. ™
Che-poura-oHfoup. I e fuis traité ma!
aifement,ou ie fui. fort pouremét traké
^heroemp. le fuis 107 tux.
. «"**» Vmbh fuis cheu en moque-
nejouonfemoquedemoy. ^
Mco-gatoH. le fuis en mon pJaifir
U*-rmiac-0Mffh*. Mon efclaue '
^here-miboye. Mon feruiteur
C^-m^. Ceux qui f ont m oindre
que tnoy & qui f ont pour me £- £
J-he-porracatfare. Mes pefcheurs tant
en poiffon,qu'autrement.
aWMonbien & ma marchandi-
fe,ou meuble & tou.ce qui m'appartient,
^rmgwwpw». C'eft de ma façon
^he-rere-couarre. Ma garde
Che-roubichac. Ceiuyquieftplus grâd
quemo y ,ce que nou* appelions noftre
Roy Duc ou Prince.
qu: eft bon,& donne à repaiftre aux paf-
fans , tant eftrangers qu'autres. *
j&erre-mubw. Vn puitfant enlaguer
re & qui eft vailiât à faire quelque chofe
J^nten. Qui eft fort fembJance
ioit en guerre ou autrement.
Cb}~
rout
Du lignage
Mon père.
Ch\-
receyt.
*/^
DE l'aM E R I QVE. 369
Ctfe-requeyt. Mon frère aifné.
Ché-rebure. M o n p u ifné.
Che-renadire. Ma fœur.
Ché-rure. Le fils de ma fœur.
Che-tipet. La fille de ma fœur.
Chïe-aiché. Matante.
Au Ma mere. On dit au fsi Ché-fimi
mere & leplus fouuent en parlant délie»
Che-feit. La compagne de ma mere qui
eft femme de mon père comme ma mere.
Che-raiit. Ma fille.
Qhérememynou. Les enfans de mes fils
& de mes filles.
Il eft à noter qu'on appelé communé-
ment l'oncle comme le père. Et par fem-
bîable le père appelé ùs neueux Scnieces
mon fils & ma fille.
Ce que les grammariens nomment &
appelent Verbe peut eftre dit en noftre
langue parole* & en la langue Brefilien-
ne gîte ngaue cpii vaut autant à dire que par
lenient ou manière de dire. Et pour en a-
uoir quelque intelligence nous en met-
trons en auant quelque exemple.
Premièrement.
Singulier indicatif ou demonftratif.
A ko. le fuis 9 Ereko, Tu es. Qm»
Il eft.
Aa
37° HISTOIRE
PI mit:-.
Oroko, Nous fotnmcs, Peico, Vous eftes
a/lurae otco, Us /ont.
La tierce perfonne du fingulier & pIu .
net Tot fembiables ,«cepteVilfeut ad-
louftex au plurier «^pronô , oui figni
tie eux ainfi qu'il appert.
Au temps pafle imparfait & non du
tout accompli. Car on peut eftre encores
ce qu'on eftoit alors.
quoenie
. Singulier refout par l'Aduerbei.
■ceit a djre en ce temps là.
Mco-aquoéme. I'eftoye alors , Eretco-
quoemc Tu eftois alors Oie, a 9 wlmi II
eitoit alors. J
Plurier imparfait.
mMmw atjuoênà. Nous eftions alors
Petco aquoeme Vous eftie* alors Aurae-
mco-aquoeme. Us eftoyent alors.
Pour le temps parfaitement palTé &
du tout accompli. ^
Singulier.
j On reprendra le Verbe Oico comme
dcuant,&y adiouftera on cell Aduerbe
y^
Î)E l'ameriqve. .371
v^mUnenh qui vautàdire au temps Ja-
dis & parfaitement paflé,ians nulle efpe-
ranccd'eftre plus en la manière que l'on
eftoitence temps là.
Exemple.
J jfavouffoH'gatoH'aquaemené le Pay ay-
me parfaitement en ce. temps là Qupv-
inen-gAt&uwgni* Mais maintenant nulle-
mentïcomme difant, il fe deuoit tenir à
mon amitié durant le temps que ie luy
portois amitié. Car an n'y peut reuenir.
Pour le temps à venir que Ton ap-
pelle Futur. ;
Aico-irin,te feray pour l'auenir.Eten
enfuyuant des autres perfonnnes comme
deuant,tant aufingulier qu'au plurien
Pour le commandeur que l'on dit im-
pératif.
" Oico. Sois. Toico.Qvtil foit.
Plurier.
Toroko. .Que nous foyons Tapeicô»
Que vous foyez. Aurae-toico >. Qujils
foyent. Et pour le Futur H ne faut qu'ad
ioufter ira* ainfi que deuant. Et fi en
commandant pour le preferit. Il faut di-
re Tœuge, qui eft adiré tout maintenant.
Pour le defir & affecKon qu'on a en
quelque chofe, que nous appelons
Optatif;
37* HISTOIRE
Aica-mo-men. O que ie feroîs volon-
tiers pourfuyuant femblablement com-
me deuant.
Pour la chofe qu'on veut ioindre cn-
femble'ment que nous appelons Conion-
dif on le refout par vn A duerbe Iron qui
fîgnifie auec ce qu'on le veut ioindre.
Exemple.
Taico-de-iron. Que ie foye auec toy;
& ainfi des fernblables.
Le Participe tire' de ce Verbe
Che-recoruré. Moy eftant.
Lequel Participe nepeut bonnement
eftre entédu feul fans y adioufter le Pro-
nom de-ahe-et~œe'Et lepiurier femblable
ment Oree\fec a an*-ae.
Le terme indéfini de ce Verbe peut c-
ftreprins pour vn infinitif mais ils n'en
vfent guère fouuent.
La declination du Verbe Aient
^ Exemple dePindicatif ou demonftra-
tifen temps prefent. Neantmoins qu'il
fonne en noftrc langue Françoife double
C'eft qu'il fonne comme pafîe.
Singulier
$, e l'amuiqj v.: 573
Singulier nombre
't/tbut. le viens,ou ie fuis venu,
Ereiout. Tu viens, ou es venu.
Ohw*, Ilvient,oueftvenu.
Pluvier nombre-
Ore-iout. Vous venez, ou eftes venus.
'An-ae-o-ouf. Viennent,ou font venus.
Pour les autres temps, on doit pren-
dre feulement les Aduerbes ci après dé-
clarez. Car nul Verbe n'eft autrement de
cliné qu'il ne foit refout par vn Aduerbe
tantaupreterit,prefent imparfait: plui-
que parfait indéfini que au futur,ou teps
à venir.
Exemple du preterit impar fait & n'eft
àce du toutaccompli*
Aiout-aguoeme. le venoye alors
Exemple du preterit pai fait & du tout
accompli. m
^ioHt-agnoemcne. le vins ou eitoye
ou fus venu en ce temps la.
AiWt-dimM-m. H y a fort long temps
que îe vins. i' a n
Lefquels temps peuuenteftre plultolt
indéfinis qu'autrement tant en celt en-
droit qu'en parlant.
Exemple du futur ou temps à venir. ;
Aioui-Iran-ni. leviendray vn certain
A a 3
S/4 histoire;
iouraùfsionpeutdire/Wfansyadiou
iter, m, ainfi comme la phraze ou maniè-
re de parler Je requiert.
Il efta noter qu'en adiouftantles aduer
bes,conuient repeter les pcrfonnes tout
amn que au prefent de l'Indicatif ou de-
monfrratif.
Exemple de l'Impératif ou comman-
deur.
Singulier nombre.
Eori. Vien >n 'ayant que la féconde per^
ionne. r
£>/. Car en celle langue on ne peut
commander à la tierce perfonne qu'on ne
voit point,mais on peut dire.
Emo-out. Fay le venir.
'Pe-ori. Venez.
Ve-iot. Venez.
M M S r "' e ^ CritS - ^' &?*-¥• ont fem
blable fens, Mais lepremier. cm. eftpj„ s
honnefte a dire entre les hommes. D'au-
tant que le dernier JV./ W eft commune
ment pour appeler les beftes & oyfeaux
qu'ils nourrirent. '
Exemplede l'OptatifNeatmoins fem
ble commander en defir de priant ou en
commandant.
Singulier.
Mout-mo. le voudrois ou ferois venu
volontiers En pourfuyuât les perfonne*
comme en la declinaifon de l'Indicatifll
à vn
pE l'ameRîQVE. 375
a vn temps à venir.cn adiouftantTAduer
be,commedeflus.
Exemple du Conionttit.
'fa-iout. Que ie vienne.
T lSp^r mieux emplir la fienieca,
tiÔ onadioufte ce mot2V>».qui eft vn Ad
uerbepour exhorter,cômander, inciter,
oudeprier. , .i
le ne cognois point d'indicatif en ce
Verbe ici,mais ils'enforme vn Participe-
Tovv me. Venait.
Exemple-
Che-rourme-Affoua-niti».
Cke-remiereco-poue're.
Comme en venant i'ay rencontre ce
que i'ay gardé autrefois.
S«wv*-/w,fang fue. .
' i»«*y-4. Des cornets de bois dont les
Sauuages cornent.
F in du Colloque.
•r-
Aufurplusafin que non feulement
ceux aueclefquels i'ay pafle U rapaffela
mer.mais aufsi ceux qui m'ot veu en 1 A-
merique(dÔt pluficurs peuuet encores e-
ftre envie)tnefmes les mariniers & autres
qui ont voyagé & quelque peu feiourne
en la riuiere de Genevre ou Ganabarajom
A a 4.
57 s
HïSToiHj
le Tropique de Capricorne iugemiW
i ay tait ci defius touchant le* cU^r ^
IV remarquées en ce pays là i° ^
-uluenco^panicuLLnJn e 7 nW
faueur après ce Colloque adioufter W
le Catalogue de vW.- \. A ,. P rt
i'av eft/ «fr vingr& deux villages ou
ia 7 cfle & fréquenté familièrement par!
«" Jes Saunas Ameriquains. P
e au c r h? lerementCeUX 1 ui fontducofté
gauche quant on entre en ladite riuiere!
*fW». ï.yaboracu z. Les Franr«?«
«PPcIentcc fécond Pépin à auTfvn
maiitiesappeioitainfi. * v
Euramyry s. Les François l'appelent
Goffet a caufe dVn Truchement a^nfia"
pelle qui s'y eftoit tenu. ntainlI ap-
/n appelé k pierre par les Françoi "à
jaufe dVn petit Rocher prelqS la
%on d'vne meule de MoJîn, ?eq„ e ? r !
^arquoitle chemin en entrant au Bol
F°ur y aller. 12.
Vn autre appelé'^, p ar JesFrai
ZLt ; iJ ^ Uoltfo -e Canes d'Inde
9jejeç Sauuages nomment ainfi. x>.
la n ' r Chemin du ^ UcI <*« *« bois
^PrenuerefoisqueiWy f ufmcspour
le
DE L'AME RI OJE. 377
le mieux retrouuer puis après, ayans ti-
ré force flefches au haut d'vn fort grand
& gros arbre pourri,lefquelles y demeu-
rcrent toufiours fichées , nous nommaf-
mes le.village aux flefches. 14.
Ceuxducoftédextre.
Keriru. i^vécara-t*. 16. t&orgoui*-
ouajjou. 17.
Ceux de la grande Ifle.
<Pindo-oHfoH.iS. Corouque. 19. Virauitcu
zo.Et vn autre duquel le nom m'eft efcna
pé entre Tindo-oupu & Tirauiiouj auquel
i'aiday vne fois à acheter quelques pri~
fonniers.xt. *
Puis vn autre entre Corouque oc 1 tndo-
oupH duquel l'ayaufsi oublié le nom 22*
Fay dit ailleurs quels font ces villages
& la façon des maifqns.
CHAP. XXI.
De noftre département delà terre du Ure-
01, dite ^Amérique: ensemble des naufrages &
autres premiers perils que nom efchapafmes
fur mer a nofire retour >
Ovr bien comprendre Toc
cafion de noftre departemët
de l'a terre du Brefil , il faut
réduire en mémoire ce que
Tayditci deuantàla fin du
57 b histoid
fixieme chapitre : affauoir qu'après que
nous eufmes demeuré huit mois en l'Ifl e
ou fe tenoit Villegagnon , luy à caufe de
fa reuoltcdeJa Religion , fe fichant de
nous, ne nous pouuant dompter par for-
ce, nous contraignit d'en fortir: tellemët
que nous-nous retirafmes enterre fer-
me à cofîé gauche en entrant en la riuie-
re de Gcneyre , feulement à demie lieue
clu Fort deColigny fi tué en icelle,au lieu
£<«*£quc nous appelions la Briqueterie: au-
fuetcrùen quel dâs certaines telles quelles maifons
i^mnq. que les manouuriers François pour fe
mettre à couuert quand ils alloyent la
nuit a la pefcherie ou autres affaires de
ce cofté-lày auoyent bafties,nous demeu
Les fitu rs rafmes enuiron deux mois . Durant ce
iti b Z Z / m P s les fleurs dclaChapcJle Se deBoif-
Sùppour « 3 lefqu^ls nous anions laifle* auec Vil-
^^r Ie S a g non > I'-abandonnans pour la mef-
A me caufe que nous auions fait : aflauoir,
parce qu'il auoit tourné le dos à i'Euan-
gîle , s'eftans venus renger & ioindre en
noflre compagnie furent compris au mar
che de fix cents liurcs tournois & viures
du pays, que nous auions promis payer
& fournir au maiftre du Nauire dans le-
quel nous rapafîafmes la mer.
Mais fuyuât ce que i!ay promis ailleurs
auant que pafler plus outre,il faut icy de-
clarer comment Villegagnon fe porta
enuers
DE L'A M E R I 0_V E. SJ9
cnuers nous à noftre département de l'A
merique. ...
D'autant donc que faifant le Vice-
Roy en ce pays-là , tous les mariniers
François qui y voyageoyent n'eurent ne
ofé entreprendre contre fa volonté: pen-
dant que ce vaifleau ou nous rapaflaimes
eftoit à l'acre & à la rade en la riuiere de
Genevre ou il chargeoit pour s'en reue-
nir,non feulement il nous enuoya vn co-
s é fiené de fa main , mais aufsi il efcnmt
vne lettre au maiftre duditNauire , par
laquelle il luy mandoit qu'il ne fift point
de difficulté de nous rapaffer pour fon
efrard : car difoit-il tout ainfi que le lus
ioyeux de leur venue penfant auoir ren-
contré ce que ie cerchois, aufsi, puis que
ils ne s'accordent pas auecmoy y fuis ie
content qu'ils s'en retournent . Toutei-
fois, fous ce beau prétexte, il nous auoit
bratfé cette trahifon: qu'ayant donne a ce
maiftre dudit Nauire vn petit coffret en-
uelopé de toile cirée ( à la mode de la
men plein de lettres qu'il enuoyoït par
deca à planeurs perfonnes , il y auoit A^
aufsi mis vn procès , qu'il auoit fait & vaifw
formé contre nous à noftre defeeu, a-^~
uec mandement exprès au premier luge
à qui onlebailleroit en France, qu en
vertu d'iceluy il nous retînft&faftbruf-
ler comme hérétiques qu'il difoit q«e
3%° HISTOIRE
nous eftions.tellement qu'en recompen-
se des fermées que nous Juy auions faits
il auoit comme fccllé & cacheté noftre
congé decefte defloyauté,iaquelieneant-
fflomsicomme il fera ycu en fon l,eu)
■Oieu par ù prouidence admirable fit rc-
donder a noftre fouiagement & à façon-
ruiion.
Or après que ce Nauire,qu'ô appeloit
h Iacques, fut chargé de bois de ■ Brefil,
PoiureJong,Cotons,GuenÔs,Sagouins,
Perroquets & autres ebofes rares par de
ça, dont Ja pluf par t d'entre nous s'eftoit
fournrau araua l e q Uatrieme de lan-
cer 1558-pnnsalanatiuitenousnous
embarquafmes pour noftre retour. Mais
auant que nous mettre en mer ie ne veux
oubjier a dire que nous auions pour Ca-
pitameencevaifïeau,vnnomméFaribau
de Kouen, lequel à la requefte de plu_
fieurs „o taW „ perfonnag.es fa Hans p ro -
fefsiondela Religion reformée au Ro-
yaume de France,ayant expreffe'ment fait
ce voyage pour explorer la terre , voire
choifirpromptement lieu pour habiter,
*«**A nous dit,quen'cuft eftéla reuoJte de Vil
SRI? tfP a °A de ' s ! ? m <^ne année , on auoic
^ délibère de palier feptouhuit cens per-
^ W '" ? nncs dan * de grandes Hourques de FÏÏ
dies pour commécer dépeupler adroit
ou nous eftions en cefte terre d'Améri-
que
© E L'A M E R I QVE. 3^1
que. Comme de fait ie croy fermement G.
cela ne fuft interuenu qu'U y auroit a pre
fent plus de dix mille François ,lefquels
outre la bône garde qu'ils euffent fait de
nofhe Iile & de noftre Fort (contre les
Portugais qui ne l'euflent iamais feeu
prendre comme ils ont fait)poffederoyet
maintenant fous l'obeiffancedu Roy vft
grand pays en la terre du Brefil , lequel a
bon droit oneuftpeu côtinuer d'appeler
la France Antardique.
Ainfi pour reprendre mon propos par
ce que ce n'eftoit qu'vn moyen Nauue de
marchant ou nous rapaffafmes^e maiitre
dont i'ay parlé nomme' Martin Baudouin
du Havre de grace n'ayant qu'enuirott
vingteinq Matelots , & quinze que nous
eftions de noftre compagnie^pouuans e-
ftre en tout quarante cinq perfonnes-.des
le mefmeiour quatrième de Ianuier,ayat Uu , g t
leué l'ancre nous-nous mettans en la pro *£•£-
tectionde Dieu nous mifmes derechef a fiAw ^
nauiger fur cefte grande & impetueufe
mer Occeane ci du Ponent.Non pas tou-
tesfois fans grandes craintes & apprehe-
fions: car à caufe des trauaux que nous a-
uions endurez en allât.n'euft cfté le mar-
nais tour que nous ioua Villegagnon,
plufieurs d'entre nous ayant lànon feu-
lement moyen de feruir à Dieu , comme
nous defirions, mais aufsi goufté la bon-
$%z histoire
té & fertilité du pays,n'auoyent pas déli-
béré de retourner en France, ou tes diffi-
culté* font fans comparaifon voirement
beaucoup plus grandes, tant pour le fait
delà Reilgion, que pour les chofes con-
cernantes cefte vie : tellement que pour
dire ici Adieu à l'Amérique , ie confeffe
en particulier, combien que i'aye touf-
iours aymé &ayme encores ma patrie,
que neantmoins voyant non feulement
le peu &prefques point du tout de cha-
rité qui y refte , mais aufsi les defïoyau-
te* dont onyvfelesyns enuers les au-
tres i & brief que tout noftre cas ne con-
fifre maintenant qu'en difsimulations &
paroles fans effets , ie regrette fouuent
que iene fuis parmi ks Sauuages auf-
<juels( ainfi que i'ay amplement monftré
en cefte hiftoircji'ay cogneu plus de ron-
deur qu'en plufieurs de par deçà quià
leur condânat ion portent titre de Chre-
ftiens . Or du commencement de noftre
nauigation qu il nous falloit doubler les
Les ^m». -grandes baffes , c'eft à dire vne pointe de
*' ^fables & de rochers entremêliez fe iettâs
enuiron trente lieues en mer que les ma-
riniers craignent fort, ayans vent affe*
mal propre pour abandonner la terre
fans la coftoyerafin d'euiterce danger,
nous fufmcs prefques contraints de re-
lafcher,
Toutef-
'de ïameriqje 383
Toutesfois après que par l'efpace de
fcptouhuitiours nouseufmcs hotte ce
fuîmes agitez de collez & d'autres de ce
mauuais vent qui ne nous auoit gueres
auatacez : aduintenuiron minuit (ineoa-
anient beaucoup pue que les precedes)
que les matelots qui felon la couftume
faifoyent leur quart , en tirans l'eau a la
pompe y demeurèrent fi long temps, que
mioy qu'ils en contaffent plus de quatre
mille baftonnees (ceux qui ont fréquente
la mer entendent bien ce terme)impofsi-
ble leur fut de la pouuoir franchir m
efpuifer : après ainfi qu'ils furent bien
las de tirer ,1e Contremaiftrcpour voir
d'où cela procedoit,eftantdefcendu dans
le vaiffeau, non feulement le trouuaen-
tr'ouuert en quelques endroits maisauf-
fidefia fi plein d'eau ( laquelle y entroit
toufiours à force)que de la pefanteur, au
lieu de fe lailfër gouuerner, on le fentoit
peu à peu enfoncer. De façon qu'il ne
faut pas demader,quand tous furent ref-
ueillez , cognoiflans le danger ou nous
eftions , fi cela engendra vn meruedieux
eftonnement entre nous : & de vray l'ap- ^ ^
parence eftoit fi grande , que tout a l'in- dmgerJu
ftant nous deufsions eftre fubmergez, t*^-v
que plufieurs perdans foudain toutes
efperances d'en refchaper , faifoyent ia
eftat de la mort & couler en fond.
384 HISTOIRE
Toutesfois comme Dieu voulut quel
ques vns dôt l'eftois du nombre, seftana
refolus de prolonger la vie autant qu'ils
pourroyent , pnndrent tel courage qu'a-
uec deux pompes ils fouftindrent le Na
uire iiifques à rmdy : Cell a dire près de"
douzeheures, durant iefquelies 1 eau en-
tra en aufsi grande abondance dans no
«re Vaifieau,que fans cefl'er vne feule mi
nute , nous l'en peufmes tirer auec lefdi-
tes deux pompes:mefme ayant furmonte'
JeBrefil dont il eftoit charge',elle en for-
toit par les canaux aufsi rouge que fane
de beuf.Pendant donc qu'en telle diligé-
ce que la necefsite'requeroit, nous-nous
y employons de toutes nos forces aynat
vent propice pour retourner contre la
terre des Sauuages , laquelle n'ayant pas
tort elloignee ,.nous vifmes de's enuiron
les vnze heures du mefme iour , en deli-
beration de nous y fauuer fi nous pou-
uions,nous mifmes le cap deflus. Cepen-
dant les mariniers & le charpentier qui
eftoyent fous le TiUac, recerchans les
trous & fentes par ou cette eau entroit
& nous aiTailloit fi fort, firent tant qu'a-
uec du lard, du plomb, des draps , ^au-
tres chofes qu'on n'eftoit pas chiche de
leur bailler, ils eftouperent les plus dan-
gereuxitellemêt qu'au befoin, voire lors
que nous n'en pouuions plus , nous euf-
mes
DE i'AMERIOVE. 385
mes vn peu relafche de noftre trauail.
Toutesfois après que le charpentier eut
bienvifitécevaiiîeau, ayant dit, parce
qu il eftoit trop vieux & tout rongé de
Vers qu'il ne valoit rie pour faire levoya-
ge q nous entrcprcniôs,fon aduis fut que
nousretournifsions d'où nous venions,,
& la attendre qu'il vint vn autre Nauire
de France , ou bien que nous en fifisions
vn neuf, & fut cela fort debatu • Neant-
moins le maiftre ayant mis en auant que
il voyoit bien s'il retournoit en terreque
{es matelots l'abandonneroyent , & qu'il
aimoit mieux hasarder fa vie que de per-
dre ainfi fon Nauire & fa marchâdife, cô
clud à tout peril de pourfuyure fa route.
Bien dit-il que fi monfieur du Pont & les
paflagers qui eftoyent fous fa conduite
vouloyent rebrofler vers la terre du Bre-
fil qu'il leur baillerok vne Barque t mais
du Pont refpoïidant foudain que comme
il eftoit refolu de tirer du cofté de Fran-
ce^qu'aufisiconfeilloit-il à tous les fiens
de faire le femblable . le Contrernaiftre
remôftrantlà defîus ? qu'outre la nauiga-
tîon dangereufe,preuoyant biê que nous
ferions long temps fur mer , il n'y auoit
pas affez dkviure au Nauire pour rappaf*
fer tousceux qui y eftoyent, nous fufmes
fix qui fur cela confiderans le naufrage
d'vn cofté & la famine qui fe preparoil
Bb
l%6
HISTOIRE
de f autre * deliberafmes de retourner
en la terre des Sauuages * de laquelle
nous n'eftions qu'à neuf ou dix lieues.
Et de fait pour effectuer noftre de£-
fein ayans mis nos hardes dans la Éar-
quequi nous fut donnée, auec quelque
peu de farine & de bruuage* ainfi que
nous prenions congé de nos compa-
gnons î'vn d'iceuxdu regret qu'il auoit
de mon depart 3 pouffé de finguliere
affeétion qu'il me portoit,me tendant
la main dans la Barque ou i eftois deiîa
me dit:ie vous prie de demeurer àuec
nous , car quoy que s'en foitfinousne
pouuons aborder en France , encores y
a-il plus d'efperance de noui fauuer,
ou du cofié du Peru^ou en quelque Ifle
que nous pourrons rencontrer , que de
retourner vers Vilîegagon , lequel com-
me vous pouues iuger,ne vous lair^a
iamais en repos par deçà.
Sur lefquelles remonftrances , parce
que le temps ne permettoit pas de fai-
re plus long difcours, quittant vne*par~
fie de mes befongnes , que ie laiflay dans
la Barque , rentrant en grand hafte dans
le Nauire) ie fus par ce moyen pre-
ferué du danger que vous orrez ci a-
pres , lequel ce mien ami auoit bien pre-
ueu.
Toutcsfois les cinq autres , defquels
pour
BE ÙMERIQJ É. 387
hour caufe ié fpecifie ici les noms : affa-
uoir, Pierre Bordon > lean du Bordel,
Matthieu Vernueil , André la Fon & la-
ques le Bailcur: auec pleurs prenans con
<*é de nous , s'en retournèrent en la ter-
re du Brefil : en laquelle (comme ie djray
à la fin de ceftehiftoire)eftans abordez
à grandes difficultés 5 retournez qu'ils
furent auec Villegagnon,il fit mourir les
trois premiers pour la confefsion de f E~
uangile.
Ainfi nous autres ayans appareillé Si
mjs voiles au yent 3 nous reiettafmes de-
rechef en mer dans ce vieil & mefchant
Vaiffeau ? auquel comme en vn fepul-
chre, nous-nous attendions pkiftoft de
mourir que de viure. Et de fait outre
que nous paflafmes les fufdites Baffes à.
grandes difficulté* > non feulement tout
le mois de lanuier nous eufmes conti-
nuelles tourmentes » mais aufsi noftre
Nauire ne cetfan't.de faire grand quan-
tité d'eau , fi nous n'eufsions efté incef-
famment après à la tirer aux pompes,
nous fufsions (par manière de dire) péris
cent fois le iour: & nauigafmes long tëps
en telle peine*
Eftans doncques efloignez de terre fer->
me de plu$ de deux cents lieues 9 nom
Bb z
7^
388 HïSTO IRK
cufmes lavcuc dVne Ifie inhabitable,r<P
fût tuba , in
'liable rem àe comme vne tour , laquelle peutauoir
fhed>^r- demie lieue de circuit. Mais au refte cô-
J'oyfeau*. nie nous la coftoyons & laifsions à main
gauche,ie vis qu'elle cftoit non feulemêc
remplie d'arbres tous verdoyans en ^e
mois de Ianvier : mais aufsi il en fortoit
tant d'oifeaux qui fe vcnoyent rcpofer
fur les mats de noftre Nauire, mefmes fe
laiflbyêt prëdre à la main, que vous euf-
fiez dit îa voyant ainfi vn peu de loin que
c'eftoit vn Colombier, Il y en auoit de
noirs, de gris,de blanchaftres,& d'autres
couleurs, qui tous en volans paroiffoyet
fort grositoutesfois quâd ceux que nous
prifmes furent plumez , il n'y auoit gue-
res plus de chair en chacun qu'en vn paf-
fereau . Semblablement enuiron deux
lieues à main dextre nous vifmes des ro-
chers fortans de la mer aufsi pointus que
clochers:ce qui nous donna grande crain
te qu'il n'y en eut à fleur d'eau contre les-
quels noftre vaifleau fe fuft peu froiffer,
éc nous quittes d'en tirer l'eau. En tout
noftre voyagea noftre retour, durant
près de cinq mois que nous fufmes fur
mer , nous ne vifmes autre terre que ces
I{lettes:lefqueîles nos maiftres &Pilotes
ne trouuerent pas encores marquees en
leurs Cartes marines , & pofsible aufsi
fi'auoyent elles iamais efté defcouuertes.
Sur
'f:
j|E L'AMERIQUE* 385.
Sur la fin du mois de Février eftans
paruenus à trois degrez de la ligne Equi
noâiale,parce que près defept femaines
s'eftoyent paflees fans auoir fait la tierce
partie de noftre route, nos viures cepen-
dant diminuans fort,nous fufmes en de-^^^
liberation de relafcher au Cap faint Roc t^ ç .
habité de certains Saunages defquels,
comme aucuns des noftres difoyent,ii
yauoitmoyen d'auoir des rafraifehifle-
mens. Toutesfois la plufpart furent d'à-
uis que piuftoft pour efpârgner les vi-
ures , on tuaft vne partie des Guenons &
des Perroquets que nous apportions , Se
que nous pafsifsions outre : ee qui fut
fait. Ainfi ( comme i'ay déclaré ailleurs)
àcaufede l'inconftance des vents en ces
endroits là , approchans peu à peu ôc à
grandes difficultés de FÊquator: com-
me noftre Pilote quelques iours après
eut prins hauteur aucc fon Aftrolabe 3
il obferua &nous affeura que nous eftios
droit fous cefte Zone & Centre du mon- n 9 *%/J M 2
delemefme iour Equinoâial que le So-?"' 1 *»**
leil y eftoit : afiauoir 1 vnzieme de Mars: /^^,. r ,
ce qu'il nous dit par fingularité, & pour
chofe aduenue à bien peu d'autres Na-
uires, •
Parquoy fans faire plus long dif-
cours là defTus , ayans ainfi en ccft en-
droit là le Soleil pour Zenith, & e n la îi~
Bb 3
39° HISTOIRg
gne directe far la telle , ie Jaifie à Juger l
vn chacun de l'extrême & véhémente cha
leur quenous endurions lors. Mais outre
cela , quoy qu'en autres faifons le folcil*
tirant d'vn cofté de d'autre vers les Tro
piques, s'efgaye &: s'efloigne de cefte li-
gne, puis qu'impofsible eft d'aucunemét
fe trouuer en part du mode, foit fur mer
ou fur terre, ou il face plus chaut que
fous TEquator, ie fuis par manière de di-
ra plus qu'efmerueillodeceque quelcun
Hift. ee. ^ e i,e ^ ime digne de foy , a eferit de cer-
cles Ind. tains Espagnols: kfquels, dit-il, paffans
Iia. 4 . en vne region du Peru, ne furent pas feu-
çh,2i6. lement eftonnez de voir neigtr fous l'E-
quinoftiahmais aufsi auec grade peine 3c
trauail trauerferent fous iceluy des mon
tagnes toutes couuertes de neige ; voire
y experimenterentvn froid fi violent que
plusieurs d'entr'eux en furenTgelez. Car
d'alléguer la commune opinion des Phi-
lofophes , affauoir que la neige fe fait en
la moyenne region dcl'air: attendu di-ïe
que le foleil donnant perpétuellement
comme à plomb en ceft ligne Equinoctia
le , & que par confequent l'air toufiours
chaud ne peut naturellement fouffrir,
moins congeler de la neige, quelques hau
teurs de montagnes, ni frigidité delà lu-
ne qu'on me puiffe mettre en auant, pour
l'efgardde ce climat là ( fous corredion
des fea-
DE L'AMERIQUE 39 1
des fcauâs)ie n'y voy point de fondemct.
Partant concluant de ma part que cela
eft vn extraordinaire & exception en la
reiale de Philofophie , ie croy q#il n y a
point de folution plus certaine a cette
queftion ûnon celle que Dieu luy mefme
aleeue à Iob-.quat entre autre choie pour
luy monftrer que ks hommes quelques
fubtils qu'ils foyent ne feauroyènt attein
dre à côprédre toutes fes œuures magm-
fiques,moins la perfection d'icelles illuy
dit.Es tu entré es threfors de de la neige? !<*,&»
& as tu veu aufsi les threfors de la grelle?
Comme fi l'Eternel ce grand & tresçxcel
let ouurier difoit à fon feruiteur lob: en
quel «renier tien-ie ces chofes à tô aduis?
■ en donneras tu bien la raifon? nenni il ne
t'eft oas pofsible, tu n'es pas allez feauat.
AÎnfi retournant à mon propos.apres
que le vent de Suroueft nous eut pouffez
& tirez de ces grades chaleurs, au milieu
defquelles nous fufsions pluftoft roftis
qu'en purgatoire, auançans au deçà nous
commençafmes à ircùoir noftre Pole Ar-
dique , duquel nous auions perdu 1 cle-
uation ily auoitplus d'vnan. Mais au re-
lie pour euiter prolixité,réuoyant les Ie-
dteurs es difeours que i'ay fait ci douant
traitât des chofes remarquables que no _
vifmes en allât , ie ne reitereray point ici
ceque i'ay la distant des poiflons volans
Bb 4
■r
39* insTOïRfi
qu'autres monftrueux & bigerres dedi-
uerfcs cfpeces qui fe voyent fous celle
Zone Toi ride.
Pourdonques pourfuyure la narra-
tion des extremes dangers d'où Dieu
nous deliura fur mer a noftre retour, co-
me ainfi fuit qu'il y euft querelle entre
noftre Contremaiftre &noftre Pilote (à
caufe dequoy & par defpit lVn del'autre
ils ne faifoyent pas leur deuoir en leur
charge) ainfi que le vingtfixieme de Mars
ledit Pillotc faifant fon quart >c 'eft à dire
conduifant trois heures, faifoit tenir tou
tes voiles hautes & defployees , ne s'e-
ftant point pris garde d'vn grain , c'eft à
dire, tourbillon de vent qui fe peparoit,
il le laifTa venir donner & frapper de tel-
le impetuofite' dans les voiles ( lefquelles
auparauant felon fon deuoir il deuoit
faire abbaiffer) que renuerfant le Nauire
plus que fur le coite iufques à faire plon-
ger les Hunes & bouts des mats d'êhaut,
voire renuerfer en mer ks Cables, Cages
d'oifeaux & toutes autres bardes qui
n'efloyent bien amarees lefquelles furent
perdues, peu s'en fallut que nous ne fuf -
fions virez ce deflus defïbus.
Toutesfois après qu'en grande dili-
gence on eut coupe les cordages & k$
efeoutes de la grand voile, le Vaifleau
fe redreffa peu à peu: mais quoy qu'il
en foi t
r
DE L'A M ËRIQVE. 595
en fait, nous la pcufmes bien coter pour
vne, & dire que nous Tauions efchapee
belle . Cependant tant s'en fallut queles
deux qui auoyent efte' caufe du mal, com
me ils furent priez à l'inftât, fufïent pour
cela preftsà fe reconcilier, qu'au contrai-
re fi tort que le peril fut pafTé,leur adion Mt
de graces fut de s'empoigner Se batre de r$ mme
telle façon.que nous penfions qu'ils deuf^^
fent tuer Tvn l'autre. kfongn^
Dauantage, rentrans en nouueau dan-
ger, comme quelques iours après nous
cufmes la mer calme,le charpentier & au "*'
très mariniers , durant cefte tranquilite,
nous penfans foulager & reieuer de la
peine ou nous eftions iour& nuifl: à ti-
rer aux pompes:cerchans au fond du Na-
uire les trous par ou l'eau entroit , il ad-
uint qu'ainfi qu'en charpentans alentour
d'vn qu'ils penfoyent racouftrer tout au
fond du Vaifîeau près la quille, il fêle- /wW#
uavne piece de bois d'enuiron vn pied^»,/
en quarré, par ou l'eau entra fi roide & fi »™<f/
vifte, que faiiant quitter la place aux ma-/Mw«rx«L
riniers, qui abandôneretîe charpentier,
quand ils furent remontez vers nous fur
leTilac, fans nous pouuoir autrement
declarer le fait, crioyent nous femmes
perdus* nous femmes perdus.
Surquoy les Capitaine, Maiftre,& Pi-
lote voyans le peril eminent , afin de de-
594 HISTOIRE
ftrapcr & mettre hors la Barque en toute
diligence fai&ns ietter en merles part,
neaux du Nauire qui la couuroyent auec
grande quantité' de bois de Brcfil & au-
tres marchandées iufques à la valeur de
plus de mille francs, deliberans de quitcr
le vaifTeau fe vouloyent fauuer darîs icel
Ie:mefme le Pilote craignant que pour le
grand nombre des personnes qui fe fuf~
fent voulu ietter,elle ne fut trop chargée
y eftant entré auec vn grand couftelas au
poing dit,qu'il couperoit les bras au pre
mier qui feroit femblant d'y entrer- Tel-
lement que nous voyans défia, ce nous
fembloit , delairTe* à la merci de la mer,
nous reffbuuenans du premier naufrage
d'où Dieu nous auoit deliurez , autant
refolus à la mort qu'à la vie 3 & neant-
moins pour fouftenir & empefeher le Na
pire d'aller en fod,nous employas de tou
tes nos forces d'en tirer l'eau nous fifmes
tant qu'elle ne nous furmonta pas • Non
toutesfois que tous fuiTent fi coura-
geux , car la plufpart des mariniers s'at-
tendans boire plus que leur faoul , tous
efperdus apprehendoyent tellement la
mort qu'ils ne tenoyent conte de rien. Et
défait corne ie m'aflure que fi les Rabe-
liftes mocqueurs & contepteurs de Dieu
q[ui iafans & fç moquans fur terre les
pieds
'/*
DE L'AME RIQVE. 395
pieJs fous la tabîe,des naufrages&perils
ou fe trouucnt ordinairement ceux qui
vont fur mer y euffent efléjeur gaudiffe-
rie fut changée en horribles efpouuante-
mens , aufsi ne doutay-ie point que plu-
fieurs de ceux qui liront ceci ( & les au-
tres dangers dont i'ay ia fait & feray en-
cores mention que nous experimentaf-
îTiesen ce voyage) felon le prouerbe ne
difent. Ha/ qu'il fa ft bon planter des
ehoux, & beaucoup meilleur ouyr deui-
fer de la mer & des Sauuages,- que d'y al-
ler voir.
Cependant ce n'eft pas encores^ fait,
car lors que cela nous auint eftans à plus
de mille lieues du port ou nous préten-
dions, il nous en fallut bien endurer d'au
très : mefmes comme vous entendrez ci
après , il nous fallut paffer par la griefue
famine qui en emportai!: pluficurs : mais
en attendit voici corne nous fufmes deh
lirez du danger prefent. Noftre charpen-
tier , qui eftoit vn petit ieune homme de
bon cœur,n ayant pas abandonné le fond
du nauire comme les autres , ains au
contraire ayant mis fon caban à la ma-
telote fur le grand pertuis qui s'y eftoit
fait , fe tenant à deux pieds deiius
pour rcfiftcr à l'eau (laquelle comme il
nous dit depuis de fon impetuofiiç îm*
39^ HI S TOI RE i
Ieuaplufieurs fois)crianten tel e/lattant
qu'il pouuoit à ceux qui eftoyent en ef-
froy fur le Tilac, qu'on luy portaft des ha
billemens, li<fts de cotons & autres cho-
fes propres pour,pendant qu'il racouftre
roit 1 a piece qui s'eftoit enleuee , empef-
cher tant qu'ils pourroyet f eau:eftant di
ie ainfi fecouru , nous fufmes preferuez
par fon moyen.
Apres cela nous eufmes les vents tant
inconftans,que noftre vaiffeau pouffe &
deriuant tantoft à l'Eft, & tantoft à 1' Ou«-
eft ( qui n'eftoitpas noftre chemin car
nous auions affaire au Su) noftre Pillote
qui au refte n'entendant pas fortbien fon
meftier,ne feeut plus obferuer fa route,
nous nauigafmesainfi en incertitude iuf~
ques fous le Tropique de Cancer,
Dauâtage nous fufmes en ces endroits
là l'elpace d'enuiron 15, iours entre des
Mer ber^ cr ^ cs quiflotoyent fur mer fi efpefTes &
***. en t elle quantite^que fi afin de faire voye
au Nauire qui auoit peine à les rompre,
nous ne les eufsions coupées auec des
coignees, iecroy que nous fufsions de-
meurez tout court.Et parce que ces her-
bages rendoyent la mer aucunemet trou-
ble,nous eftant aduisque nous fufsions
dans des marefeages fangeux , nous con-
iedurafmes que nous deuions eftre près
de quelques Ifles:mais encores qu'on iet-
taft
taft la fonde auec plus de cinquante braf
fes de cordes, (1 ne trouua on fond niri-
ue, moins dcfcouurifmes nous aucune
terre: furquoy ie reciteray aufsi ce que
Thifto riêlndois à eferit à ce propos. Chri Hi ft a ^
ftofte Colomb, dit-il au premier voyage des ind.
qu'il fit au defcouurement des Indes, qui î-i«» *•
fut l'an, 1492. ayant prins refraichifle- cl1,1 ^
mens en vne des Ifles des Canaries, après
auoir finglé pïuficurs iournees rencon-
tra tant d'herbes qu'il fembloit que ce
fuft vn pré: ce qui luy donna vne peur,
encores qu'il n'y euft aucun danger. Sem-
blablemcnt pour faire defeription de ces
fîerbes marines dont i'ay fait mentionr
s'entretenant Yvnc l'autre par longs fila-
mens, ainfi que Hederaterreftris,flottans
fur mer fans aucunes racines , ayant les?
fueiiles aiTez femblables à celles de Rue
delardins, la graine ronde & nonplus p trme &
grofïe que celle de Genevre,elles font feces herbes
couleur blafarde ou blanchaftre comme™ 4
foin fené:mais au refte , comme nous ap-
perceufmes aucunement dangereufes à
manier.Comme aufsi i'ay veu plufieurs
fois nager fur mer certaines immodiciter
rouges faites de mefme façon que la cre-
fte d'vncoq, fi venimeufes & contagieu-^^
fes,quefitoft que nous les touchions Iz geans fur ^
main deuenoit rouge Se enflée. mr '
Eftans doneques forti$ de cefte mer
r
j^S HI ST OIRfi
herbue , parce que nous craignions d'ê-
ftre la rencontrez de quelques Pirates*
non feulement nous braquafmes quatre
ou cinq pieces de telle quelle artillerie
defer qui eftoyent dans noltie Nauirc,
mais aufsi pour nous défendre à la neeef-
iite , nous preparafmes les lances à feu
& autres munitions de guerre,
Toutesfois àcaufe de cela, derechef
voici venir vn autre inconuénient qui
nous aduint : car comme noftre canônier
faifant feicher fa poudre dans vnpotde
fer , le laiiTa fi long temps fur le feu qu'il
rougit, la poudre s'eftant emprife la flam
be donna de telle façon d'vn bout en au-
tre du Vaifïeau: mefmes gafta quelques
voiles & cordages , que peu s'en fallut,
qifà eau fe delà graille & du Brait* dont
le Nauire eftoit frotté & gôdronné , que
le feu ne s'ymiftjen danger d'eftre tous
brûliez au milieu des eaux. Et de fait Vvn
des pages & deux autres mariniers furet
tellement gaftez de bruflures que Vvn en
mourut quelques iours après : comme
aufsi pour ma part , fi foudainement ic
n'euffë mis mon bonnet à la mattelote
deuât mon vifage^i'euiTe eu la face gaftee
ou pis : mais m'eftant ainfi couuert i'en
fus quitte pour auoir le bout des oreil- )
les Scies cheueux grillezrcela nous auint
enuiron le quinzième d'Apuril • Ainli
pour
DE L'A M E R I GLV E. 59 J>
pour reprendre vn peu haleine en ceft en
droit nous voici iufques à prefcnt par la
«race de Dieu non feulement efchapez
des naufrages & de Peau dont , comme
vous aucz entendu,nous auons plufieurs
fois cuidez eftre engloutis, mais aufsi du
feu qui n'agueres nous a penfé côfumer.
CHAP. XXII,
De T extreme famine , tourmentes , & au-
tre? dangers d'où Dieu nous preferua en *#-
pajfanten France*
R après que toutes les cho-
! fcs fufdites nous furent ad
uenues , rentras de fiebvrçs
[ en chaud mal ( comme on
_ J dit) d'autant que nous eftios
encores à plus de cinq cens lieues loin,
de France , noftre ordinaire tant de
bifcuit que d'autres viures & bruua-
ges £ qui n'eftoit ia que trop petit , fut
tout à coup retranché de la moitié . Et
ne nous aduint pas feulement ceretar-
dement du mauuais temps & vents con-
traires que nous eufmes : car outre cela*
corne i'ay dit ailleurs, le Pilote pour n # a«*
uoir bien obferué fa route, fe trouua
tellement deceu , que quand il nous dit
que nous approchions du cap de fine, ter
; 4 o HISTOIRE
re) qui eft fur la cofte d'Efpagne) nous e-
fiions encores a la hauteur des Ifles des
Eilbres qui en font à plus de trois cens
lieues. Ccft erreur doneques en matière
denauigation fut caufeque de'slafindu
mois d'Auril eftans entièrement def-
pourueus de tous viures, ce fat , pour lé
dernier mets 5 à nettoyer & ballierla Sou-
te,ceftàdire la chambrette blanchie &
plaftree ou Ton tient le bifeuit dans les
Natures , en laquelle ayant trouue' plus de
vers & de crottes de Rats que de miettes
Vm& depain.partiffansneantmoins cela auec
èftètde d cs cuilliers,nous en faifions delà bouil-
A%££ lie, laquelle cftant aufsi noire Se amerc
mietm. que fuye, vous pouuez penfer fi c'eftoit
vn plaifant manger . Sur cela ceux qui a-
uoyent encores des Guenons & des Per-
roquets (car de's long temps plufieurs a-
uoyêt ia mangez les leurs ) pour leur ap-
prendre vn langage qu'ils ne fcauoyent
passes mettâs au -cabinet de leur mémoi-
re les firent feruir de nourriture: bref
des le commencement du moys de May*
que tous viures ordinaires défaillirent
Btuxna- entre nous ,cl eU x mariniers eftans morts
ZTn/de de malle faim, furent à la façon de la
/*«. mcr i et te2 & enfepulturez hors le bord.
Outre plus durant cefte famine la tor^
mente continuant iour & nuifl: lefpacc
de trois femaines , nous ne fufmes pas
feule-
,J^
feulement contraints àcaufe de la mer
merueilleufement haute & çfmeue , de
plier toutes voiles &lier le gouuernail,
pour ne pouuans plus conduire autre-
ment, laifler aller le Vaiffeau au gré des
ondes , mais aufsi cela empefcha que du-
rant tout ce temps & à noftre grande ne-
cefsité nous nepeufmes pefcher vn feul
poiflfanrfomme nous voila derechef tout
à coup en la famine iufques aux dents, a£-
faillis de feau au dedans ,& tourmen-
tez des vagues au dehors. Parquoypuis
que ceux qui n'ont point elle fur mer
en telle efpreuue n'ont veu que la moitié
du monde , i\ faut que ie répète ici qu'à
bon droit le Pfalmifte dit, que fiottans
tnontans & defeendans ainfi fur ce tant Pf * *°7*
terrible Elemét fublfftans au milieu de la % ^ tM "
mort,c r cft vrayement voir les merueilles
de l'Eternel. Cepedant ne demâdez pas iî
nos matelots papiftes fevoyans réduite
à telle extrémité, promettons s'ils pou-
uoyent paruenir en terre , d'offrir à faint
Nicolas vne image de cire de la ^rôffeur
d'vn homme, faifoyent au refte de mer-
ueilleux vœuz : mais cela cftoit crier au-
près Baal qui n'y entendoit riçn. Partant
nous autres nous trouuans bien mieux
d'auoir recours àceluy, duquel nous a-
nions ia tant de fois expérimenté l'a fsi<-
ftance 5 &qui feul aufsi,en nous fouftenâi
j^ Ql HISTOIRE
extraordinairemêt en nôftre famîne,pott
uoit commander à la mer & appaifer l'o-
ra<*e>c'eftoità-luy Stnô à autres quenous
nous adrefsions.
Or eftans ia fi maigres & affoiblis,que
à peine nous pouuiôs nous tenir debout
pour faire les manœuures du Nauire , la
necefsité toutesfois,au milieu de cefte a-
pre famine,fuggerât à vn chacun de pen-
fer & repenferà bon efcient dequoy il
pourroit remplir fon ventre: quelques
vos s'aduifans de couper des pieces de
certaines rondelles faites de la peau de
ranimai noméTapiroupUyduquelVzyhit
métiô en cefte hiftoire,les firent bouilli*
dansde l'eau pour les cuider ainfi mâger,
mais cefte recepte n'eftant pas trouuee
bonne , d'autres qui de leur cofté cer-
choyent aufsi toutes les inuentions dont
ils fepouuoyent aduiferpour remédier
à leur faim, ayâs mis de ces pieces de ron
^ndfdes d jj j e cuir f ur l cs charbons, après que
de cu.tr ro- \ n • t î f\ r *.\Â
pes & elles furçt vn peurofties , Je brulle racle
auecvn coufteau,cela fucceda fi bienqu'ê
les mangeâsdc cefte façô nous eftat acïuis
que ce fuflct carbonades de coines de por
ccau:ce fut,ce,ft effay fair, à qui auoit des
rondelles de les tenir fi de court, que par
ce qu'elles eftoyent aufsi dures que cuir
debeuffee, après qu'auec des ferpes &
autres ferremens elles furent toutes dé-
coupées
maugtes.
r
DE t'A M E It I Oy E. 403
Coupees,ceux qui enauoyent portans le*
morceaux dans leurs manches en de pe-
titsfacs de toille^nYn faifoyët pas moins
de conte , que font par deçà fur terre les
gros vfuriers de leurs bources pleines
d'efcus.Mefmes comme Iofephus dit que li, 7c h. 7
les afsiegez dans la ville de lerufalen fe
repeurent de leurs couiroyes , fouliers,
&cuir de leur Pauois,auiii en y eut il en-
tre nous qui en vindrent iufques là, àe ,
fe nourrir de leurs colletsde marroquini $wroq«*s
& cuirs de leurs fouliers: voire les pages t c "" des
& garçons de Nauire preffez de nialle^^.
rage de faim 3 mangèrent toutes les cor-
nes de lanternes (dont il y a toufiours _£""'*,/
grand nombre dans les Vaifleaux de mer) &chandei-
& autant de chandelles de ftûf qu'ils cn%£f£
peurerit attraper. Dauantage nonobstant "««r"'»™
la débilité ou nous eftiohs , fur peine de
couler en fond & boire plus que nous n'a
uions à manger, il nous falloit auec grâd
trauail eftré incefiamment à tirer l'eau à
la pompe*
Le cinquième iour de May fur le fo«*
leil couchant nous vifmes en l'air v&^ r FUmhta*
1er & flamboyer vn grand efcîair dQ de f euv °~
r . * t* 11 » • latent air»
feu , lequel fat telle reuerberation
dans les voiles de noftre Nauire, que
nous penfions , que le feu s'y fuft
mis : toutesfois fans nous endom-
mager * il pafla en vn inftant. Qu,e il on
Ce z
404 HISTOIRE.
demande d'où cela pouuoit procéder s ie
di que la raifon en fera tant plus malaifec
à rendre, que nous eftâs lors à la hauteur
des terres neuues , ou on pefche les Mo-
Iues,&de Canada, regions ou il fait ordi
nairement vn froid extreme,on ne pour-
ra pas dire que cela vint des exhalations
chaudes qui fu fient en Tair:& défait afin
d'en eflayer de toutes les façons, nous fuf
mes en ces endroits la battus du vent de
Nom! Nordeft , qui eft prefque droite Bi
ze , lequel nous caufa vne telle froidure
que durant plus de quinze iours nous n'e
chaufafmes aucunement.
Enuiron le douzième duditmoisde
May,noftrccanonnier, auquel au parauât
aptes qu'il euft bien langui i'auois veu
. manger les tripes d'vn Perroquet toutes
mon d e crues, eftant en fin mort de taim^ut^com
î aim ' melesprecedens décédez de mefme ma-
ladie, ietté & enfepulturé en mer: & nous
en fouciafmcstant moins pour l'efgard
de fa charge,qu'au lieu de nousdeffendre
fi on nous euft aflaillis, nous cuffîons
pluftoft defiré lors ( tant eftions nous at-
ténuez) d'eftre prins & emmenez de quel
que Pirate , pourueu qu'il nous euft don
né à manger. Mais comme il pleut à Dieu
nous affliger, tout lelongdenoftre voya
<*e à noftrc retour, nous ne vifmes qu'vn
feul vaiffeau, duquel encores , à caufe de
noftre
r*
DE t'AMERlQVE, 405
noftre foibleffe ne pouuâs appareiller ni
Ieuer les voiles quâd nous le defcouurif-
mes nous n'en pcufmes approcher. Or les
rôdelles dont i 5 ay fait mention, & tout le
cuir , iufques aux couuercles des coffres
àbahu, auectouteequi fepeut trouuer
pour fuftanter dans noftre Nauire eftant
entièrement failli, nous penfions eftre au
bout de noftre voyage. Mais cefte neoef-
fité, inuentrice des arts , ayant derechef
mis en l'entendement de quelques vns de
chaffer les Rats &les Souris, qui en grid
nombre (parce que nous leur auions ofté
les miettes & toutes autres chofes qu'ils
euffent peu ronger) couroyent mou-
rans de faim parmi le Vaiffeau , ils fu-
rent pourfuyuis en telle diligence , voire f&f s du
auec tant de fortes de ratoires qu'vn cha t*ntufa-
cun inuentoit,que corne chats lesefpians^^^;
à yeux ouuerts , mefrne la nuit quand ils manger.
fortoyent à la lune , ie croy quelques bié
cachez qu'ils fuflent qu'il y en demeura
peu. Et de fait quand quelqu'vn auoit
prins vn Rat ,-1'emmant plus qu'il n'euft
fait vn beuf fur terre, non feulement i'en
ay veu tels qui ont efte vendusdeux trois
& iufques à quatre efeus la piece: mais
qui plus eft noftre Barbier , en ayant vne
fois prins deux tout d'vn coup 5 l'vn d'en
tre nous luy fit cefte offre qde s'il luy en
vouloit bailler l'vn, quand nous ferions
Ce %
40<? HISTOIRE
au port il Phabilleroit de pied en cap:
xeque toutesfois ( préférant fa vie à fes
habits ) il ne voulut accepter . Bref vous
eufsiez veu bouillir des Souris dans de
feau de mcr,auec les tnpes&les boyaux,
dont ceux qui les pouuoyent auoir fai-
foyent plus de cas , que nous ne faifons
ordinairement fur terre de membres de
moutons.
Mais entre autres chofes remarqua^
blés, pour monftrer que rien ne fe per-
çoit parmi nous: comme noftre Contre*
maiftre vn lour appreftant vn gros Rat
pour faire cuire , luy eut couppé les qua-
tre pattes blanches lefquelles il ietta
fur IcTillac: ie fcay vn quidam qui les
VtttesJ* ayant aufsi foudain amaflees qu'en dili-
rats amaf gence fait eriHer fur les charbons 3 en
fees v&ur o O « r\
m*nl<r. tes mangeant y trouua vn tel goult,
qu'il afferma n'auoir iamais tafte d'ai-
fie de Perdrix plus fauoureufe . Et
pour le dire en vn mot qu'efl: ce aufsi
que nous n'eufsions mange ou plu-
fioft deuoré en telle extrémité? car de
vray fouhaitans les? vieux os & les or-
dures que les chiens traifnent pardef-
fus les fumiers pour nous raifaficr , ne
doutez point fi nous eufsions eu des
herbes vertes , voire du foin , ou fucii-
les d'arbres ( comme on peut auoir fur
terre) que tout ainfi. que beftes brutes
nous
T*
DE l'aMERIQJï. 407
nous ne les eufsious broutées.
Ce n'eft pas tout, car Tefpace de
trois fepmaines que cefte afpre famine
dura , n'eftant nouuelle entre nous ni
devin ni d'eau douce,qui de's long temps
eftoit faillie, nous eftant feulement re-
ftépour tout bruuage vn petit tonneau
de Ciftre , les maiftre & Capitaine le
mefnageoyent fi bien & tenoyent fi de
court , que quand vn Monarque en cefte
necefsité euft efté auec nous dans ce
Vaifïeau il n'en euft eu non plus que les
autres : aflauoir vn petit verre par lour.
Tellement qu'eftans autant & plus pref-
fezdefoif que de faim, non feulement £#££,
quant il tomboit de la pluye , eftendans que u faim
des linceux auecvne balle de fer au mi-
lieu pour la faire diftiller nous krece-
uions dans des vaifleaux de cefte façon,
mais aufsi recueillans celle qui par pe-
tits ruifleaux degoutoit deflus le Tiliac,
quoy qu'à caufe du Bray & des fouiU
leures des pieds elle fut plus trouble que
celle qui court parmi les rues , nous ne
îaifsions pour cela d'en boire.
Conclufion combien que la famine Famîned§
qu'en l'an . 1573 . nous endurafmes du- Samttm
rant le fiege de Sancerre , ainfi qu ! on
peut voir par Thiftoire que i'en a y aufsi
Ce 4
x
408 HISTOIRE
mife en lumière doyue eftre au rang des
plus grieues dont on ait iamais ouy par-
lerrtantya toutesfois) comme l'ay la no-
te' que n'y ayant eu faute ni d'eau ni de
vin,quoy qu'elle fuft plus longue* ie puis
4ire qu'elle ne fut fi extreme que celle dot
il eft ici queftionrcar pour le moins auios
nous à Sancerre quelques racines, herbes
fauuages^bourgeons de vignes, & autres
chofes qui fe peuuent encores trquuer
fur terre. Comme de fait tant qu'il plai-
roitàDieu délaifler fa benedi&ion aux
creatures, ie di mefrnes à celles qui ne
font point en vfage commun pour la
nourriture des hommes : cô me es peaux,
parchemins , & autres telles merceries,
dont i'ay fait cathalogue dequoy nous
vefcumes en ce fiege : ayant di-ie experi-
mente que cela vaut au befoin ., tant que
Maurois des collets de buffles , habits de
chamois , & telles chofes ou il y a fuc 3c
humidité, fi i'eftois enferme' dans vne
place pour vne bonne querelle , ie ne me
voudrois pas rendre pour crainte delà
famine. Mais fur mer au voyage dont ie
parle, ayans efté réduits à cefte extré-
mité de n'auoir plus que duBrefil,
|$ fans humidité' & fee fur tous les au-
, plufieurs preffez iufques au bout,
d'autres chofes en grignotoyent
'eurs dents : tellement que le fieur
du Pont
r
DE L ? A M E RIQJ E. 40^
du Pont noftre condu&eur en tenant vn
iour vne piece en fa bouche,auec vn grâd
foufpirmedit.HelasîdeLerymonamiii
m'eftdeu vne partie de 4000. fracs enFra^ w ^
ce de laquelle pleufl: à Dieu auoir fait bô fieur du,
ne quitance & que l'en tinfe maintenant Tm *
vnpaind'vn fol & vn verre de vin. Quat
à maiftre Pierre Richier , à prefent Mi-
niftre de la parole deDieu à la R ochellc,
le bon homme dira que de débilité durât <p t uut*.i*
noirre mifere eftant eftendutout de fon %«hter.
long dans fa petite capite,il n'euft fceu
leuer la tcfte pour prier Dieu: lequel ne-
antmoins ainfi couché qu'il eftoit tout à
plat, il inuoquoit ardemment.
Or auant que finir ce propos, ie diray
en pafïant, non feulement auoir obferué
aux autres,mais moymefme fenti durant
ces deux aufsi eftroites famines ou i'ay
pafiéqu'hômeenait iamais efchapee,que
pour certain quâd les corps font ainfi at-
ténuez , nature défaillantes fens eftans
aliénez 3 & les efprits difisipez, cela rend
Its perfonnes non feulement farouches, F*minem
mais aufsi engendre vne colère , laquél-^ rfrf r ^ e
le on peutnommer efpece de rage:&par-
tant le propos commun , quand on veut
lignifier que quelqu'vn à faute de man-
ger, a efté fort bien inuenté: affauoir dire
qu'vn tel enrage de faim. Qui plus eft,
comme l'expérience fait mieux-entendre
r jj.IO HISTOIRE
vne chofe , cen'eft point fans caufeque
Dieu en fa loy menaçant fon peuple s'il
ne luy obéit, de luy enuoyer la famine dit
expreffément, qu'il fera que l'homme té-
dre & delicatjc'eft à dire d'vn naturel au-
trement doux ôc bénin &: qui auparauant
auoitchofes cruelles en horreur,en l'ex-
trémité de la famine^deuiédra neâtmoins
ii defnaturé que regardant fon prochain,
voire fa féme & (es enfans d'vn mauuais
ehofespro œil, appetera d'en manger. Car outre les
pratiquées exemples que i ay narrez en 1 hiltoire de
typourpï Sancerre , tant du père & de la mere qui
fées es ex- it C 1
trente* f a .mangèrent de leur propre entant, que de
mines de quelques foldats lefquels a y ans efïayé de
no ft me P s ] a chair des corps quiauoyent efté tuez
en guerre,ont côfeiîé depuis, {i Faffliâio
euft encores continué , qu'ils eftoyent en
deliberation de fe ruer fur les viuans, ou-
tre di-ie ces chofcs tantprodigieufes, ie
puis affeurer véritablement que durant
noftre famine fur mernous eftions fi cha
grins,qu'encores que nous fufsions rete-
nus, par la crainte de Dieu , à peine pou-
uions nous. parler Tvn à l'autre fans nous
fafchenvoire qui pis eftoit(& Dieu nous
le vueille pardonner)fans nous ietter des
oeillades Û regards de trailers, accompa-
gnez de quelques mauuaifes volotez tou
chant ceft acte barbare.
Or afin de pourfuyure ce qui reftede
noftre
'• jf^^
faim.
DE L'AMEUQVE '4II
noftre voyage, comme nous allions touf-
iours en déclinables I5.&i<5.de May que
il y eut encor deux de nos mariniers qui m.™
moururent de malle rage de faim: aucuns^
d'entre nous imaginans là deffus par ma-
nière de dircqu'attêdu le long temps que
fans voir terre, il y auoit que nous bran-
lions fur mer , nous deuions eftre en vn
nouueau delugcquâd pour la nourriture
des poiffons nous les viftnes ietter en
l'eau, nous n'attendions autre chofe que
d'aller toft & tous après. Cependât non-
obftantcefte foufferte inexprimable du-
rât laque!le,c6me i'ay disunites les Gue
nos & Perroquets que nous rapportions
furet mage-z, en ayât neantmoins iufqu'à
ce tépslà toufiours gardé vn que i'auois
aufsi gros qu'vne Oye v proferant frâche-
mét corne vn home, & de plumage excel-
lét:lequel mefmc,pour le grâd defir de le
fauuer.afin d'en faire prefent à M. l'Ad-
mirante tins .5.011 6: iours cache' fans luy
pouuoir rien bailler à mâgentât y a Ja ne
cefsitépreffant, iointla crainte que i'eu
qu'on ne le me defrobaft la nuit, qu'il paf
fa corne les autrçs:de faço que n'en iettât
rien que les plumes 5 nô feulemet le corps
mais aufsiles tripes 5 pieds,ongIes J & bec
crochu feruiret à quelques miens amis &
amoy deviuoter trois ou quatre iours:
toutesfois i'en eus tant plus de regret
-
~ —
4 12 HISTOIRE
q u 5 cîwq ïours après que ie l'eu tué nous
vifmes terre : tellement que celle efpece
doifeau fe pafiant bien.de boire il ne
meuft pas fallu trois noix pour le nour-
rir tout et temps là.
Mais quoy?dira queîqu>n > fans nous
particularifertô Perroquet duquel nous
lî'auions que faire , nous tiendras tu touf
iours en fufpens touchât vos langueurs?
fera ce tantoft aflez enduré en toutes for
tes ? n'y aura il iamais fin ou par mort ou
par vie? Helasf fi aura, car Dieu qui fou-
ftenoit nos corps d'autres chofes que de
pain & de viandes communes, nous ten-
dant la main au port, nous fit la grace
imrAu- que le viugtquatrieme iour dudit mois
9«et no* de May 1558. (lors que tous cftendusfur
vtfmes ter 1 "~r* : t /* • #»
teanojire iç , * "ac ians pouuoir prefques remuer
ni bras ni iambes , nous n'en pouuions
plus)nous eufmes la veue de baffe Breta-
gne. Toutcsfois parce que no> auios efté
tant de fois abufespar le Pilote, lequel
au ijeu de terre nous auoit fouuent mon
lire des nuées qui s'en eftoyent allées en
l'air , quoy que le Matelot qui eftoit à la
grande Hune cria par deux ou trois fois
terre terre.encorcs pcnfions nous que ce
fuft moquerie: mais ay ât vent propice &
mis le cap droit deiîus, nous fufmes toft
affeurez que c'eftoit vrayement terre fer-
me. Partât pour conclufiô de tout ce que
i'ay dit
Tiîùur.
r
DE L'aMERIQJE. 415
fay dit ci deffus touchant nos afôi&ions,
afin de mieux faire entendre l'extrême ex
tremité ou nous eftions tombez, & qu'au
befoin, n'ayant plus nul refpit,Dieu nous
afsifta: après luyauoir rendu graces de
noftre deliurance prochaine ,1e maiftre
du Nauire-dit tout haut , que pour cer- gjgg*
tain fi nous fufsions encor demeurez va
iour en ceft eftat, il auoit délibéré & refo
lu,n.on pas de ietter au fort,comme quel-
ques vno ont fait en telle deftrefle , mais
fans Jirc mot, d'en tuer vn d'entre nous
pour feruir de nourriture aux autres : ce
que l'apprehenday tant moins pour mon
efgard que , quoy qu'il n'y euft pas grand
graifleen aucun de nous, finon qu'on eut
feulemet voulu manger de la peau & des
os ie croy que ce n'euft pas efté moy. Or
parce que nos mariniers auoyent délibé-
ré d'aller defeharger & vendre leur Bois
de Brefil à la Rochelle , quand nous fuf-
mes à deux ou trois lieues de cefte terre
de Bretagne,le maiftre du Nâuire,le fieur
du Pont &c quelques autres, nous laiffans
à Tancre,s'en allèrent dans vneBarque ert
vn lieu proche appelé Hodierne pour z->
dicter des viures : mais deux de noftre
compagnie aufquels particulièrement ie
baillay argétpour m'apporter quelques 1
rafraichiflementSjs'eftans aufsi mis dans
cefteBarque^fi toft qu'ils fe virenten ter-
=■
4*4 tt i s t o i r i
re penfans que la famine fut enfermée
dans le Nauire 5 quittans les coffres 2c
bardes qu'ils y auoyent, ils protefterent
qu'ils n'y mettroyent iamaisle piedtcom
roe de fait s'en eftans aile* de ce pas ie ne
les ay point veus depuis . Qùtreplus du-
rât que nous fufmes là à l'ancre quelques
pefcheurs s'eftans approchez , aufquels
nous demandafmes des viures , eux efti-
mans que nous nous mocquifsios ou que
fous ce prétexte nous leur voulussions
faire defplaiiir fe voulurent foudain re-
culer: mais nous les tenansà bord^prefTcs
denecefsité eftans encores plus habilles
qu'eux nous iettafmes de telle impetuofî
té dans leur Barque, qu'ils penfoyêt eftre
faccagezrtoutesfois fans leur rien prédre
que de gré à gré n'ayans trouué de ce que
nous ^cerchions finon quelques quartiers
depâïn noir >il y eut vn vilain nonobftat
la difette que nous leur fifmes entendre
ou nqus .eftionsqui au lieu d'enauoir pi
tié ne fit pas difficulté de prendre de moy
deux Reaies pour vn petit quartier qui
nevaloit pas lors vnliarden ce païs là. Or
nos gens eftansreuenusauecpain, vin &
autres viâdes,que nous ne laiîfafmes moi
fir ni aigrir,come en pêfâstouilours aller
à la Rochelle nous eufmes nauigué deux
ou trois lieues , eftans aduettis par ceux
d'viï
Î)Ê l'a ME RiQJE» 4 r 5
4'vn nature qui nous aborda que certains
pirates rauageoy et tout du long de celle
cofte : cônfiderans ladeffus qu'après tant
de grids dâgersd'ouDieu nous auoit fait
la grace d'efehaper, ce feroit bieneçr-
cher noftre malheur ,de nous mettre en
nouueau hazard , dé$ ( Je mefme iour 26.
de May,fans plus tarder de prendre terre
nous entrafmes -dans le beau & fpacieux
havre de Blanet paysdeBretagne:auquel
aufsi lors arriuoy et grand nôbre de vaif-
féaux de guerre retournas de voyager de
diuers pay s, qui tirans ; coupsd'artilleries^
&faifans les brauades accouftumees en
entras dans vrî port de mer s'efioiiifloyét
4c leurs viftoifes.Mais entre autres yen
ayâtvnde S. Malo duquelles mariniers
peu au parauant auoyêtprins & emmené
vnNauire d'Efpagnol qui reuenoitdu Pc
ju chargé de bonnes marchandifes qu'on
çftimoit plus de foixante mille ducatstee
qu'eftat diuulgué par toute laFrâce,beau
coup de marchans Parifien^Lionnois &
d'ailleurs eftans ia en ce lieu pour en a-
cheter , cela nous vint fi bien à point,
qu'aucuns d'eux fetrouuans près noftre
Vaifleau quand nous mettions pied en
terre, non feulement ( parce que nous ne
nous pouuions fouftenir)nous emmenè-
rent par deflbus les bras, mais aufsi bien
apropos , ayans entçndu noftre famine^
r
4r£ HiSîOîR g
nous exhortèrent que nous gardans de
trop manger nous vfifsions du commen-
cement, peu à peu.de bouillons de vieil-
les poulailles bien confumees:de laid de
chèvres & autres chofes propres pour
nous eflargir les boyaux que nous auios
retraits. Et de fait ceux qui creurentleur
confeil s'en trouuerent bien : car quant à
nos mattelots qui du beau premier îour
fe voulurent faouler, ie croy de vingt re-
fiez delà famine que plus de la moitié' cre
uerent & moururent foudainement de
trop manger. Mais quant à nous autres
quinze pafïagiers qui , comme i'ay dit au
commencement du precedent chapitre,
nous eftions embarquez dans ce Vaiffeau
en la terre du Brefil pour reuenir en Frâ-
ce , il n'en mourut vn feul, ni fur mer ni
. fur terre pour cefte fois la . Bien eft vray
que n'ayans faiiuéque la peau & les os,
non feulement vous eufsiez dit à nous
voir que c'eftoyent corps morts défier-
iez ,maisaufsi , fi toft que nous eufmes
prins l'air de terre , nous fufmes fi def~
-Zefgout gouttez, & abhorrions tellement les vil-
ZZ Uf * dcs \ S ue P ol ! r P arler de moy en particu-
lier, quand iefus au logis foudain que
i'eus fenti du vin , tombant à la renuerfe
fur vn coffre à bahu,on pcnfoit,ioint ma
foibleffe,que ie deufle rêdre f efprit.Tou
tesfois ne m'eftant pas fait grand mal,
mis
r
DE L'AMERlQJf. 417
tnis que ie fus dans vn li&,combien qu'il
y cuft plus de dixneuf mois que ie n'a-
iiois couché à la Françoife (comme on
parle auiourd'huy) tant y a que contre ce
qu'aucuns difent quand on a accouftume'
de coucher fur la dure, on ne peut de lôg
temps repofcr fur la plume > que ie dor-
mis fi bien celle premiere fois , que ie ne
me refueillay qu'il ne fut le lendemain fa
leil léu'ant. Ainii après que nous eufmes
feiourné trois eu quatre îours àBlanet,
no* allafmes à Hanebô petite ville à deux
lieues de là, en Jaquclie durant quinze
iours nous-nous fifmes traiter félon le
confeil des Médecins: mais quelque bon
regime que nous peu fs ions tenir 5 la p!uf
part deuindrent enflez depuis la plan-
te des pieds iufques au fornmet de la te
fte 5 & n'y eut que moy de deux ou trois au
très quilefufrn.es féulemët depuis la ceiu
turc en bas. Dauantage ayâs vn cours de
ventre & tel defuoyemet d v eftomach 5 que
nous ne pouuions rien retenir dans le
corps 5 n'euft eftévne certaine recepte que
on nous enfeigna : affauoir du ius d'He-
dera terreftns^ du Ris bien cuit eftouffé
dansvnpot auec force drapeaux, quand il
eftoftéde derfus le feu , & des moyeufs
d'oeufs le tout méfié enfemble dâs vn plat
fur vn rechaut,qu'ayans mangé auec des
tuilliers nous r'afermit fort foudaine-
Dd
4l3 HISTOIRE
met iecroydi ie fans cela que dans peu
de iours ce mal nous eut tous emportez*
Nous voila donçques ce fembJe pour
ce coup à peu près quittes de tous nos
maux : mais tanty a que fi celuy qui nous
auoit tant de fois garantis des naufrages*
tormentes ? afpre famine, &: autres mcon-
ueniens dont nous auions efté aflaillis
fur mer? n'euft conduit nos affaires à no-
ftre arriuee fur terre , nous n'eftions pas
encores efchappez : car corne i'ay touché
en noftre embarquement pour le retour,
Villegagnon, fans que nous en fceufsiôs
rien ? ayant baillé au maiftre du nauire ou
nous rapa(lafmes(qui l'ignoroif aufsi)vn
procès lequel il auoit fait & formé cotre
nous, auêc mandemét exprès au premier
iuge auquel il feroit prefenté en France,
non feulement de nous reteftir,mais auf-
û faire mourir & brufler comme héréti-
ques qu'il difoitque nous eftionsraduint
que le fieur du Pont noftre conducteur
ayant eu cognoiflance àquelques gens de
iufticedecepays là (qui auoyét fentimet
delaReligion dont nous faifionsprofef-
fiô)aufquels le coffret cpuuert de toile ci
reedâs lequel eftoit ce procès & forcelet
très adreflantes àplufieurs perfonnages
fut baillé , après qu'ils eurent veu ce qui
leur eftoit mandé, tant s'en faut qu'ils
nous traitaffentdeJa façon que Villega-
gnon de-
DE L'AMERIQUE. 4X9
grion defiroit, qu'au contraire,outre que
ils nous firentla meilleure chère qui leur J™' ie '"
fut pofsible,ofFrans leurs moyens à ceux admirable,
de noftre compagnie qui en auroyent af-
faire, ils prefterent argent audit iieurdu
Pont,& àquelqnes autres. Voila commet
Dieu,qui furprëd les rufez en leurs eau-
telles, non feulement par le moyen de ces
bons perfonnages nous deliura du dan-
ger ou le reuoltéVillegagnon nous auoit
mis , mais qui plus eft la trahifon qu'il
nous auoit braffee eftant ainfi defcouuer
te à fa confufiô,le tout retourna à noftre
foulagcment* Apres doneques que nous
eufmes receu cenouueau benefice delà
main de eeluy qui, comme i'ay dit , tant
fur mer que fur terre fe monftra noftre
prote&enr , nos mariniers departans de
cefte ville de Hanebon pour s'en aller en
leur pays de Normâdie, nous aufsi pour
nous ofter d'entre fesBretonshretonnas,
defqùels nous entendions moins le lan-
gage que des Saunages Arneriquains, d'à
uec lefqueîs nous veniôs,nous haftafmes
de venir à Nates d'où nous n'eftios qu'à
■p,-. lieues ? non pas toutesfois que nous
courufsionslapofte,car a caufede noftre
dcbilitén'ayâs pas la force decôduire nos
cheuaux, defqùels mefmes nousn'cufsiôs
A feeu endurer le trot,chacun auoit vn ho-
me qui menoit ie lien tout bellement par
Dd 2
Nature en
iiieufe fe
tenouuel-
lam.
S our dùé
&, débilité
dwehrtat*
fees Jefa*
4 2 ° HISTOIRE
h bride. Dauantage parce qu'à ce comme
cement , il nous fallut comme i enouuel-
ler nos corps, nous n eftiôs pas feulemêt
aufsi enuieux de tout ce qui no 9 venou *
la rantauc.qu'pn dit que fôtles femes qui
cliarget d'éfant,dequoy,fi ie ne craienois
d ennuyer les ledeurs , ïalleguerofs des
exemples eftranges.mais aufsi aucuns eu
rent le vin tellement à defgout qu'ils fu-
rent pi us dVnmois fans enpouuoir fen-
tiivnoins goufter . Et pour la fin de nos
miiercs.auâd" nous fufmesarriuez à Nan
tes,comme fi tous nos fens cuflfct efic'en-
tieremêt renuerfez.nous fuf mes enmron
haitioufs oyans fi dur & ayansla veue
iiouulquee que nous penfions deuenir
lourds Saueuglçs: toutesfois quelques
cxceJlcns docteurs, médecins , & autres
notables perfonnages qui nous vifitoye't
louuent en nos logis , nous fecoururenc
Il oien, que tat s'en faut pour mon parti-
culier qu'il m'en foit demeuré quelque
relie qu'au contraire de's enuirô vn mois
après le n'entendis ianwis plus clair, ni
n'eu meilleure veue: vray eft eue pour
iefgard de l'eftomach , iel'ay roufiours
eu .depuis fort foible& débile: tellement
qu'ainfi que i'ay tantoft touché, Iarcchar
gequei'eu il y a enuirô quatre ans.durat
lefic-ge & la famine de Sancerre eftant ia
tcnienuë;ie puis dire que ie me fentiray
toute
' BE l'aMERIQV^. - 4'2t
toute ma vierainfi après auoir vn peu re-
prins nos forces àNites,ou,Come i'ay dit
nous fufmcç fort bie traitez, chacû print
party& sen alla ou il voulut.
Ne refte pi us pour mettre fin à la pre-*
fente biftoircfinon , fcauoir quedeuin-
drent les.cinq de noftre compagnie , les-
quels, ainfi ^ilàefté dit ci deflus>apres
le premier naufrage que nous cuidafmes
faire s'en retournèrent en la terre d'Ame
rique: & voici par quel moyen il a efté
fceu. Certains perfonnages dignes de foy
que nous auiôs laiflez en ce pays là, d'où
ils reuindiêt enuiron quatre mois après
noqs: ayans rencontré le fieur du Pont à
Paris , ne l'afîarerent pas feulement qu'à
leur grand regret auoyêt efté fpeéïateurs
quand Villegagnon à caufe de PEuangile
£ti fit noyer trois au Fort deColiigniraf-
fauoir Pierre Bourdon , lean du Bordel,
& Mathieu VernuciUmais outre cela ayâs
rapporté par eferit tant leur confefsion
de foy que toute la procedure que Ville-
gagnon tint contre eux , ils la baillèrent
audit fieur du Pont , duquel ie la recooi-
uray aufsi bien toftapres. Tellement que
ayant veu par là, corne pendant que nous
fouftenions les flots & orages de la mer,
ces fidèles feruiteurs de lefus Clirift en-
duroyent les tourmens voire la mort que
leur ht fouffrir Villegagnon * me teflou^
r
^12. HISTOIRE*
Uenantfeinfi qu'il à efté veu ci dcffus) que
îTioy feul cjp noftre compagnie eftois ref-
forti de la barque,dâslaquelle ic fus tout
preft de m'en retourner auec eux:comnie
iVu matière de rendre grace à Dieu de
cefte mienne particulière deliurance, au f
fi me Tentant fur tous autres oblige', d'a-
uoir foin que la confefsion de foy de ces
trois bons perfonnages fut enregiftree
au Catalogue de ceux qui de noftre téps
ont conflamment enduré la mort pour le
tefmoignage de l'Euagiîc, dés cefte mef-
me année 1558. iela baillay à lean Cref-
pin Imprimeur, lequel, aucc la narration
de la difficulté qu'ils eurent d'aborder
la terre des Sauuages après qu'ils nous
eurent laiflez l'inféra auliure des mar-
tirs auquel ie renuoyeJes leâeurs: car tf
voyez eufteftéiaraifon fufdite, ien'eeuffe fait
Ie-5-Ii. ici aucune mention. Kleantmoins ie diray
au tit. encores ce mot qu'atendu que Villegagnô
desma.a efté le premier quia refpandiile fang
de l'A- des enfans de Dieu en ce pays nouuelle-
meriq. ment cogneu , qu'à bon droit, à caufe de
ce cruel ade, quelqu'vnla nôméle Cain
de l'Amérique.
Pour conclufionpuis comme i'ay mo-
ftré en la prefente hiftoire, que non feule
ment en general mais aufsien particulier
i'av efté deliuré de tant de fortes de dan
gers, voire de tant de gouftresde morts
ne puis
ne nuis iepas bié dire auec cede fainte Fe
nie mere de Samuel que i'ay expérimenté i.Sam.
l'Eternel eftre eeluyqui Fait mourir&fait 2.6.
viurc* qui Fait deFcendrc en la folfc & en
fait remonter? ouy certainement cerne
Fembie auFsi à bônes enFeignes qu'home
qui viue pour le iourd'huy : & toutesFois
Fi cela appartenoit à cefte matière , ie
pourrois encores adioufter quepar Fa bo
té infinie, il m'a retiré de beaucoup d'au-
tres deftroits par ou i'ay pafle • Voila en
Fommecequei'ay obFerué, tant Fur 111er
en allant & retournant en la rerreduBre
Cl dite Amérique, que parmi les Sauua-
g.es habitas en ce pays là, lequel pour les
raiFons que i'ay amplemët déduites peut
bien eftre appelé mode nouueau à noftrc
eFgard, IeFcay bien toutesfois qu'ayant
fi beau fuiet ie n ay pas traité lesdiuerFes
matières que i'ay touchées, d'vn tel ftile
ne d'vne Faço Fi gratte qu'il falloitrmcfme
entre autre choFe,ie confeffe auoir quel-
ques Fois trop amplifié vn propos qui de
uoit eftre coupé court: & au contraire tô
bant en l'autre extrémité , i'en ay touché
trop breFuement ,qui deuoy ent eftre de-
duitsplusau lôg.Surquoy pour Fuppleer
ces deffauts du langage x ie prie derecheF
les leâxurs, qu'en confiderât combien la
pratique du contenu en cefte hiftoire m'a
efté dure&grieFue,ils reçoiuent ma bon-
r
--
4M HÏSTOÏHE
ne affedion en payement. Or au Roy
des Siècles Immortel & inuifible,à Dieu
feul fage foit honneur & gloire éternel-
lement Amen.
table:
Farine.de racine viure ordinal efpees de bois.n6.
re desSauuages. 47. manière Gaipard de Cpîligni Admiral
dela£ure.i33.foiigouft. 136, de France caufedu voyage
n'eit. propre à faire pain.134. fait en l'Amérique. 3.
Farinedepoi.rTon.154. Geraù efpece depahnier. 200
Femmes greffes comment fe Garcôs Sauuages enuoyez, en
gouuerne.it en l'Amérique France. 80.
196. Gonambuch oyfeîettrefpetlt
Feu & l'inuentïon i nous inco & fou chant eimerueillablç
gneuëque lesSaauages ont ij6.
d'en f ûre.318.
Feu de bois de Bredl prefque
fànsfumee.iotf.
Fiffres & tîeutes faites d'os hu-
mains. 2-17.
Figures des Sauuages. 121. 231.
275.33 v^ 1 ^ .
Fhteries des femmes Amerî-
Guenons farouch es & cornent
fe prennent. 1&4. leur indu-
flrie à fauuer leurs petks,iô'3
Guerre pourquoy fe fait entre
les Sauuages. 219. iniques à
quel nombre s'uffemblent*
22'<5. leurs gelles cl contera
ces approchâsrennemy.230
quainesaiô'. Guyapatferpes.24$.
Fleuue d'eau douce. 107. H
Flefcheslongues.223. Hameçons a pefcher trouuez
Fort desPortugais nommé Spi propres parles Saunages i£,
ritus Sanctus.50. Haquebute tirée de trois San
Folfes des morts de quelle h- nages d'vne nouuelle ûcon.
ç/on faite eni'Ameriqiie.3^6' 225.
Fronteaux de plumes.125. Harangue des vieillards Sauua
Fruits de l'Amérique tous dif ges pour efinouuoir guerre,
ferens des norlres. 217. plu- 220.
fîeurs dangereux a manger. Hay animal diffbrrne felon au
i°Z' m cunsviuantdu vent.io^.
Fueilles d'arbres d/efpefîeur Hazard d'vn coup de mer. i3.
d'vn tefton.202.autresd'ex- He intêrie&ion des San. 344.
ceiliue longueur & largeur. Herbes marines & leur forme. '
207. 397 .
Fumée de Petun comment hu Hetich racines fort bonnes &
mee par les Sauuages. 212. en grande abondance en
purge le cerueau. 213. rAmenq.224.faco merueil
G leufe de les multiplier. 215.
Ganabarâriuiere.60. * Hiftoireplaifante d'vne chau
Garnitures de plumespoi
r
ueilouns v/g
Ec3
mssss
mm
TABLE.
Uiuouraé efpece degaiac dot eftionsfbusTEquator 389.
les Sauuages vfent contre ïour auquel nous vifmes terre
vne maladie nôtnee Pians anoftre retour 412.
203. loyaux enterrez, aueç les corps
Homicides entre les Sauuages 337.
çommentpunis 304. Ifîes fortunées itf.
Honnêteté gardée es maria- Lagrandelileenla riuieredç
ges des Ameriquains 301 Genevre 104.
Hoites comment contentez Ifle inhabitable remplie d'Ary-
en l'Amérique. 320. bres & doyfeaux 388.
Huile fainte des Sauuages 183. lus fortant delafarine de racû
Hurlemenseitrangcsdes fem- ne humide bon a manger,
mes Sauuages 27f. 136.
Huuaflou lieu motueux en Î'A K
merique 45. Kurema&ParatiMuIets excels
I lens 185:.
la care Crocodiles. 1^7. L
îacous efpeces 3 deFaifâns de lac de Geneue comparé a la
trois fortes 16$. riùiere deGanabara enl'A-
Ianouare belle rauiflante man merique.98.
geint les hommes 1 61. Leçons de Cointa.85.
Ignora'-cedu vray& des faux Leripés huîtres 105.
dieux entre îesTououpinâ- Lery-ouflou 3 nom de l'aucteur
baoults 259. en langage Sauuage.310.341
Ignorent aufiî la creation du Lettres deViJIegagnonà Caî
monde 2^9. uin.Voyez la preface.
Immodicité rouges nageans Lézards de l'Amérique bons X
fur mer 397. manger.159.
Inubia grands Cornets 227. Lézard dangereux &aionftru^
lonquet fel des Sauuages & eux.itfi.
comme ils en vfènt %i6. Leures percées & la fin pom>
Joues percées pouryappliquer quoy.in.
des pierres vertes 112. Ligne Equinoxiale pourquoy
Jours que nous defcouurifm.es atnfî appelée. 40.
l'Amérique & que nous en Libéraux & ioy eux aimez des
d partifmes 44.381. Ameriquains. 193.
Ion s plus long sau, mois de Loyauté des Sauuages enuers
Décembre en l'Amérique leurs amis.32.tf.
210. M
lourEquinoclïaî auquel nous Machiaueliftes imitateurs
TABLE.
desBarbares.izo. Moucacoua efpece de perdrix
Maiibns des Sauuages de quel 169.
le façon. 272. leur longueur. Morgouïa oranges.208,
zzç. Mores de quelle facô enterrez
Maiz bled du Peru.137. en FAmerique.337.
Maniot racine. 132. Mouton oyfeau rare.16'9.
Marganas forte de Perroquets MouiTacat vieillard reeeuant
174. lespaflàns.316.
Manobi efpece de noifette.216 N
Margaias Sauuages ennemis Nature enuieufe enfèrenou-
desFrancois.45. uellant.420.
Maq-hé region.55. , Nez des petits enfans eferafez.
Maraca instrument fait d'vn 297.
fruit. 118. comment dédié à Nos de ceux qui firent Je voya
l'vfàge des Sauuages. 179. ge en TAmeriqucS.
Mariages premieremeutlolen Nom de l'aucleur en langage
nifez alafaçô des chrefliés Sauuage.310.34i,
en l'Amerique.8o. Noms des ennemis des Touou
Mariage des Sauuages. 2 93. pinambaoults.354.
Marfbuins.zS.comment le pré Noms de toutes les parties du
nentfur mer.30. corps en langage Sauuage.
MauronganCitrouiUes.217. . 364.
Mariniers morts de faim. 400 Noms qu'on baille aux enfans
404.411. des Sauuages. 297.
Maucacouï poudre a canon. Noms des chofes. du memage
344- en langage Sauuage 3 .3<$7.
Malades enl'Ameriqne corn- Nourriture des enfans des Sau
menttraitez.335. uages.298.
Menfonge de Theu et.85. Nudité des hommes Sauuages
Merueilles de Dieufevoyent 110.123.
r
furmer.15.44i.
Mélodie efmerueillable des
, Sauuages .276'. /
Merherbue.396.
Min gant boullie de farine de
racines. 13 4.
Nudité des femes Ameriquai
nés refolues dene fe point
veiHr.T24.i25. opinion & iii
tention de Taucleur fur ce
propos. 130.131.
O
Mo cap artillerie &harquebu^ Occafïon d'annoncer le vray
fes.344. Dieu aux Sauuages.282.
Monnoye non envfage entre Occupatiô ordinaire des Sau»
. tes Sauuages.49. uages.301.
Ee 4
m ? , 1 w^Mimmmm^a •m r -
TABLE.
Orange & Citrons en abon- pliqué par Villegaenon s, '
<-» il i .- netsSauuaaes.no
ge^monftrezaux ennemis. 3I | einteneuie dumarfoum
Oura'cvftau 1( c 7 Pattes de * ats 3m ^flee 5 pou r
Ouy-entan farine dure. Per es feruans de fa*e femmes
O'tf-ponfannetendre&lôn z 9 6. "
OESS abondances If P ^ ^<« des Sauua-
oJl:55 P«»nfim P Iedefingulierevet
Jietezdecouleur s .i7d. Poiflbns voWz?.
Tï^i'; l -r , Pc-iTon ayant mains &tefte de
Pacoairearbnftau tendre. «î forme humaine.191.
Pacos fruits longscroisTans par PoJligamie.2,94.
boquets.ioj.ayansgouftde Poules d'Indes en srand quan
p % oes -^; , tiré en l'Amérique jct/
1 ages médecins des Sauuages. Poiurelong.116.
■n^ 1 ". , , . PoitralianneduToucâàquo»
gg animal tachete.r^. fert aux Sauuages.i 7î . q f
ertr e . |h n0<,e Vllleg38nÔ P r U & ais P rinS ^'^ngezpar
entre les Sauuages.^*, les Sauuages.z^. F
Panouoyfeau ayant lapoitrine Porcs ayans vn pertuis furie
rouge.y 5 . dos par ou ils refpirent. i«.
Palmiers de quatre oucuiq f or Pilote fcanant fans 1 «tre.»
tes en 1 A mer.oue.zoo. p ians maladie conugieufe 35i
Panapana poiflbn ayant tefte Pierres vertes enchàiTees aux
monftrueufe.188. kures des Sauua2es.n1.
Paraibes.,1. p imes femam de ° couftêaux
iaremens fur les loues des Sau aux Saunages.^.
uages.115. Piperisradeauxfurlefquelsles
1 atfage de 1 efcrçure mal ap^ Sauuages pefchent.191.
Pira.
TABLE DES MATIERES ET C H 0~>
SES NOTABLES CONTENVES EN CESTE
Hiiloire de l'Amérique.
A
A age. des Sauuages. 109.
Abeilles de la terre du
Brefîl. ioo.
Acaiou fruift bon & plaifant
â manger. 205.
Acarapcp poiffon glat.187.
ÀcaraboutenpoifTon rougea-
flre.i37.
Adultère en horreur entre les
Ameriquains. 2,95.
Agouti eîpecede couchô. 155.
Àiourous plus beaux & plus
gros perroquets .172.
Àiri arbre eipineux &fon fruit
2*31.
Albacores poiffons. 17.
Americ Vefpuce qui premier
defcouurit la terre duBre-
fil. 44.
Ameniiou coton. 208
Amérique quarte- partie du
monde & fa longueur. 219'.
Ameriquains croyét l'immor
talité des âmes. 262. plus
auiiez que ceux qui croyét
qu'elles apparohTet après la
mort des corps.178. le moc-
quent de ceux qui hazar™
dent leurs vies pour s'enri-
chir :fbnt excefsifs buueurs.
H3-
Voyez Sauuages
Ameriquaines comment fe far
dêtlevifage.i24,cômétpleu
rent h bien venue des élira
gers.314.leur couftume defe
lauer fbuuent. 127.ch.ofe et
mcrueillabîe entr'elles.294
Animauy.de I'Ameriquetous
dilîemblab.!es <iqs noftres.
150. quels font les plus gros,
155. & nuls pour porter ou
charier en ce pays lu. 195.
Ananas fruit exceiient.211.
Aouai arbre puant & Ton fruit
venimeux. 202.
Applaudiflement aux vain-
queurs entre les Amer.-*
quains,23$.
Arbres toujours verdoyans
en l'Amérique. 210. &. tous
differens des no lires. 217.
Arbres portans coton >& la fa-*
con comme il croilh 107.
Arabouten bois de brefil>&la
façon de rarbre.194,
Voyez bois.
Arat oifeau d'excellent plu-
mage. 170.
Arcs des Sauuagcs.222.
Arignan ouflbu poules dinde
16/.
Arignan» miri poules comma
nes.167.
Arignan-ropia œuf. 168.
Art de nauigation excellent.
12.
Ath.eiftes plus abominables
que les Saunages. 265.
Auatigrosrml.137.
Arauers papillons rongeans le
cuir & viande. 180.
Aueugliflémcntdes Sauuages
confefle par eux.29©.
Aygnan malin efprit tourmen
tant les Sauuages.263.
Aypi racine. 131.
B
Baleines 43.8c 10?.
Balene demeurée à fec.106.
Barbarie paysplat.20.
grandes Balles que fignifie.
382.
petites B ailes. $r.
Bec monïtrueux de Toifeau
Toucan, r/5.
Bifcuitpourn.37.
leiîeur de Bois le conte efleu
vice Admirai.^.
Bois de brefil coupe' & porté
par les Sauuages pour char-
ger les Nauires. 105.
Bois de brefil grignote' durant
la famine. 408
Boisiaunes 3 violets^ blancs &
rouges.201.
Boisdefenteur deRofes.202.
Bois & herbes touiiours ver-
doyans en l'Amérique. 46.
Bonite poiffon. 2d.
Boucan rotirferie des Sauua-
ges de quelle facon.153.bras
tuiffesjiambes & autres pie
ces de chair humaine ordi-
nairement delîus.154.
&oùre collier. 113.
Biaceletsde porcelaine & de
toutous de verre. n<$.
TABLE.
autres grands compofez âà
pluiîeurs pieces d'os, idem
Bruuage déracines par qui &
de quelle façon fait.140. 144
Bruuage fait de mil. i^a.
Buueurs exçeisifs. 143.
C
Caieua efpece de choux. 2I4W
La grand Canarie.19.
Canidé oifeaude plumage a*
zuré.i7r.
Caraïbes faux prophetes.26&
dedians 1 mftrument Mara-
cas. 274.fbufflans fur les au*.
très Sauuages. 275.
Carauellesprïfès*ip.20.2i.2a #
Cannes de fucre abondantes
en la terre du Bre/îl. zo$.
Caouïn bruuage & ion goufL
142. chauffe & trouble auâ*
qu'eftre beu.143
Cap de S.Vincent. 1 j.
Cap de frie. 58.
Cap S. Roc. 3 89.
Cay Guenons noires & leur
naturel parles bois.163.
Cène premièrement célébrée
en l'Amérique. 67. féconde
fois. 83. faite de nuit en ce
pays-la,& pourquoy: Si fiel
leie pourroit célébrer fans
vin. 9 4.
Cendre debre/ïl teignans en
rouge & ce qui en aduint*
196.
Charrier Minilire pourquoy
renuoyé en F/ an ce.78.
Charité naturelle des Sauua*
ges.322.
Chair humaine fur le boucan*
r
TABLE.
. + poinon.i86.
Chaleurs extremes**. Conomi-mirt petits garçons
Chantrerie des Saunages. 171. Ameriquains , leur.equipa-
Chauueflburis fucçansle fang ge & façons de kire.r.8.
des orteils.178. plaifante hi- Conformité & difference des
itoire à ce propos. 179. langues des Sauuages. 354-
Choyne arbre & dm frmt.ao 4 Cordes dar.s faites delher-
Cimetières entre les Sauua beTocon.iiS. j
^ ? ^d Couroq Iruici propre a taire
Ciuiîité vrayement eftrange huile fêruât de remède aux
& Saunage. 50. Sauuages. 1,33.
Coati animal ayant le groin Crapaux feruans de nourntu-
eftransement lottg.i65. re aux Ameriquains. 159.
Contenâce du voyager en l'A CrocodiUes de grandeur in-
merique.316. croyable. 158.
Cointa abiure le papifme. 67. Croiflans d os blanc.113. ^
Colloque du maiîacreur apec Crotesde Rats mangez durât
le prifonnier qu'il doit ailo- la famine.400.
Lner.2,41. Cruauté des manniers.zi.
Couitume'des mariniers fur Cruautez des Sauuages horrid
raer .i3 # bles&nompareilles.i50.i52,
Coffins & paniers des Sauua- p
ges.308. Dangers prochesde naufrages
Copau arbre reffemblant au 56.383.
noyer. 201. Danfes des Sauuages arrengez
Corps du maflàcreur incifé & comme grues.u*.
pourquoy.z 4 8. autre forte de Danfes en rond.
Collets de marroquin magez z73- femmes & filles Amen
en la famine.402. quainesdâfansfeparees des
Colloque montrant que les hommes.147,
Sauuages ne font nullemét Dauphins fuyuis de plufieurs
lourdaux.1^7. poiilons.43-
Comparaifon de la façon de Débilite deRich.er 409.
faire vin auec celle du caou D efcente au fort de Co ngny.
in. 150. <fr* . r
Commanda-ouaffou groffes Degrez de côfagmnitezobfer
febues.117. uez - entre les Sauuages 293.
Commanda-miri petites feb- Deli cats repnns.38.
ues.idem. Defcripttonspour le bien re-
Camouroupouy ouaflbu grâd pretëtervûSauuage«U9.iia
TAB! F.
fccfcription de Plfle & Fort fonducanon.225.
dèCoJlignyenJ'Ameriq.^.Eicriture en quelle opinion
Deuisdes Saunages touchant entre ks Sauuages.2tf0.d0a
la France. $6u excellent de Dieu.261.
Deluge vniuerfel confufémét EsbahiiTement des Sauuages
cogneu des Ameriquains. oyans parler du vrayDieu
% 77. 251.283..
Dilputes de Cointa & Vilk <« l'euâgile de noitre temps pref
gagnon.76. clié aux antipodes. 287.
Djfcours fur 1 afTemblee 1 & Eleuation du tôle An tarai*
grandefolennité des Sauna que. 41.
ge.s. a5p. equipage des Sauuages quand
pikours notables. 280.309. ils boiuent danfent & gam-
3 % 7* badent, 113.
Dorade poiflon.28. Equipage de Villegagnon.90.
Dueii liipocnte delà femme Erreur vrayemêt diabolique.
du prifô'nriïer mort. 243. ^S.
„ '' : , » A - m -l ' L . erreur dVfiCofmog'raphe.174
Eaux de l.nmenque bonnes Erreur es cartes mcnitrânsles
' &fames.i49. Sauuages roftirla chair hu-
Eaufuccree.i^o. maine comme nous faifens
eau douce corrompue.37. nos viàndes.246.
Eau de mer impoisible à boi- Erreur de prendre la Necoci-
r f:3*\ ennepourPetum.213.
Enfàns des Sauuages par qui Erreur groisier .280.
receus à leurs naillances. Exemple notable de l'huma-
29ôVont îe nez eferafé; leur nicé des Sauuages. 323.
equipage : noms qu'on leur F
biiile. 197. leur nourriture. Facô deviure en l'Amérique.?
29ô\non emmaillotez. 299. Façon ancienne des Sauuages
tenus nets fans linge. 300. Ameriquains d'abatre vn ar
leur facô de parler. 193. font bre.195.
frottez du fang desprifon- Façon de parler des barbares
mers.244. imitée des Francois.243.
LIcarmouche funeufe entre Famine extreme, /oo. engen-
les Sauuages.230. dre rage. 4 o 9 ,a fail penfer&
Eipees trenchantes peu efti- pratiquer chofes prodigieux
des Sauuages pour le
combat.225.
Eftonuement des Sauuages au
lès de noftre temps. 4io.deA
gout après la famine. 416.
Famine de Sancerre.407.
y >
Corrigez ainfî les fautes qui font efchappees en
quelques exemplaires de cefle premiere Edition.
Le premier nombre figoifie la page &lefêçondla
ligne.
Page.i2.Hgne.i7-Hfezrrczieme.
t |.<5.1izez defcouuerts.
io.i.Sc 27 .liiez incontinent*
2,4.21. lifèzafloree
% 7.19. liiez are (te.
20.4.1ifèz appelions.
en la mefme page.ligne.17.Hfez fèmblent.
45.xo.life z incontinent.
96.24.Hfez Briqueterie.
101.24.lifez.1558.
ioi.4.1ifcz qui fut près de deux ans.
H4.9.1ifez teindre.
en la mefme page.ligne.io'.lifez nouuellcment.
131.22. liiez bombances.
i<53.8.1ifez lanouare*
208.17.Hilz Portugais,
zio.i8.Hfez tranfîifans.
a38.22.Hfez d'heures.
245.10.Hfez appetent.
255.adioultezà la finies*
319.2 6\liiez tresvraye.
324.4.1ifèz ayant.
325.j.iifezmon.
Quand aux autres fautes qui fe pourront encores
trouuer en Fortographe outre celles ci deffus cottees
le le&eur les fuppleerâs'il luy plaift en çefte premie-
re impreffion*
*.
r
^
^A
TABLE.
Pira poiflbns. î8$ R
Pira miri petits poirïbns.i88. Raifon pourquoy on ne peut
Pira ypochi poiflbnlong.rê/. dutoutrepreler.terles Sau-
Plantes &fu cilles de l'Ananas. nages. 129.
%lît Raifo feriale des Ameriq. 169.
Pluye puate &contagieufe.3& Rats roux. 150.
Plumes feruans 1 faire robes, Rats&fouris cha-flez &man-
bonnets, bracelets & autres gez durant la famine.405
paremensdesSauuages.171. Ratier.99.
2,34. Rayes diflemblables de celles
Prodigieux pendans aux oreil de par deçà. 187
'les des fémes Saunages,.!?. 4. Récit 'd'vn vieillard Saunage
Principal ou vieillard. 355. fur le propos du vin. 147.au
Prouidéce de Dieu admirable tre récit notable d'vn Sauua
18. ge.284.
Pnfonnier de guerre lié & Remède, cotre lapiqueuredu
garrotte. 2-35. comment trai Scorpion. 184.
té.23/ afiemblépourle maf Resolution prodigieufe.413.
fa.-rer.238. approchant de fa Reproche desSauuages aux va
fin & môitre ioyeux. %$SMé gabons .200.
& pourmené en trophée. Requiensdangereux.32.
i39.arre ! té tout court fe van Refuerie des Sauuages s'arre-
geajant que mourir. 240.(3, ftansau chant d'vn oyfeau.
ia;ta -ce iL 'Croyable.239,me 177*
ipnic l&nturc* rué parterre Reuoïtede Villegagnon delà
&aiïommé. 242. Ton corps Religion reformée, 87. cau-
cfchaudé. côme vncouchon fe que les François ne-fbnc
Çcmïs fbudamemêt par pie- habituez enl'Amerique.^
ces.244- 300
Prifônniers achetez par les Riuiere des vafès en iAmeri-
Franc-ois.2,36. que.io/.
Puiflaouafibu retz à pefcher. Robes bonnets bracelets & au
192. tresioyauxdeplumes.no'.
Purgation des femmes Ameri Roche appelée pot d^beurre.
quaines^oi. 99.
Q Roche eftimee d'emieraude.
Qujampiâ oyfeau entieremët 95.
rouge.176. Rondelles faites du cuir de Ta
Queilion d'où peuuent edre pirourTou.iSx.
defeendus les Sauuages.290 Rondelles de cuir magees du-
Queue de raye vemmeuiè.187 raat la famine. 402.
T*
TAB IE,
Breiïliem n'ayas R oys ne Prin
ces obéirent aux vieillards.
220.
Rofeaux dot tes Sauuages font
le bout de Ieursflefches.209
Refurre&ion des corps confef
fee par quelques Sauuages.
265.
RotifTerie ànoftre mode inco
gneue clés Sauuages.246.
îlufedes Sauuages pour nou*
attraper.48.
îlufe mortelle deVillegagnon
contre nous.397.
Racines de deux forte s feruss
au lieu de pain en l'Améri-
que. 152,. manière d'en faire
fanne.i35.forme de leurs Ti
ges & iueilles^ facô efmer
ueillable de tes multiplier.
if. S
Sabaucaië arbre & fo fruit fait
en façon de gobelet.204.
Sagouin ïoîi animal.164.
Saifons tcpereesious les Tro-
piques. 2,10.
Sarrigoy belle puante.156.
Sauuages premièrement veus
vn mefme repas.14^ mlget
atoutesheures.i45.(bntfort
vindicatifs. 184. irrecôcilia
bics.2io.fufieux.222. com-
battent nuds 3 font ex celîens
archers. 224.defeochét roi-
dement leurs arcs.226. com
ment flefchent les poijfons..
13d marchent- fans ordre en
guerre & toutesfois fans cô
fyfion.227. cris.& hurlemés
apperceuans I ennemy.23Q«
acharnez & corne enragez
au combat.232.com battent
a pied & quelle opinion au-
royentdescheuaux.a^.leur
façon dé boire. 144. fïlence
durant le repas,& fobrieté i
manger.iu.5. contenance dâ
fansen rond.273.maniere de
coucher. 367. excellens na-
geurs. 189. viuent en vnion.
304.font prompts a'faire plai
iîr. 311. recoiuent humainc-
1 ment Je* eitrangers^o^.
Sauuages promettans fe rager
au fèruice de Dieu affilient
a te priere.2^5.
&defcntsparlaucteur. 4 7. Scorpions de l'Amérique fort
Sauuages peu foucieux des venimeux. 184.
choies de ce mode.1g9.19g. Sentence notable & plus que
non veluscomme aucuns e- philofophale dVnSauuage
lliment.110.noircispeint.u- Ameriquain.198.
rez & emplumaffez parle Seouanous efpeces de cerfs &
corps.n?. 114. defehiquetez biches.^.
parlapoitnne&par les cuif Serpens gro's& longs viande
fes. 117. demi nuds & demi des Anieriquains. 160.
. veitus. 119. viuâs fans pain ni Serpent verds longs & défiiez
vin. 132. leur couitume élira dangereux. 160.
ge denemiger & boire en Soif plus pi effante que la faim
TABLE.
4ô p 9 T ocon herbe dequoy les Saw
Soleil pour Zenu+u uages font leurs lignes a pe^
Sonnettes compofees de fruits cher & cordes de leurs arcs
fecs.ïi7. 192.223. .
Sourditécaufeede famine 420. Ton vermine dangereuie le.
Souhait du lieur du Pont quel fourrant fous les ongles.îSi.
409. Toupan tonnerre. 2 -, ^.i6i.
Stature & difpofition des Sau- Tououpinâbaoults Saunages
uages.108. alliez des Francoises.
Lourle fuperlKtion.27 9 Tortues de mer & façon de les
Stratagème de guerre entre prendre. 33.34,
les Ameriquains.228. Toucan oyfeau.17?.
T Touis petite forte de Perro-
Tacapé efpee ou mafTue de quets.174.
bois.222. Toliou lezard.158.
TaiaffouSangïier .155. Traquenards à deux pieds.321.
Tamouatapoifibn difforme & Truchemens de Normandie
armé.188. menans vie d'Àtheiites.^o
Tape mi. ri. 51. V
Tapirouflbu Animal demi af- Vaifleaux & vailTclle déterre.
*e &demi vache.151. gouil o/. de quelle façon faits. 141
de fa chair Ôcfaçôde la cuire Vengeance horrible.247.
151. Vensmâgèz durât lafamine400
Tapitis efpecedelieure.156'. Vens incon&ansïbus l'Equa-
Taflès & vafes faits de fruits. tor .35.
308. Vigne que nous plâtafmes pre
Tehlinteriedion d'efbahiffe- mi'erement en l'Amérique
ment.iQ9.310.34i. comment vint.138.
Tatou animal armé.15'7. Viandes des Sauuages cornent
T ects,oS;& déts des prifôniers conferuees.153.
pourquoy referuez.247. Ville imaginaire es Cartes de
Tendronsila cime des ieunes Th.euet.1c2.
palmiers bons contre les he Vieillards Ameriquains créez
moroides.zoo. conducteurs en guerre.202.
Terroir de l'A m eri que propre Vieillards Tououpinâbaoults
au bled & au vin. 138. cheriiîans les François. 2S1.
Terre du Brefil exépte de nei Vieilles femmes Ameriquai-
ge gelée & grefle.210. nés lefchâs la graiffe humai
Quelles terres pofF. dét les Sau . ne.245.
uages en particulier. .3 06, Nulle ville' clofc en TAmeriq,
229-
r
TABLE. N "l6^
Villages frontiers desennemis efclanéi. 91. ne nous veur
Villages & «milles des Sauua Epilogue de fa vie. 97 ■
g« comment difpofez &fou- Vinaigre de cannes defuccre
ueiitremuez.305. 209 «eiuccre.
Village faccagé parles Sauua- Volées dePerroquets.;?
ViKt* yi ' , v pec canes d'inde,.i6*.
VjlLgagnon ponrquoy fait le Vfuriers plus cruels que lesAn
voya^enlAmenque-i-ef- thwpophaees. »<tf
enta oeneue de ce pays là.
J.lès contenances durantle Y
prefehe. 61. eilablit l'ordre Yetin mouchiilonpicquantvi
Ecclefiaft.que.^^tluae Uement.183. H
Jateur.67. fon oraifon. éS.re Ygat barque d'efcorce.izS
Soit.aCe-e./é.fonordon- Yramielàyettc cncnoire.180
mee cotre kjpaàardiftj 8l . Yri arbre & Ton fr mt.xoo.
blaime Caluin Wtf auoit Yuambou-ouafibu efpece de
loue. 87. eft géhenne en fa greffe Perdris.ï6o. F
c ™* ie T/ mferment0r - Y ^pena-bifron^ deplu-
dinaire&fescruautez.SS.té mes.nj. P
te le moyen de nous rendre Yurôgnerie des Sauuages i 4 <5.
FIN.
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